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Full text of "Vie politique de tous les députés a la Convention Nationale, pendant et après la Révolution; ouvrage dans lequel on trouve la preuve que dans le procès de Louis XVI la peine de mort avait été rejetée à une majorité de six voix"

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YIE POLITIQUE 



DE 



TOUS LES DEPUTES 

A LA CONVENTION NATIONALE, 
PEKDANT ET APRÈS LA RÉVOLUTION. 



,A\^V 



VIE POLITIQUE 



DE 



TOUS LES DÉPUTÉS 

A LA CONVENTION NATIONALE, 

PENDANT ET APRES LA REVOLUTION. 

Ouvrage dans lequel on trouve la preuve c^e dans le procès 
de Louis XVI la peine de mort avait été rejetée à une 
majorité de six voix. 

rU^bitt. l^oUr-v- 
Par M. R , . 

Auteur de Louis IL F'I (du séjour des heureux) à son auguste 
frère Louis X. f^ III j faisant sa première entrée au château 
^es Tuileries, 




) n 1 13^-- 



A PARIS, 



CHEZ L. SAINTMICHEL, LIBRAIRE, 

QUAI DES AUGUSTINS, N°. 4g. 



1814. 




DE L'IMPRIMERIE DE P. GUEFFIER, 

Rue GuiNÉGAup, n°. 3i. 



A MONSEIGNEUR 



LE DUC DE PIENNE, 



Premier Gentilhomme de la Chambre du Roi^ 



Monseigneur , 



J'ai l'honneur de dédier au gentilhomme, prin- 
cipalement chargé de présenter au Roi ses fidèles 
sujets, un ouvrage contenant la Vie politique des 
Députés à la Convention. 

Si vous daigniez , Monseigneur, apprécier la pureté 
de mes intentions , et juger que cet écrit peut être 



de quelque utilité dans les circonstances présentes , 
je serai satisfait d'en avoir conçu le plan , et de le 
publier sous les auspices d'un gentilhomme honore 
de la confiance du Roi , et joignant aux bontés du 
cœur cette rare et constante facilité de communi- 
cation avec toutes les personnes qui portent leur» 
réclamations au pied du trône. 



J'ai l'honneur d'être , avec le plus profond respect ^ 



MONSEIGNEUR, 



Votre très-humble et très- obéissant serviteur , 

ROBERT, ^^ocaL 
Paris, ce i*^'. août i8i4. 



Au chAtcaii des Tuileries , le lo noiii 1814. 

Le premier Genlilhomnie de la Chambre du Roi 
à l'AuTEUR. 



J'ai lu avec intérêt ^ Monsieur^ V écrit ayant 
■pour titre , Vie politique de tous les Députés à la 
Convention. 

J'accepte avec satisfaction la dédicace d'un 
ouvrage qui y écrit avec impartialité et modéra- 
tion y rappelle les vertus ^ les bontés et la résigna^ 
tion de l'infortuné Louis X.VI. 



Je suis y avec considération y 
Monsieur y 

Votre très-humhle serviteur. 
Le duc de PIENNE. 



|»«%»^/^'V%'%%/^%^%.V%»^>«%^^^^»%»«>^^* ^>%/%/%t ««^ <V*^^%^^*^.^«^*^^'*^*«*.^**^^'*** 



PREFACE. 



Ija Convention nationale fut principalement le 
foyer d'où partit le feu qui a brûlé le trône, 
Tautel, les châteaux, les chaumières. 

Des ambitieux, des hommes à systèmes, des 
athées, ont démoralisé les peuples, fait périr les 
vieux chevaliers français, les citoyens riches ou 
d'un mérite distingué. 

L'audace qui forme, entrelienl les factions, a 
inspiré une forte terreur dans Tame de quelque» 
représentans du peuple, ayant une conscience 
droite, un esprit sain, et ne voulant que rétablir 
l'ordre, dont la destruction entraînait nécessaire- 
ment cet édifice antique , dans lequel nos pères 
avaient déposé la charte conservatrice des pro- 
priétés, protectrice de la liberté publique. Ces 
hommes de bien ont souvent essayé, mais en 
vain, de défendre nos anciens principes, nos ha- 
bitudes, nos mœurs, contre la tourbe de nova- 
teurs hardis, de gens sans morale, sans religion, 
tuant et assassinant leurs proches , leurs voisins , 
pour prendre leurs places et voler leur fortune. 



(«) 

La Providence n'a pas permis qnc les chefs de 
CCS faclions qui osaient regarder comme problé- 
matiques Vexistence de Dieu et V immortalité de 
Vamc^ jouissent long-tems de leur triomphe éphé- 
mère sur la vertu couverte d'un voile, sur la reli- 
gion tournée en dérision jusque dans son temple , 
sur la justice profanée dans son sanctuaire même. 
La Discorde, qui traîne toujours à sa suite la Dé- 
fiance, le Soupçon, et souvent le Crime, s'eBl 
placée dans le centre de cette foule anarchique, 
sans règle de conduite, incapable de la moindre 
idée libérale. Aussitôt les factieux se sont divisés, 
ont voulu réduire leur nombre, ont conçu des 
projets de destruction l'un contre l'autre, pour 
s'emparer d'abord de la dictature de l'Europe, et 
siéger ensuite sur le trône des Rois. Le plus actif a 
imaginé des conspirations pour faire périr sur Té- 
chafaud le Lucullus qui s'engraissait de la fortune 
de sa victime, le Crésus qui dormait sur des riches- 
mal acquises, le Spartiate qui pensait la nuit a 
mettre le lendemain en action cette fatale maxime, 
<iui potest capercj copiât. La faction Danton est 
surprise par la faction de Robespierre. La pre- 
mière, vaincue, tombe sous le fer du bourreau, 
qu'elle a aiguisé elle-même. La faction Robes- 
pierre est attaquée à son tour par la faction ther- 
midorienne. Elle est traînée sur l'échafaud. Les 
ministres de ces hordes sanguinaires , qui avaient 
placé leur tribunal de sang dans le palais auguste 



I 



( ^7 ) _ 

OÙ nos Rois tenaient leur lit de justice, ont la tête 

tranchée!!! 

Dieu a marqué enfin le jour oii les sujets de 
Louis XVIII devaient revoir leur père tant désiré , 
et oublier, dans Tenlhousiasme d'une joie toute 
naturelle , celte série de faits horribles, qui noir- 
ciront à jamais les pages de THisloire révolution- 
naire de France. 

Les régicides, les nltra-révolulionnaires crai- 
gnaient que le retour des Bourbons ne fut le signal 
de la réaction de l'opprimé contre Toppresseur 
et que des flots de sang n'inondassent les rues de 
Paris et des principales villes du royaume, théâtres 
des horreurs , des cruautés et des vexations qui y 
ont été commises, lis ne connaissent pas la bonté 
divine. 

Celui qni met un frein à la fureur des flot» 
Sait aussi des mcchans arrêter les complots. 

Si le Roi des Rois a souffert que Buonaparté 
rétablît la monarchie en France , c'était pour que 
le peuple Français senlît la différence d'un gou- 
vernement paternel , qui existait avant la mort de 
l'infortuné Louis XVI, et un régime de fer, de 
vexations, de réquisitions, de conscriptions , etc., 
qui a mis le deuil dans toutes les familles , chez 
tous les peuples. 



( x^j ) 

A pf*ino Louis XVIIl csl-il monté snr le trône 
de ses ancêtres, que déjà la paix est rendue à 
TEurope arméej une cliarle royale est donnée à 
ses sujets; la Iranquillilé est rendue à chacun, et 
tous les élérnens utiles pour la régénération pu^ 
blique sont mis en action. 

Le Roi légitime ne voit que des Français dan» 
ses Elats, Les individus qui ont voté la raort de 
son respectable frère ne sont point proscrits. Les 
révolutionnaires ne sont point inquiétés. Les mili- 
taires qui ont donné des preuves de bravoure pea« 
dant les tcms orageux, conservent leur f;^rade 
et leur traitement. Des projets de lois adaptées 
aux mœurs pures des Français, passent en ce 
moment au creuset de la discussion, et déjà la 
France entière adresse ses vœux au Ciel^ pour 
avoir rendu à ses prières un père doux et tendre, 
qui sèche les larmes de ses enfans, affaissés sous 
le poids d'une tyrannie affreuse, et trop long- 
tems prolongée. 

Mais si le Roi juge dans sa sagesse que des 
hommes égarés par de faux principes, honteux 
d'avoir volé ou approuvé la mort d*un monarque 
dont le souvenir rappellera dans tous les tems le 
modèle de la sagesse et de la bonté, endurcis dans 
ces idées philosophiques dont le mal est incu- 
rable , ne doivent pas occuper les places que la 
fureur d*iunover a détruites , et que la raison et 



( xiij ) 
Topinion publique ont rétablies ^ il faut aussi que 
le Prince connaisse la vie de ces royalistes plus 
ou moins prononcés, qui ont eu le courage de 
suspendre ou de briser la hache révolutionnaire, 
toujours prête à frapper et les hommes probes, et 
les institutions morales. 

Le I itre de Député à la Convention n'est point un 
motif de proscription, et il importe que l'Europe, 
comme le Roi de France, ait sous les yeux les 
opinions des Conventionnels qui n'ont été qu'é- 
garés, mais dont le cœur et les mains sont purs, 
pour les distinguer d'avec les députés qui ont eu le 
malheur d'ê:re travaillés par cette fièvre chaude 
qui les a portés à détruire tout ce qui était digne 
de notre respect. Les tribunaux et les citoyens ne 
doivent pas inquiéter les hommes coupables de 
délits et de crimes révolntionnaires, parce que le 
Roi a défendu de les poursuivre et de les mettre 
en jugemeut ; mais aussi il est indispensable que 
cliaque citoyen ait une connaissance authentique 
des faits que la justice pouvait poursuivre, et qiie 
la grâce du Roi a déclarés amnistiés, parce qu'il 
dira au plaiiiîif : « Rendez grâce à la générosité 
royah? d'avoir usé d'oubli à votre égard, et sachez 
que la reine du monde a commandé au Prince de 
De pas donner à son peuple, pour juges ou admi- 
nistrateurs, des individus qui , de leur propre vo- 
louié , ont juré haine à la royauté ^ et qui ne peu- 



( xiç ) 
venl plus inspirer, comme fonctionnaires publics, 
celle confiance nécessaire enlre les hommes eu 
place el les justiciables, sans laquelle tout est mé* 
iiauce el désordre. » 

Si la vie historique des dopulés n'avait pas été 
imprimée, comment le Roi aurail«-il pu dire à 
M. Dahlias, membre distingué de l'Assemblée 
législative, orateur de la députation d'Aubenas, 
Je i5 juin, jour de sa présentation, et au moment 
oii il lui faisait hommage d'un écrit adressé dans 
le temps à M. de Malesherbes pour la défense de 
Louis XVI : « Le courage que vous avez montré 
dans celte circonstance ne sera jamais oublié, >» 
Comment aurait-il pu savoir qu'un personnage 
distingué , occupant aujourd'hui l'une des pre- 
mières places de l'Etat, est resté avec M. DalmaSj 
le lo août, au château, pour défendre leur Roi^ 
et détourner les mains dés assassins dirigées contre 
la famille Royale; qu'il a été long -temps en- 
fermé à la Conciergerie et à la Force, pendant 
que des commissaires de la municipalité insur- 
reclionnaire de Paris portaient une main sa- 
crilège sur les tombeaux de l'auguste famille des 
Bourbons, re}î0sant en paix dans l'abbaje de Saint- 
Denis? Comment aurait-il pu savoir que Duchâtel 
(des Deux -Sèvres) a eu le courage de parler, 
en décembre 1792, en faveur de Louis XVI, et 
ensuite de se laisser porter sur un brancard par 



(xv) 
deux hommes courageux , de son lit de mort dans 
le sein de la Convenlion, pour voler en faveur de 
son Roi, et que ces deux hommes, signalés par 
Charlier comme contre - révolutionnaires, n'ont 
dû la conservation de leurs jours qu'à la fuite? 

Les bonnes comme les mauvaises actions ap- 
partiennent a l'histoire. Les Romains ont transmis 
à la postérité le nom du féroce Néron et celui 
de l'humain Titus. 

Des écrivains ont fait des livres surchargés 
d'erreurs. Tel député qui a voté la réclusion de 
Louis XVI, est signalé comme ayant voté sa mort. 
11 est juste de rectifier ces fautes grossières. 

L'auteur de cet ouvrage a eu soin de compulser 
lesmonumens authentiques, témoins muets, mais 
irréprochables, des faits qu'il a publiés. Et tel qui 
prendra cet écrit pour voir son portrait politique:, 
pourra dire : « Le miroir que je consuîie rend 
trait pour trait ma physionomie. » 

11 a encore cette intention de justifier, le livre à 
la main , les édits royaux qui déplacent, placent , 
excluent ou ajournent les hommes qui ont marqué 
dans cette Assemblée française, oii la royauté est 
réputée avoir été abolie par trois cent soixante-onze 
votans, tandis que celte abolition (si on avait le 
droit de la prononcer) ne devait être délibérée 
qu'après que les sept cent quarante-neuf députés 



auraient fait vérifier leurs pouvoirs, etauraienl pris 
séance dans la Convention ( Voy.art. Grégoire ) ; 
dans celle fameuse Assemblée, où Louis XVI 
a été condamné à mort, quoique d'après les votes 
duement appréciés et comptés, la condamnation 
à la peine capitale ait été rejelée h la majorité 
de six voix ( Voy. art. Mailhe). 

Ne proscrivons personne , tel est l'ordre du 
Roi; mais fournissons des matériaux à l'histoire, 
c'est un devoir qu'exige et commande la postérité. 



VIE POLITIQUE 

DE TOUS LES DÉPUTÉS 

A LA CONVENTION NATIONALE. 



A. 

Albert. — Etait homme rie loi 5 il fut nommé à la 
Convention nationale par le département du Haut- 
Rhin. Il vota contre l'appel au peuple j pour la détention^ 
le bannissement du Roi à la paix , et pour le sursis. Il 
était Hé avec le directeur Rewbellj il prit la défense de ce 
dernier assez vivement contre Carnot, autre directeur , 
fructidorisé. Il fut nommé juge au tribunal de Cassa- 
tion. Le département de la Seine le porta au Corps lé- 
gislatif en 179B. Les électeurs , séant à l'Institut , le 
placèrent au conseil des Anciens. Après la révolution 
du 18 brumaire (novembre i7c^p)y faite par Lucien 
Buonaparte , à Saint-Cloud , en faveur de Napoléon, 
d'exécrable mémoire, il entra au Corps-législatif. Il est 
procureur du Roi près le tribunal crimiivel de Schelestat. 

Alhitte [Antoine- Louis), — Habitait Dieppe , s'était 
adonné à l'étude des lois; la révolution fut son idole. 
Il se montra exaspéré, chaud et parleur dans les clubs- 
Il fut nommé par le département de la Seine-Inferieure 
à l'Assemblée législative. Il prit soin d'organiser la partie 
militaire, qu'il ne connaissait pas; il dénonça les minis- 
tres Bertrand et Narbonne. C'est lui qui a demandé la. 
démolition de toutes les fortifications des villes de l'in- 
térieur. Le II août, il fît décréter le renversement des 
statues des Rois, et leur remplacement par celle de la 
Liberté. Envoyé dans son département avec Lecoiatre, 

2 



(2) 

en septembre , il fit désarmer les suspects et liilter la 
tlfiportation des prêtres insermentés. Il n'oublia pas 
d^iiitrigner pour se faire réélire à la Convention : c'était 
là le but secret de son voyage. Le 27 septembre, il de- 
manda ({u'on vendit les immeubles des émigrés. Il faisait 
des dépenses au-dessus de ses moyens ; car sa fortune, 
très-médiocre, était souvent à sec. L'ex-ministre Nar- 
bonne l'accusa d'avoir reçu et de ne pas avoir gagné 
les sommes qui lui avaient été distribuées pour l'atta- 
cher au parti royal 5 les montagnards passèrent sous 
silence cette petite dénonciation, et le tinrent enchaîné 
à leur faction, sine quâ.... Il vota contre l'appel au 
peuple, la mort du Roi et contre le sursis. Albitte, qui 
ne voulait pas qu'on accordât au Roi des défenseurs, 
eut l'infamie de défendre les bataillons le Mauconseil 
et le Républicain , qui avaient massacré des déserteurs 
ennemis, sous le prétexte que c'étaient des émigrés. 
Le 23 mars, il fit décréter peine de mort contre les 
émigrés , armés ou non , qui souilleraient de leur pré- 
sence les pays envahis par les Français. Il présida , 
avec Collot-d'Herbois , aux démolitions de la ville de 
Lyon, et y mit , suivant ses expressions , la terreur à 
l'ordre du jour. Il fit plus : il fit guillotiner en effigie, 
sur les décombres de cette malheureuse et valeureuse 
ville (en janvier 1794)? ^^^ Rois d'Angleterre, d'Es- 
pagne, de Prusse, l'Empereur d'Allemagne, le Pape, 
et brûler la ville de Toulon , sous la figure d'une 
femme 5 et pour combler la mesure de ses iniquités, il 
envoya au Tribunal révolutionnaire le général Brunet. 
Son nom fait horreur dans les départemens du Mont- 
Blanc et de l'Ain : ses vexations furent si considérables, 
qu'elles forcèrent les habitans à le dénoncer. Son do- 
mestique, condamné aux fers, ses amis , ses sicaires , 
regorgeaient de richesses et de sang, tandis que le 
sultan avait établi dans ses palais la mollesse , le luxe 
et les grandeurs. 

Pour se faire recevoir à la société des Jacobins , il 
leur envoya une liste des prêtres qu'il avait forcés de se 
déprêtriser. A sa rentrée dans la Convention , il se plai- 
gnit de ce qu'on ne laissait pas passer par la poste les 



discours des Jacobins aux armées. Il fut décrété d'ar- 
restation comme l'un des auteurs du mouvement du 
1**^. prairial (20 mai 1795) par les faubourgs contre la 
Convention 5 il fut mis en accusation avec Soubraiii , 
Bourbottej etc. : il prit la fuite. Il a été amnistié le 
14 brumaire an 4 j il est maintenant sous-inspecteur 
de deuxième classe aux revues. 

Albouys, — Etait juge au tribunal de Caliors. Il fnt 
nommé à la Convention nationale par le département 
du Lot. ce Ce serait méconnaître l'autorité du peuple, 
dit-il sur la question de l'appel , et en même tems 
frayer la route aux tyrans , que de ne pas dire oui. » Il 
vota la réclusion de Louis XYI et son bannissement à 
la paix ; il opina pour le sursis. 

Allafort. — Dès le commencement de la révolution 
il fut nommé vice-pré.videiit du district de Nantrou 5 il 
avait montré sa haine à la royauté 5 il devait donc être 
choisi comme député à la Convention nationale par 
les révolutionnaires du département de la Dordogne , 
qui avaient comprimé l'esprit public 5 aussi Allafort 
vota contre l'appel au peuple , la u)ort de son roi , et 
contre le sursis. Le sort l'envoya au conseil des An- 
ciens ; après le i3 vendémiaire il dit peu de choses; 
il en sortit le 20 mai 1797' Le directoire le nomma 
son commissaire dans son département. 

Alqiiier.^ — Etait avocat du roi à la Rochelle. Dé- 
puté aux Etats-généraux , il se fit remarquer par ua 
discours prononcé au nom du comité des rapports ^ 
contre un mandement de M. révêcjue de Tréguier, 
qui, suivant lui , provoquait les Bretons à l'insurrec- 
tion contre l'Assemblée constituante et les lois. Le 17 fé- 
vrier 1791 ) il prit la défense de Greslin, Guys et 
Bègne , qui avoient révolutionné l'île de Tabago; il fît 
rappeler le commandant Jobel , qvii était attaché à son 
roi et avait eu le bon esprit de maintenir les principes 
dans cette île. Le 19 , il parla en faveur des protestans 
de Nîmes, parce qu'ils voulaient le nouvel ordre des 
choses, et blâma les catholiques de ne pas suivre aussi 



(4) 

tifçs jijçe^. S4 con4uite à |a Cpnvention nationale, o4 
il fut jïorniu^ \n\\' Ip clépfiitement de Seine-et-Oise> 
étonna ses arnisj il vofa icoijtre l'appel ai; peuple , la 
mort Jii Koi, avec surtiis jusqu'à la signature de la 
pal^ , épo^i'e ri laquelle , soit la Convention nationale ? 
soit le Corps-Jl<égi$latif qui la reniplacera , pounoni 
faire exécuter le jugement ou commuer la peine 5 ft 
néanmoins , en cas d'invasion du territoire français par 
les puissances ^tiangères ou par les ci-devant Français 
émigrés, l'exécution du jugement, yingt-quatre heures 
après qu'on aura été informé des premières hostilités. 
Il caressait tous les partis. Le Marajs tripmrhait-il, il 
affectait de conférer avec ses habitués 5 la Montagne 
allait-elle écraser le Marais , il siégeait à côté de Dan^ 
ton , de Sairit-Just , marchait, allait, venait , et se dé- 
n^ienait comme un homme embarrassé de sa personne. 
On lui reprocha d'avoir assez bien arrondi son coffre- 
fort, quand il fut chargé de faire des réquisitions de 
chevaux dans le département de l'Ouest 5 aussi disaitr 
il à ses collègues : ce Vous aimez à commander aux 
hommes 5 pour moi, j'aime mieux mes chevaux, ce 
sont les meilleurs gens du monde : jamais ils ne dé- 
noncent, et ils mourraient de faim sans se plaindre. » 
Sorti des assemblées, il a été occupé dans la diplomatie 
auprès de diverses puissances. 

AllasœxLT, — Fut député à la Convention nationale 
par le département du Cher. Il a peu parlé à la tri- 
bune. Quand la faction républicaine eut pris cette in- 
fâme résolution de faire juger par la Convention 
Louis XVI, Roi de France, déclaré inviolable par ime 
loi dite constitutionnelle ^ pour raison de l'exercice de 
la souveraineté, émanation de la divinité, Allasœur 
vota l'appel au peuple. Sur la peine à infliger à son 
Koi, Allasœur chercha son esprit dans l'histoire an- 
cienne, ce Home chassa son Roi, et eut la liberté, dit-il 5 
César fut assassiné par Bru tus, et eut un successeur^ 
les Anglais immolèrent leur tyran, et bientôt ils ren- 
trèrent dans les fers: de-là je conclus que, pour éta- 
biiç la liberté , Louis ^mX, être détenu , et banni à la 



(5) 

paix. 3î On ii'a pliiè entendu pdrier de ce grave Iiislo- 
rien 5 mais s'il vit , il doit savoir que des factieux ont 
livré au bourreau la tête d'un Roi de France, aimé ^ 
lionoré par tous les hommes de bien , et que l'héritier 
légitime du trône de Henri IV a repris la couronne de 
Saint Louis, par le vœu du peuple, en présence des 
Rois de l'Eurqpe. Il est mort. 

Amar. — Député à la Convention nationale par 
le déparlement de l'Isère. Il était ini fougueux 
jacobin 5 il vota contre l'appel , pour la mort du 
Roi, et contre le sursis : c'est lui qui lit une adresse 
aux départemens , pour dire au peuple que le tyran 
avait été justement puni. Il appuya le projet de Robert 
Lindet sur les infâmes comités révolutionnaires, vrais 
pourvoyeurs de guillotine 5 il lit décréter d'accusation le 
Irès-déuiagogiie Carra , comme recevant chez lui des 
aristocrates: il a été envoyé dans le département de 
l'Ain avec Merlinot. Il monta à toutes les tribunes des 
sociétés jacobites 5 il disait partout : «Dénoncez, dénon- 
cez. Quoi! point de dénonciation? Le père doit dénon- 
cer son fils, et le fils son père j il n'y a point de viai 
patriotisme sans dénonciation. 35 Cette harangue produi- 
sit l'effet d'entasser plus de six cents personnes dans les 
prisons. Quand un détenu réclamait , il recevait cette 
réponse : Tout ce qu'un détenu peut dire pour sa justi- 
fication , et rien , c*»6t la même chose. La ville de Tré- 
voux a été le théâtre des infâmes tragédies jouées par 
Amar et Merlinot. Guillotinez y disaient-ils , ceux qui 
défendent les détenus. Les crirhes imputés à Amar sont 
écrits dans les rapports qui ont été faits à la Convention 
contre lui : les malfaiteurs de Botany-Bay , en masse, 
n'ont pas fait le quart des cruautés et des vols repro- 
chés à Amar. Il a été guillotiné comme révolté contre 
la Convention. 

Amyoti^de Poligny^. Il fut nommé à la Convention 
tiationale par le département du Jura, vota l'appel an 
peuple, la mort, et contre le sursis. La Montagne le 
plaça au nombre des soixante -treize députés mis en ar- 
restation le 31 mai , pour avoir signé les protestations 



(6) 

des ^ et 9 juin. Rentre dans la Convention après îe 
p thermiflor, il passa au conseil des Anciens et en sortit 
en mai 1797» 

Andrey. Il a cm devoir abandonner ses occupations 
de littérafure légère, et perdre la place qui Fattachait 
à l'Opéra Bnffa, an théâtre Montansier , pour se faire 
législateur et ji'ge de son Iloi. Le département de la 
Corse le nomma à la Convention. Il vota pour l'appel 
au peuple, la réclusion du roi tout le tems nécessaire 
pour le salut public, et pour le sursis. Il suivit l'étoile 
que placèrent les Girondins d'un côté de l'Assemblée» 
La faction de la Montagne qui n'aimait pas la lumière 
royaliste, et qui se méfiait des pilotes de Bordeaux, 
qui voulaient conduire le vaisseau de l'État dans leur 
port républicain, se déclara en état de guerre contre 
les Girondins principalement. Elle les frappa d'accu- 
sation le B octobre 179^' Le compositeur Andrey fut 
mis au nombre des victimes ; échappé au coup du sort ^ 
il rentra dans la Convention après le 9 thermidor , 
époque de la chute de Robespierre et de ses co- tyrans. 
Il s'est trouvé membre du conseil des Cinq-Cents, par 
la victoire remportée au i3 vendémiaire , au nom des 
conventionnels, sur les Parisiens, qui voulaient re- 
prendre le droit accordé au peuple de réélire ses dépu- 
tés dans un gouvernement démagogique ; il en est 
sorti en mai 1797. Il est mort. 

Anguis» — Député du département des Deux-Sèvres 
à la Convention nationale^ vota contre l'appel au peu- 
ple, la détention du roi, le bannissement à la paix,, 
sous peine de mort, et pour le sursis. 

Antoine. — Il a été lieutenant-général du bailliage 
de Boulay. Le tiers-état du bailliage de Sarguemines 
le nomma aux Etats-généraux. Il se fit remarquer par 
sa partialité dans l'affaire qui eut lieu entre Danton 
( voir son article ci-après ) et le Châteletj il donna toit à 
la justice, et n'hésita pas à demander la mise en ac- 
cusation de ses membres. Cett« affaire n'a pas eu de 
suite. Là où il n'y a point d^institution de jury, il n'y 



(7) 
a point de constitution libre. C'était ce faux principe 
qui l'égarait. Il appuya la suppression des ordres de 
chevalerie, et proposa pour le roi et la larnille royale 
la distinction d'iiti ruban tricolore. 

Après rAssemblée Constituante il se fixa à Paris j se 
perdit dans toutes les coteries populaires qu'il voulut 
diriger 5 il alla à Metz , il s'y fit nommer maire. L'abbé 
dt Fiquelmont y fut massacré. Mandé à Ja barre le 24 dé- 
cembre 1791 5 Antoine excusa l'horreur de ce crime sur 
les intelligences que les frères du Roi et M. de Bouille 
entretenaient dans cette ville. Le département crut 
devoir le suspendre de ses fonctions , mais l'Assemblée 
Législative suspendit le département et le remit en place. 
Il fit sanctionner par le conseil municipal l'insurrection 
contre le château des Tuileries. Merlin fit faire mention 
honorable, au Bulletin^ de ce mouvement patriotique. 

Député à la Convention ^Nationale par le départe- 
ment de la Moselle, il dit : ce Sur l'appel au peuple^ 
» parce qu'un acte judiciaire ne peut être soumis au 
3> souverain, parce je ne veux ni anarchie , ni royauté, 
» je dis non. » — Sur la peine à infliger, il dit : « Sur 
» moTprhonneur^ Louis mérite la mort, w II vota contr© 
le sursis. 

Envoyé dans le département de la Meurthe, il y 
commit des vexations sans nombre. Il fut accusé par 
Salles d'avoir volé, pillé, e*c. 5 il revint à Metz par 
congé. Il tomba malade. Il légua tous ses biens à la 
nation pour faire taire Salles , et mourut en mai lypS. 

Antihoul. — Avocat à Saint Tropez , nommé à la 
Convention nationale par le département du Var. Il 
refusa de voter comme juge, dans l'affaire deLouis XVI. 
Sur la question, est-il coupable? il prononça cepen- 
dant, oui^ mais , disait-il, sous le rapport uniquement 
politique. Il vota contre l'appel 5 la détention comme 
mesure de sûreté, et sur le sursis, il dit , ni oui, ni 
non. Cette manière d'opiner était favorable à la mon- 
tagne. Ni oui , ni non , c'était une voix de moins en fa- 
veur de l'infortuné monarque. Il a été envoyé en mission 
eu Corse , d'où il revint par Marseille. Les sections de 



( 8 ) 

rette ville élAnt insurgées coritre la Convention, Târ- 
rêtèreut. L'armée <le Cartanx, rjni s'empara de la ville 
le 2.3 août, le mit en liberté. La Montagne ne lui par- 
donna pas d'avoir répondu dans ses interrogatoires de- 
vant les sections , qu'il était loin d'approuver son 
droit de mort contre les Girondins. Elle le fit envoyef 
an tribunal révolutionnaire, comme complice de la 
faction de la Gironde, et il fut condamné et exécuté le 
p brumaire an 2 (3o octobre 1793). 

Arbogast. — Etait recteurde l'université de Strasbourg 
et professeur de mathématiques. Le département du 
Bas-Rhin le nomma à l'Assemblée législative. On sait 
que le 20 juin 1792? l'Assemblée envoya vingt-quatre 
membres près du Roi que la faction régicide voulait 
enlever ou frapper dans le château des Tuileries. 
Arbogast demanda qu'on envoyât douze autres dé- 
putés après du prince Royal (Dauphin), dont le jeune 
âge et la personne sacrée ne devaient pas arrêter les 
soldats de Jean Debry (voir a ce nom ) , appelés ty- 
ranniciàes, La Source fit rejeter cette proposition qui 
fait honneur à Arbogast, comme insignifiante ,^ parce 
que , suivant lui, la famille royale ne courait aucun 
danger. La perfidie et le mensonge ont souvent ca- 
ractérisé La Souice. C'est Arbogast qui a fait décréter 
l'uniformité des poids et mesures. 

Nommé h la Convention nationale par le même dé- 
partement , il vota contre l'appel au peuple , la délen* 
lion du Roi et son bannissement à la paix. Sur la ques- 
tion du sursis il refusa de voter. En 1793 il fut chargé 
de vérifier le télégraphe deChappe. Le 29 octobre 1794, 
il fut membre delà commission nommée pour examiner 
la conduite de l'infâme Carrier. Maintenant il s'occupe 
d'étudier les mathématiques. 

Armonville. — Il était cardeur de laine \ Rheims , 
et la terreur de la ville. Il fut nommé à la Convention 
nationale par le département de la Marne. Il siégea 
constamment à la Montagne. Il avait l'habitude de se 
placera côté de Marat , qui lui disait : Lève-toi , ou reste 
assis. Il vota contre l'appel au peaiple, en répétant la 



(9) 

leçon qu'on lui avait fait apprendre par cœur. «Comm© 
1111 assassin ( le Roi) ne doit pas occuper le souverain 
(un cardeur de laine ), je dis non. » Il vota la mort, et 
contre le sursis. Quand il entrait à l'assemblée^ sou- 
vent ses pieds chancelaient , sa tête était toujours pleine 
de vin , les cabarets étaient ses lieux de délices. Sou- 
vent lin montagnard lui a donné la main pour se pla- 
cer sur sa banquette 5 il était toujours coiffé d'un bon- 
net rouge, sale et malpropre. Après le 9 thermidor 
on le força do l'abandonner. Dans un moment de dé- 
pit , il le jeta sur le buste de Marat. Quand l'antre des 
jacobins a été fermé, il s'est adonné à boire dans tous les 
lieux crapuleux ; il a fini par reprendre son premier état. 

jisselln. — Ancien avocat j député de la Somme 
à la Convention nationale , dit sur l'appel au peuple , 
iion^ si C'est une mesure de sûreté générale : oui ^ si 
<î'est un jugement à mort. Il vota le bannissement k \a. 
paix, et pour le sursis. Avant signé la protestation du 
6 juin contre l'insurrection du 3i mai , il fut exclu 
de l'Assemblée^ où il ne rentra q^u'en 1793. Il vit tran- 
quille à Amiens. 

jiuhry. — Il était fils d^un négociant, propriétaire 
au Tliéral en Provence; il fut député par le départe- 
ment du Gard à la Convention, et bientôt envoyé en 
mission à l'armée des Pyrénées \ de là il passa à Nice : 
il ne put dissimuler à l'Assemblée le désordre qui ré- 
gnait dans la partie de l'équipement, llevenu dans là. 
Convention , il vota pour l'appel au peuple j la mort 
avec sursis jusqu'après la ratification de la constitution 
parle peuple, et pour le sursis. 11 a été l'un des soixante- 
treize députés mis en arrestation par la Montagne , 
pour avoir signé ^ le 6 juin, une protestation contre 
les décrets rendus au 3i mai sous le couteau des Ja- 
cobins et sons la protection des furies des tribunes. Il 
rentra , par décret, dans l'Assemblée. Il s'occupa sans 
cesse de projets sur la partie militaire. Aux journées 
des \*^ et 3 prairial (mai 1795), il marcha, à la tête 
de la force armée , sur les bandits dirigés contre les 
députés du Marais (on disait Côté droit ^ Milieu, Ma- 



rais et Montagne). Ses plans ponr réorganiser l'ar- 
mée furent considérés comme contre-révolutionnaires» 
Alors force dénonciations à l'époque où le passage du 
Rhin n''ent pas de succès. Il fut décrété d'arrestation le 
22 octobre, comme désorganisateur. Ge décret n'ent 
pas de suite. Entré au conseil des Cinq-Cents avant 
iructidor, il annonça les projets formés de s'emparer de 
l'Assemblée parlaforce armée envoyée par Buonaparte* 
Talot no lui pardonna pas d'avoir lait dustiîiier les gé- 
néraux Buonaparte et Masséna. Il a été condamné à la 
déportation le 18 fructidor. Embarqué à llochefort, il 
s'est échappé de la Guyane, le 4 j"in 1798, sur une 
pirogue, avec Pichegru , etc. Arrivé à Démérary, il 
mourut de chagrin à l'âge de quarante-neuf ans. 

Audouin {Pierre- Jean. ^ — A été l'un des plus chauds 
partisans de la révolution ; il fit un journal , à qui il 
donna le titre modeste àe Journal Universel, Il se qualifia 
de sapeur au. bataillon des Carmes. Ainsi ^ armé d'une 
feuille incendiaire et d'une hache , il devait être la ter- 
reur de tous les contre - révolutionnaires. Il devint 
bientôt plus terrible; il se fit donner par le départe- 
ment de Seine-et-Oise la qualité de député à la Con- 
vention Nationale. Il se prononça contre l'appel au* 
peuple , vota la mort , et contre le sursis ; il était au? 
haut de la montagne , lançait ses faudres contre les 
Girondins (parti qui avait voulu nationaliser la répu- 
blique ). L'affaire du 9 thermidor étourdit notre homme 
universel. Aussi ^ le 14 septembre 1794 j il ^^^^ la mal- 
adresse de proposer de s'occuper des lois organiques d©^ 
la constitution. Les Montagnards l'accablèrent de re* 
proches. Il chercha à se justifier dans une lettre qu'il 
rendit publicpie , fit amende honorable au crime par 
lui commis d'avoir voulu faire cesser le régime révolu- 
tionnaire. 'Il fut gracié. Passé au Conseil des Cinq 
Cents , il vota l'établissement de la loterie, et demanda 
une amnistie en faveur des péchés révolutionnaires. 
Le 19 fructidor il brûla force encens sur l'autel du 
directoire , qui avait fait main basse sur les députés 
royaux. Il proposa la suppression du clergé de la Bel- 



giqiie et la rente de ses biens. N'étant pins ni jour- 
naliste, ni sapeur, ni député, il entra dans les bureaux 
du ministre de la police. Vint le 18 brumaire ; il se mit 
écrivain au Journal des Hommes Libres ^ qui , à cause 
de son naturel toujours démagogique , fut supprimé. 
II remua, obtint la place de commissaire des relations 
extérieures à Napoli^ à Romani. Il a repris le métier 
d'auteur. 

Audrein. — Prêtre, grand prédicateur, vicaire-épis- 
copal de l'évêque constitutionnel du Morbihan. Il 
avait été préfet d'études au collège de Louis-le-Grand.^ 
Au nombre de ses élèves était Robespierre. Dé- 
puté du Morbihan à la Convention Nationale , il devait 
s'occuper principalement d'une bonne organisation sur 
l'instruction publique. Il s'avisa , le i5 octobre , de 
citer l'ambassadeur d'Espagne comme entretenant 
des intelligences avec les ennemis de la constitution. 
Le 3 novembre , il proposa de pnver les prêtres inser- 
mentés d'une partie de leur traitement. Envoyé aux 
prisons pour arrêter les massacres des 2 et 3 septembre , 
avec quelques députés , tous revinrent , sans avoir eu 
le courage d'empêcher ces exécutions dites populaires y 
et de faire arrêter les assassins. Il vota pour l'appel au 
peuple , la mort du roi , avec la condition d'examiner 
s'il est expédient ou non de différer , et pour le sursis. 
Il sortit de l'assemblée. En mai 1798 il y eut à Notre- 
Dame une réunion de prêtres assermentés ; ils vou- 
lurent tenir un concile. L'abbé Audrein prêcha , dé- 
plora la mort de Louis XYI (à laquelle il avait coopéré). 
Ses confrères le nommèrent évêque de Quimper. Le 
chef de chouans (Lecat) , à la tête de sa troupe, arrêta 
la diligence qui conduisait le nouvel évêque de Morlaix 
à Quimper. Il pria seulement l'abbé Audrein de sortir» 
lui demanda s'il n'était pas cet Audrein , député , qui 
avait voté la mort du roi. Il répondit fièrement oui. 
Vous allez subir la peine àix. talion 5 il fut frappé , il 
mourut. 

AyraL — Député à la Convention Nationale par le 



( 'O 

département de la Haute-Garonne, vota pour l'appel 
au peuple , la mort du roi, et contre le sursis. 

Azénta. — Etait homfrlê de loi dans le chef-lieu dii 
département de TAnde 5 il fut député à la Convention 
Nationale, Vota contre Tappel au peuple, la mort , et 
contre le sursis. Il a été juge au tribunal civil de Pa- 
itïiérs 5 revenu à Paris , il iréquen tait souvent le palais 
de Cambacérès, Diôtel du ministre de la police. Il est 
employé dans l'une des administrations supérieures, à 
Paris. 



B. 

Batlhe. — Député des Bouclies-du -Rhin, vota pour 
î'appel, la mort et contre le sursis. 

Balland, — Député des Vosges, vota pour l'appel, 
îa détention et le bannissement à la paix 5 la mort, 
néanmoins , si le peuple la demande 5 et pour le sursis. 

Baillciil. — Né à Bordeaux, près le Havre, ilse fit rece- 
voir avocat , plaida un peu au Havre. Il fut nommé par 
le département de la Seine -Inférieure à la Conven- 
tion. Il vota pour l'appel au peuple, la détention 5 il 
était malade lors du vote sur la question du sursis. Le 
8 février il demanda qu'on recherchât les principaux 
auteurs des massacres de septembre. Il fut proscrit au 
3i mai. Arrêté en octobre 1798, il fut traduit au tri- 
bunal révolutionnaire 5 il ne fut pas jugé. Rentré dans 
Je sein de la Convention, lé 8 décembre 1794? i^ sol- 
licita le rapport du décret qui avait mis hors la loi les 
soixante-treize députés. Il fit mettre en liberté le peintre 
David . arrêté comme complice de Robespierre. Le 
10 février, il attaqua la Montagne pour des faits anté- 
rieurs au 9 thermidor. Le 5 avril 1795 , il provo- 
qua l'arrestation des députés Choudieu, Duhem , 
Chasles, etc., comme auteurs de l'insurrection du 
12 germinal. Le 5 juillet, il entra auéôtoité de s](^reté 



( «5 ) 

générale ^ et vota la création d^une commission ex- 
traordinaire pour prononcer sur les terroristes dé- 
tenus ; il fit jouer le réveil du peuple dans Passeinblée , 
en demanda Tépuration , désigna les proconsuls 
dignes d'être frappés, demanda le rapport dti décret 
cju'il avait fait rendre lui-même en faveur des terro- 
ristes. L'un de ses collègues lui demanda s'il voulait 
mettre la Convention en coupe réglée. Il fit traduire 
M. Cormatin et plusieurs chefs de chouans devant 
nn tribunal militaire. Le ii vendémiaire (3 oc- 
tobre 1795) , Bailleul dessina son caractère 5 il tonna 
contre les meneurs des sections qui voulaient nommer 
les députés sortans delà Convention. Il vota le main- 
tien de la loi qui excluait les parens d'émigrés, des 
fonctions publiques. Le 3 juin, il dit des injures à Tar- 
bé , qui avait traité d'infâmes les décrets rendus contre 
les Colonies. Il défendit toutes les mesures anticonsti- 
tutionnelles du Directoire. Il dénonça la rentrée des 
émigrés du Bas-Rhin 5 défendit les sociétés populaires 5 
prit le parti des jacobins qu'on traitait de terroristes , 
et accusa les royalistes des assassinats réactionnaires. 
Enfant perdu du Directoire , il publia , dans l'intérêt 
de ses pères, peu de jours avant le 18 fructidor, une 
déclaration à ses commettans'^ rien n'était sacré pour 
lui ; la majorité des conseils était royaliste , ses col- 
lègues étaient coupables de trahison , la vengeance 
nationale devait frapper leurs têtes \ tel était son avis. 
Il faut dire que peu de tems avant la publication de ce 
pamphlet inconsidéré, Bailleul était venu dans son dé- 
partement, sous le prétexte de visiter sa famille; que 
passant par Rouen , il fut vivement attaqué par le ré- 
dacteur de V Observateur et du Kéveil-matiny dans les 
couleurs de ses opinions , dans la versatilité de sa po- 
litique, et dans la fermeté de ses calculs en finances j 
échodel'opinion publique, le journaliste leva le masque 
du député. Il revint à Paris , et fit le 18 fructidor avec 
les chefs de files aux ordres du Directoire. Il s'établit 
rapporteur de la conspiration royaliste , il força la Con- 
vention à déporter plusieurs députés et beaucoup de 
journalistes. On se doute bien que M. Robert , 



( '4) 

ûvocat, et rédacteur de V Observateur et du Ré0eî/-ma- 
tin , fut désigné et proscrit comme un agent du Roi ^ 
conspiratevu' hardi et digne du dernier supplice. Il se 
glissa dans le comité des finances : quelques compa- 

fnies s'en firent leur ami. L« i6 janvier 1798, il fit 
riger un monument à l'honneur du 18 fructidor, do 
cette journée fatale dont l'insuccès a retardé le retour 
des Bourbons. <c Des conjurés, disait-il, se sont in- 
troduits, au nom du Roi, dans cette enceinte; ils se 
firent ignominieusement chasser : malheur aux traîtres 
qui voudroient rétablir la royauté! 5) C'est lui qui a fait 
imposer le tabac. Il a fait fiiire les scissions dans les 
assemblées , annuUer les élections qui n'étaient pas 
dans l'esprit anarchique 5 avant la crise du li^juin 1799? 
Bailleul, largement récouipensé de ses soins parle Di- 
rectoire où il était jour et nuit, voulut conjurer l'orage 
qui devait éclater sur sa tête; il fut interrompu, cons- 
pué. Le Directoire lui fit faire une brochure contre 
ses collègues, ayant pour titre. Sur les finances et sur 
les factions considérées comme cause du discrédit ac" 
tuel et de la misère du peuple. Il disait : Je crains plus 
les Russes du Corps-législatif que ceux qui sont aux 
frontières. Les trois directeurs tombent, Bailleul 
rampe; il ne vient plus à l'Assemblée. Après le 18 bru- 
maire il tombe dans le Tribunal, parle sur les finances; 
il est éliminé : il attaque devant les tribunaux Fantin- 
Désodoars , qui, dans son ouvrage sur le 18 fructidor, 
a publié , sur son compte, des vérités qui l'offensent. Les 
parties sont mises hors de cour ; Bailleul est éconduit 
par les huées des auditeurs. Il est maintenant directeur 
des Droits-réunis à Amiens. 

IBailly (^de Juilly ). — Député de Seine-et-Marne, 
ancien oratorien, vota sur la question de l'appel au 
peuple, en ces termes : ce Citoyens, je n'examinerai point 
dans ce moment si vos CQinmettans vous ont déféré des 
pouvoirs judiciaires; mais je voua citerai un fait. Dans 
l'Assemblée électorale du département de Seine-et- 
Marne , lorsqu'on eut nommé les députés à la Conven- 
tion nationale, on était si persuadé qu'ils ne seraient 



( ,5) 

pas les juges de Louis XVI, qu'en procédant à la MO* 
minalion du haut-jury , on eut soin d'inviter les élec- 
teurs à ne choisir que des patriotes fermes et intrépides^ 
parce que Ton dit qu'ils avaient à juger Louis Capet* 
D'après ce fait , dont je prends à témoin mes collègues, 
convaincu que la seule mesure de légaliser la marcha 
que nous avons suivie jusqu'ici, est la sanction du 
peuple , je dis Oui. 3) Il opina pour la détention et le ban- 
nissement du Roi deux ans après la paix 5 il se déclara 
pour le sursis. Envoyé à Strasbourg, il chassa des fonc- 
tions publiques tous les suppôts de la terreur. En août^ 
Dubois-Crancéfituu discours véhément contre les roya- 
listes , et fit un appel au patriotisme de la montagne.' 
Messieurs de la ci-devant montagne, dit Bailly, vous 
n'êtes pas encore les maîtres. Il regarda la mesure d'ar- 
rêter tous les prêtres insoumis, comme injuste, impoli- 
tique 5 il a été compris, comme clichéen, dans la loi 
du 18 fructidor. Malès observa qu'ilavait prêté serment, 
et le fit rayer de la liste des proscrits. Pvéélupar son dé- 
partement en 1798, il fut accusé de royalisme par Gau- 
rauj après le 18 brumaire il a été préfet du Lot. 

Balla, — Député du Gard. Vota pour l'appel , la dé- 
tention de Louis, et son bannissement quand la sûreté 
publique le permettra , et pour le sursis j il est l'un de» 
juges du tribunal civil de Levigau. 

Bancal, — Etait notaire à Clermont-Ferrand , il fut 
député à la Convention par le département de Puy-de- 
Dôme. Au irj septembre il s^opposa à la réunion de la 
Savoie à la France: il voulait qu'on la laissât libre de se 
gouverner comme elle l'entendrait*, il prétendit que la 
Convention n'avait pas le droit de juger Louis XVI , il 
vota pour l'appel au peuple, puis la détention, comme 
otage, sous la condition de répondre, sur sa tête , de 
l'invasion du territoire français par l'ennemi , le ban- 
nissement à la paix 5 il opina pour le sursis. Il fut l'un 
des députés envoyés près Dumouriez et livré par ce 
dernier aux Autrichiens *, il fut échangé, avec ses col- 
lègues , à Bàle , en décembre 1795, contre Madame 
Royale, aujourd'hui épouse de Monseigneur le duc d'An- 



(;6) 

goulême. Disons-le : C'est à cette circonstance vraiment 
miraculeuse que la France doit le bonheur de revoir la 
fille respectable de l'infortuné Louis XVI. Il entra au 
conseil des Cinq Cents le i*"^ janvier suivant ; on ne le 
vit à la tribune que pour demander le rapport de cette 
loi immorale qui permettait le divorce pour incompati- 
bilité d'humeur, et la suppression des maisons de jeu 
et de débauche. Il sortit du conseil en 1797. 

Bar, — Avocat à Thionvilîe , il fut député par le 
département de la Moselle. Il prit séance à la Mon- 
tagne , vota contre l'appel , sous le prétexte qu'il ne 
voulait pas voir son pays désolé par la guerre civile; la 
mort du Roi, et contre le sursis. Envoyé à l'armée du 
Nord, il soutint le système jacobite. Vers la fin delà 
session conventionnelle , il demanda la suspension de 
toute radiation de la liste des émigrés. Il sortit du con- 
i^il des Anciens en 17975 il fut nommé commissaire du 
Directoire près le tribunal du départementdu Bas-Rhin ; 
il revint, ini an après , dans ce même conseil. Les Con- 
suls le nommèrent président du tribunal civil de Thion- 
vilîe. Il est mort. 

BarbarouJc, -^ZenriQ , mais ardent. Le sang des Pho- 
céens , disait-il souvent, bouillonne dans mes veines. 
Il se met à la tête de quelques misérables, part pour 
Paris, y forme des connaissances qui voulaient établir 
leur puissance sur les cadavres de la famille Bourbon. 
Il arme ses confrères , promet secours aux conspira- 
teurs. Il marche le 10 août contre le château des Tui- 
leries. 

Cette fatale expédition lui vaut le triste honneur 
d'être nomnié par Iç département desBouches-du-Rhône 
il la Convention na!tionaIe. Il dénonce , non pas san§ 
fondement, la commune de Paiis de vouloir tout dé- 
sorganiser, la dictature de Robespierre, et toutes les 
factions présentes et futures. (Robespierre le voit, mé- 
dite sa projet iption.) Le 10 octobre il accuse Tallien , 
Panis, Délbrgues, Xîobespierre, Marat, Pétion et les 
autres membres de la commuiiejd''avoirfait disparaître 



_ ( 17 ) 

«ne grande quantité d'argenterie et un million cent 
mille francs en or. C'est avec cet argent que les ban- 
dits et les tricoteuses appuyaient les motions sangui- 
naires , tant à la Convention qu'aux Jacobins. 11 vota 
pour l'appel au peuple , tout en disant que le tyran lui 
était odieux, qu'il avait fortement coopéré à le renver- 
ser du trône, et qu'il prononcerait contre lui la peine 
la plus sévère 5 en effet, il vota la mort, et s'opposa 
au sursis. Après il dénonça Marat , Ilobespierre , le 
parti Orléans, les Jacobins distribuant les places à 
neuf mille d'entr'eux. Il fut proscrit au 3i mai. Il 
échappa à la surveillance de ses gendarmes, alla à 
Caen, où il s'amusait, dans l'hôtel de l'Intendance, à 
se faire attacher les mains derrière le dos, pour voir 
s'il marcherait droit quand le bourreau le conduirait 
à l'échafaud. Il avait beaucoup de fougue , mais pas 
de jugement. Il partit de Caen avec les habitans armés 
de Quimper j là, il s'embarqua pour se rendre à Bor- 
deaux, où il a été guillotiné, le 2.5 juin ly^^. 

Il n'est pas vrai qu'à Caen il ait connu les projets de 
Charlotte Corday, qui a tué Marat. 

Barety, «—Nommé à la Convention nationale par le 
département des Hautes-Alpes, il vota pour l'appel au 
peuple, la détention, l'exil à la paix, pour le sursis. 

Barrère {de Vieuzac). — Né à Tarbes, et avocat au 
parlement de Bordeaux , est sorti de sa plume l'Eloge 
de Louis XII. Député aux Etats-Généraux par la sé- 
néchaussée du Bigore, il rédigea un journal ayant pour 
titre : Le Point du Jour. Le 2.\ août, il s'éleva contre 
le roi , qui se permettait d'émettre son opinion sur le 
projet de constitution. Suivant lui , il n'avait que la 
faculté d'y accéder. 11 vota pour que les parlementaires 
qui protestaient contre les décrets fussent poursuivis 
comme coupables de forfaiture 5 il provoqua l'érection 
d'un monument sur le terrein de la bastille. Le 9 mai , 
il fit ordonner la vente des domaines de la couronne. 
Lors du départ du roi, il fit apposer les scellés sur tous 
les bâtimens de la liste civile. Le y juillet , il appuya 
un projet de loi contrôles émigrés; il fut d'abord Feuil- 



( 18 ) 
lant, ensuite Jacobin. Ouïe nomma juge de la Cour 
de Cassation. 

Elu député à la Convention Nationale par Je dépar- 
tement des Hautes-Pyrénées , le lo octobre , il dénonça 
Ja commiiue de Paris , comme voulant influencer ia 
(iOur : il faut , disait-il, abattre le monstre de Panar- 
<îhie , dont la tête s'élevait au sein de cette municipa- 
lité. Barrcre fît passer à l'ordre du jour sur les premières 
accusations des Girondins contre Robespierre , il excusa y 
aux Jacobins , les massacres de septenibre aux prisons. 
Il dit à Brissot , du haut de la tribune : Jugeons promp- 
Itement Louis le traître 5 Paibre de la liberté ne pourra 
jamais croître, s'il n'est arrosé du sang d'un tyran. 
C'est lui qui , le 11 décembre, fît subir le premier in- 
terrogatoire au Roi. Sur la question de l'appel au peuple, 
il fit un discours mielleux , subtil , l'art voulut en im- 
poser à la raison : il vota contre. Il prononça la mort 
et se déclara contre le sursis 5 il fît l'adresse au peuple 
pour le féliciter sur la mort du tyran. Il flatta les deux 
partis ({ui se montrèrent à découvert avant le 3i mai. 
Les Montagnards triomphèrent : Baîière écrasa les 
Girondins. Le 2 juin il poussa la duplicité , jusqu'à 
inviter ses collègues (an ti- jacobins) à donner leur dé- 
mission , faire déclarer Paoli traître à la patrie , accu- 
ser Cusline , faire un manifeste contre PAngleterre , 
provoquer l'expulsion des Anglais de France , ordon- 
ner l'incendie des lieux occupés par les Vendéens , la 
confiscation des biens des condamnés , l'expulsion des 
Bourbons, le jugement de la reine , la destruction des 
tombeaux des rois de France à Saint-Denis, l'incendie 
de l'arsenal d'Huningue , la peine de mort contre tout 
homme déguisé en femme , contre les fausses pa- 
trouilles , la levée en masse des Parisiens , la réquisi- 
tion de dix-huit à vingt-cinq ans, la confiscation des 
propriétés françaises appartenantes aux Espagnols , 
l'arrestation des acteurs du Théâtre-Français , et de 
François (de Neufchâteau) , auteur de Paméla ; la 
création d'une armée révolutionnaire , le paiement d'un 
salaire aux pauvres qui assistent aux sections, la peine 
de mort contre les alarmistes^ la déportation de tout 



Fiançais qui, depuis le 12 août 1792 j ne s'est pas 
montré patriote 5 la destruction de la ville de Lyon , le 
rapport du décret qui donnait à un député le droit 
d'être entendu avant d'être décrété d'accusation 5 l'ar- 
restation de Danton , la mise à mort des prisonniers 
anglais et hanovriens , l'ajournement de l'accusation 
contre Lehon , qui n'avait employé que des formes ua 
peu acerbes 5 avouer qu'on battait monnaie sur la place 
de la Révolution (en guillotinant les hommes de bien) 5 
faire trop mousser nos victoires , comme disait Saint- 
Just 5 enfin , faire toutes sortes de carmagnoles. Voilà 
les grands services rendus par Barrère à notre pauvre 
existence. Il ne s'est mal avisé qu'une fois , c'était d© 
faire l'éloge de Robespierre la veille de sa chute , et 
le lendemain de chanter la palinodie. Le 25 août y 
Lecointre (de Versailles) dénonça Barrère comnie com- 
plice de tous les crimes imputés à Robespierre. Le 
26 décembre, on ordonna l'examen de sa conduite et de 
celle de ces anciens membres /?e/"/w a «e//5 des comités de 
Salut public et de Sûreté générale. Le 2 mars 1795 , ils 
fiuent décrétés d'arrestation 5 le 23 ils commencèrent 
leur justification : leurs frères et amis firent un soulève- 
ment en leur faveur , le i^"" avril. Cette révolte contrai- 
gnit la Convention à lesdéporterj on les envoya en prison 
à Rochefbrt , en attendant le moyen de les transporter 
à Cayenne. Le 24 mai , seconde levée de boucher eu 
leur fiiveur ; un décret les traduisit devant le tribunal 
criminel de la Charente Inlerieure. Le courrier arriva 
trop tard , Billaud-Varennes etCollot-d'fierbois étaient 
en mer : Barrère était seul resté à l'Ile d'Oléjon. Pouc 
cette fois , dit Boursault, il a oublié de prendre le vent. 
Il fut transféré à Saintes 5 il s'échappa i\q^ prisons de 
cette ville. Après le 18 brumaire , il s'adressa à Buona- 
partequi le rappela, ainsi que \^s proscrits du 18 fruc- 
tidor. 11 a fait, pendant quelque temps , un journal 
ayant pour titre : Mémorial Anti-Britannique , qui est 
tombé 5 il fait maintenant des ouvrages et des articles 
de journaux dans Paris, où il réside. 

-Ba/'/-a5( vicomte).— Né à Fohempoux j en Provence ^ 



( 20 ) 

^'iiTie famille noble, aussi ancienne que les rochers c3e 
Provence , iiit reçu sous-lieutenant au régiment de 
Languedoc ; il fit un voyage à l'Ile-de-France , dont 
un de ses parens était gouverneur 5 il passa dans le 
régiment de Pondichery ; il a servi sur Tescadre de 
M. de Suffren et au Cap de Bonne-Espérance. Il avoit 
le grade de capitaine quand il est revenu en France. 
La révolution préparée par les économistes éclata. On 
rassembla les ordres. — Barras se mit parmi le tiers- 
ëtat, en déclamant contre la Cour. Le 14 juillet il 
attaquait la Bastille , le 10 août il assiégeait le château ; 
pendant la nuit le jeu et les femmes étaient ses passe- 
temps. En 1792 , il fut nommé jury de la haute cour 
d'Orléans 5 enfin député à la Convention par le dépar- 
tement du Var , il rejeta l'appel au peuple , vota la 
mort de son roi , et ne fut pas d'avis du sursis. En oc- 
tobre 1793 j il ^ut envoyé avec Fréron dans le midi. 
Marseille s'était insurgée contre le 3i mai, auquel 
Barras prit la plus grande part 5 Barras se porta vers 
Toulon, au moment où cette ville avait été livrée aux 
Anglais. Il se sauva des mains des insurgés à Pignant, 
s'embarqua à Saint-Tropez, arriva à Nice, fit arrêter 
le général Brimet, qu'il supposa , de concert avec le 
contre-amiral Trogoffj avoir remis Toulon aux Anglais. 
Il observa toutes les opérations du siège de la place 5 
les seuls honnêtes gens qu'il trouva j écrivait-il à la 
Convention , étaient les galériens. Buonaparte avait été 
i'un des officiers qui essayèrent de prendre le fort 
Pharon 5 ses efforts donnèrent lieu à Barras et à Fréron 
de le nommer général de brigade, Toulon fut repris, 
ils se rendirent à Marseille 5 dès leur arrivée, ils affi- 
chèrent une proclamation à la date du 12 octobre, dans 
laquelle ils disaient : « Aristocrates , il ne suffira plus 
d'avoir de l'or pour acheter impunément le droit d'être 
scélérat 5 qu'ils tremblent tous les oppresseurs de la 
patrie ! la terreur est à l'ordre du jour 5 il ne suffira 
plus , pour jouir avec ingratitude des bienfaits de la 
révolution , d'être modéré , accapareur ou section- 
naire, nous ne voulons que des républicains : sauver 
Marseille et raser Toulon ^ voilà le but de nos travaux. 



(21) 
A Barras et Fréron se joignirent Salicetti et Ricord 5 
ces quatre enragés prirent, le 27 décembre 1793, un 
arrêté portant que Marseille changera de nom 5 que 
provisoirement elle sera sans nom^ que les repaues où 
se tenaient les assemblées des sections et du comité 
général , seraient rasés , et planté poteau rappelant leur 
révolte. Une commission militaire fut organisée. Louis, 
âgé de 20 ans , en fut nommé président 5 il effaça son 
nom par celui de Brutus. Ses complices furent Lefebvre, 
Tliiberge et Lépine. En dix jours , cette commission a 
fait périr 160 personnes. Tout le midi était rouge du 
sang de l'innocent. L'émigration fut considérable ^ 
les enfans mouraient de faim et de misère , parce qu'ils 
n'avaient plus ni père , ni bienfaiteurs. Robespierre 
avait pré paré l'acte d'accusation contre Barras et Fréron^ 
pour l'avoir surpassé en mesures révolutionnaires. 
Ceux-ci profitèrent du mouvement d'indignation du 
8 thermidor , spontanément développé par la majorité 
des conventionnels présens , contre les tyrans du co- 
mité de Salut Public, pour abattre les têtes du dictateur 
et de ses licteurs. Barras est nommé commandant de la 
force armée qui a fait le siège de la Commune et s'est 
emparé des monstres en première ligne. Le lendemain, 
il se démit de sa puissance militaire , dénonça Moyse 
Bayle et Granet , comme auteurs des troubles du midi, 
Granet et Escudier le dénoncèrent à leur tour comme 
dilapidateur. Le \^^ avril il marcha contre les révoltés 
des faubourgs, et lé 20 mai, contre les insurrection- 
naires qui voulaient décimer la Convention. En ven- 
démiaire Barras eut encore le commandement des 
troupes contre les sections ; il s'adjoignit Buonaparte , 
qui était sur le pavé de Pans: le voilà directeur^ les 
plaisirs l'emportèrent sur les affaires publiques 5 il en- 
leva à Carnot le portefeuille de la guerre , ne rêva , ne 
pensa que Buonaparte , qui peu de temps avant était 
son mamelouck , couché à l'entrée d'une porte de sou 
appartement au troisième , donnant sur le restaurateur 
Véry au Palais-Royal ; il le fit général , l'envoya en 
Italie, le rappela à Paris pour l'aider à faire le 18 fruc- 
tidor et à éloigner Carnot 5 il régna en maître jusqu'au. 



( ^2 ) 

i8 juin 1799 5 i^'" ^^^ Sicyes arriva an flirectoire. Dupe 
de Buonaparte, que Sleyes fit revenir en France, il 
flonna sa démission le lendemain du 18 brumaire 5 il 
.se retira à Gros-Bois , vendit cette terre , se confina à 
Bruxelles 5 il vit maintenant avec nne grande fortune 
et au milieu des plaisirs, dans le midi. 

Barrot. — Etait juge au tribunal de Langogne, quand 
il fut nommé député par le département de la Lozère à 
la Convention nationale. Il ne parut (jue trois fois à la 
tribune , pour voter l'appel au peuple , la déportation 
de Louis , de sa femme et de ses deux enfans, à titre 
de mesure de sûreté générale , dans une de nos îles la 

Î)lus inaccessible , à l'époque qui sera déterminée par 
a Convention. lis y seraient gardés par un corps de 
Parisiens et de fédérés, jusqu'à ce que cette mesure soit 
jugée utile. Il fut d'avis du sursis ; il passa au Conseil 
des Anciens , par la voie de la réélection convention- 
nelle 5 il en sortit au 21 mai 17975 il fut appelé au 
Corps-Législatif en 1799; il est maintenant employé 
dans l'une des administrations supérieures, à Paris. 

Barthélémy. — Etait avocat au Puy en Vêlai. Il 
crut voir dans l'état militaire plus d'avantages qu'au 
barreau. Il s'enrôla volontairement dans les canoniers 
du Puy. Il fut créé l'un de leurs lieutenans. Les élec- 
teurs de la Haute-Loire le nommèrent député à la 
Convention nationale. Là, il vota contre l'appel au 
peuple, la mort de Louis XVI, contre le sursis. Peu 
de tems avant le i3 vendémiaire, il se démit, et le 
Directoire le nomma son commissaire dans son dépar- 
tement. 

Bassal. — Etait de la congrégation de la Mission; 
en 1790 il fut nommé curé constitutionnel dans la 
paroisse de Saint-Louis^ à Versailles. Le département 
de Seine-et-Oise le porta à l'Assemblée législative. 
En mars , il demanda qu'on pardonnât les crimes épou- 
vantables de la Glacière d'Avignon 5 en mai, il provo- 
qua le décret d'accusation contre M. deBrissac, com- 
mandant de la garde du Roi. A la Convention, il 
▼ota contre Pappel au peuple j pour la mort du E.oi , et 



contre le sursis. Il donna asile à Marat , poursuivi par 
La Fayette; tut luii des chauds pai leurs aux Jacubius ; 
il fut chargé d'espionner les opérations diplomatiques 
tie Tambassadeur Barthélémy. Après la sessioi] de la 
Convention j il se fit seciétaiie du général Chanipion- 
liet. En 1798 il fut nommé secrétau'e du consulat^ à 
Jlome 5 il fut traduit devant un conseil de guet re , à 
Milan, comme prévenu de dilapidation ^ il ne fut pas 
jugé. Il mourut à Paris en i8os4. 

Batelier, — Député par le département de la Marne, 
prit place à la Montagne. Il vota contre l'appel au 
peuple, la mort, et contre le sur'îis. Il eut la mission 
de surveiller spécialement la fabilcation r^'armes éta^ 
blie à Meudon. Après le <) thermidor il fit souven* 
tles voyages , incognito , dans plusieurs villes de son 
département, et sur-tout à Yitry. Là il soufEait le feu 
du terrorisme, et ralliait sous la bannière révolution- 
naire les frères dont la révolution thermidorienne 
avait ébranlé le courage , éclairé les esprits. N'étant 
plus conventionnel, il fut nommé par le Directoire 
son commissaire dans le département de la Marne. Il a 
été nommé ensuite procureur impérial -^vès le tiibuual 
civil de Yitry. 

Baudiîi, — Né à Sedan. Député du département des 
Ardennes à l'Assemblée législative, puis à la Convention 
nationale, vota pour l'appel au peuple, la réclusion 
et la déportation à la paix, pour le sursis. Il est mort 
avant le 18 brumaire, de satisfaction d'apprendre cjue 
Buonaparte était débarqué à Fréjus. 

Baudot, — Etait médçcin à CharoUes. Député du dé- 
partement de Saone-et-Loire , il vint grossir le nombre 
des dénonciateurs. Il commença par demander le décret 
d'accusation contre MM» de Dillon , Maury, Cour- 
voisier et Choiseul-Gouffier , vota contre Fappcl au 
peuple, puis la mort du roi dans les vingt-quatre heures, 
et contre le sursis. Il était en mission à Toulouse , 
quand on apprit la journée du 3i mai. Il crut prudent 
de se retirer 3 les Toulousains prenaient une attitude^ 



( 34 ) 
qui ne convenait pas à l'enfant gâté de la Montagne, 
Il rentra dans FAssemblée, il fit déclarer que tous 
ceux qui nç sortiraient pas dans trois jours des villes 
rebelles , seraient réputés émigrés. Il oublia de désigner 
les vastes champs où se parqueraient ces émigrans. Il fit 
convertir toutes les cloches en canons. Il alla à Mon- 
tauban, dans le département des Pyrénées occiden- 
tales. Haute -Garonne et Gironde, pour épurer les 
autorités , prit toutes sortes de mesures contre les émi- 
grés, les prêtres, les fédéralistes, etc. En arrivant à 
Bordeaux, lui et le prêtre Isabeau , son collègue, furent 
hués par le peuple, qui avait maudit le Bi nicii. La 
municipalité leur donna à souper et les fit garder à 
vue, pour les empêcher de communiquer avec la sec- 
tion de Franklin, toute Jacoblte. Ils se retirèrent à la 
Iléole; les citoyens les rappelèrent à Bordeaux. Ils y 
organisèrent une armée de deux mille révolutionnaires, 
tous paysans, à qui ils avaient promis le pillage. Ils 
avaient envoyé, pour les précéder, deux émissaires 
auprès de la section Franklin , afin de mettre la terreur 
à Pordre. Un municipal reconnaît, dans les avant- 
coureurs, un échappé des galères. Il l'arrête, le met 
à nu et fait voir ses épaules empreintes des lettres gaL 
Ils furent înis en prison 5 mais Baudot et Isabeau les 
firent sortir. Ils forment quatre mille Bordelais en 
armée révolutioimaire, en jetant des assignats sur 
tous les pavés. Ils créent une commission militaire , 
font porter le buste de Marat en procession , font arrêter 
les riches négocians et les hommes éclairés de la ville. 
Le peuple mourait de faim. Les proconsuls vivaient 
en Lucullus. Un turbot acheté au marché fut pris et 
mis en réquisition pour eux. On guillotina le maire 
Saige , tons les parens du député Guadet. Baudot avait 
écrit de Bordeaux le 21 juillet 1790 : ce Guillotinez tous 
les aristocrates, w Le 2 novembre , il écrivait : ce Le 
maire , riche de dix millions , n'est plus ; tous les 
auteurs de la rébellion sont tombés sous le glaive de 
la loij il faut que le sabre soit toujours levé et im- 
prime wnQ terreur salutaire. 5) De retour à Paris, il 
alla recevoir les compliraens des Jacobins^ pour raison 



(35.) 

de ses bonnes opérations. Il fut envoyé à l'armée du 
Rhin-et-Mosellej mêmes principes, beaucoup d'arres- 
tations. Décrété d'arrestation à la suite des événemens 
du 1*' prairial (20 mai \rj()5^, il a été conduit au 
château de Ham. Il a été amnistié le 26 novem- 
bre 1795. Il est conseiller à la Cour royale de Dijon. 

Baudran. — Député de Plsère à la Convention na- 
tionale, vota contre l'appel au peuple, la. mort, et 
contre le sursis. Il fut désigné , par le sort , comme 
partie de la commission chargée d'examiner la con- 
duite de Carrier : il se prononça contre lui. Après lô 
18 brumaire il a été nommé président du tribunal 
civil de Vienne. 

Bayle {^Moyse), — Nommé à la Convention natio- 
nale par le département des Bouches-du-Rhône, il 
vota pour l'appel au peuple , la mort dans les vingt- 
quatre heuies, et contre le sursis. C'était l'un des plus 
actifs montagnards 5 toujours au comité de Sûreté gé- 
nérale , il ne signait que des mandats contre les aristo- 
crates et pour la liberté àes patriotes. Il a été le complice de 
tous les chefs de faction : aussi il déclara, le 20 mars 1 795, 
qu'il ne séparait pas sa cause de celle de Collot-d'Her- 
bois, Banère et autres, accusés de crimes qui ont fait 
frémir l'humanité. Décrété d'arrestation à la suite du 
soulèvement du 12 germinal ( 2 avnl 1795) , il s'est 
sauvé : il n'est reparu qu'après l'amnistie du 4 bru- 
maire (26 octobre). Il fut employé à la police, sous le 
ministère de Bourguignon 5 exilé après , le 24 dé- 
cembre 1800 , dans une commune éloignée. Il est ad- 
joint à l'une des municipalités de Marseille. 

Beauchamp. — Député de l'Allier; était absent, par 
commission , lors des appels. Il a été membre du Corps 
législatif en 1802. 

Beaugeard, — Député de l'Ille-et-Vilaine à la Con- 
vention nationale , vota contre l'appel , la mort de 
Louis XVI, et son exécution dans les vingt-quatre 
heures. Il a été nommé commissaire du Directoire 
près l'administration de son département ; il revint ^ 
en 1798, au conseil des Cinq-Cents. 



JiimuvaiS'Soint-Sauvc.ur ( on fie Prf^nyx\ — Médeein 
à Paris j juge de paix de la Croi.x-Koiige^ fut nommé , 
par le département de Paris j à la Législature. Il a 
lecn plusieurs fois des coups de bâton par ses co-sec- 
tionnaires. Nommé à la Convention par le même dé- 
partement j il fit, le 2.5 octobre 5 un rapport sur les 
secours à accorder aux victimes du lo aotit, et fit une 
soi tie violente contre le Roi. Il opina contre Pappel y 
vola la mort, et ne fut pas d'avis du sursis. Il fut em- 
prisonné à Toulon , lors de sa reddition aux Anglais j 
rendu à la liberté , il eut une mission pour l'Italie. 
Passant par Montpellier, il y mourut. Ses cendres 
furent déposées dans les archives de la Convention. 

Becker. — Juge de paix de son canton, il fut nommé 
h la Convention nationale par le département de la 
Moselle 5 vota contre l'appel, la détention peipétuelle, 
et le sursis. Après le ^ thermidor il fut envoyé à Lan- 
dau j signala les terroristes et rétablit le bon esprit. Il 
eut le coruage de dénoncer les crimes de Saint-Just etde 
Lebas , et de provoquer la rentrée des émigrés de 179^ y 
du Haut et Bas-Rhin. Il entra au con-seil des Anciens ^ 
et en sortit en mai 179B. 

Beffroi. — Né à Laon , officier de cavalerie , puis 
officier des grenadiers-royaux de Champagne. Député 
par le département de l'Aisne , il vota pour l'appel au 
peuple, la mort, contre le sursis. Il fiU accusé d'avoir 
destitué Buonaparte, lors de sa mission en Italie : il a 
été administrateur de l'hôpital militaire de Bruxelles. 

Belin. — Etait cultivateur à Guise. Député parle 
département de l'Aisne à l'Assemblée législative 5 Con«r 
ventionnel, a voté pour l'appel au peuple, la déten- 
tion de Louis XVI jusqu'à la paix , et sa mort en cas 
d'invasion \ pour le sursis. Il a été membre du con- 
seil des Anciens. Il est juge au tribunal civil de Laon. 

Bentabolle. Avocat 5 il a été député par le départe- 
ment du Bas-Rhin. Il regarda l'appel au peuple comme 
une mesure dangereuse 5 il vota la mort du Roi , et 



(27) 
contre le sursis. Le 8 rn.ii , il eut (le vives inquiétudes. 
Quand on connut les progrès rapides des royalistes de 
la Vendée, il proposa la formation d'une arrpée de 
quarante mille hommes , de tirer le canon d^alarme , 
de sonner le tocsin dans les départemens environnant 
Paris, et de cesser toules affaires civiles et criminelles. 
Après le oi mai, journée dans laquelle il contribua à 
faire la liste des proscrits, il proposa de mettre hors la 
loi le général Vv'impfen et tous les fédérahstes du Cal- 
vados , qui étaient sous ses ordres. A Ja fin d'août, il 
alla à l'aïwiée du Nord destituer le général Hédou- 
ville , comme ex-noble. Le 3 octobre , jour du décret 
contre les Girondins, il ne voulut pas qu'on permît à 
Ducos, Fonfrède et Vigée, membres de la commission 
des Douze, de parler pour leur défense. Aux Jacobins, 
il reprocha à Hébert de dénoncer le vertueux Chabot , il 
attesta le patriotisme de Hérault de Séchelles j il ne 
voulait pas qu'on poursuivît les crimes des a et 3 sep- 
tembre 5 se déclara , le 8 thermidor , contre Robes- 
pierre , fit adopter des mesures de justice en fàveiu- 
des détenus suspects. Alors il hésita sur la couleur 
qu'il donnerait à son opinion , et sur la place qu'il 
prendrait dans la Convention : il s'attacha au parti du 
plus fort. Le i6 octobre, il marqua quelques pas vers 
la saine politique, en s'opposant à ce que la Conven- 
tion décrétât la présuccession des parens d'émigrés 5 le 
5 novembre, il parla contre les Jacobins, qui provo- 
quaient le peuple à l'insurrection , spécialement contre 
Billaud-Varennes. La Montagne le rejeta comme nn 
habitant indigne et traître. Il dénonça l'Ami du Peuple^ 
par Lebois, successeur de Marat, et V Orateur duPeupf.c^ 
par Fréron 5 s'opposa à la rentrée des députés mis hors 
la loi, se plaignit de ce que des émigrés remplissaient 
des fonctions publiques, combattit les mesures propo- 
sées pour le jugement des terroristes*, fit mettre Buona- 
parte et Barras à la tête de la force armée au i3 vendé- 
miaire, pour réduire les sections en rébellion 5 réclama 
le réarmement des patriotes qui avaient défendu la 
Convention. Devenu membre du conseil des Cinq- 
Cents ^ grâces à la défaite des sections , qui pourtant 



(28) 

défendaient une cause juste , il fit charger le ministre 
de la police du travail des radiations d'émigrés, de 
venger l'assassinat Aes patriotes du Midi. En mai 1796 
il parla contre le message du Directoire annonçant la 
clôture de tous les ateliers de forfaits, appelés clubs et 
sociétés jacobites. En 1797 il donna , dans un duel , 
un coup d'épée à son collègue Goupilleau (de Fontenay). 
Le 19 août il reparla du million promis aux défenseurs 
<le la patrie. Il fut l'un des partisans du 18 fructidor \ 
il fit la motion de jeter un coup d'œil sur les comptes 
et la fortune de tous ceux qui avaient manié les de- 
niers de l'Etat, qu'il traita de dilapidateurs. Enfin , il 
mourut , dit-on , de chagrin de ne pas avoir été réélu 
à l'Assemblée, le 22 avril 1798. 

Béraud (^Marceliri). — Député du Rhône-el-Loire , 
vota pour l'appel , la détention , le bannissement à la 
paix , et pour le sursis. Il est sorti du conseil des An- 
ciens en 1797. 

Bergoing, — Médecin à Bordeaux, fut député , par 
le département de la Gironde, à la Convention^ il 
monta peu à la tribune, il était toujours armé contre 
les habitans de la Montagne : il vota contre l'appel au 
peuple , la réclusion du Roi, et pour le sursis. Membre 
de la commission des Douze (voir article Boyer-Fon- 
frède)^ il fut mis hors la loi par décret du 3 oc- 
tobre 1793 5 il s'échappa , alla à ISeuilly , et fut conduit 
dans la campagne par un commissaire des guerres , 
son ami. Il fut rappelé dans la Convention après le 9 ther- 
midor. C'est lui qui entra la nuit, dans la séance de 
l'assemblée, à la tête des troupes contre les révoltés de 
prairial, et les en chassa. Il trahit les sections' de Paris 
en vendémiaire , en s^entendant avec Barras pour les 
réduire 5 lié entièrement avec ce directeur, il contribua 
beaucoup à la fatale journée du 18 fructidor. Après le 
a8 brumaire , il donna, comme Barras, sa démission , 
pour ne pas être l'esclave du tyran Buonaparte. Il est 
mort. 

Bernard' Saint' Afrique, -^ Ministre protestant , dé- 
puté par l'A veyron , vota contre l'appel, la détention 



{ =^9 ) 

JuRoi àans un lieu sûr, jusqu'à ce que l'assemblée 
jugeât le bannissement convenable, et pour le sursis. Il 
passa au conseil des Anciens , y fut nommé président* 
Il en est sorti en 1798. 

Bernard'des-Sahlons, — Député du département de 
Seine-et-Marne, a été d'avis de l'appel, a voté la mort 
avec sursis jusqu'à l'acceptation de la constitution , et 
pour le sursis. Après la chute des Girondins , il donna 
sa démission 5 après celle de Robespierre , il rentra à la 
Convention. Il est sorti du conseil des Cinq Cents 
en 1798. 

Bernier. — Député de Seine-et-Marne à la Conven- 
tion, dit sur l'appel au peuple : Vous avez vous-mêmes 
déclaré que tout ce qui auroit rapport au sort général 
de la république, que tout ce qui pourrait influer sur 
la constitution serait soumis à la sanction ou à la ra- 
tification du peuple , j'ai la conviction intime que la 
décision que vous porterez sur Louis Capet aura une 
très-grande influence sur le sort général de la répu- 
blique, sur la constitution que vous proposerez. Je pro- 
nonce Oui, Il vota la détention jusqu'à l'acceptation 
de la constitution , moment auquel le peuple en dispo- 
sera suivant son intérêt. Il se déclara pour le sursis. Il 
fut envoyé àEvreux, ordonna le désarmement des ter- 
roristes , fut assailli de pierres par le peuple , qui arrê- 
tait le transport des grains , sortit du conseil des Cinq- 
Cents en 1799 9 et a été nommé , après le 18 brumaire ^ 
président du tribunal civil de Seine-et-Marne. 

Berthézène {^Jeari'^tienne^, Député du Gard à la 
Convention nationale, vota pour l'appel au peuple, la 
mort du Roi, avec sursis jusqu'à la tenue prochaine 
des assemblées primaires qui auront lieu pour la rati- 
fication de la constitution 5 ne vota pas sur la question 
du sursis. Il entra dans le conseil des Cinq-Cents, en 
sortit en 1797; le directoire le nomma son commis- 
saire; après le 18 brumaire, il fut membre du Corps- 
législatif. Il est tanneur à Saint-Jean-du-Gard. 



(5o) 

ment pour l'appel au peuple, puis la détention perpé- 
tuelle et le sursis. 

Bezard, — Député de l'Oise, débuta par demander, 
le 20 novembre 179^, qu'on exceptât les prêtres ma- 
riés de la déportation et de la réclukion, vota contre 
l'appel au peuple, la mort, et contre le sursis. C'est 
lui (jiù a fiait réintégrer, le 11 février 1794? la famille 
de Calas dans ses biens, et rétablir sa mémoire. Il fit 
rendre \\i\. décret, portan t que les j ugemens rendus contre 
les préties rebelles seraient exécutés sans appels , la 
confiscation des biens de ceux qui seraient bannis ou 
déportés 5 insista pour l'adoption du proj^et contre les 
prêtres réfractaires , et de celui présenté par Audouiii 
contre les parens d'émigrés. Après le 9 thermidor il fut 
envoyé dans la Yendée; le 24 mai 1796, il fit prendie 
nne résolution en faveur des héritiers des rebelles de 
l'Ouest, connus sous le nom de Chouans et de Ven- 
déens. Il a été nommé substitut du commissaire du di- 
rectoire près le tribunal de cassation 5 il est maintenant 
procureur impérial (royal) près le tribunal civil de Fon- 
tainebleau. 

Billaud- Varennes. — Etait avocat et ex-oratorien. 
Il est né à la Rochelle. En 1792 il se fit nommer 
substitut du procureur de la Connnune de Paris. Il a 
toujours passé poiu- avoir été l'un des directeurs des 
massacres de septembre 5 de s'être transporté au lieu 
d'exécution*, d'avoir dit à son peuple : «Immole tes plus 
grands ennemis, tu fais ton devoir >>, et d'avoir fait re- 
mettre aux égorgeurs les effets des victimes, avec vingt- 
quatre francs à chacun , pour valoir de gratification. 
Tous ces forfaits le rendirent digne de la confiance des 
électeins sans-culottes de Paris , qui le iionunèrenl à 
la Convention nationale. Trouvant que l'affairé de 
Louis XVI traînait en longueur, il proposa de briser 
le buste de Brutus , placé dans le lieu des séances. Cet 
illustre liomain , dit-il , n'a pas balancé à détruire un 
tyran , et la Convention ajourne la justice du peuple 
contre un roi ! Il vota contre l'appel au peuple , la 



(5i ) 

mort , et contre le sursis. Le 5 septembre , en parlant 
<lii décret d'accusation rendu contre les nnnistres Le- 
brun et Clavière , il s'écria : Il faut que le tribunal ré- 
volutionnaire s'occupe , toute affaire cessante , de les 
juger , et qu'ils paraissent avant huit jours ; lorsque 
leurs têtes Seront tombées , ainsi que celle de Marie- 
Antoinette, dites aux puissances coalisées contre vous , 
qu'un seul fil relient le fer suspendu sur la tête du fils 
du tyran, et que , si elles font un pas de plus sur le 
territoire , il sera la première victime du peuple. Il 
n'est sorte d'horreurs , de cruautés , de vexations que 
n'ait inventées Billaud. Saladin , au nom de la Commis- 
sion des Yingl-Un , le fit décréter d'accusation , avec 
Collot-d'Herbois , Barrère , Vadier5 il fut condamné à 
être déporté à la Guyenne, le i*"" avril 1795. La Con- 
vention rapporta son décret , et l'envoya en jugement 
devant le tribunal criminel du département de la Cha- 
rente-Inférieure , mais il était déjà en route pour 
Cayenne 5 arrivé dans cette île , il fut transféré dans 
l'intérieur du pays. Il vit à Sinamari 5 il élève des 
perroquets. 

Bion. — Avocat à Loudun, fut député par le dépar- 
tement de Yienne , vota poin- l'appel au peuple, la 
détention et le bannissement à la paix, et poiu' le sursis. 
Il est sorti du Corps-législatif en mai 1798 , et n'a pas 
pris de fonctions publiques. 

Biroteau. — Etait à Perpignan , quand il fut nommé 
à la Convention nationale par les électeurs du dépar- 
tement des Pyrénées-Oâentales. Le 3o septembre 1792, 
il fut du nombre des commissaires chargés d'examiner 
les papiers du comité de Surveillance. Il déclara que 
plusieurs personnes massacrées dans les premiers jours 
étaient innocentes , et c|ue le comité et les membres de 
la commune de Paris n'étaient que des intrigans. Il fut 
envoyé dans le département d^Eure-et-Loire, et il man- 
qua d'être massacré par le peuple , mécontent de voir 
qu'on voulait supprimer le traitement des prêtres. Le 
3 décembre , Biroteau confessa que , long-temps avant 
le 10 août , il avait décidé dajis sou cœur la mort d« 



C 52 ) 

Louis XVI. Son discours sur la question de Pappel au 
peuple respire la haine de la royauté ; il ne vota pour 
l'appel que parce qu^il ne voyait dans la nation que 
des républicains. Il prononça la mort , avec sursis 
jusqu'à la paix et après l'expulsion des Bourbons ; il 
se déclara pour le sursis. Le 19 février , il fit la motion 
de faire instruire sur les crimes du 2 septembre ; il 
s'opposa à l'établissement d'un comité révolution naira 
proposé le 9 mars par Carrier. Le i^r avril, il dénonça 
Fabre-d'Eglantine , ami de Danton, comme ayant 
proposé directement un Roi , dans une séance du co- 
mité de défense générale , comme le seul moyen de 
sauver la patrie. Le i3 , trente-cinq sections soulevées 
par la commune , qui était aux prises avec la Conven- 
tion j vinrent demander l'expulsion de Biroteau et des 
principaux députés de la Gironde. Le 2.5 mai , Barrère 
voulut faire sa cour à la Montagne ; il accusa Biroteau 
d'avoir , par sa correspondance , avili les députés en 
mission. Il fut mis au nombre des proscrits à la jour- 
née du 3i mai. Il se rendit à Lyon , et conseilla l'insur- 
rection contre les Maratistes 5 on le dit chef du comité 
des départemens qui s'insurgèrent. Il alla à Bordeaux 
pendant le siège de Lyon 5 il y fut reconnu , livré à 
Tallien , qui le fit condamner par la commission mili- 
taire tenante à Bordeaux. Il monta sur l'échafaud la 
24 octobre 1793. 

Bissy (^le jeujie^. — Député de la Mayenne , ne fut 
pas d'avis de l'appel au peuple , vota la mort , avec 
hursis , jusqu'au moment où les puissances étrangères 
envahiraient le territoire fiançais 5 et dans le cas où. 
elles ne feraient pas cette invasion , et où la paix serait 
assurée , il demanda que la Convention , ou TAssem- 
blée qui lui succédera , délibère alors s'il y a lieu dô 
commuer la peine. Il opina pour le sursis. A la séance 
du 6 avril 179^ , il exposa que les républicains étaient 
pourchassés, sur-tout par les royalistes 5 il appuya le 
projet relatif aux coupables qui dénonçaient leurs com- 
plices. Le 7 mai, il fit le tableau des crimes des sicaires 
du trône €t de V autel j et proposa des mesures réprcs- 



(53) 

Sives. Apres la journée du 18 brumaire , il a été iiomm^ 
juge (lu tribunal d'appel à Angers. 

Blanc. — Député de la Marne , vota contre l'appel 
au peuple, la réclusion, le bannissement à la paix, et 
pour le sursis. On a remarqué qu'il n'était membre 
d'aucune de ces factions qui se sont successivement 
formées dans le sein de la Convention. 11 craignait les 
troubles civils 3 et dans le doute que l'Assemblée dé- 
libérant sous le couteau des Jacobins , aux huées des 
tribunes , rendant chaque jour des décrets qui en- 
voyaient plusieurs de ses membres à l'échafaud pour 
des ciimes presque solidaires , ne pût empêcher les 
troubles civils qui se communiquaient insensiblement 
d'un département à l'autre , il prit le parti de donner 
sa démission quelques jours avant le i3 vendémiaire : 
elle ne fut point acceptée, après le triomphe des deux 
tiers de la Convention sur les sections de Paris j il de- 
vint membre du Conseil des Anciens , d'où il est sorti 
en 1797. 

Blanval. — Marchand de son état , fut envoyé à la 
Convention nationale par le département du Puy-de- 
Dôme. Il se crut assez instruit pour voter contre l'ap- 
pel au peuple , puis la mort , et enfin contre le sursis 5 
il entra au Conseil des Anciens , et en sortit en 1798. 
Le directoire le nomma son commissaire dans son dé- 
partement. 

Blaux. — Député de la Moselle à la Convention na- 
tiouale , vota contre l'appel , la détention du Roi et 
le bannissement à la paix , et pour le sursis. Il a été 
l'un des soixante-treize députés proscrits au 3i mai. En 
avril 1795 il s« trouva en mission dans Amiens: il y 
eut une insurrection occasionnée par la pénurie des 
subsistances , le peuple Parracha du conseil-général do 
la Commune , le traîna par les cheveux , marcha sur 
son corps 5 il ne fut pas pendu , parce que la force 
armée dissipa les attroupemens. Entré au Coijseil des 
Anciens , il en est sorti en 1798. 

BiondeL — Député à la Convention par le départe- 
ment des Ardennes , vota poiv Pappei , la détention , 

I 



( 54 ) 

et nëannioins la mort , en cas d'invasion de la part 
de Tennenii ; pour le sursis. Il est sorti du Conseil des 
Cinq Cents le 20 mai 1797. 

Blutel. — Etait juge-de-paix à Rouen 5 il vota pour 
l'appel au peuple, la détention du roi , et le bannisse- 
ment à la paix , et pour le sursis. Envoyé dans les ports 
de Rochefort , Bordeaux et Bayonne , il fit le tableau 
des vexations inouies commises par les députés monta- 
gnards qui avaient voulu établir en maxime , que Parbre 
de la liberté ne pouvait prendre racine que dans dix 
pieds du sang humain. Il a lait un rapport pour établir 
qu'il fallait empêcher l'entrée des marchandises an- 
glaises , dans le temps même que lord Malmesbury 
traitait de la paix à Lille. Il a donné sa démission ^ et 
et«t mort. 

Bô, — Il était médecin avant la révolution. Il fut 
nommé procureur-syndic du district du Mur-des-Barrès. 
Le département de l'Aveyron l'envoya à l'Assemblée 
législative ; il ne dit rien. Il fut élu à la Convention 
nationale.il parla la première fois par monosyllabes; — 
appel au peuple , non. — La mort j oui j — sursis , 
non. Il a été en mission en Corse , à la place de 
Chiappe qui refusa 5 puis ensuite, dans la Vendée. Les 
sections de Marseille crurent convenable de mettre en 
arrestation Bo , qui avait concouru à faire arrêter les 
soixante - treize députés 5 l'armée de Cartaux le dé- 
livra. Rentré dans la Convention , il fut envoyé dans 
les départemens des Ardennes, Aube et Marne , pour 
y organiser révolutionnairement les corps adminis- 
tratifs. Le député Garnier avait formé un comité ré- 
volutionnaire à Troyes 5 il avait été relevé par Alexandre 
Rousselin , âgé de vingt ans , envoyé par les comités 
révolutionnaires de Paris « qui avait ordonné à l'accu- 
sateur public Sévestre de faire dresser une guillotine 
sur la place Saint-Pierre. Il imposa une taxe de quinze 
millions sur la ville. Le député Bo le remplaça. Il fit 
conduire quarante aristocrates ou criminels d'état ^ 
dans la commune de Brienne, escortés par cent hommes 



(55) 

de l'armée révolutionnaire et huit gendarmes , a cha- 
cun desquels on avait délivré six cartouches. Il fait je- 
ter près de deux cents personnes dans les cachots de 
Troyes. Il passe dans le Cantal ; là , il nomme une 
commission révolutionnaire : vol , assassinat , contri- 
butions , tout était pour le mieux dans cette couunis- 
sion ; on fabriqua de faux timbres^ des villes de Co- 
blentz et de Worms. Si les taxés ne payaient pas leur 
contingent, ils étaient prévenus qu'il leur parviendrait 
des lettres timbrées Coblentz ou Worms , qui atteste- 
raient leur correspondance avec l'ennemi j et qu'ils 
seraient guillotinés. 

Le peuple lui disait nn jour dans Cahors : Nous 
n'avons plus de subsistances. — Vous en aurez; douze 
millions d'hommes suffisent pour la PVance , nous fe- 
rons périr le reste. Etant à Aurillac, il fut manqué 
d'un coup de fusil. Il alla à Nantes ; son humanité le 
porta à faire arrêter , quelques jours avant le 9 thermi- 
dor , le faîueux comité révolutionnaire de cette ville , 
dont nous aurons occasion de parler , et de l'envoyer à 
Paris. A Rheims , il disait : En révolution il ne faut 
connaître ni parens ni amis ; le fils peut égorger son 
père j s'il n'est pas à la hauteur des circonstances. Il 
disait à la nièce d'un détenu qui sollicitait pour son 
oncle : Je prendrai sa tête, et je te laisserai le tronc. 
Accusé d'avoir fait délibérer le tribunal du Lot à huis 
clos, et sa.is jury, pour expédier plus promptement 
les aristocrates , d'avoir fait supposer des lettres écrites 
de Coblentz à ceux qu'il voulait rançonner , il fut dé- 
crété d'accusation le 8 août lypS 5 mais ses amis le com- 
prirent dans l'amnistie du 26 octobre suivant. Il a été 
employé comme chef de bureau à la police , jus- 
qu'en 1799 5 après le 18 brumaire tout le monde eut 
horreur de sa personne , il fut chassé. Il vit ignoré. 

Bodin. — Maire à Gournay , il fut député à la 
Convention nationale par le département d'Indre-et- 
Loire 5 vota contre l'appel , la réclusion de Louis , le 
Ïannissement sous peine de mort \\r\. an après , et le 
arsis. Il a été envoyé à l'armée de l'Ouest. Entré au 



(36) 

Conseil des Cinq-Cents , réélu au même Conseil par le 
«département des Deux-Sèvres , il demanda la peine de 
mort contre les déserteurs à l'intérieur. Il est juge substi- 
tut du procureur du Roi à Niort. 



Boileau. — Juge-de-paix à Avalon , député par 1© 
département d'Yqnne , fit un long et fastidieux dis- 
cours y pour prouver que la Convention avait le droit 
de juger Louis. Si le peuple s'en mêle, il prophétisait 
qu'on dirait un jour : La tour du temple est le jardin 
des Hespérides. Louis est la toison d'or , et tous les 
aristocrates seront autant d'Argonautes qui entrepren- 
dront sans cesse d'en faire la conquête. Il vola donc 
contre l'appel au peuple, la mort du roi , et contre le 
sursis. Il était de la commission des Douze 5 il fut mis 
hors la loi avec les Girondins 5 il a été condamné à 
mort par le tribunal révolutionnaire , et exécuté le 
3i octobre 1793. 

Boissieu. — Avocat à Saint-Marcelin , député sup- 
pléant à la Législature , et député à la Convention na- 
tionale par le département de l'Isère. Voici son \ote sur 
l'appel au peuple : Comme juge , je dis non : comme 
législateur, je dis oui, si la peine que vous prononcerez 
est celle de mort 5 il vota la détention du roi , et le ban- 
nissement à la paix. Il opina contre le sursis. On se 
plaignit de ce qu'on jetait par-tout à bas les bustes de 
Marat 5 Boissieu dit ironiquement : Liberté des cultes 
pour les saints politiques. Le a8 juillet , il s'écria , à 
l'appui d'une pétition lue dans l'Assemblée , et tendante 
à la suppression du caiendj'ier républicain, où les saints 
étaient remplacés par des noms d'herbes et de légumes: 
Il faudra bien tôt ou tard jeter au feu un calendrier dont 
personne ne veut. 11 ^it rejeter cette proposition , de 
jj'accorder de radiatioit aux émigrés qu'en se consti- 
tuant prisonniers. Entré au Conseil des Cinq-Cents , il 
donna sa démission. 

Boissy'd''Anglas, — Etait avocat, il avait la charge 
de maître-d'liôtel de Monsieur ( roi actuel ) : il lut 



( 57 ) 
nommé aux états-généraux par le tiers-état de la s»^ 
néchaussée d'Annoiiay : il fut de l'avis de se constituer 
en Assemblée nationale 5 il défendit les journées des 
14 juillet , 5 et 6 octobre 1789 5 il s'est fait gloire d'être 
au nombre des députés qui voulaient que les hommes 
de couleur devinssent libres : en septembre il donna sa 
démission de maître-d'hôtel de Monsieur. 

Elu à la Convention Nationale par le département 
de^TArdèche , il vota pour l'appel , la détention 
du roi , le bannissement quand la sûreté publique 
le permettra , et pour le sursis ; il eut la prudence , 
pour ne pas dire plus , de se taire pendant la ter- 
reur de 1793. Après le 9 thermidor il s'occupa des 
subsistances au comité de Salut -Public ; il dénonça 
lin ouvrage royaliste, et fulmina contre les partisans 
de la monarchie , soutenant que le système répu- 
blicain était le seul qui convenait à la France 5 le 
20 mars, il proposa d'annullerles jugemens rendus par 
les tribunaux révolutionnaires depuis le 11 mai 1794? 
et de restituer les biens des condamnés. 

Comme ancien président de la Convention au i«^ prai- 
rial , il occupa le fauteuil j il fut couché en joue plusieurs 
fois par vin gtfusilsjde la part de la bande des factieux^ l'un 
d'eux se plaça devant lui, portant au bout d'une pique la 
tête du député Feraudj il la salua avec un sang-froid, 
que chacun admira. Le i*"^ octobre il vota la réunion 
de la Belgique à la France 5 il s'est déclaré contre la loi 
du 3 brumaire, qui excluait les parens d'émigrés des 
fonctions publiques y il fil une vive sortie contre les ter- 
roiistes qui avaient ensanglanté Bordeaux et Lyon. 
En 1797 il réclama contre ces décrets de sang qui 
mettaient hors la loi les émigrés rentrés 5 le 1 1 juillet, 
il a parlé en faveur des prêtres déportés et de la liberté 
des cultes. Il a été condamné à la déportation le 18 fruc- 
tidor an 5 (4 septembre 1797 )• Il a eu le courage de 
se soustraire à cette mesure assassine; il a été rappelé 
en France après le 18 brumane. Décoré du titre de 
légionnaire, le 25 novembre 1804 , il est devenu membre 
du sénat le 17 février i8o5 , et commandant de la légion 
dUioniieur ^ il a été l'un des commissaires extraordinaires^ 



( 58 ) 

envoyés dans les Jépartemens, en avril 1S14 j par le 
goiivernenjeiit provisoire. 

Boliet. — Député du Pas-cîe-Calais , vota pour Pappel 
au peuple, la mort, et contre le sursis. Il fut adjoint 
k Barras , au 9 thermidor, pour se sai.^ir des Jlobes- 
pierre et complices , réfugiés dans Pliôtel de la Com- 
mune. II fut envoyé en Bretagne pour traiter avec les 
Chouans. Son collègue ne voulait pas de pacification 5 
il brouilla tous les partis. Bollet, au contraire, de con- 
cert avec le général Hoche, fit un traité avec M. Cau- 
inartin. On ne sait pas trop pourquoi M. Caumartin 
fut arrêté chez Bollet 5 cependant on est certain que 
M. Caumartin s'est toujours loué de la conduite de ce 
député à son égard. Entré au conseil des Cinq-Cents, 
il alla en congé à sa maison de Violaine, départe- 
jnent du Pas-de-Calais ; des gens armés s'introdui- 
sirent, du ?4 ^" ^5 novembre 179^ > dans son habita- 
tion , Tassassinèrent dans son lit, sans faire le moindre 
mal à sa femme , ([ui était couchée à côté de lin. Il ne 
mourut pas ; il est sorti du Corps législatif en i8o3. 

Bonguyod, ' — Député du Jura, se prononça pour 
l'appel au peuple, vota la détention perpétuelle^ sauf 
à la commuer en déportation, suivant les circonstan- 
ces; il opina pour le sursis. Il déclama contre la trop 
grande facilité avec laquelle on obtenait le divorce, se 
plaignit de la loi qui fixait la majorité à vingt-un ans : 
il parla souvent sur les lois civiles. 

Bonnemain, — Député à la Convention nationale 
par le département de l'Aube , vota l'appel , la déten- 
tion, le bannissement à la paix et le sursis. Il est pré- 
sident du tribunal de première instance d'Arcy-sur- 
Aube. 

Bonnesœur. — Etait avocat à Coutances 5 le départe- 
ment de la Manche le nomma à la Convention natio- 
nale. Il vota pour l'appel au peuple, la mort, avec sur- 
sis jusqu'à ce que l'acte d'accusation soit porté contre 
Marie-Antoinette , et que la famille de*? Capet ait quitté 
la France : il opina pour le sursis. Devenu membre du 



( 39 ) 

conseil des Anciens par le droit du canon de vendé- 
miaire , il parla sur les finances. Après sa sortie, 
en 17975 il fut placé comme commissaire du Directoire 
dans son département 5 après le 18 brumaire il a été 
lîonimé président du tribunal de première instance de 
Mo r tain. 

Bonnet, — Ancien avocat^ député aux États-géné- 
raux , ensuite à la Convention nationale par le dépar- 
tement de l'Aude , vota contre l'appel au peuple , la 
mort, et contre le sursis. Il a été envoyé dans les dé- 
partemens de l'Eure et du Calvados, puis aux Pyré- 
nées-Orientales*, il a été membre de la commission 
chargée d'examiner la conduite de Carrier. Il est entré 
au conseil des Anciens en 1798. 

Bonnet {de Treiches). — Lieutenant de la séné- 
cliaussée du Puy-en-Yelay, fut député par le tiers-état 
aux Etats-généraux, et à la Convention par les élec- 
teurs du département de la Haute-Loire. Il vota puiu- 
l'appel au peuple , la mort du Roi , et pour le sursis. Il 
fut proscrit au 3i mal comme Girondin, échappa aux 
recherches 5 et, rappelé après la mort de Robespierre et 
consorts, il reçut la mission d'aller comprimer un mou- 
vement royaliste qui éclata dans la commune de Che- 
vrières, département de la Loire : il réussit. Au sortir 
delà Convention , il fut nommé administrateur de l'O- 
péra de Paris 5 aujourd'hui il est à la tête d'un très- 
grand établissement dans ini département , pour sou 
propre compte. 

Bonneval ( Germain^. — Cultivateur à Orgevilliers , 
député du département de la Meurthe à l'Assemblée lé- 
gislative et à la Convention, vota contre l'appel, la 
mort, et contre le sursis. Après la session, il a été 
nommé commissaire du directoire près son départe- 
ment. 

Bonnier {d^Arco^. — Etait président à la chambre 
des Comptes de Montpellier. Député par le dépai'te- 
ment de l'Hérault à l'Assemblée législative, puis à la 
Convention , il vota contre l'appel au peuple, la mort 



( 4o ) 

clu Roi , et contre le sursis 5 il fut employé j après le 18 
fructidor an 5 , aux conférences de Lille , pour traiter 
de la paix avec lord Malraeshury 5 en novembre , il alla 
avec Treilliard au congrès de llastadt, en qualité de 
jninistre plénipotentiaire : Treilliard fut remplacé par 
Jean Debrie. (Voir article Roberjot. ) Lors de la rup- 
ture des négociations, il s'obstina à vouloir rester dans 
Ilastadt; mais, voyant la ville entourée de troupes 
autrichiennes^ il partit pour Strasbourg avec ses col- 
lègues. Il fut assassiné avec Roberjot pendant la route. 

Bordas, — Président du district de Saint- Yriez , fut 
député par le département de la Haute-Vienne à la 
Convention nationale , vota contre l'appel , pour la dé- 
tention et contre le sursis. Il fut envoyé à Bordeaux: 
avec Jean-Bon Saint-André 5 ils créèrent une commis- 
sion pour rechercher les dilapidateurs. Le i"6 juin , il 
demanda que, dans la constitution^ il fût dit que le 
Corps législatif serait formé en deux chambres , égales 
en nombre et en pouvoir, qui se réuniraient quand il 
n'y aurait point assentiment dans chacune d'elles. Le 
19 fructidor, il se rangea du parti Bailleul. Soyons 
inexorables , disait-il , envers le parti vaincu , évitons 
les reproches faits au héros de Cartilage, ce Tu sais 
vaincre , Annibal , mais tu ne sais pas profiter de la 
victoire. 3) Le 1®^ octobre, il prononça cet arrêt contre 
les Rois : ce Le premier coup de canon tiré par un Roi 
contre la république française sera pour lui le signal 
de sa chute. >) Il s'opposa à la journée du 18 brumaire. 
Il est maintenant employé , comme chef de division , au 
ministère de la justice. 

Borel. — Député des Hautes-Alpes, vota le bannis- 
sement de Louis XVI à la paix. Nommé au conseil des 
Cinq-Cents, il estmortdurantlecoursdecette législature. 

Botot. — Député de Haute-Saône , vota contre l'ap- 
pel , pour la mort et pour le sursis. 

Boucîiereau. — Député à la Convention nationale par 
le département de l'Aisne^ vota comme Beffroi. 



(^I ) 

Boudin. — Députa de Plndre^ cliangea souvent d'o- 
pinion. Il vota ponr l'appel au peuple , la détention du 
roi et la déportation à la paix , et pour le sursis. Le 
28 novembre 1794? ^1 den^iaiidaque tout prêtre sermenté 
oti non, qui se trouverait dans une ville où il y aurait 
des troubles, fût mis en arrestation. Le 7 décembre, 
il fit suspendre tous les décrets de mise hors la loi. Lors 
de l'examen des crimes des comités , il proposa une 
amnistie pour tous délits révolutionnaires, à l'exception 
de Pémigration personnelle, ce Si vous ne vous arrêtez 
pas, disait-il, la Convention nationale ne renfermera 
feientot pins que des accusés^ des accusateurs et des 
juges. Je conviens que des mesures atroces ont été 
prises par les anciens comités, et je m'accuse haute- 
ment de n'avoir pas su mourir pour m^y opposer. Que 
celui qui se croit exempt de tout reproche politique se 
lève , et me jette la piemière pierre. » Après ^ il demanda 
l'arrestation de Joseph Lebon. Il était d'avis que la 
réduction du tiers de la Convention nationale fût faite 
par les Assemblées électorales. Le 9 janvier 1796, il 
fit, au conseil des Cinq-Cents, une luolion atroce 
contre les parens d'émigrés. Le 24 février, il traita de 
lâches et de polissons les réquisitionnaires fugitifs , et 
conseilla de les déporter. En février 1797 il donna sa 
démission. 

Bourbotte. — Né à Vaux, près Avalon , député à la 
Convention par le département de l'Yonne, yjrésenta, 
le 16 octobre, une pétition des habitans d'Auxerre , 
qui demandaient le jugement de Louis XVI et de sa 
famille , vota contre l'appel, pour la mort et contre 
le sursis. Envoyé dans la Vendée, il passa par Angers, 
mit en réquisition Poussac dit Marat, pour aider à 
guillotiner les détentis. Il commit une partie des crimes 
imputés à Carrier. (Le i^*^ prairial 20 mai 1795), il 
se déclara pour les révoltés des faubourgs. Il fit dé- 
créter avec Albitte , Goujon , etc. , la destitution de 
toutes les autorités constituées , depuis le 9 thermi- 
dor, et des visites domiciliaires pour découvrir les 
accapareurs de subsistances. Alors tout Paris cria aux 



( 4^- ) 

arinps. Quelques JépiUés, à la lète des bons Parisiens, 
«nlièieiit dans la salle an pas de cliaige, en criant : A 
bas la Montagne, à bas les brigands. En dix nnnntes 
]ts révoltés qui votaient avec les Albitte et Bourbotte, 
))tirent la fuite. La Convention décréta d'arrestation 
les cliefs de la révolte, cVst-à-dire les députés Du- 
quesnoy, Boiubotte, Duroi, Prieur (de la Marne), 
]loTnme, Soubrany , Goujon , Albitte, Peyssard, Le 
Carpentier (delà Manclie), Pinet (aîné), Borie, Fayau, 
llulil, coupables d'avoir pris part active à la rébelliou 
€t auxdélibérations criminelles des assassins de Feraud. 
(Voir art. Boissy-cT ^nglas^ Feraud, ) La commission 
militaire cbargée de juger les Jacobins insurgés, con- 
damna Peyssard (contumace) à la dépoitation, et 
a la mort, Duroi, Goujon, llomme, Duquesnoy , 
Bourbotte et Soubrany. Trois furent guillotinés 5 de ce 
nombre fut Bourbotte qui, en descendant l'escalier, 
se porta plusieurs coups de couteau qui ne firent que 
le blesser. Le lendemain il périt sur Péchafaud. 

Bourdon, — Ancien procureur au Parlement de 
Paris, il fut député par le département de l'Oise à la 
Convention nationale. Sa tête était ardente. Il avait 
trop de chaleur dans l'esprit, peu de jugement. Il vota 
contre l'appel an peuple , en disant qu'un jugement est 
une application de la loi , que la loi est la volonté géné- 
rale , et qu'il serait ridicule de reporter au souverain 
l'application de sa volonté. Avant de traduire l'infor- 
tuné monarque à la barre , il demanda que les soldats 
mutilés au 10 août fussent présens : il vota la mort. 
Il ne fut pas d'avis du sursis. Il accusa Brissot, 
Guadet et tous les chefs du parti Girondin. Le 3o mai , 
il se réunit à la Montagne , provoqua l'arrestation des 
douze membres de la Commission chargés de recher- 
cher le fil de la ccmspiration communale de Paris contre 
les Modérés. Le 6 juin, il déclama contre le côté droit. 
Commissaire près Parmée des Côtes de la Ilochelle , il 
accusa de pillage le général V\^estermann, dont il avait 
pris la défense quelques mois avant. Il suspendit le gé- 
néral Rossignol. Il se prit de dispute à la société de&Ja- 



( 4^' ) 

cobins arec Robespierre, qui lui reprocha un crime 
Iioirible, celui d'avoir voulu chasser Marat de la Con- 
vention. Le 25 novembre, il fit décréter d'arrestation 
les ferniiers-généraux , et demanda qu'ils fussent guil- 
lotinés , si dans le mois leiu- compte n'était pas rendu. 
Le 18 décembre , il demanda que les nobles et les 
prêtres fussent exclus du comité de salut public. Il ac- 
cusa Hérault de Séchelles , les bureaux de la guerre. 
Habert le fît exclure des Jacobins. Les Cordeliers le dé- 
clarèrent traître à la patrie. Le club des droits de 
l'homme le siguala comme chef de la faction du inodé- 
rantisme. Dans un discours , il appela Louis XV^I 
mangeur if hommes. Il contribua, comme adjoint à 
Barras pour commander la garde nationale de Paris 
(au 8thermidoi), à arrêter Ptobespierre et ses complices, 
réunis à la Commune. Il demanda l'épuration de la 
coin- ; que les biens des pères et mères d'émigrés fussent 
confisqués au profit de la Nation, sauf à leur accorder 
de sinij'Ies pensions alimentaires. Il fut désigné pour 
aller à Saint-Domingue, mais ne partit pas. Il accusa 
Tluuiot conune ami de Dopsent, président du Tribu- 
nal révolutionnaire, fit décréter l'arrestation de Mo y se 
Bayle^ Canibon, Granet , Heritz , Maignet^ Levasseur 
(tle la Sai'the), Crassous , Lecomte ( de Versailles), et 
Thunot, comme a.iteiirs des mouvemens de germinal. 
Il fil déclarer Paris en état de siège, et donner le com- 
man<!pmr-iil à Pichegru. Lors de l'insurrection du 
1*"". prairial, il demanda que ses collègues arrêtés fussent 
fusillés dans la salle. Il accusa Santhonas d'être Fau- 
teur des malheurs de Saint-Domingue , et se jeta alors 
dans le pai ti dit de Clichy , contre le Directoire. Le 
Directoire le fit comprendre dans la liste de ses dépor- 
tables à Cayenne au 18 fructidor. Il est mort à Syna- 
mary peu de mois après son arrivée. 

Bourgeois. — Ancien Lazariste, député de la Seine- 
Inférieure, a voté pour l'appel, la détention et le ban- 
nissement à la paix, et pour le sursis. Il vit retiré à la 
campagne , près la ville d'Eu. 

Bousquet, — Etait médecin et maire à Mirnude. 



( 44 ) 

!Nomm«par le département de PHératilt à PAssemblée 
législative , ensuite à la Convention nationale par le 
département du Gers j il vota la mort de Louis XYI et 
contre le sursis. Envoyé dans les départemens des Py- 
rénées-Orientales et liaute-Loire, il s'y comporta à la 
satisfaction de la bande de Robespierre. 11 est médecin. 

Bôiission, — Médecin à Lausane 5 il fut nommé dé- 
puté suppléant du tiers-état de la sénéchaussée d'Agen 
aux Etats-généraux 5 et il vint , quelque tems après , 
remplacer M. Descures de Peluzatj qui donna sa dé- 
mission. Le 19 juin , il fit décréter que les ecclésiastiques 
qui rétracteraient leur serment seraient privés de leur 
traitement. 

Il fut élu à la Convention nationale par le départe- 
ment de Lot-et-Garonne. Il vota pour l'appel au peuple^ 
la mort du monarque, et contre le sursis. Le 12 sep- 
tembre 1793 , il exigea des mesures sévères contre les 
réquisitionnaires cachés ou employés dans les charrois. 
Après le 9 thermidor, il demanda la mise en jugement 
du général Rossignol. Le 9 septembre 1795 , il fit la 
motion d'exclure des fonctions du culte les prêtres qui 
avaient été déportés. Il fut pro-consul dans la Dor- 
dogne, la Gironde, le Lot-et-Garonne. Entré au con- 
seil des Anciens , il en sortit en 1798. 

Boutronne, — Notaire à Grais. Il se jeta dans le 
tourbillon révolutionnaire. Il fut député par le départe- 
ment de la Sarthe 5 dit sur la question de l'appel : 
ce Comme membre d'une autorité révolutionnaire, je 
prononce non. » Il vota la mort, et contre le sursis : 
après le i3 vendémiaire , il fut nommé commissaire du 
Directoire exécutif dans son département. 

Bouygues, — Député du Lot à la Convention natio- 
nale, vota contre l'appel, la réclusion et le sursis. Après 
sa sortie du conseil des Cinq-Cents, en 1798, il fut 
nommé juge au tribunal de Gordon. 

Boyaval. — Simple cultivateur. Député par le dé- 
partement du Nord, il ne fut pas d'avis de l'appel au 



I 



(45) 



peuple, vota la mort et contre le sursis. Il a été nommé 
commissaire du directoire dans son département. Il est 
inspecteur des forêts à Tralon. 

Boyer-Fonfrède, — Il abandonna l'état ecclésiastique 
pour entrer dans le commerce : il se maria, et se retira 
en Hollande. Au clairon de la révolution , il revint à 
Bordeaux , sa ville natale. Il développa des principes 
républicains , et ses opinions fortement exprimées 
contre la royauté le firent nommer, par les électeurs du 
département de la Gironde , à la Convention nationale. 
Il vota contre l'appel au peuple , la mort de son roi , et 
contre le sursis. Il parla souvent contre Marat. Le 
10 mars , il insista pour nommer des jurés au Tribunal 
révolutionnaire. Il signala le comité secret de la Mon- 
tagne, et demanda l'arrestation de ses membres. Les 
montagnards ne cachèrent plus leurs desseins. Le 
5 avril, il demanda l'arrestation du duc d'Orléans et 
de tous les Bourbons, pour servir d'otages aux députés 
livrés par Dumourier. Le i5 avril, trente-cinq sections 
de Paris vinrent demander l'arrestation des Girondins 5 
il s'écria : ce Pourquoi ne pas avoir mis mon nom sur 
vos listes ? » Membre de la commission des Douze , il 
justifia ses opérations. Bourdon demanda, au 3i mai, 
son arrestation 5 on lui fit grâce parce qu'il n'avait pas 
signé les ordres du comité des Douze , créé pour la 
recherche des complots et l'examen des arrêtes de la 
commune de Paris. — Les douze membres étoientKer- 
velegan. Gardien, Rabault-Saint-Etienne , Boileau, 
Bertrand , Vigée , Mollevaux , Henri - la - Rivière , 
Gomaire, Bergoing, Boyer-Fonfrède, Saint-Martin. 
— Il demanda sans cesse le rapport du décret qui pros- 
crivait ses collègues. Le 3 octobre, Billaud-Yarennes 
et Amar le firent décréter d'accusation comme Giron- 
din. Les Montagnards Albîtte, Billaud et Bentabolle 
ne voulurent pas qu'on l'entendît dans sa justification. 
Agé de vingt-sept ans , il a été condamné à mort par 
le Tribunal révolutionnaire, et exécuté avec vingt dé- 
putés du même parti. Il alla à l'ecliafaud en chantant : 
« Plutôt la mort que Tesclavage. » 11 avait du feu , de 



( 46 ) 

l'imagination , et le germe du républicanisme avait 
échaufïé singulièrement ses esprits. 

Bresson. — Député du département des Vosges à la 
Législature et ensuite à Ja Convention, il se plaignit 
de l'acharnement avec lequel on demandait cjue le roi 
filt jugé, ce Vous n'êtes pas ses juges, dirait-il à la 
Convention. Je vote pour Pappel au peuple, j) Comme 
législateur il prononça sa détention et son bannisse- 
^ment quand la tranquillité publique le permettrait. Il 
fut proscrit au 3i mai, rentra dans la Convention, fut 
membre du conseil des Cincj-Cents, d'où il soitit en 
17^8. Il est juge à la cour royale du département des 
Vosges. 

JBretel. — Député de la Manche, ne s'est guère fait 
remarquer à la tribune que lors des appels nominaux 
sur le procès du roi. Sur la question de l'appel au peuple, 
il dit non. «S'il se présente un nouveau tyran , ajouta- 
t-il, nous y serons. 3) Il vota la détention et le bannis- 
sement à la paix, et pour le sursis. 

Brissot (^deVVarville,^ Fils d'un cuisinier traiteur 
près Chartres. Il ajouta , pendant son séjour en Angle- 
terre , le nom de Vv^arville à son nom de famille. Il fut 
clerc de procureur , fit des ouvrages qui l'envoyèrent à 
la Bastille. Long-tems occupé comme espion en Angle- 
terre par le lieutenant de police de Paris, il lui prit 
fantaisie d'établir un lycée à Londres. Le lycée fut 
fermé faute d'élèves, et son fondateur revint en France. 
Il alla en Amérique, on croit pour soulever les Nègres. 
Jaloux de paraître sur un grand théâtre politique, il 
accoutuma le public à prononcer son nom , en lisant 
ses pamphlets bouffis de démagogisme , et son Patriote 
Français , journal qui fit pins de mal que l'incendie 
d'une ville très-peuplée. Il saisissait tous les moyens 
d'insurger le peuple contre l'autorité légitime, parce 
qu'il savait que les intrigans ne peuvent percer qu'à 
travers les désordres et par le succès du crime , au faîte 
de la suprême puissance. En juillet 1789, la commune 
de Paris se forma 5 mon Brissot en devint membre, et 



( 47 ) 
c'est même entre ses ma iîis que les factieux remirent, 
le jour de la prise de la Bastille, les clefs de cette forte- 
resse, qui lui avait servi de maison de correction pen- 
dant quelque tems. Voidel avait établi , dans l'Assem- 
blée constituante , nn comité de reclierclics. Bris- 
sot se fit grand inquisiteur de l'univers, sous le titre 
modeste de président de la commune de Paris. Il avait 
préparé les esprits à le regarder comme un être très- 
important. On ne voyait , on ne jurait aux Jacobius 
que par lui. Il pérora, lors de l'iusurrection au (^liainp 
de Mars, et demanda la déchéance de Louis XYI, et 
de plus la république. Il fut porté à l'assemblée législa- 
tive par les électeurs de Loir-et-Cher. Le 20 octobre, il 
proposa des mesures de rigueur contre les princes et les 
Français émigrés. Le 27, il plaida la cause des hommes 
de couleur de Saint-Domingue. Le 3 décembre, il frappa 
de mort les propriétaires des colonies, en faisant don- 
ner la liberté aux noirs 5 fit décréter d'accusation les 
membres de l'assemblée générale de Saint-Domingue, 
et M. de Blanchelande, gouverneur. Il dénonça tous 
les rois de la terre , fit déclarer la guerre à l'Autriche , 
et conseilla de frapper les Tuileries , si on voulait 
frapper le mal parla racine. Devenu membre de la Con- 
vention , il vota pour l'appel au peuple , la mort du roi 
avec sursis jusqu'après la ratification de la constitu- 
tion par les assemblées primaires. Son parti s'usait. 
Les Montagnards l'attaquèrent comme ami de Du- 
mourier, faisant une constitution aristocratique avec 
deux chambres. Il fut proscrit au 3i mai : il se sauva. 
Arrêté à Moulins, il fut ramené à Paris le 28 juin, et 
guillotiné par ordre du Tribunal révolutionnaire , le 
3i octobre 1793. 

Brunel, — Maire à Béziers 5 il fut nommé député à îa 
Convention nationale par le département de l'Hérault. 
Il fut d'avis de l'appel au peuple, de la réclusion comme 
mesure de srîreté, sauf la déportation , suivant les cir- 
constances, et du sursis. Après le 3i mai il fut envoyé 
pro-consul à Lyon Les sections, justement indignées 
contre cette horxib^ journée, le mirent en arrestation. 



( 48 ) ^ 

lie a8 juillet, il annonça à la Convention sa mise en 
liberté. Cela n'empêcha pas le capucin Chabot de le 
dénoncer comme fédéraliste , et de le faire décréter 
d'accnsation. Le (^ thermidor le rendit à la liberté : 
il alla dans le Midi. Il arriva à Toulon quand les Ja- 
cobins de cette ville s'insurgèrent de concert avec ceux 
de Marseille. Il s'opposa , mais en vain , à ce qu'ils 
enlevassent les armes de l'arsenal ; il fut contraint de 
signer des arrêtés pour faire sortir des prisons les terro- 
ristes. De dépit j il se brûla la cervelle. 



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c. 

Cabroy, — Député des Landes à la Convention, 
vota contre l'appel au peuple , pour la détention du Koi 
«t le sursis 5 c'est comme législateur et non comme 
juge qu'il prononça. Le 28 octobre 1794? il fit une vi- 
goureuse sortie contre la société des Jacobins, et pro- 
posa de convertir en ateliers d'armes leur local em- 
pesté. Cette motion n'eut pas de suite , elle valut seu- 
lement à Cadroy d'aller à Marseille pour y comprimer 
les terroristes. Il arriva en cette ville dans une circons- 
tance difficile 5 les terroristes étaient arrêtés, plusieuis 
avaient pour prison le fort Saint- Jean. Le 20 mai, les 
ouvriers de Parsenal de Toulon se soulevèrent , sous le 
prétexte de délivrer des gens ([ui devaient être massacrés 
avant la fin du jour. On pilla le magasin d<3S armes; le 
député Brunet ne put rétablir le calme , il se brûla la 
cervelle ,' comme nous l'avons dit à son article. Isnard , 
(voir ci-après) au bruit de la marche des révoltés, ha- 
rangue à la maisoncommune,surle balcon, les habitans 
qui forment deux bataillons, et aidé de ceux J'Aix , ils 
enveloppent et sabrent les insurgés : plusieurs sont faits 
prisonniers et périssent sur l'échafàud. Les compagnies 
quePon af()rtmal-à-proposqualifiéesdecomjD^^/2/e5 duSo- 
lailj s'emparent du fort et des chefs , tuent quelques dé- 
tenus^ et exercent de cruelles yen geai^ces sur leurs oppres- 



(49) 

seurs. Cadroy,avec Isnard , etc., parvint, non sans 
quelques difficultés , à faire cesser une boucherie de 
prisonniers qui n'appartenaient point au peuple , mais 
bien aux juges. Cadroy fut dénoncé, comme ayant or- 
ganisé cette réaction 5 il se disculpa : il passa au conseil 
des Cinq-Cents, et imposa silence à Tallien , qui vou- 
lait inviter le Directoire à faire cesser les fureurs qui , 
suivant lui , recommençaient dans le midi. 11 a été 
condamné, le 18 fructidor, à la déportation. Il est ren- 
tré en France. 

Calés* — Avocat à Toulouse, fut la forte colonne du 
club des Jacobins , établi dans cette ville. L'exagéra- 
tion de ses principes le Ht nommer député de la Haute 
Garonne à l'Assemblée législative , ensuite à la Con- 
vention nationale. Il vota contre l'appel au peuple 5 
dans son opinion sur la peine à infliger à Louis XVI , 
il s'écria: que ne puis- je comprendre dans une sen- 
tence tous les Rois î je vote la mort du mien : il opina 
contre le sursis. Calés fut l'un des aboyeurs les plus in- 
supportables de la montagne 5 il était toujours à côté 
de Duhera , et menaçait de sa canne les députés qui 
n'étaient pas à sa hauteur. Envoyé dans les Ardennes , 
puis dans la Côte-d'Or, il s'y montra Jacobin outré. 
Au 18 fructidor il se déchaîna contre les victimes of- 
fertes par Bailleul au Directoire, etil eut l'honneur de 
faire décréter les costumes des représentans , messa- 
gers d'Etat , huissiers. Il est sorti du conseil des Cinq 
Cents en 117^8. Il estrnort. 

Calon. — Ancien officier-général, chevalier de Saint- 
Louis , fut nommé membre de l'Assemblée législative 
par le département d'Oise. C'est lui qui , envoyé par la 
Convention au château , le 10 août, pour défendre le» 
jours du roi, osa lui dire que la garde nationale répon- 
dait de sa personne, mais que le peuple voulait venir 
arracher d'auprès de lui tous ceux qui le servaient et 
qui lui étaient suspects. Il lui donnait le conseil perfide 
de les renvoyer, pour éviter de nouveaux malheurs. 
Dès le a2,il fit hommage de sa croix de Saint-Louis en 
faveur des yeuves et orphelins de la journée du 10. Il se 

4 



(50) _ ^ 

rendit justice, il se dégrada Ini-meine. Il dénonça 
ijouvet, Verguiaud j alla avec Massieii et Péiin près 
l'armée des Ardenries (voyez, art. Massieujles lionenrs 
qu'ils commirent), et dans les départeniens de fOrne 
et de la Sartlie , avec Génissieux. Il avait voté contre 
l'appel au peuple, la mort du roi, et contre le sursis. 
Oji le croit occupé à l'armée. 

Cambacérès, — Est né à Montpellier; il était con- 
seiller à la cour des Aides ; il fut nommé par le 
département de l'Hérault à la Convention nationale. 
Dans les premiers temps, il ne s'occupa guères tpie de 
la partie judiciaire. Il "vota contre l'appel au peuple. 
Lors de la question sur la peine à infliger à son roi , 
qu'il avait déclaré jugeable et coupable^ il dit : <c Je vote 
pour les peines prononcées par le code pénal (la mort), 
avec sursis jusqu'à la paix; alors faculté de commuer 
les peines , mais leur exécution rigoureuse dans les 
24 lieures de l'invasion, qui pourrait être faite du ter- 
ritoire français par l'ennemi. Il fut d'abord d'avis du 
sursis; mais après avoir entendu le résultat de l'appel 
nominal, il dit : ce En prononçant la mort du dernier 
roi des Fiançais, vous avez fait un acte dont la mé- 
moire ne passera point, et qui sera gravé par le burin 
de l'immortalité dans les fastes des nations, le salut 
public a pu seul vous prescrire cet important décret...; 
Mandez le conseil exécutif, chargez-le de notifier dès 
demain matin à Louis ce décret , de le faire exécuter 
dans les 24 beures de la notification , et d'en rendre 
compte lundi; permettez-lui de communiquer avec un 
ministre de son culte et avec sa famille. Membre du 
comité de Salut-Public , il annonça que le comité 
s'était assuré de ceux que leur naissance et leurs liai- 
sons pouvaient faire soupçonner de participer au réta- 
blissement de la royauté, formé par le général et traître 
Dumourier. Le 22 janvier 1795, il fit un rapport sur 
l'auguste famille des Bourbons^ détenue au Temple, et 
d.éclara qu'il serait impolitique de les relâcher pendant 
la guerre. Il a été nommé ministre de la justice. Après 
le 18 brumaire il fut élevé à la place de second consul. 



(5i) 

Buonaparte, se déclarant empereur, le nomma arclii- 
cliancelier de l'empire et grand officier de la Légioii- 
d'Honneur^ il a été décoré des ordres de l'aigle noir et 
de l'aigle ronge de Prusse : il a conseillé la guerre d'Es- 
pagne et toutes celles entreprises par un nomme qui ne 
risquait pas de perdre , mais qui courait l'avantage 
de tout gagner dans des luttes qui, pour le malheur 
de Phumanité, ont dévoré tant de millions de citoyens et 
ruiné un nombre si considérable de familles. Bas valet 
du tyran , il a affiché un luxe qui contrastait singu- 
lièrement avec la misère publique. Table splendidement 
servie, deux gentilshommes à sa suite dans les prome- 
nades, filles d'Opéra, des Variétés, à ses gages 5 appari- 
tion dans les spectacles pour dormir et ronfler j habitude 
de se montrer fièrement tous les soirs au Palais-Iioyal^ 
telles sont les faiblesses humaines qui lui ont été re- 
prochées. Dans les dernières défaites de Buonaparte vers 
Troyes, il s'est abstenu de montrer sa persoirne dans 
les lieux publics , parce que les voix des mécontens 
l'accabloient de reproches et d'invectives. A la nouvelle 
d'un faible succès , il se fit entourer par des affidés qui 
lui demandaient desnouvelles de nos armées. «La France 
est sauvée , 3) répondit-il. Le lendemain on sut que les 
royalistes étaient aux portes du bonheur, puisque 
l'esprit public , soutenu par les intentions connues des 
alliés, était prononcé contre le tyran du pays. Les 
troupes avançaient 5 les dames Regnault-de-Saint-Jean- 
d'Angely, Rovigo, etc. , étaient sorties de Paris. L'ar- 
chiduchesse Marie-Louise faisait déménager le château, 
les minii^tres étaient dans les champs, Cambacérès 
était sorti de la capitale , les alliés entrèrent.... La 
France était effectivement sauvée. Les conseillers et les 
bas valets de l'assassin du duc d'Enghien n'étaient 
plus dans Paris 5 la garde nationale et les étrangers 
avaient arboré la cocarde blanche. Les cris de vivent 
les Bourbons étaient universels , la France est sauvée. 
Cambacérès , dégradé de sa qualité d'archi-chancelier, 
reparut avec le titre modeste de sénateur. Comme 
sénateur , il s'est mêlé dans la foule du sénat qui a 
complimenté , au château , la famille des Bourbons. 

4* 



tambacérès est riche , sinon d'honneur, aji moins cle 
biens et de rentes 5 ou dit que le mauvais état de s<i 
santé Ta obligé dé prendre l'air de la campagne, et 
de purger son corps dans les eaux de Barege ou de 
jouvence. Il n'est plus en place. 

Cambert. — Député de la Dordogne à la Convention 
nationale , vota contre l'appel au peuple j la mort du 
Roi. Il était malade lors de la cjue&tion sur le sursis. 

Cambon, — Est fils d'un marchand de Montpellier. 
Nommé par le département de l'Hérault à l'Assemblée 
législative , il ne rêva que finances. Il fit former le grand 
livre de la dette publique. Il traita d'escroquerie le 
commerce de la caisse de Potin-Vauvineux, tâcha d» 
prouver que la masse des biens nationaux surpassait 
de beaucoup la somme des assignats érnis et le montant 
de la dette exigible , fit décréter la suppression du trai- 
tement accordé aux fières de Louis XVI et créer pour 
trente millions d'assignats 5 il fit priver du traitement 
les ecclésiastiques, religieux et autres qui n'auraient 
pas prêté le serment civique. Il provoqua la vente des 
diamans et bijoux de la couronne. Laissons Cambon 
au milieu de ses finances, et voyons ses passè-tems 
pendant l'Assemblée législative : dénoncer Rocham- 
beau ^ Luckner, Bertrand (de Molleville), demander 
la conversion en canons des statues des tyrans qui 
étaient sur les places de Paris , accuser les ex -ministres 
Lejard , Degrave et Narbonne , étaient les menus-plai 
sirs du matiuj présenter les pièces trouvées aux Tui- 
leries, comme prouvant la trahison du roi, ses relations 
avec les émigrés, demander que les prêtres insermentés 
fussent conduits à la Guyenne , allumer le feu modéré 
des échappés des galères, qui avaient place aux Jaco- 
bins, étaient ses gentillesses du soir. Le voilà élu 
membre de la Convention nationale. Il s'enfonce dans 
les réduits des comités des finances j il crie : Décrétez 
que tout dépositaire de biens ou effets appartenaris aux 
émigrés seront remis à la nation , sous peine de mort. 
Supprimez les assignats à face royale; faites rendre 
compte aux ministres de leurs dépenses secrètes j qua" 



» 



(53) 
parez -VOUS des biens des princes, des nobles et des 
prêtres que vous avez forcé d'ëraigrer, arrêtez Servan ^ 
Malet et d'Espagnac^ comme ayant fait avec l'Etat 
des marchés onéreux 5 obligea les députés à faire con- 
naître l'état de leur fortune (^tous crient: Il veut prendre 
jusque dans nos poclies); portez sur le grand-livre tous 
ceux qui manient les deniers de l'Etat^ sans oublier ni 
les hommes à grandes moustaches, ni ceux à bonnets 
rouges qui ont Icac des taxes dans les départeraens , ni 
ceux qui, sous prétexte de détruire le fanatisme, s'en 
sont approprié les dépouilles 5 ne levez pas le séquestre 
sur les biens des émigrés 5 ne rendez pas ceux apparte- 
nans aux parens des émigrés. » Telles étaient ses vues, 
ges conceptions ; et c'est ainsi qu'il voidait payer les dettes 
énormes qu'avaient produites tous les faux systèmes. 
Quant à ses opinions sur les hommes et les événemens, 
elles étaient en faveur du parti dominant. Il vota 
contre l'appel au peuple, pour la mort du roi, et contre' 
le sursis. Il déplut à toutes les factions 5 il prit part à 
rinsurrection du i®*" prairial , qui tendait sur-tout au 
pillage. Il fut décrété d'arrestation, prit la fuite, fut 
rendu k la liberté par l'amnistie du 4 brumaire (26 oc- 
tobre). Le pauvre homme a acheté une belle propriété 
auTherral, près Montpelher, où il vit tranquillement. 

Camboulas. — Député de l'Aveyron , vota contre 
l'ay>pel , pour la mort, contre le sursis. Le 5 mars 1795 , 
il fit un rapport sur les Colonies. Il les lit déclarer en 
état de guerre. An 3i mai» il parla contre la commune, 
insurrectionnelle de Paris et les Montagnards. La 
Montagne daigna ne pas le comprendre au nombre 
des soixante-treize députés qu'elle proscrivit. Il passa 
au conseil des Cinq-Cents, d'où il est sorti en 1797. 

Campmas. — Etait médecin à Alby . — D'abord dépu té 
aux Etats-généraux du lit;rs-état du Languedoc, il ne 
dit rien. Député, en 1792, par le département du 
Tarn à la Convention nationale, il vota contre l'appel 
au peuple, pour la mort du Roi, et contre le sursis*. 
Il est Tun à.QS jwges du tribunal civil d'Alby.. 



■ 



r 54 ) 

Camus. — Avait acquis beauconn Jp, fbrtnno , comma 
avocat du clergé, A Paris. Cette ville le iionima député 
du tiers-éfat aux Etats-généraux. Sa conduite fut très- 
équivoque. A la fin il parla dans le sens de Mirabeau. 
Député à la Convention nationale par le département 
de la Haute-Loire, il osa demanner qu'on déclarât 
Louis XVI coupable et ennemi de la nalion. Il iTétait 
pas présent à l'Assemblée, quand on jugea le Roi, il 
était alors dans la Belgique. Mais en janvier il écrivit 
de la capitale de son pro-consulat qu'il votait la mort 
du tyran. Livré par Dumpurier aux Autrichiens, avec 
trois de ses co-dictateurs près l'armée, il fut succes- 
sivement détenu à Maestricht , Coblentz , Spielberg, 
Kœnissgratz et Olmutz. Il fut échangé contre Madame;, 
l'infortunée et vertueuse fille de Louis XVI. Il est mort 
dans son lit, 

Cappin. — Député du Gers à la Convention natio- 
nale, a voté pour l'appel au j)euple. ce Je crois, a-t-il dit 
sur la seconde question, qu'il suffit d'enlever au con- 
damné les moyens de nuire 5 je vote pour la réclusion 
jusqu'à la paix , et pour le bannissement à cette épo- 
ijue. » Il a été de l'avis du sursis. 

Carnot. — Est né à Nolay en Bourgogne, d'une fa- 
mille bourgeoise. Il fut placé de bonne lieure, par son 
père , avocat , dans le corps du génie ; le prince de 
Condé le distingua , comme digne de sa protection , 
par rapport à ses connoissances assez étendues. Il a 
fait l'éloge du maréchal Vauban 5 il était poète. La 
révolution arriva au moment où il était capitaine du 
génie 5 il l'en. brassa avec chaleur. En 1791 il est 
député à la Législative par le département du Pas-de- 
Calais. Il eut le malheur de demander que les princes 
français fussent mis en accusation, ainsi que Mirabeau 
le jeune , le cardinal de Rohan, et M. de Calonne. Il 
signifia à l'armée de Luckner le décret qui prononçait 
la déchéance de Louis XVI. Nommé à la Convention 
nationale , avant de partir , il vota contre l'appel au 
peuple, pour la mort du Roi , et contre le sursis. Carnot 
dirigea toutes les opérations militaires 5 le système ré- 



(55) ^ 

pnblicain , et l'horreur de son vote, à part , il contribua 
à l'agranclissement de la France et au succès de nos 
armées. Après le ^ thermidor Carnot accusa Carrier et 
Tnrreau de leurs cruautés épouvantables dans la 
Vendée. Il eut tort de déclarer que sa cause et celle 
de Barrère , Billaud et Collot-d'Herbois, étaient soli- 
daires , puisqu'il confessait n'avoir signé que de con- 
fiance leurs arrêtés nationicides. Legcndre demanda 
son arrestation , à la suite de l'insurrection du i®*". prai- 
lial (20 mai 1795). Bourdon (de l'Oise) fit taire Le- 
gendre , en s'écriant : Accusez donc l'homme qui a 
organisé la victoire dans nos armées î II arrive au di- 
rectoire 5 Barras , à force d'intrigues , lui enlève le 
portefeuille de la guerre 5 Carnot ne veut pas se pro- 



noncer pour le parti àw Roi , qui avait fait les élections 

Vj il avùue que la rép 
niais il rappelle son vote dans le procès du Roi , et croit 



de l'an Vj il avùue que la république est à l'agonie , 



son erreur ingraciable. Il est condamné à la déporta- 
tion par le parti Bailleiil 5 il échappe aux agens des 
fructidoriseurs , se sauve en Alleuiagne. Il y publie 
un ouvrage dans lequel il déclare qiî^il est toujours 
r ennemi irréconciliable des Rois. C'était un Roi (jui 
lui avait donné hospitalité et sûreté , et c'est contre 
un Roi qu'il écrit î I î C'est le livre où les tuVpitudes de 
ses co-direcleurs sont fidèlement tracées , qui a pré- 
paré leur chute. Le 18 brumaire Buonaparte est 
nommé l'un des consuls 5 Carnot est rappelé : nommé 
inspecteur aux revues , ministre de la guerre, il donne 
sa démission. Retiré dans le sein de sa famille , il est 
appelé au tribunat , vote contre le consulat de Buona- 
parte à vie et contre la proposition de le faire empe- 
reur 5 cependant il accepte la croix de la Légion d'Hon- 
neur , il commandé à Anvers.... Il n'a voulu rendre 
celte ville importante qu'à Louis XVIII , et a adhéré au 
vœu du peuple y qui a redemandé la dynastie ancieime. 

Carra, — Etait journaliste. Il s'amusait à appeler, 
dans ses feuilles, le Roi , le loup^ la Reine, la louve, 
et les enfans de Louis XVI, des louveteaux : ces in- 
jures grossières ont valu au Iblliculaire le droit de faire 



( 56 ) 

des lois. Lors de son vote sur la question de l'appel au 
peu[>le, il dit: ce Comme l'ombre d'un Roi rn'a toujours 
paru dangereuse pour la liberté, comme nous avons 
quatre ou cinq cent mille citoyens sur les frontières, 
qui ne pourraient pas se trouver aux assemblées pri- 
maires , je dis non, 3) Sur la seconde question, il ajoute 
que, pour l'in&truction des peuples dans tous les tems 
et dans tous les lieux, et pour l'effroi des tyrans, il 
votait la mort. Enfin , sur la troisième question , il a 
opiné contre le sursis. Sa conduite dans la Convention 
n'a pas démenti ses grands principes. Cependant, qui 
le croirait? les Montagnards , ses frères et amis , l'ont 
accusé de modérantisme, même de royalisme, et Carra 
a été guillotiné le 3i octobre 17(^3, 

Carrier, — Député du Cantal à la Convention na- 
tionale. On cliercberait en vain dans la liste des bêtes 
féroces un monstre plus cruel, plus actif, ^cje ne crains 
rien , disait-il sur la question de l'appel au peuple 5 car 
s'il se présente jamais un tyran, sous quelque déno- 
mination que ce paisse être, je ne me mettrai pas dans 
mon lit, et je ne donnerai pas mon arme à mon ca- 
marade : je dis Non. j) Siu' le second appel , le tigre- 
bomme dit froidement : « Les preuves que j'ai sous les 
yeux démontrent que Louis est un conspirateur; je le 
condamne à mort. » Il avait été envoyé, par décret, 
dans le département de la Seine-Inférieure ; mais quel- 
ques babitans de ces contrées paisibles, qui eurent 
connaissance de cette nomination , vinrent à Paris , et 
le firent révoquer. Les eaux de la Seine ne furent donc 
pas troublées ni ensanglantées; mais il alla, avec Bour- 
DOtte, Francastel , Pmet, Turreau et Hentz, près 
l'armée de l'Ouest 5 et le ciel est encore rouge du sang 
qu'il a fait jaillir de cette terre servant de retraite aux 
Hoyalistes. C'est le 8 octobre que l'infâme Carrier ar- 
rive à Nantes. Il applaudit aux mesures d'assassinat 
que le comité a organisées ; mais , importuné par des 
enfans qui réclament leurs pères injustement arrêtés, 
il demande : ce Comment le comité révolutionnaire 
travaille-t-il donc?» Vingt-cinq mille têtes doivent; 
tomber , et il vCqh voit pas encore une. Il veut qu'on 



( 57 ) 

organise ce qu'il appelait le système de$ conspirations, 
pour aller plus vite en besogne : il est obéi. Des listes 
de proscription sorit faites 5 trois mille personnes sont 
arrêtées dans une battue patriotique 5 plusieurs sont 
guillotinées. Les membres du comité encombrent les 
prisons de tous les i^ens de bien : grands , petits j tout 
est emprisonné; fusillade, noyade, viol> tout est 
eu action. Les crimes de Carrier ont donné lieu à 
l'acte d'accusation qui l'a conduit à Téchafaud; ils font 
horreur : le détail est consigné dans tous les papiers 
publics 5 nous ne dirons qu'un mot sur les mariages 
républicains. La cérémonie consistait dans l'assem- 
blage de deux personnes de différens sexes , nues , et 
attacbées l'une à l'autre. Debout sur les bords de la 
Loire , les victimes restaient exposées aux injures de 
l'air et aux sarcasmes de leurs cannibales , qui finis- 
saient par les frapper sur la tête à coups de sabre, et les 
jetaient ensuite dans le fleuve, qu'on appelait /a hai- 
gnoire nationale. Carrier a fait périr plus de cent nulle 
hommes. Il a éltj condamné à mort par le tribunal révo- 
lutionnaire le 26 novembre 1794» 

Casa-Bianca, Député de Corse , vota contre l'appel 
au peuple. Il dit qu'il ne croyait pas la mort du Roi 
nécessaire à la nation française 5 il se pronojj^ça pour la 
détention , sauf les mesures que la Convention pour- 
rait prendre suivant Pexigeance des circonstances 5 il 
fut d'avis du sursis. Il est comte et pair. 

Cazenave, — A été député par le département des 
Basses-Pyrénées à la Convention nationale. Il a voté 
pour l'appel au peuple, la réclusion et le bannissement 
du Iloi , et le sursis. Pendant la terreur il paraissait 

Eeu dans le sein de la Convention. Il a été envoyé à 
-ouen après le 9 thermidor , comme proconsul 5 il a 
tout fait pour comprimer l'élan des royalistes. Il a dé- 
livré plusieurs mandats d'arrêt contre le rédacteur de 
V Observateur de P Europe^ qui , à l'ombre des lois, rap- 
pelait toujours les vertus des Bourbons. Un joiy: il en- 
veloppa dans l'un de ces mandats , Gaillard (qui , dans 
l'absence de M. Robert, propriétaire du Journal , avait 



( 5« ) _ 

fait et signé un arlicle ])ien raisonné en faveur îles 
piètres insermentés), et en même temps M. Kobert , 
qui censurait toutes ses mesures "anti-constitniion- 
nolles, autant cpi^elles frappaient les i^ens de bien. Ces 
mandats étaient toujours cassés par le coniilé de SAreté 
Générale, comme lancés ab irato, Cazenave avait fait 
arrêter , la veille de TAssemblée électorale du départe- 
ment de la Seine , plusieurs électeiu's royalistes qui 
s'étaient prononcés contre le i3 vendémiaire, dans la 
crainte qu'ils ne fussent nommés au Corps-Législatif. 
Il a épousé la fille de M. Ducastel, avocat et ancien 
député 5 il est neveu de M. Yimart , sénateur. Il est 
décoré de la« croix de la Légion d'honneur, membre 
actuel du Corps-législatif. 

Cassaniez. Député des Pyrénées-Orientales, vota 

contre l'appel 5 son vote sur la peine à infliger an- 
nonça une anic froide et noire, ce Pénétré , a-t-il dit^ 
des conséquences qui peuvent résulter du grand objet 
qui nous occupe, mais appelé par ma patrie pour 
prendre la mesure utile à son bonheur, c'est avec la 
plus grande sensibilité que je vote la mort. 35 Nous ne 
nous rappelons pas du nom de cet assassin de grand 
chemin, qui tuait les voyageurs sur des lits de bou- 
quets , à cause de la sensibilité de son caractère. Il 
opina contre le sursis. Il la. été envoyé dans le départe- 
ment du Mont-Blanc. 

Castillan. — Négociant à Cette en Languedoc , avait 
fait ses débuts par dénoncer un plan de contre-révolu- 
tion qui s'organisait dans le Midi. Il fut député à la 
Convention nationale par le département de l'Hérault. 
Il a voté pour l'appel au peuple , la réclusion de 
Louis XVI , et pour le sursis. Entré au Conseil des 
Cinq Cents, il en est sorti le 30 mai 1797 , est retourné 
dans son pays, et a repris les affaires commerciales. 

Cavaignac, — Député du Lot. C'est encore un 
homme sensible qui vote dans le sens de Cassaniez. 
<c Je déclare, a-t-il dit, qu'en conformité de la loi qui 
porte la peine de mort pour les crimes dont Louis est 
déclaré convaincu , Louis doit subir la mort. Le vœu 



( 5n ) 

terrilile que je viens d-énoncer ne Jaisse dans mon 
unie d'autre amertume que celle qu'éprouve toujours 
riioinrne sensible j lors([ue son devoir lui impose la 
cruelle obligation de prononcer la mort de son sem- 
blable. 3> 

Cayla, — Député du Lot, a voté contre l'appel au 
peuple , et s'est trouvé malade lors des deux autres 
appels. 

Casencuve, — Evêque constitutionnel d'Ernbrun , 
député à la Convention par le département des Hantes- 
Alpes , vota pour l'appel, la détention, le bannisse- 
ment à la paix , et pour le sursis 5 il fut l'un des 70 dé- 
putés riîis en arrestation par la Montagne 5 il a été rap- 
pelé j il est sorti du conseil des Cinq-Cents en 1797- Il 
est mort. 

Chabanon. — Député du Cantal , a voîé pour l'ap- 
pel, pour que Louis soit détenu jusqu'à la paix, et à 
cette époque banni à perpétuité ; et enfin , pour le 
sursis. 

Chabot. — Né à Saint-Geniez-Dol , se fit capucin ; 
il fut nommé grand-vicaire de l'abbé Grégoire , évêque 
de Blois : il captiva les suffrages des électeurs du dé- 
artement de Loir-et-Cher , et fut nommé à la Légis- 
ative, ensuite à la Convention. 11 se signala par des 
averses de dénonciations qui, partant de la montagne, 
inondaient la plaine. Le 25 juin, il a été dénoncé 
comme ayant prêché, la veille, l'assassinat du roi an 
fanboiug Saint- Antoine 5 il poussa la perfidie , en juillet 
suivant, jusqu'à se faire blesser légèrement par six 
hommes , ses compères ,. afin de pouvoir accuser le 
roi d'avoir organisé l'assassinat contre les députés pa- 
triotes. Jaucourt le roua de coups de bâton. Ce fut le 
2.5 de ce mois qu'il osa dire , dans la discussion sur la 
déchéance : ce Je ne crois pas que l'Assemblée, en 
blanchissant, en savonnant le pouvoir exécutif, pût 
enchaîner la volonté du peuple^ qui a toujours le droit 
de changer la constitution. Il fut l'un des directeurs 
secrets de l'insurrection qui éclata contre le château 



1: 



( 6o ) 

le 20 juin 1792, contre celle qui eut lieu le 10 août 
contre la famille royale 5 il eut la lâcheté de faire 
croire à l'Assemblée qu'il avait visité les Suisses, et 
qu'il avait a>u l'çrdre à eux donné par le roi de tirer 
sur le peuple. Il a fait réintégrer le factieux Chalier 
dans ses fonctions d'officier municipal à Lyon 5 il pro- 
posa d'armer les citoyens, avec faculté à chacun de tuer 
celui qu'il jugeroit l'ennemi de la révolution 5 il offiit 
de s'enrôler à la tête de la compagnie des tyraunicides, 
proposée par Jean de Brie ( voir de Brie). Revenu de 
l'abbaye où il était envoyé pour empêcher les massa- 
cres , il rentra le même jour ( 2 septembre) à la Con- 
vention , en disant qu'il était impossible d'arrêter la 
justice du peuple, qui pensait qu'on voulait mettre un 
prince étranger sur Le trône. Jinons, ajouta-t-il, que 
convaincu profondément des vices de tous les rois^ elle 
les détesterait jusqu'à la mort. 

Tous les députés jurèrent, en criant : plus de roi.,,, ' 
Il a dénoncé Fauchet, le général Montesqniou , M. de 
Narbonne , Menou , Félix Dumuy , etc. 5 il vota contre 
l'appel an peuple , pour la mort du roi et contre le 
sursis 5 il répéta, le 7 septembre, ce qu'avait dit Fauchet, 
que J. Ch. était le premier sans-culotte du monde. 
«Faisons une loi contre les émigrés, qui soit telle, qu'un 
enfant puisse envoyer son père à la guillotine 5 je suis 
prêtre et capucin , je vais cependant me marier». C'est 
ainsi que parlait ce misérable athée ; mais son mariage 
fut la cause de sa mort. Le sans - culotte avait ap- 
porté 700,000 francs à sa femme , autrichienne de 
race, nommée Léopoldine Frey. Il fut décrété d'ac- 
cusation comme tenant à la faction de Danton ; il 
avait voulu prévenir son arrêt de mort en s'empoison- 
îiant avec du snbhmé corrosif, mais il fut guéri , et 
le 5 avril 1794 il ^"t guillotiné. La. Providence frappe 
tôt ou tard les scélérats 1 

Chaillon. — Avocat, député aux Etats -Généraux 
par la sénéchaussée de Nantes , puis à la Convention 
par le département de la Loire-Inférieure. Il vota pour 
l'appel au peuple : comme homme d'état et pour me- 



(6i) 

snre de sûrelé générale , il se prononça pour la rëcln- 
sion, d'abord, et pour le bannissement de son roi, 
ensuite, après la guerre. Il s'opposait, disait-il, à la 
mort de Louis , piécisément parce que Home le vou- 
drait pour le béatifier 5 il fut d'avis du sursis. Il a été 
envoyé dans les départemens de l'Ouest pour y pro- 
clamer l'amnistie en faveur des chouans. Il a été 
membre du conseil des Anciens , et est mort en mars 
1796. 

Chambon, — Etait trésorier de France ; il fut nommé 
à la Convention par le département de la Corrèze. Il 
dénonça le jacobin Pache, ministre de la guerre 5 il 
traita Robespierre de factieux. Il vota, pour Pappel au 
peuple. Sur la seconde question , il confessa qu'il avait 
toujours cru que Louis était coupable de tous nos 
maux 5 qu'il avait été un conspirateur , qu'il méritait la 
mort. Il condamna le Roi à mort , et opina contre le 
sursis. Marat Ife dénonça comme intéressé dans les 
fournitures de l'armée. Il prit le parti des Girondins, 
fut proscrit le 3i mai , se sauva dans son département, 
et reçut le coup de mort en se défendant contre ceux 
qui voulaient l'arrêter. 

Champeaux {^Palesne,^ — Député du bailliage da 
Saint Brieux aux Etats-généraux, et ensuite par le 
département des Côtes-du-Nord à la Convention natio- 
nale , vota pour l'appel au peuple, la détention et le 
bannissement du lloi , et le sursis. Il a été envoyé 
comme représentant à Brest , et y est mort en lypS. 

Champigny (^Clëment^. — Député du département 
d'Indre-et-Loire à la Convention nationale , vota contre 
l'appel au peuple , pour la détention de Louis XVI et 
son bannissement à la paix , et pour le sursis. Le 20 jan- 
vier 17^3 il a demandé l'abolition de la peine de mort. 
Il est sorti du conseil des Cinq-Cents en 1798. 

Champmartin. — Ancien apothicaire , député de l'Ar- 
riège à la Convention nationale , vota contre l'appel ♦ 
la mort et contre le sursis: devenu membre du coiisu.il 
des Anciens^ il eu sortit en 1797. 



(62 ) 
Oar3o7i7z/er.— Dépnté du Var. Cet ancien commis- 
saire de la marine rejeta Tappel, vota la mort du iuû 
et contre le sursis. Eu juin 1796 il se mit à la tête 
d'une révolte populaire j et inarcha à Toulon pour al- 
ler délivrer les terroristes arrêtés à Marseille. Décrété 
d'accusation , traduit à une commission militaire , il 
fut conduit au fort Lamalgue , puis amnistié. 11 est 
maintenant dans l'administration des vivres à Toulon. 

Charller. — Procureur, il a été nommé par le dé- 
partement de la Marne à la Législative, après à la 
Convention nationale. L« 2.5 mai il a appuyé la mo- 
tion de Thuriot contre les prêtres (voir Thuriot^^ a de- 
mandé la destruction du château de Bannes, pour 
avoir servi de rassemblement aux chefs du camp de 
Jalès. Il a voté contre l'appel au peuple, pour la mort 
de Louis XVI , et contre le sursis. Il fit rendre , le 28 
mars 1793, le décret portant que tout prêtre et émigré 
rentré serait fusillé dans les vingt-quatre heures. Il a 
défendu Marat, pris part active au 3i mai, dénoncé 
Brissot, Roland , les Girondins j il a accusé Perrin(de 
l'Aube) defi'iponneries dans les marchés, et l'a fait mettre 
en jugement. Devenu membre du conseil des Anciens, 
il a demandé que tous les députés eussent le poignard 
à la main , pour frapper celui qui voudrait servir la 
royauté. En février 1797 ^ s'*^st suicidé d'un coup de 
pistolet, à la suite, a-t-on dit, d'une fièvre chaude. 

Chanel, — Député de l'Isère à la Convention natio- 
nale, vota contre l'appel au peuple, pour la mort du 
lloi et contre le sursis. Il est sorti du conseil des Cinq- 
Cents en 1799» Après le 18 brumaire il est rentré au 
nouveau Corps-législatif, où il est resté jusqu'en i8o3. 

Ckasles, — Il était chanoine de Chartres 5 il entre 
dans l'armée, fait une feuille révolutionnaire, et le 
voilà placé au haut de la montagne delà Convention, 
gr«\ces au département d'Eure-et-Loire. En novem- 
bre 1792 il a fait comprendre les domestiques dans la 
liste des émigrés. Il vota contre l'appel, pour la mort 
et contrele sursis, dans l'affaire de l'infortuné Louis XYI. 



( 65 ) 

Proconsul à rarmée , il a été blessé par un oljiis à la 
journée de Werwick. Au i*' avril 1796 il fut reconnu 
connue ayant favorisé rinsurrection des faubourgs 
contre la Convention. Aiulré Duniont le fît décréter 
d'arrestation et enfermer à Hani : il a été amnistié. 
L'abbé jacobin est mort. ^ 

Chasset. — Avocat à Yille-Francbe , a été député 
par le tiers-état de la sénéchaussée du Beaujolais, aux 
états-généraux. Il a souvent parlé, comme Camus, 
contre les biens du Clergé. Il accusa le cardinal de 
llohan d'exciter les troubles de l'i^lsace^ et fît décréter 
que les prédicateurs prêteroient le serment civique. Le 
département de llhône et Loire l'a nommé à la Con- 
vention nationale. 

Sur la question de l'appel au peuple^ il parla ainsi : 
« Je crois que la Convention nationale ii'a retenu ce 
jugement que pour exercer des fonctions politiques et 
îion judiciaires. Sous ce point de vue, il ne peut pas y 
avoir d'appel au peuple. Comme représentansdu peuple, 
comme politiques, nous avons été envoyés avec des 
pouvoirs illimités 5 je dis non. w 

Sur la peine à infliger à Louis XVI , qu'il avait jugé 
coupable , il s'exprime dans les termes suivans : « J'ai 
déclaré dans mon opinion sur les questions prélimi- 
naires que la Convention ne pouvait prononcer, si elle 
vouloit juger. Cependant la Convention a dit qu'elle 
déciderait du sort de Louis. Mais par sa conduite , par 
la violation des formes judiciaires, elle m'a convaincu 
qu'elle ne voulait pas prendre l'attitude d^ui juge, 
mais prendre une mesure générale. Il ne m'est pas 
permis de voter pour la mort. Ce n'est pas seulement 
une peine à infliger , il s'agit défaire entièrement dispa^ 
raitre la royauté. Louis n'inspire plus aucun sentiment 
à craindre, tandis que son fils recevrait, par sa mort, 
et inspirerait le plus grand intérêt. Je vote pour la dé- 
tention jusqu'à la paix.» 

Sur la troisième question , Chasset se proîionça 
contre le sursis. 

Au 3i mai û fut mis sur la liste des Girondins 5 



( 64 ) 

il défendait fortement ses opinions républicaines : 
les Montagnards voulaient Panarcliie. Les anti-roya- 
listes firent, le 6 juin, une protestation contre cette 
journée, qui était Pavant-coureur de leiu* chute. Chas- 
set protesta, signa , se réfugia à Lyun , fut mis hors la 
loi, se retira en Turquie, revint dans la Convention 
après la mort de Robespierre, passa au conseil des 
Cinq-Cents en 1795 , parla contre la liberté de la presse , 
fut nommé au conseil des Anciens , divagua sur les fi- 
nances , vota rétablissement d'un impôt sur le sel , 
passa au Sénat-Conservateur, parla dans le sens de 
Buonaparte , fut décoré du titre de commandant de la 
Légion-d'lionneur, obtint la sénatoreriedeMetzen i8od. 
Il est nommé pair. 

Vhastelain, — Député de l'Yonne à la Convention 
nationale, a été de l'avis de l'appel au peuple, de la 
détention et du bannissement de Louis XVI, et du 
sursis. Frappé d'arrestation au 3i mai, il a échappé 
aux proscripteurs. Rentré dans la Convention, il a été 
membre du conseil des Cinq-Cents. Après le 18 bru- 
maire il a été nommé juge au tribunal de Sens. 

Châteauneuf' Kandon. — A remplacé le marquis 
d'Ap<Shier, démissionnaire, aux états-généraux, nommé 
par la noblesse de la sénéchaussée de Mendes. Député 
à la Convention par le département de la Lozère, ce 
gentilhomme, comblé des faveurs de la famille Bourbon, 
s'est opposé à l'appel au peuple. L'assemblée a décrété 
à l'unanimité, a-t-il dit, sur la seconde question : ce Louis, 
convaincu de coaspiration , la loi le condamne à la 
mort. Les considérations politiques n'ont été invoquées 
que par le fanatisme et la tyrannie. Heureusement le 
règne en est passé. On parle d'une faction, je n'y 
creis pas. Si je pouvois y croire , je ne la verrois que du 
côté de ceux qui mettent tant de méchanceté à supposer 
des partis. Mais si quelque ambitieux osait attaquer la 
liberté , les bras du peuple sont levés , et je briguerais 
l'honneur de porteries premiers coups. Je vote pour la 
mort de Louis le Dernier. »I1 ne fut pas d'avis du sursis. 

C'est lui qui a demandé l'arrestation de madame de 



(65) 

Montesson et de. ia duchesse d'Orléans. Lyon se sou- 
viendra long-temps de sou nom, comme accolé aux 
noms des Montagnards q«ii ont brûlé cette ville. Il a 
dénoncé Tex -constituant Chariier , comme che reliant à 
soulever la Lozère. Il a été dénoncé par les liabitans de 
8aint-Floiir, comme terroi iste. Il a été général de bri- 
gade, commandant de Mayence; après le i8 brumaire 
il a été nommé préfet des Alpes-Maritimes. 

Chanmont. — Député d'Ille-et-Vilaine, a été d'avis 
de rejeter l'appel au peuple. <c D'après votre premier 
décret qui déclare Louis coupable , a-t-il dit , et d'après 
le code pénal, la peine à infliger ne peut plus être rnise 
en question 5 elle est la mort. 5) Il s'est déclaré contre 
le sursis. 

Ckaiivier. — Député à la Convention nationale par 
le département de Haute-Saône , ne fiit pas de l'avis de 
l'appel a!i peuple 5 vota pour la détention actuelle et le 
bannissement du roi à la paix j et contre le sursis, 

C^aza/.-— Né au Pont-Saint-Esprit 5 se fit remarquer 
dans les premiers troubles qui agitèrent le comtat Vé- 
naissin. Après la réunion de ce comtat, il se jeta dans 
le département du Gard, qui le nomma député à la 
Convention. Il fut de l'avis de Pappel au peuple. 

Sur la deuxième question , il dit : ce Mes commettans 
m'ont envoyé pour prononcer sur le sort de Louis. Je 
n'ai jamais douté de cette mission. Je suis convaincu 
que Louis est coupable 5 mais sa mort, quoique juste y 
me paraît avoir des dangers que n'a pas sa conservation. 
Ces dangers qui grondent dans l'avenir, et qui sont 
déjà prêts à s'élancer sur ma patrie, rne font un devoir 
de soumettre à mes commettans une décision éven- 
tuellement funeste, ou à en prendre une qui ne soit pas 
irrévocable. Je vote pour la mort , mais en adhérant à 
la réserve proposée par Maillie , relative au sursis. 

Cliazal signa une protestation contre le 3i mai. Il 
échappa à la proscription. Après la chute de Robes- 
pierre, il se déchaîna contre les Jacobins, qui crièrent 
à l'ingratitude. Envoyé , en 1793 , dans la Haute- 

5 



(66) 

Loire, il soutint les factieux qui vonloiént donner à la 
Convention le droit de réélire les deux tiers sorlans. 
Cette conduite le fit passer au conseil des Cinq-Cents, 
parla toiite-pnistiance de ses confrères en révolution, 
qui ne vouloient plus porter an creuset de la volonté 
souveraine. Fier de ce succès, il débuta par proposer de 
chasser de Paris les députés de l'Assemblée constituante 
et de la Législative , réclama des mesures répressives 
contre la presse, qui attaqnoit son personnel et ses 
afïidés. Il eut la bonté de vouloir persuader, en fé- 
vrier 1797 j que les Royalistes conspiroient sous cou- 
leur anarchique. Il prit en horreur les députés clichiens , 
et se fit gloiie d'avoir vaincu les lloyalistes au 18 fruc- 
tidor. 

Entré au conseil de« Cinq-Cents, en 1798^ il s'a- 
charna contre les |)arens d'émigrés , à qui le républica- 
nisme devoit eiileverla pré'Successioji de leurs héritiers. 
Il se lia intimement avec Sieyes : il avait de grands 
rapports avec Buonaparte^ qui le combla de bienfaits 
pour coopérer à la journée du 18 brumaire. C'est lui 
<|ui occupa un instant le fauteuil , tandis que Lucien 
Buonaparte alla chercher Buonaparte , qui fuyait à 
toutes jambes de la salle de la représentation quand il 
entendit prononcer, /zor^ la loi le tyran. Membre de la 
Commission intermédiaire pour fabriquer une consti- 
tution à propos, il passa ensuite au Tribun at. Il est dé- 
coré de la croix de ia Légion-d'Honneur , et préfet des 
Basses-Alpes. 

Chazeau. --- Député de la Charente à la Convention 
nationale, a voté contre l'appel au peuple^ pour la 
mort du roi^ et contre le sursis. 

Chedaneau. — Administrateur à l'hôpital de Ruffec, 
fut député h. la Législature, ensuite à la Convention , 
par le département de la Charente 5 il se prononça 
contre l'appel au peuple , vota pour la mort avec Pa- 
inèndementde Mailhe, Après la session, il a été nommé 
commissaire du Directoire. 

Chénier, — Naquit à Constautinople , au son père 



( 67 •) _ 

résidait comme consul de France : il était poè'te. Il dé- 
buta , dans la révolution y par être nienibie de la muni- 
cipalité de Paris 5 au lo août, rédigea la pétition pour 
la déchéance du roi, a voté sa mort.... Membre de 
rinstitut, il n'est plus.... Dieu a permis qu'il mourût 
dans son lit.... Ne troublons pas ses cendres. 

Chevrier. — Anciennement lieutenant- général du 
bailliage de Neufchâteau, a été député aux Ktats-géné- 
raux par le tiers-état du baillage de Mirecourt, et en- 
suite à la Convention par le département des Vosges 5 
était malade , ou lit le malade pendant les appels no- 
minaux dans le procès fait au roi. 11 entra au conseil 
des Cinq-Cents, en sortit en 1798, fut réélu en 1799 
au Corps-Législatif, et y resta jusqu'en i8o3. Il vit à 
Paris , employé dans les bureaux du ministre des af- 
faires étraijgèies. 

Chevalier, — Nommé à la Législature , et ensuite 
à la Convention , par le département de la Sarthe , fut 
d'avis de l'appel au peuple. Sur la seconde question , il 
émit ainsi son opinion : «La loi ne permettait que la 
déchéance du roi 5 mais comme mesure de sûreté gé- 
nérale , je vote pour la détention pendant la guerre, et 
le bannissement à la paix. 3) Il céda aux vives instances 
du comité de Sahit public, qui le força de donner sa 
démission pendant la terreur. Il rentra ensuite dans 
l'Assemblée. Il n'a point passé aux conseils. 

Chevalier, — Député à la Convention nationale par 
le département de l'Allier , vota contre Pappel au 
peuple 5 a refusé de voter sur la peine à infliger au Roi, 
et sur le sursis. 

Chiappe ( de Corse). — Sa famille est dans la robe. 
Lors des votes sur les appels nominaux, il s'insinua 
parmi ses collègues , et les invita , au nom de la jus- 
tice , de ne pas assassiner le Roi. Sur la première 
question, il dit : ce On affecte de craindre la guerre ci- 
vile : c'est bien pour l'éviter, c'est pour prévenir les 
grands inconvéniens que cette affaire présente^ c'est 
enfin pour ne point commettre d'attentat contre la 

5* 



(68) _ 

souveraineté (lu peuple, que^ votre jugement doit efre 
soumis à sa ratification. Les puissances étrangères 
respecteront en silence ce grand jugement, quel qiiM 
soit, (jnand elles réfléchiront qu'au lieu d'avoir été 
rendu par sept cent quarante-cinq députés , il l'a été 
par la république entière. On parle de courage : s'il t^n 
est dans cette alFan^e, c'est bien en prononçant le leii- 
yoi au peuple : je vote pour oui. 5) 

Sur la deuxième question , il parla ainsi : «Je ne con- 
sulte aucune loi dans cette affaire , parce que je ne puis 
pas être juge, applicateur de peine , lorsque je suis lé- 
gislateur 5 mais , comme homme d'état, représentant 
du peuple , je consulte la loi suprême , celle du saint et 
de l'intérêt de tous les Français, mes frères. Ainsi , 
pour mesure de sûreté générale , je vote la détention 
de Louis pendant la guerre, et sa déportation après. 3> 

Enfin il se déclara pour le sursis. 

Dans la séance du 20 avril 1793 , il proposa de décré- 
ter que les vingt-deux, députés dénoncés par les sec- 
tions de Paris n'avaient pas cessé de bien mériter de 
la patrie. Il a été nommé commissaire pour la Corse , 
il a refusé de s'y rendre ; il a été accusé d'avoir favorisé 
la réaction du midi, où il a été en mission après le 9 
thermidor: delà il s'est rendu près l'armée d'Italie. Il 
s'est prononcé pour le i3 vendémiaire et contre le 18 
fructidor. 

Il avait acheté la laiterie de la reine à Saint-Cloud 5 
quand il a vu Buonaparte habiter, comme consul et 
comme empereur, le palais de nos princes , il a vendu 
cette propriété, pour ne pas être voisin du tyran. 
Buonaparte l'a tenu long-tems en disgrâce, d'abord, 
parce qu il a ete son bieniaiteur dans son état de pau- 
vreté 5 ensuite^ parce qu'il blâmait hautement son am- 
bition et ses actes de despotisme. Il a été envoyé en exil, 
avec la qualité de sous-préfet, à Alba^ département de 
la Stura.5 après sa chute il est revenu à Paris. 

Choudieu, — Il a été l'un des chauds partisans de la 
révolution 5 il a débuté par être accusateur public du 
tribunal du département de Maine-et-Loire. Cette 



( 6ç, _) 

place le mit en évidence 5 les électeiu'S de son départe- 
ment le nommèrent à l'Assemblée législative. Entr© 
dans le comité militaire , il accusa de négligence le 
ministre Portai^ prit la défense des soldats de Chii- 
ttauvieux, condanuiés aux galères pour l'alVaire de 
Nancy, dénonça les pétitions colportées contre la jour- 
née du 20 juin. Il a demandé, au nom des sans-culottes 
d'Angers , la décliéance de Louis XVI ] il a déclaré que 
rassemblée n'était pas capable de sauver la patrie : la 
coiu' était, suivant lui, le foyer des conspirations. Il fit 
passer à l'ordre du jour. sur les plaintes du ministre de 
la guerre, qui dénonçait le pillage des armes et la 
mutilation de la statue de Louis XV à l'Ecole Mili- 
taire. 

Il fut nommé à la Convention nationale. Il vota 
contre l'appel au peuple, pour la mort du Ptoi, et contre 
le sursis. Il proposa de déclarer traîtres à la patrie Ma- 
nuel et Kersaint, qui, après la condamnation du Mo- 
najque , donnèrent leur démission. Il fut envoyé en 
mission dans la Vendée avec Heniz, Francastel, Car- 
rier, etc.. et tous les crimes qui ont conduit Carrier à 
l'échafaud étaient communs entre ces deux antropo- 
pliages. Apres avoirfait force dénonciations contre tout le 
ïnoiide, il passa auxarinées duISordet des Ardennes^où il 
fit la chasse de mort aux émigrés. x\près le 9 thermidor il 
défendit fortementlaMontagriej il reprocha à Sieyes de 
vouloir égorger la liberté avec son projet de loi de grande 
pelice. Il fomenta , dirigea toutes les insurrections po- 
pulaires. L'heure de la justice sonna. Il fut accusé d'èlre 
principalement l'auteur de la révolte du 1^^ avril. Dé- 
crété d'accusation , il fut enfermé au château de Ham , 
d'où il est sorti par l'effet de l'amnistie prononcée par les 
Conventionnels, à la un de leur session. Après la chute 
des directeurs Merlin , Iléveillère et Treilhard, Beriia- 
dotte, lors ministre de 1 . guerre, le plaça comme chef 
de division dans ses bureaux. Il fut désigné comme 
devant être l'un des déportés après le o nivôse j il s'est 
sauvé en Hollande, et il s'y est établi libraire. 

Christiani, — Avocat à Strasbourg , fui député par 



( 70 )_ 
îe département du Bas-Rhin à la Convention natio- 
nale. Il s'opposa à r;?ppt'l au peuple. Sur la question 
de la peine à iiifliger, il dit qu'il s'appuyait de l'opi- 
nion de TlioiTias Payne (qui avait parlé avant lui), et 
qu'il votait aussi pour la réclusion : il se .léclara 
pour le sursis. Il vota contre Lebon , en sa qualité de 
membre de la commission chargée d'examiner la con- 
duite de ce cannibale. Il sortit en 1797 du conseil des 
Cinq-Cents , oii il fut placé par la réélecrjon des deux 
tiers. Le Diiectoire le nomma son coiiiTiiissaiie près 
l'administration centrale de son département, et le des- 
titua erisivite^ comme favorisant le parti clichien , ainsi 
appelé j parce que les gens sensés se réunissaient à 
Clichy pour faire choix de députés hoiniêtes. 

Clauzcl. Maire de Velanet , nommé par le départe- 
ment de PArriège à l'Assemblée législative, à la Con- 
vention nationale , vota contre l'appel au peiq)le, pour, 
suivantlui, ne pas perdre la chose publique^ pour la mort, 
contre ie sursis. Le 5 ocîobre^ demanda l'arrestation 
des membres de l'Assemblée constituante qui avaient 
protesté contre la constitution de 1791 ; le 2 novembre 
provoqua la confiscation des biens de madame Dubarry, 
et le rappel de tous les déj)utés nobles en mission. Le 
3 octobre 179/}. » accusa de divers délits Colli>t-d*Her- 
bois, Pillaud et Barrère , qui lui firent reproche d'avoir 
changé de principes. Il combattit la pétition de la section 
du Panthéon qui demandait la révision de la loi sui* les 
suspects. En disant qu'il ne fallait pas que les aristocrates 
pensassentcjuela Convention nationale veuille les proté- 
ger , parce qu'elle a mis l'humanité à l'ordre du jour. 
Il a provoqué la mise en jugement de Fouquier-Tain- 
ville , Pache et Bouchotte. Le i5 janvier 1795 , il se 
plaignit de ce que des malveillans insultaient les bustes 
de Marat et Lepelletier. Meir.hre du conseil des An- 
ciens , il s'écria que les chouans seuls applaudiraient 
au discours de Muraire en faveur des parens des émi- 
grés. Il disait à c^m^ qui s'opposaient à l'impression 
du discours de Creusé-la-Touche contre les prêtres : 
« Vous ayez beau faire ^ la république vous avalera. 3> 



( 71 ) 

Clanzel est un mauvais prophète , Ta monarcliie a avalé- 
la république. Vers le 18 fructidor, il se déclara le 
bas valet du directoire, reprocha à M. La nssel, sou- 
collègue an conseil des Anciens, d'être l'ami des nobles. 
Il est mort en 1804. 

Cîaverie. — Député de Lot-et-Garpnne à la Con- 
rention , vota pour Pappel au peuple, la réclusion de 
Louis XVI jusqu'à la paix, et pour le sursis. Il fut de 
la commission des vingt un membres chargés d'exa- 
miner la conduite du léroce Joseph Lebpn. Il est sorti 
du conseil des Anciens en 1798. 

Cledel. — Etait médecin. Il parvint à se faire nommer 
procureur-syndic du district de Cerré , ensuite député, 
suppléant du département du Lot à l'Assemblée législa- 
tive , où il nesiégça pas , les députés de son pays ayant 
constamment gardé leurs places, il ne manqua pas de 
se faire élire conventionnel par le même département. 
Il avait été assez bon révolutionnaire pour être digne 
d'entrer dans le corps d'une assemblée hétérogène dont 
plusieurs membres voulaient partager la royauté, à. 
l'ombre du républicanisme. Voter contre l'appel aiL 
peuple, sans appel la mort de son lloi, et contre le 
sursis, sont des faits authentiques qui prouvent la déli- 
catesse et l'humanité de notre docteur. Il passa au con- 
seil des Cinq-Cents, d'où il est sorti le 20 mai 1797. 
Il s'est retiré dans sa ville natale. 

Cochet. — Fut l'un des membres du départementrdii 
î^ord. Député à l'Assemblée législative, il ne dit rien ; 
continué par son département à la Convention ^ il 
parla, mais pour se prononcer contre Tappelau peuple, 
voter la mort de Louis XVI , el contre le sursis. Il a 
été membre du conseil de Cinq-Cents. Après la sessioir 
il fut jugé , par le Directoire, capable d'être l'un des 
juges du tribunal criminel du département du Nord. 

Cochon, — Il était conseiller à Fontenay. Nommé 
député suppléant du tiers-état de la sénéchaussée de 
Poitou, aux Etats-généraux y il remplaça M.Tiiiheandy 



( 70 

fjin jugea à propos <1o rçster clans sn province. C'est- à 
lui à qui le Midi doit le bienfait d'avoir eiiipeclié la 
punition des monstres (pii, lors des événeniens d'Aix, 
tuèrent, en bons patriotes^ MM. Pascalis , La Ho- 
quette et Guiramond. 

Il a été député à la Convention nationale par le dé- 
partement des D.eux-Sèvres. Il fut de l'avis du rejet de 
l'appel au peuple. Siu' la yjeine à infliger an Iloi^ il 
dit: te J'ouvre la Déclaration des Droits; j'y lis : La 
loi doit être égale pour tous. Comme juge, je dois ap- 
pliquer la loi. La loi prononce la mort 5 je vote pour la 
mort. 35 II se prononça contre le sursis. Etant envoyé 
à. l'armée du iNord^ pour ren)placer Canins, Quinette, 
Bancal et Lamarque , livrés par Dumouriez aux Autri- 
chiens , il se trouva enfermé dans Yalenciennes lors- 
que cette place fut assiégée. Le 1^^ août il sortit de la 
place avec la garnison , et vint dire à l'Assemblée que 
c'étaient les babitans de Valencieniies et les troupes de 
ligne qui avaient livré la ville à l'ennemi. Il retourna en 
mission _, et accompagna l'armée du Nord en Hollande. 
Il entra au conseil des Anciens 5 le Directoire l'en lit 
sortir pour le nommer, en avril 1796, ministre de la 
police générale. Il dénonça la conspiration Babœuf, et 
fit arrêter ses principaux complices. Tallien , c[ui avait 
envie d'avoir/;ette place, le dénonça comme employant 
le baron de Batz et Dossonville dans sa police secjète , 
avec ordre de persécuter les républicains. Il se justifia 
en disant qu'il avait donné ordre d'arrêter le premier, 
et en faisant voir que l'autre avait rendu de grands 
services dans Paffaire Babœuf. Le lo septembie 1796, 
il prévint la conspiiation du camp de Grenelle , lit en- 
velopper par des militaires la bande des Jacobins, dont 
les armes étaient prêtes à frapper, et plus de quatre 
cents de ces bandits incurables furent taillés en pièces. 
Par contre-coup il dénonça, an 21 janvier 1797^ La- 
villelieurnois , Brottier et Duverne de Presle, agens 
royalistes^ auteurs de l'Institut pbilan tropique, et les 
£t traduire devant une commission militaire, en se 
plaignant d'être placé sur leur liste comme ministre à 
conserver après le rétablissement de la monarchie , 



( 73 ) _ 

tout en observant cependant c^ii'il avait voté la mort 
(lu Roi. Il se déchaîna contre les prêtres insoumis. 
INIalgré cette conduite , il fut accusé par les Jacobins ^ 
c|ui avaient humeur contre lui pour l'expédition du 
canip de Grenelle, de favoriser secrètement les émi- 
grés/ et même d'être d'intelligence avec les royalistes. 
Le îa4 "^3.i 1797 il obtint deux cent trente suffrages, 
en concuiTence avec Barthelemi, pour la place vacante 
au Directoire 5 le 2.4 juin il fit un rapport contre les 
émigrés et les prêtres, qu'il accusa de pervertir l'esprit 
public. Quicoufjue lient en t^econd ordre le système des 
conlre-poids , est certain d'être écrasé tôt ou tard par 
l'un des partis : aussi le Directoire, qui méditait le 18 
fructidor , le déplaça , et lui substitrja Le noir- Laroche. 
Duruolard dénonça ce changement comme le signal de 
l.a crise : la crise eut lieu. Cochon fut mis au nombre 
des déporlables par l«s Jacobins, qui secondèrent le 
Directoire. Il a été détenu à Oleron. Après le 18 bru- 
maire il a été rappelé , nommé préfet de la Vienne y 
décoré de la croix de Légioruiaire. Il a été ensuite 
nommé préfet d'Anvers ; il a été placé au Sénat , il s'est 
fait appeler le comte de l'Apparent : maintenant il 
n'est phjs rien , il vit en bourgeois dans Paris. 

Colaud (<7e la Salcette). -^-~, C est un ancien cha- 
noine , qui fut député par le clergé aux Etats-généraux. 
Il a suivi le torrent de la révolution 5 le département 
de la Drôme Ta envoyé à la Convention nationale. Il a 
voté poiu' l'appel au peuple. Voici son vote sur la 
deuxième question : ce Je prononce la détention jusqu'à 
la paix 5 mais je vote pour la mort, dans le cas où les 
ennemis envahiraient le territoire de la Képnbhque. » 
Il a été de l'avis du sursis , puis membre du conseil 
des Cinq-Cents, d'où il est sorti en 1797. En 1802 il a 
été élu préfet de la Creuse. 

Collomhel ( de la Meurthe^, — Il n'est entré à la Con- 
vention qu'après le procès de Louis XVI, comme sup- 
pléant de Salies (exécuté à Bordeaux comme Girondin). 
Il proposa toutes les mesures qui pouvaient être utiles 



( 74 ) 

aux terroristes , et demanda la prorogation des com-- 
missions militaires oliargées d'assassiner les Vendé- 
mialristes. Il entra au conseil des Cinq-Cents. Là , Si- 
méon accusa Fréron de toutes sortes d'actes arbitiairea 
qu'il avait faits, comme proconsul, dans le départe- 
ment des Boucfies-du-llhône : Colombel défendit Fré- 
ron 5 il combattit Dumolard,qui accusait le Directoire 
d'avoir jeté sur les côtes de la Grande-Bretagne des 
forçats enrégimentés. Il a été en concurrence pour 
remplacer François (de Neufijhâteau) au Directoire. Il 
se prononça en faveur de la société du Manège. Dans^ 
les journées des 18 et 19 brumaire, il se rangea du 

Èarti d'Aréna : il fut dès-lors exclu du Corps législatif, 
►epuis cette époque il a entrepris les fournitures des 
hôpitaux des armées, avec Duveyrier , Lejoyant et 
Paré. Il n'est plus ce qu'il était avant la Révolution 9 
simple débitant de tabac à Pont-à-Mousson 5 mais il 
vitj à Paris ^ en gros capitaliste. 

Collot - d'Herhois. — Ancien comédien , sifflé sur 
tous les théâtres où il s'est présenté : le rôle qu'il rem- 
plissait passablement était celui de tyran. Nommé dé- 
puté par le département de Paris à la Convention , il 
a fait décréter , le 22 septembre 1792 , la république en 
remplacement de la royauté 5 a commis toutes sortes 
d'horreurs dans ses missions 5 a braqué les canons , 
dirigé la hache contre la malheureuse ville de Lyon. 
L'incendie ne faisait pas assez de ravages ; la guillo- 
tine a été élevée sur les places publiques, et les Lyon- 
nais ont péri à cause de l'amour qu'ils portaient à la 
famille Bourbon , et en expiation de leurs sentimens 
de haine contre les affreux tyrans qui s'étaient emparés 
des rênes d'un gouvernement paternel. La mesure de 
ses crimes était comblée quand la Convention le dé- 
oi'éta d'arrestation, le 2 mars 1795. Il essaya de se 
justifier en disant : ce Mes forfaits sont les vôtres; en 
me frappant, vous vous frappez vous-mêmes. r> Gar- 
nie r ( de Saintes ) , Monestier , Thirion et Foussedoire 
le défendirent 5 mais l'Assemblée le condamna , le 
jer a^y£.j[ ^^7(^5 ^ ^ ^j-j.g déporté à la Guyanne. Il était ea 



(75) 

cliemin ponr sa deshnation , quand un nouveau mou- 
vement s'opéra en faveur des chefs des assassins des 
Roi et dn peuple j alors on décida queCollot-d'Herbois, 
Billand-Varennes, etc., seraient traduits devant le tri- 
bunal criminel de la "Charente-Inférieure. Ce décret ne 
put recevoir son exécution 5 les déportables étaient déjà 
eu mer. Arrivé à Cayenne, notre comédien, j^^g® ^^ 
son Roi, chercha à soulever les noirs contre les blancs : 
il fut renfermé dans le fort de Sinamary. Tourmenté 
par inie fièvre ardente , il but une bouteille d'eau-de- 
vie 5 il tomba malade. Dans le chemin qui conduisait 
de son asile à l'hôpital de Cayenne, il mourut. 

Colombe! {de l'Orne). — Député à la Convention par 
le département de l'Orne , vota contre l'appel au peuple , 
pour la mort et contre le sursis. 

Condorcet. — ( Ancien marquis. ) Il obtint forces 
pensions, sous la protection de M. de la Rochefoucauld 5 
auteur de plusieurs ouvrages, il fut désigné en 1791 > 
par les Jacobins, comme gouverneur du Dauphin, 
Député par le département de Seine à l'Assemblée lé- 
gislative, il appuya le projet de déclarer la guerre à 
l'Empereur d'Allemagne. En février 1792, il proposa 
aux Jacobins de déclarer que Louis XVI était censé 
avoir abdiqué. Député à la Convention par le dépar- 
tement de l'Aisne, il vota contre l'appel au peuple 5 
la peine la plus grave qui ne soit pas celle de mort : sur 
le sursis, il dit qu'il n'avait pas de voix. Le 8 juil- 
let 1793, dénoncé par Chabot comme partisan des 
Girondins, il fut décrété d'arrestation, mandé à la 
barre, uns en accusation le 3 octobre, comme com- 
plice de Brissot. Caché chez madame ***, il lut le dé- 
cret qui frapyxut de mort ceux qui donneraient asile 
aux personnes mises hors de la loi , et se retira. Il sortit 
des barrières de Paris, vêtu d'une simple veste et ayant 
un bonnet sur la tête. Pressé par la faim , il entra dans 
un petit cabaret, près de Clauiart: un membre du co- 
mité révolutionnaire, à qui il parut suspect, le fit ar- 
rêter; conduire au Bourg- la-Reine. Renfermé dans un 



(76) 

cachot, et otibllc pcnnlaiit vlngt-qjiatre heures, qnantî 
<)ii vint lui appQiler du pain et de l'eau, on le trouva 
sans aucun mouvement et glacé. 

Conte, — Député des Basses-Pyrénées à la Conven- 
tion, est l'un de ceux qui ont prononcé des discours 
pour prouver que Louis XVI ne pouvait pas être mis 
en jugement. Il fut d'avis de l'appel au peuple, vota la 
réclusion pendant la guerre , et le bannissement à la 
paix, sous peine do mort : il se déclara poiu' le sursis. 
Il a été membre du conseil des Anciens j il en est sorti 
en 1797. 

Cor bel, — Juge au tribunal de Ponlfvy , il fut nommé 
député du Morbihan à la Législature, et réélu à la 
Convention. Il ne fut pas d'avis de l'appel au peuple. 
"Voici son opinion sur la peine à infliger au Roi : ce Je 
déclare que Louis , convaincu d'attentats contre la sû- 
reté générale de l'Etat , a mérité la mort j mais dans les 
circonstances où nous nous trouvons , comme c'est eu 
hommes d'Etat que nous devons prononcer, et qu'une 
mesure de sûfeté générale est prélérable à une applica- 
tion rigoureuse de la. loi , je demande que Louis et sa 
famille soient gardés au Temple, ou dans toute autre 
ville, jusqu'à la paix. y> Il prononça contre le sursis. Il 
fut l'un des soixante-treize députés exclus au 01 mai. 
Revenu dans l'Assemblée, il rentra au conseil des An- 
ciens , d'où il n'est sorti qu'en mai 1797» 

Cordier. — A été député par le département de Seine- 
et-Marne, ce Point d'appel au peuple. Louis est un 
grand coupable 5 il mérite la mort. Je vote pour la 
mort et contre le sursis. 5) Tels furent ses votes. 

Coren - Furtier. — Nommé par le département de 
l'Ardèche , vota pour l'appel au peuple. Voici son dis- 
<;ours sur la peine à infliger au Roi : ce J'ai médité sur 
la disposition du mandat cjui m'associe à la Conven- 
tion, et je n'y ai trouvé aucune attribution de juge sur 
les conspirations dont Louis ('apet se trouve con- 
vaincu : la Convention a d'ailleurs rejeté les formes 
judiciaires portées par le code pénal. 



( 77 ) _ 

» Le code pénal prononce véritablement la peine àé 
mort contre les conspirateurs 5 et bans apprécier si 
Louis pourra être jugé en vertu d'une loi autre que la 
constitution du 14 septembre 17(^1 j comme les légis- 
lateurs n'ont ordonné la peine de mort que pour pré- 
venir la contagion des crimes 5 comme cette contagion 
ne peut pas être redoutée dans le cas dont il s'agit , 
attendu que la royauté a été abolie en France, j'ose 
penser que la chose publique n'est exposée à aucuiï 
danger par le défaut de condamnation à cette peine. 

3> Je dis plus , et je suis persuadé que cette condam- 
nation compromettrait notablement le$^ intérêts de la 
République. Elle éteindrait toute espérance de pacifi- 
cation avec les puissances étrangères 5 elle pourrait 
former le germe de la guerre civile , compromettre la 
liberté de la nation, en occasionnant de nouveaux pro- 
jets de tyrannie.... Je demande que Louis soit banni 
à perpétuité, avec défense de rentrer dans la Répu- 
blique, sous peine de mort ^ et que cependant il de- 
meure reclus dans une maison de la République , jus- 
qu'à ce que le gouvernement républicain de la France 
aura été solennellement reconnu par les gouvernemens 
de l'Europe, w II opina pour le sursis. 

Après le Di mai, il envoya sa démission, qu'il retira 
cependant le lendemain. Rentré à la Convention après 
la mort de Robesptferre , il parla contre Carrier , s'op- 
posa à la mise en liberté de David, attaqua les trib;!- 
naux révolutionnaires et leurs assassinats, demanda 
l'ordre du jour sur la proposition de Bréard, tendante 
à suspendre la radiation des émigrés. Entré au conseil 
des Anciens, il parla contre l'emprunt forcé, contre 
les mesures additionnelles à la loi de présuccession des 

Î>arens des émigrés, ne voulut pas que le droit de rayer 
es émigrés fût accordé au Directoire, mais bien 
aux tribunaux. Il est sorti dn conseil en mai 1797 ; il 
est maintenant receveur des contributions directes à 
Lagenterie. 

Cou/iey. — Député des Vosges à la Convention , vota 
pour l'appel au peuple , pour la détention et le bannis- 



( 78 ) 
sèment du Roi trois ans après la paix, et pour le sursis.' 
Le p juillet, il fut accusé par Chabot d'avoir applaudi 
à l'arrêtédii comité de Montpellier, blâmant le 3i mai. 
Il voulut se justifier : la Montagne l'envoya à l'Abbaye. 
Echappé aux mains des Maratistes, il revint dans 
rAssei^blée , passa au conseil des Cinq-Cents , en sorlit 
le 20 mai 1798, fut nommé juge au tribunal de cassa- 
tion jusqu'après le 18 brumaire. Maintenant il est con- 
seiller-juge à la cour royale de Nanci. 

Coupé {de P Oise. ^ — Etait curé à Sermaize. Il fut 
député par le département de l'Orne à la Législature, 
puis à la Convention nationale. Il voulut faire entendre 
aux Jacobins dont il était président, qu'il ne fallait pas 
demander le mariage des prêtres. Il fut chassé. En 1792, 
il appuya la motion de Cambon, tendante à forcer les 
ecclésiastiques à monter la garde. Il rejeta l'appel au 
peuple, vota la mort du Roi , sans sursis. Il revint aux 
Jacobins dire qn'il renonçait aux fonctions de la prê- 
trise (à soixante-onze ans). Il est sorti du Corps-légis- 
latif en 1797- Il est mort. 

Coupé {des Cotes du Nord,^ — Etait sénéchal de La- 
iiion. Il fut nommé aux Etats-généraux parle tiers- état 
d.e la sénéchaussée de cette ville, ensuite à la Conven- 
tion nationale par le département des Côtes -du-Nord. 
Il vota contre l'appel au peuple :^cr Deux peines ont 
été prononcées contre Louis , dit-il; les opinions pour 
et contre se balancent. Je choisis la plus douce ; je vote 
pour la réclusion et pour le sursis. Il prit la fuite au 
30 mai. 

Et la fuite est permise à qui fuit ses tyrans. 

Arrêté à Mantes , il déclara avoir quitté son poste, 
craignant de voir renouveler les massacres de sep- 
tembre. Amené à Paris, il fut regardé comme démis- 
sionnaire. Après la chute des Maratistes, il rentra dans 
la Convention , et se prononça fortement contre les 
terroristes. Entré au conseil des Cinq-Cents, il appuya 
la motion d'autoriser les enfaiis à quitter les surnoms 
de Maiatj Robespierre, etc. Envoyé au Havre pour 



. ^ 79 ) . 

faire refluer les grains à Paris, il se conduisit bien, H 
a été nommé, pai* les Consuls, juge d'appel, ensuite 
président du tribunal criminel du département des 
Côtes-du-Nord. Appelé an Corps-législatif, il est dé- 
coré , et conseiller-juge à la Cour royale de Hennés. 

Courtois. — Député par le département de l'Aube à 
l'Assemblée législative, puis à la Convention nationale , 
il vota contre l'appel au peuple, au hasard, disait-il ^ 
de passer pour factieux. Il vota la mort et contre le 
sursis. Il fut du nombre des commissaires nommés 
pour examiner les papiers trouvés chez Robespierre 
après le 9 thermidor : il fit un très-long rapport , à la 
suite duquel plusieurs députés furent accusés d'être 
les complices de ce chef de régicides. Il se montra Pen- 
nemi des Jacobins, jusqu'au i3 vendémiaire ( 10 oc- 
tobre 1797 ). Il louvoya ensuite. Devenu meuibre du 
conseil des Anciens, il fut l'apologiste du Directoire ^ 
puis le partisan du 18 brumaire. Dénonça Arénâ ^ 
comme ayant voulu assassiner le général Buonaparte. 
Il entra au Tribunat, où il fut accusé de concussions. Il 
vit dans un superbe hôtel , orné d'un jardin magni- 
fique , qu'il a acheté dans Paris. 

Coustard, — Mousquetaire, chevalier de Saint-Louis, 
et lieutenant des maréchaux de France, eut la faiblesse 
de se jeter dans le club des Jacobins de Nantes : il lo 
dirigeait. Nojnmé commandant de la garJe nationale 
de cette ville, il fut choisi pour l'un des députés de la 
Loire-Inférieure à l'Assemblée législative, où il vota la 
détention des prêtres insoumis, dans leurs départemens 
respectifs. C'est lui qui fit décréter , le 6 juin 1792, une 
fédération à Paris, et la formation d'un camp de vingt 
mille hommes. Il se montra partisan de la déchéance 
du Roi. Réélu à la Conveniian , il opina pour Pappel 
au peuple, se déclara pour la déchéance de Louis XVI 
et pour le sursis. C'est lui qui alla à l'armée du Nord 
annoncer la déchéance de son bienfaiteur. Girondin , il 
fie-cacha , après le 3i mai, dans la Bretagne. Carrier le 
découvrit, l'envoya à Paris, où il fut guillotiné le 7 no* 
yembre 1790 , avec le duc d'Orléans. 



_ ( 80 ) 

Cont/ion. — No à Orzayj avocat à Clermont, i\\î 
nommé , par le département du Puy-de-Di^mo , à l'As- 
semblée législative. Il avait feint b( ancoup de douceur 
dans le caractère 5 mais quatid il fut législateur, il se 
montra l'ennemi le plus acharné du gouveinemenC 
monarchique. Il appuya, quand le lloi devait entrer 
dans l'Assemblée, le 5 août 1791 , la motion faite par 
Stanislas Girardin , aujourd'hui préfet de Rouen , la 
motion de supprimer les mots de Sire , Majesté. Il pro- 
posa de déclarer Monsieiu- déchu du droil à la régence. 
Elu à la Convention, il a vofé la mort du Roi, a fait 
toutes les motions incendiaires et sanguinaires imagi- 
nables. Plus scélérat que Marat et Robespierre réunis , 
il a fait périr des milliers d'hommes. C'est lui qui a 
présidé à la démolition des denx superbes façades de la 
place Bellecour à Lyon. Il a donné le premier coup 
de marteau avec Châteauneuf-Randon, en disant : 
ce Je te condamne A. être démolie , au nom de la loi. » 
Il consacra la maxime de mort aux tyrans , paix aux 
chaumières. Réfugié à la Commune avec Robespierre , 
au 9 thermidor , il fut pris , se frappa , mais légèrement, 
d'un poigtiard dont il était armé. Il contrefit le mort. 
li était cul-de- jatte. Le bourreau eut beaucoup de peine 
à l'exécuter, le 28 juillet 1794? «^ cause de sa construc- 
tion singulière, et de la contraction effroyable de ses 
membres. 

Coutiss on- Dumas» — Député de la Creuse à la Con- 
vention nationale , se déclara pour l'appel au peuple. 
<c Je réirère très-expressément, dit-il siu* la seconde 
question , que je ne prononce pas comme juge, mais 
bien comme homme d'Etat. Sous ce rapport, je vote 
pour la réclusion , sauf au souverain , lorsqu'il ratifiera 
la constitution , à statuer en définitif sur le sort du 
tynui ainsi qu'il avisera. 5> Il fut de l'avis du sursis. 
Sorti en 1796 du Corps-législatif , son département le 
nomma en 1797 au conseil des Anciens. 

Couturier. — Juge au tribunal de Bouzonville , fut 
nommé par le département de la Mozelle à la Législa- 
tîire. Il n'eut pas honte de demander j le 16 mars 1792, 



( 8i ) 

amnistie en favenr de Jourdan Coupe-Tête , et de tous 
les massacreurs d'Avignon. Réélu à la Convention, il 
ne vota pas dans le procès de Louis XVI , parce qu'il 
était en mission dans son département. En novembre 
11793 , il alla à Etampes. Toujours des discours contre 
la royauté et des mesures révolutionnaires. Quand la 
Convention fit le procès à Carrier , il déclara qu'il ne 
pouvait pas iniprouver sa conduite , mais qu'il consen- 
tait sa mise en jugement, pour avoir méconnu la re- 
présentation nationale dans un député. Membre du 
conseil des Cinq-Cents , il en est sorti en mai 1797? et 
a été réélu en mars 1798. Le i^'^mars 1797^ il attaqua 
l'établissement de l'impôt sur le sel. Au 18 brumaire, 
il a été éliminé. 

Creuzé'Latouche, — Etait j avant la révolution , lien- 
tenant général de la sénéchaussée de Châtellerault , et 
l'un de ses députés aux états-généraux. C'est lui qui , 
au nom du comité des monnaies, demanda que l'ar- 
genterie inutile au culte fût convertie en numéraire. 
Il a été nommé juge à la haute cour nationale. 

Réélu à la Convention par le département de la 
"Vienne, il crut que l'appel au peuple devait être dé- 
crété : ce II me paraît malheureux , dit-il sur la deuxième 
question , que les hommes qui font les lois puissent or- 
donner la mort d'un homme. Je vote pour la réclusion 
jusqu'à la paix, et le bannissement. 3) Ensuite il fut 
d'avis du sursis. Le 8 août, il parla contre la taxe des 
grains. Il a donné asile à la fille du ministre Roland , 
dont le père était proscrit , et lui a servi de père. 

Quand il s'est agi de la nouvelle constitution, il a 
Combattu cette maxime dangereuse , que les hommes 
naissent et demeurent libres et égaux en droits. Réélu 
au conseil des Anciens, il proposa de rejeter cette réso- 
lution horrible de partager la pré-succession des parens 
d'émigrés avec la République , ainsi que celle qui or- 
donnait la déportation des prêtres insoumis. Cependant 
son discours était dirigé contre les ecclésiastiques restés 
fidèles à la communion du Pape^ sous le prétexte qu'ils 
étaient le foyer d'où partait le feu qui embrasait la 

6 



(82) 

terre. Cette sortie indécente fut canse que le discours 
ne frit pas imprimé. Dès cet instant , il demanda que 
les électeurs prêtassent le serment de haine à la royauté, 

g rit la défense des sociétés populaires, appuya le décret 
ailleul contre les députés royalistes , présenté le 18 
fructidor : <c II faut , disait-il , prendre le parti de dé- 
porter ou de périr ^ et exclure les nobles du droit de 
cité. y> Il sortit du conseille 20 mai 1798. Réélu au con- 
seil d^s Cinq-Cents, il combattit les projets de la liberté 
de la presse, et les motions tendantes à mettre en ac- 
cusation Treilhard , La Réveillère-Lépaux et Merlin , 
lots de la chute du Directoire. Après le 18 brumaire il 
entra au Sénat. Il est mort le 22 septembre 1800. 

Creuzé {Pascal,^ — Pourquoi le surnom Pascal.^ 
C'était pour que le peuple ne le confondît pas avec 
Creuzé-Latouche , dont il est parlé ci-dessus. 

Siir la première question , relative à l'appel du 
peuple 5 dans le procès du Roi, il dit : ce Je regarde 
que nous sommes plénipotentiaires , et ([ue les plénipo- 
tentiaires sont sujets à ratification 5 je dis oui. 5) 

Sur la deuxième question : ce Je ne suis pas juge 5 je 
vote seulement pour la réclusion. 5> 

Sur la troisième : ce Je suis de l'avis du sursis. 

ÎSfommé proconsul dans les départemens des Deux- 
Sèvres, de Mayenne et Loire , de la Vienne et d'Indre 
et Loire ^ il hâta la levée des récjuisitionnaires. 

Revenu dans le sein de la Convention , il ne prit au- 
cune part aux factions qui s'entre-dénoncèrent et qui 
finirent par s'eiitr'égorger par les mains du bourreau, 
ïl déclara, à la tribune, qu'il tenait le fil d'une 
grande conspiration contre les colonies. Il eut tort de 
ne pas fournir les preuves d'un fait aussi important. 
Cependant il demanda , le 25 janvier 1796 , qu'on en- 
voyât des agens dans les colonies. En 1804, il a été 
renommé membre du Corps-législatif pour cinq ans. Il 
€St mort. 

Crevelier, — Elu à la Convention nationale par le 
département de la Charente , émit ces opinions sur les 
questions relatives au Roi : Poiiit d'appel au peuple. 



(83) 

Les attentats du tyran , voilà mes motifs. Je vote pour 
la mort, et l'exécution du jugement dans les vingt- 
quatre heures. Le Directoire l'employa comme son 
commissaire dans son département, après la session 
conventionnelle. En 1798, ce même département le 
réélut au conseil des Cinq-Cents. Il devint membre 
du Corps-législatif après la révolution du 18 brumaire j 
il n'en est sorti qu'en i8o3. 

Curée, — Habitait Saint- André près Lodèvej il fut 
nommé par le département de l'Hérault à l'Assemblée 
législative , puis après à la Convention nationale. Son 
avis, dans le procès du roi, était pour l'appel au peuple, 
pour la réclusion du Roi pendant la guerre et la dé- 
portation à l'épofjue de la paix , et enfin pour le sursis» 
Il a été membre du conseil des Cinq-Cents, a lait l'éloge 
de Bonnier , plénipotentiaire assassiné à Rastadt , à la 
suite duquel il a demandé que la place de ce dernier 
restât occupée par un costume de représentant, couvert 
d'un crêpe funèbre , et que , lorsque son nom serait 
prononcé dans les appels nominaux, le président pro- 
férât ces mots : ce Que^ le sang des plénipotentiaires 
français retombe sur la maison d'Autriche ! n Le ay 
juillet, il a défendu les ex-directeurs qu'accusaient 
plusieurs de ses collègues. Après la révolution du 18 
brumaire il fut nommé tribun. En 1801, il pensa 
qu'il fallait créer des tribunaux spéciaux pour réprimer 
le fanatisme et la royauté. C'est lui qui , le premier , a 
proposé de déclarer Napoléon Buonaparte empereur. 
Il a été décoré de la Légion-d'Honneur , en qualité 
de commandant. Il vit à Paris. 

Cusset. — Marchand de soieries à Lyon , fut député 
par le département de Rhône- et-Loire à la Convention 
nationale. Il rejeta l'appel au peuple : ce Je ne crains 
pas de cumuler sur ma tête, dit-il, les fonctions de 
juge et de législateur. Je demande la mort dans les 
vingt-quatre heures. 5) Sa conduite envers la ville de 
Lyon lui avait suscité beaucoup d'ennemis. Aussi, 
après la session conventionnelle, il n'osa pas retourner 

6* 



( 84 ) _ _. 

parmi ses concitoyens : il se fixa à Paris, fut reconnu 
parmi les révoltés du camp de Grenelle, avec Javoc- 
qnes , etc. Traduit à la commission militaire , il a été 
fusillé le lo octobre 17(^6. 

Cussy» — Etait directeur de la monnaie de Caen. Il 
fut député par le tiers-état de cette ville aux états-géné- 
raux. Quoique membre du comité des finances, il 
parla peu. Il s'opposa à l'émission des assignais de 
cent sous. Kommé par le département du Calvados à la 
Convention, il fut d'avis de l'appel au peuple. Sur la 
question de la peine à infliger au lloi , il dit : cclnlime- 
ment convaincu que la gloire du peuple français est 
inséparable de ses intérêts, et ne croyant pas qu'ils 
lui permettent de frapper un ennemi vaincu, je vote 
pour la réclusion et le bannissement. 3) Il a été long- 
tems du parti des Modérés, a marché de concert avec 
les Girondins. Proscrit au 3i mai, il se sauva. Il fut 
mis hors la loi , pour raison de sa fuite. Le i5 novem- 
bre 1793, il fut condamné à mort par le tribunal ré- 
volutionnaire de Paris. 



D 



Dameron, — Député de la Nièvre , a voté la mort 
du Roi , et est mort en 1796, commissaire du Direc- 
tnirA flrins ROTI dénartenient. 



toire dans son département. 



Dandenac {aîné"). — Député d'Indre-et-Loire à la 
Convention nationale, n'était pas de l'avis de l'appel 
au peuple. Sur la seconde question, il dit froidement : 
ce Je vote pour la mort. 3) Il opina pour le sursis. Passé 
au conseil des Anciens, il en sortit le 20 mai 1797. 
Après le 18 brumaire il a été nommé corrimissaire du 
Gouvernement près la Cour d'appel d'Angers. Il est 
aujourd'hui décoré de la Légion d'honneur, et procu- 
reur-général près la même Cour. 



(85) 

Dandcnac {^jciine^. — Député de Maine-et-Loire > 
vota-cornaie son frère. En 1793 il a été envoyé dans le 
département des Deux-Sèvres, pour arrêter les progrès 
des Vendéens : sa mission n'eut aucun résultat. 11 est 
passé au conseil des Anciens ^ d'où il est sorti le ao 
mai 1797. 

Danjou, — Etait nommé suppléant à la Convention 
nationale par le département de l'Oise 5 il n'est entré 
qu'après le jugement du Iloi. Réélu au conseil des 
Cinq-Cents en mars 1798 , il en est sorti peu de temps 
après. Il est décoré de la Légion d'honneur , et main- 
tenant subslitui du parquet du procureur-général près 
la Cour royale d'Amiens. 

Danton, — Etait avocat au Conseil j sa voix de 
Stetitor Pavait fait remarquer dans les assemblées po- 
pulaires. Il visait à la dictature , et pour y parvenir il a 
mis tout en usage. Dans les clubs , il dénonçait le Iloi 
et ses ministres , ne proposait que des mesures révo- 
lutionnaires. En 1791 il débuta par être membre du 
département de Paris. Après l'arrestation du Roi à 
Varennes , il se fit président de la canaille rassemblée 
au Cliamp-de-Mars , et là il lit demander la déchéance 
du monarque , qui cherchait son salut dans la fuite. 
La justice se mit aux trousses de cet insurrection- 
naire, mais bientôt il reparut avec plus d'audace. Il 
avait médité de faire aux riches la même guerre qu'on 
avait faite aux nobles et aux prêtres. Il fut nommé élec- 
teur dans les assemblées de juillet 5 l'huissier Damiens, 
chargé de l'arrêter au milieu de ces aboyeurs , fut ar- 
rêté îni-même comme violateur de la souveraineté du 
peuple. Nommé substitut du procureur de la Com-. 
iiiune^ il organisa le 20 juin , prépara le 10 août. Il eut 
le front de se présenter à la barre de l'Assemblée légis- 
lative , pour lui signifier que si elle ne déclarait pas la 
déchéance du Roi , la section des Cordeliers allait se 
mettre en insurrection et marcherait contre les dépu- 
tés du peuple. Après la destitution de Louis XVI , il 
eut le département de la justice. Dès son entrée au 
ministère j il fit fermer les portes de Paris , réclama des 



( 8<^ ) 

"visites domiciliaires, et Tenvoi des hommes armés aux 
frontières. C'est lui qui organisa les massacres des pri- 
sons. Le 3 septembre les Prussiens entrèrent en Cham- 
pagne 5 Danton profita de la terreur qui avait saisi 
tous les esprits, pour empêcher l'Assemblée de se trans- 
porter au-delà de la Loire, Il se fit l'idole du peuple, 
qui ne deuiandait que vengeance, massacre et pillage : 
sa popularité devint effrayante. 

Le département de Paris le nomma à la Convention, 
tout gorgé d'or. 11 dit à Dumouriez , qui se présenta 
aux Jacobins : ce Nous désirons voir la pique et le bon- 
3^et rouge triompher des sceptres et des couronnes. » 
Quand on lui demanda compte des somm^ énormes 
qu'il avait dépensées pendant son ministère , il répon- 
dit : ce Voici mon compte : J'ai reçu, j'ai payé 5 émi- 
grés, prêtres, riches, voilà mes ennemis. 5) ce JSous ne 
jugerons pas Louis XYI , mais nous le tuerons avec 
nn décret; » c'est ainsi qu'il s'expliquait hautement. 
Il vota la mort du Roi , la guerre à l'Espagne. Accusé 
d'avoir volé dans la Belgique, où il était en mission, il 
en riait. Lors des divisions qui éclatèrent entre les Ma- 
ratistes et les Girondins , il disait : ce Le métal bouil- 
lonne > mais la statue de la Liberté n'est pas encore 
fondue ; si vous ne surveillez le fourneau , vous serez 
tous brûlés. >) Il a donné sa voix à toutes les mesures 
de sang qui ont désolé la France. Robespierre et Dan- 
ton avaient la même ambition , tous deux se décla- 
Terent la guerre 5 c'était au plus fin et au plus souple. 
Saint-Just fit, le 3i mars lyc^zj ^ un rapport contre 
Danton , qu'il accusa de vouloir être roi des Français , 
et à la suite duquel il fut arrêté avec ses complices. 
Enfermé au Luxembourg avec Lacroix, il montra beau- 
coup de gaîté. Conduit à la Conciergerie , il fut amené 
à la barre du tribunal révolutionnaire : il était sombre 
et toujours farouche, ce Votre nom? lui demanda le pré- 
sident. — Il est assez connu dans la révolution , ré- 
pondit-il 5 ma demeure sera bientôt dans le néant, et 
mon nom vivra dans le Panthéon de l'histoire. 5) Il fut 
condamné le 5 avril l'j^/^^coinme complice d'une cons- 
piration tendante à rétabhr la monarchie,, c'est-à-dire , 



( 87 ) 

le même jour qu'il avait fait instituer le tribunal révo- 
lutionnaire. Il monta à l'échafaud ayec couiage. en di- 
sant que les députés étaient tous des frères Caïn, Il a 
laissé une fortune immense. 

Daovst, — Ancien marquis , député de la noblesse 
du bailliage de Doiiay aux Etats-généraux , s'attacha 
au parti révolutionnaire. Nommé par le département 
du Nord à la Convention nationale, il vota la mort de 
son Roi, sans appel an peuple et sans sursis. En mission 
dans les départeraens du Nord et du Pas-de-Calais, il 
remplit pail'aitcment les intentions de la Montngue. 
En 1793 il fut exclu , comme noble ^ de la socicté defî 
Jacobin^5 depuis , le Directoire le nomma son commis- 
saire dans son département. 

Dartigoyte. — Député des Landes à la Convention 
nationale, commença par demander l'abolition du ser- 
ment, comme étant d'institution nu)nara]e. Malade 
pendant l'instruction du procès de Louis XVI, il écri- 
vit pour presser le jugement Au p lus grand des coupables» 
Lors des appels nominaux, il se fit transporter à l'As- 
semblée. Voici son vote : ce Comme juge, je dois ven- 
ger le sang des citoyens égorgés par les ordres du tyranj 
comme boinme d'Etat, je dois prendre la mesure qui 
me paraît la plus utile à la République : or , dans mou 
opinion , je crains le retour de la tyrannie si Louis 
existe. Je vote pour la jnort et la prompte exécution: 
le républicain ne comp()se jamais avec sa conscience.» 
Il était en mission à Bordeaux quand on appiit l'af^ 
freuse journée du 3i mni : les sections voulurent l'ar^ 
rêter 5 il s'écliappa. Envoyé dnns les départernens du 
Gers et des Hantes-Pyrénées , il mit en réquisition le» 
mèies et les filles pour les spectacles. 11 en troubla un. 
jour Paction, en révoltant la pudeur par sa nudité. Le$ 
détenus furent attachés , par ses ordres, à des crèches , 
comme de vils animaux. On leur distribuait la plujt 
dégoûtante nourriture. Dans la société populaire, il 
faisait la motion de ne laisser à chaque particulier qu^ 
mille livres de revenus, et de confisquer le resle au 
profit de la République. Il Tolait toutes le« dépouilUss 



( 88 ) 

Jes victimes. Il fît brûler à Aucli tons les rnoniiméns 
du cuite catholique, et les reliques et images de toute 
espèce : autour de ce brasier il dansait la Carmagnole. 
Accusé le 1*"^ j"ii^j P^^r Pérès (du Gers), de dilapida- 
tions , vexations , eftusion de sang , il fut décrété d'ac- 
cusation. Après le 13 vendémiaire il fut amnistié. 

JDauberménil, — Député du Tarn à la Convention 
nationale, était malade lors du procès de Louis XVI. 
Le comité de Salut public voyant qu'il n'assistait point 
aux séances pendant le régime de la terreur , le força à 
donner sa démission , sous peine d'être compris dans 
les proscriptions. ^Après le 9 thermidor il fut rappelé 
dans le sein de l'assemblée. Le 11 août 179^, «entré au 
conseil des Cinq-Cents , il proposa de faire graver sur 
le sceau de la République ime ruche entourée d'a- 
beilles 5 mais sa proposition fut rejetée, sur l'obserA^a- 
tion d'un membre , qui prétendit que les abeilles étaient 
les armes de plusieurs Rois de la première race, et 
parce qu'elles ont une reine à lacjuelle elles font la 
cour. Après être sorti du conseil , il a été nommé com- 
jnissaire près l'administration du département du 
Tarn. Il fut réélu au conseil des Cinq-Cents en 17985 
dl supposa à la journée du 18 brumaire. Un pren}ier 
arrêté le condamna à être détenu dans le département 
de la Chatente-Inférieure,mais il fut bientôt rapporté. 
Il est mort dans son pays, en 1802. 

Daunou. — Etait membre de la congrégation de 
l'Oratoire. Il a été, dès le commencement de la révo- 
lution, l'un des grands-vicaires de l'évêque constitu- 
tionnel du Pas-de-Calais: ce département le nomma à la 
Convention national.e. Quand il s'est agi du procès du 
Hoi, il a été d'avis de le renvoyer à un tribunal crimi- 
nel ou à la haute-cour nationale. Lors des appels no- 
minaux , il dit sur la première question : « Comme 
une simple mesure de sûreté générale à prendre sur 
un individu n'a pas besoin de ratification du peuple, 
je dis non. y) Sur la seconde , il dit : ce Les formes judi- 
ciaires n'étant pas suivies , ce n'est point par un juge- 
ment criminel que la Convention a voulu prononcer. 



( 8ç) ) 

Je ne lirai donc pas les paé^es sanglantes de nôtre 
code j puisque vous avez écarté tontes celles oùrhuma- 
iiité avait tracé les formes protectrices de l'innocence. 
Je ne prononce donc pas comme jnge; or il n'est pas 
de la nature d'une mesure d'administration , de l'éten- 
dre à la peine capitale. Cette peine serait-elle ntile? 
L'expérience des peuples qui ont fait monrir leur Roi 
prouve le contraire. Je vote donc pour la déportation y 
et la réclusion provisoire jusqu'à la paix. 3) Il crut le 
sursis nécessaire. Au 3i mai , il fut mis sur la liste à^s 
soixante-treize députés appelés improprement Giron- 
dins : il fut proscrit, llentré dans la Convention en 
décembre 1794^ il prononça le 3 août, comme prési- 
dent, un discours en commémoration de la chute du 
Roi. Il dénonça, le 3 octobre, les mouvemens des sec- 
tions de Paris contre le décret de réélection des deux 
tiers des députés. Il entra au conseil des Cinq-Cents , 
séleva contre la licence de la presse. Il est sorti du 
conseil le 20 mai 1797, pour organiser la République 
romaine. Réélu au conseil des Cinq-Cents, il fit, 
comme président, Féloge du 18 fructidor. Il dit à 
l'Institut , qui vint en députation : ce II n'y a du génie 
cjue dans une ame républicaine. 5) Idée fausse, mais à 
l'ordre du jour. C'est encore lui qui a prononcé le 
discours d'apparat pour célébrer la fondation de la 
République. Il coopéra à la révolution du 18 brumaire; 
il fut tribun. Après sa sortie , il fut nommé et est en- 
core garde-archiviste des ordonnances des Rois j à 
l'hôtel Soubise. 

Dautriche. — Député de la Charente-Inférieure, vota 
pour Pappel au peuple. Sur la seconde question il dit : 
ce On parle beaucoup de factions 5 moi, je n'en connais 
aucune. Je déclare avec vérité que je n'ai jamais parlé à 
ceux qui passent pour être les chefs de ces partis : ainsi, 
dans cette affaire, mon opinion sera dégagée de toute 
influence particulière. Je prononce en homme d'Etat, et 
comme mesure de sûreté , parce que je ne crois pas pou- 



voir cumuler les fonctions de législateur et de j uge 5 parce 
qu'hier vous avez décidé qVie vous n'étiez pas des juges, 



I 



r 90 ) 

lorsque vous avez dit que vous prononceriez h la simple 
majorité des voix. Je vote donc pour la détention jus- 
qu'à la paix, et alors la Législature prendra les me- 
sures qu'elle jugera convenables. Je demande h déposer 
sur le bureau cet écrit, qui contient mes sentimens, et 
qu'expédition du procès-verbal me soit délivrée. •>■> Il 
fut d'opinion du sursis. Il a été membre du conseil des 
Anciens , où il n'a pas parlé. Il est maintenant l'un 
des conseillers-juges de la Cour royale de Poitiers. 

David i^de Paris^. — Comme peintre , il a toujours eu 
ime grande célébrité. Les peintres, dit-on j sont un peu 
fous , c'est-à-dire , ils ont l'imagination ardente, un 
esprit de feu. David a vu , dans la révolution, le sujet 
d'un tableau digne de son pinceau. Comme les ombies, 
les nuances, la couleur de sang surtout plaisent beau- 
coup aux artistes qui sont chargés de faire des poitraits 
de caractère , il a pensé qu'il était digne de préparer les 
élémens d*e sujets nouveaux par leur atrocité, et ridi- 
cules par leurs habillemens. Le voilà sautant de son 
atelier dans le Corps électoral de Paris. Sa figure n'est 
pas noble^ mais sa main est liardie. Il la montre encore 
rouge de quel([ues couleurs. Le parti qui avait plongé 
son bras dans le sang des victimes des 2 et 3 sep- 
tembre^ le place dans le sein de la Convention na- 
tionale , destinée à prononcer sur le sort de Louis XVI. 
Il avait fait un tableau représentant son Roi en- 
trant, le. 4 février 1790^ à l'Assemblée nationale. 
Il avait tracé, dans de beaux cadres, la bonté et 
les actions généreuses du monarque sous lequel il 
avait apy)ris à hausser le degré de sa célébrité.. David 
avait fait déjà , à la société des Jacobins , en septembre 
1793, cette motion perfide d'élever sur la place du 
Pont - Neuf un monument représentant le peuple 
géant, et formé des débris des statues des rois. David 
ne sait pas parler. Appel au peuple? — Non. — Quelle 
peine? — La mort. — Siu'sis? --- Non. Cependant, il 
est nommé , en janvier 1794 > président de la Conven- 
tion. La Montagne devait lui donner une preuve de sa 
sa tis faction j pour sa bonne tenue et ses croisés de mains, 



( oO 

toujours dirigés contre le Côté droit et le Marais. Le 
7 theniiidor, il parla. L^ine de Balaani a parlé une 
fois, ce Si tu bois la ciguë , disait-il à Ptobes pierre, je la 
boirai aussi. 3> Robespierre tombe, est supplicié -, David 
se cache, paraît^ disparaît, et ne veut pas boire la 
ciguë, parce qu'elle a été nuisible à son maître. 

Il est arrêté, le 2 août 1794? i^ p"® l'Assemblée de 
lui permettre de finir un tableau qu'il a commencé. 
Ses élèves viennent solliciter la grâce qu'il demande. 
Cbénier intercède pour lui. Le respect pour les arts 
porte l'Assemblée à le rendre à la liberté. Mais David 
retombe dans le cercle de sa mauvaise société 5 il re- 
trempe son ame avec les couleurs de la Montagne. Le 
terrorisme est Iç tableau qu'il devait finir dans son ate- 
lier , il croit pouvoir le rendre plus sensible en le tra- 
vaillant dans le sein même de la Convention. Il l'a- 
bandonne un instant pour se mettre à la tête de l'in- 
surrection des faubourgs qui marchent ( au 20 mai 
1795) contre, les députés dits Girondins. Il est pris au 
milieu de la populace armée , décrété d'accusation , et 
enfermé au Luxembourg. Le 21 août, il parvient à 
sortir de sa prison pour rentrer dans son domicile , sous 
la garde de gendarmes. Au 4 brumaire, la Conven- 
tion amnistie tous les révoltés, et notre artiste reprend 
sa pleine liberté. Il faut rendre cette justice aux per- 
sonnes de son art. Encore bien qu'il eût crié du haut 
de la Montagne , qu'on pouvait tirer à mitraille sur 
les artistes sans craindre de tuer un patriote , tous les 
artistes implorèreiit toujours la miséricorde de là Con- 
vention en sa faveur. Les consuls le nommèrent 
perntre du gouvernement. Il a été chargé , en i8od, de 
dessiner le couronnement de Buonaparte , et est allé 
présenter ses hommages à Pie YII. David a bien des 
fautes à réparer, et on dit qu'aujourd'hui il est hon- 
teux d'avoir sali son pinceau pour l'honneur des 
hommes qui ont voulu s'asseoir sur le trône de France. 

David. — Député du département de l'Aube (comme- 
suppléant ) à la Convention nationale , n^est arrivé* 
qu'après le jugement de l'infortviné Louis XVI ^ en 



remplacement de Perrin. On Va accusé d'avoir calom- 
nié Perrin , et de l'avoir conduit aux fers, en écrivant^ 
comme membre du comité révolutionnaire, à la société 
populaire de Troyes , à fin de siéger à sa place. La vé- 
rité est qu'il a été un objet de mépris, qu'il n'est pas 
retourné dans son pays^ et qu'il vit dans la misère 
à Paris. • 

Debourges, — Député de la Creuse à la Convention 
nationale^ a voté pour l'appel au peuple. Sur la deuxième 
question , il a émis cette opinion : ce Mes comraettans 
ne m'ont délégué , je n'ai accepté ni entendu accepter 
que le mandat de législateur 5 il existait alors une 
haute cour nationale. Je ne puis donc, je ne dois pas 
remplir les fonctions de juge; c'est par ce motif que 
j'ai voté contre le décret qui a déclaré la Convention 
compétente dans cette affaire , et pour renvoyer au 
peuple le jugement de Louis Capet , dont les forfaits 
sont sans doute prouvés et notoires. J'ai Je sentiment 
intime que je ne peux ni ne dois opiner comme légis- 
lateur. Je déclare donc qu^à défaut de poiïvoirs de la 
part de mes commettans pour juger, qu'attendu l'in- 
compatibilité des fonctions de législateur et de juge, et 
eu égard à la nature de cette affaire, qui ne peut finir 
que parmi jugement , moi , législateur^ je ne délibère 
point sur la question de la peine à infliger à Louis 
Capet. w II refusa de voter sur le sursis. Quand les ré- 
voltés du faubourg Saint-Antoine vinrent réclamer, le 
l^*^ mai 1793 , un décret sur le maxiniun et une taxe sur 
les riches , il s'écria : ce C'est en faveur du peuple que 
nous nous élevons contre les brigands, w xA^près la mort 
de Robespierre^ il attaqua les terroristes, et surtout Du- 
hem , qui avait dit que l'aristocratie et le royalisme 
triomphaient dans la Convention. Réélu au conseil des 
Anciens en 1796, il fut d'avis de confier au Directoire la 
radiation des émigrés ; il en sortit en 1798. Il est main- 
tenant président du tribunal civil de Chambon (dé- 
partencient de la Creuze. ) 

jDebrie {Jean,) — A été membre du Directoire du dé- 



( 95 ) 

parlement de l'Aisne, député à l'Assenablée législative; 
déclama contre les piètres; vota, le i*^^ janvier 117^2, 
la mise en accusation des princes français émigrés. 
Le 16, il fit décréter que Louis Stanislas Xavier, frère 
du Roi (notre roi actuel) était déchu de son droit à la 
couronne , pour n'être pas rentré dans le délai prescrit 

Î)ar la Constitution. Au 20 juin , il s'opposa à ce qu» 
'Assemblée s'occupât des moyens de prévenir l'invasion 
du château des Tuileries. Il a eu une part très-active à 
la journée du 10 août. Le 2.6 de ce mois , il proposa 
de former un corps de tyrannicides , destinés à com- 
battre corps à corps les rois en guerre contre la France, 
et les généraux qui commandaient leurs armées. Le 
1*"^ octobre il fit décréter que quatre émigrés, pris 
par l'armée de Beurnon ville , seraient jugés par le tri- 
bunal criminel de la Marne ; le 8 il appuia la motion 
d'accorder 100,000 fr. à quiconque apporterait la tête 
du duc Albert de Saxe-Teschen , et pareille somme à 
tous ceux qui apporteraient les têtes de François II j 
de Frédéric-Guillaume, de Brunswick, et de toutes 
les bêtes fauves qui leur ressemblaient. Il vota contre 
l'appel au peuple. Quant à son vote sur la peine à in- 
fliger au Roi , il dit : ce Jusqu'à l'instant où je suis 
monté à cette tribune, j'ai douté ; mes anxiétés vont 
finir, vous m'avez constitué juge: j'ai consulté la loi, 
l'inexorable loi m'a dit : La mort. Je dis : La loi , la 
mort. 3) Il prononça contre le sursis. Il fit décréter , 
le 21 mars, l'établissement^ dans chaque municipa- 
lité, de comités de surveillance, qui ensuite furent 
transformés en comités révolutionnaires. Il a contribué 
à faire envoyer devant une commission militaire les 
chefs des sections qui n'ont pas voulu de la réélection 
des deux tiers de la Convention. Entré au conseil des 
Cinq-Ceirts , il fit l'éloge de Buonaparte; il défendit 
les sociétés populaires. Le 21 mai 1798 il a été nommé 
ministre plénipotentiaire à Rastadt , avec Bonnier et 
Roberjot. Le 28 avril ces envoyés furent attaqués par 
des gens ayant l'uniforme des hussards de Szecklers , 
qui devaient les escorter. Roberjot et Bonnier périrent. 
tes pamphlets du tenis voulurent faire croire que Jeaa 



(94). 

Debrie avait organisé cet assassinat , et rassemblèrent 
une série de faits et nne niasse de conjectures |)oiir 
faire croire à un fait aussi horrible ; mais madame Ko- 
berjot , an nom de qui on avait voulu faire passer ces 
pamplilets , les désavoua» En mai 1799 il parut ati 
conseil des Cinq-Cents , le bras en écharpe, exprimant 
ses regrets sur la perte de ses collègues, et son indi- 
gnation contre les auteurs de ce crime, ce Je jure , dit 
Jean Debrie, sur la tombe de mes malheureux col- 
lègues, de partager leur sort plutôt que d'être infidèle 
à cette République , sans laquelle nous n'avons qu'à 
mourir. 55 II voua une haine implacable à la maison 
d'Autriche. Le républicain Jean Debrie a accepté la 
décoration de la Croix d'honneur, a applaudi à la 
royauté impériale, et a félicité Buonaparte sur son ma- 
riage avec une archiduchesse d'Autriche , en qualité de 
préfet du Doubs. Depuis le retour des Bourbons eu 
France il est sans place. 

Dechezeaux {^de la Flotte"). — Négociant à La Ro- 
chelle , fut nommé à la Convention nationale par le 
département de la Charente-Inférieure. Il se déclara 
contre l'appel au peuple , vota la détention , le bannis- 
sement quand la sûreté publique le permettrait • quoi- 
qu'il reconnût Louis coupable et convaincu du crime 
de haute- trahison. Il opina contre le sursis. Au 3i mai 
il donna sa démission^ et écrivit à ses commettans une 
lettre contre cette journée , ce qui lui valut d'être mis 
hors la loi. Il se cacha 5 mais l'un de ses collègues en 
mission découvrit sa retraite , le fit traduire devant le 
tribunal criminel de son département, qui le con- 
Janma à mort le i^"^ juin 1794' ^^ mémoire a été ré- 
habilitée le 18 avril 1796. 

Defermont (^des Chapelières^. Etait procureur au 
parlement de Bretagne ; il fut député du tiers-état de la 
sénéchaussée de Rennes aux Etats-généraux. Le 1 1 jan- 
vier 1790 il dénonça son parlement^ comme déso- 
béissant aux lois. Le 3 février il renouvela cette dénon- 
ciation , proposa de former un tribunal provisoire , et 
de supprimer les ^a^e5 des magistrats rebelles. Le 4 niais 



(95) 

il porta ses vues plus loin 5 il demanda la suppression de 
tous les parlemens 5 puis, descendant dans c|uelques pe- 
tits détails sur la licence de la presse, il dénonça Marat, 
Camille-Desraoulins^ les Actes des Apôtres et la Gazette 
de Paris. Il a fait des rapports, tantôt sur les finances, 
tantôt sur les contributions, puis sur la marine. Il a 
dénoncé, le 18 janvier 1791 5 nn bref du Pape con- 
traire au serment civique. Faire adjoindre Rocham- 
beau au comité militaire, lors delà fuite du lloi, de- 
mander le rappel de tous les députés absens , voter 
pour que tous les hommes de couleur nés libres Soient 
admis à jouir des droits de cité , voilà ses dernières sol- 
licitudes dans l'Assemblée constituante. 

Le département d'Ule-et-Vilaine le nomma député 
à la Convention nationale. Il fut élu président le 1*^ dé- 
cembre 1793. Le 11 il fit placer un siège à la barre 
pour recevoir Louis XVI; le i3 , ce procureur fit 
prêter interrogatoire à son Roi. Voici ses votes dans 
cette affaire : Première question, ce Et moi aussi, j'ai 
reçu de mes commettans des pouvoirs illimités, mais je 
crois devoir les imiter en celte circonstance ; je dis Oui.n 
Deuxième, ce Si j'étais obligé de donner mon suffrage 
comme juge, je répondrais : Ouvrez le code pénal; il 
prononce la mort : mais comme homme, je ne pense 
pas ({u^m homme ait le droit d'ôter la vie à son sem- 
blable: comme législateur, je ne voterai jamais la peine 
de mort. En conséquence , je vote pour la réclusion 
jusqu'à la paix, et le bannissement ensuite, w Troi- 
sième. ccOui , le sursis. j> 

Le 2,5 mai il voyait les symptômes d'une insurrec- 
tion prête à éclater sur la tête de quelques députés ; il 
proposa d'appeler les autorités de Paris, pour rendre 
compte de ce qui se passait. Le 3i mai il s'opposa aux 
mesures violentes que fit décréter la Montagne en fu- 
reur. On accusa Lanjuinais d^avoir fait la contre-révo- 
lution de Rennes 5 il le défendit. Le 11 juin il parla en 
faveur des députés incarcérés. Le 16 juillet , Levasseur 
lui iîuputa d'efitretenir une correspondance liberticide 
avec Rennes. Mandé à la barre, il n'y comparut pas. 
ïl fut décrété d'accusation : il prit la fuite. 



( 96 ) 

Il échappa à l'œil des proscrlptenrs. Revenu dan? 
la Convention, il demanda^ le 8 mars ly^J, la puni- 
tion des auteurs de la révolte du 20 mai. Il fit dé- 
créter d'arrestation Esnue-Lavallée et le général Rossi- 
gnol, pour leur conduite dans la Vendée. Au nom du 
comité de Salut public, il fit adopter, le i3 juillet, 
un décret en faveur des Noirs de Saint-Domingue, qui 
y avaient défendu la liberté. Il parla contre les section- 
naires de vendémiaire, signala les succès des Royalistes 
de l'Ouest. 

Réélu au conseil des Cinq-Cents, il défendit le sys- 
tème des banques , celui des mandats 5 fit adopter le 
droit de passe pour l'entretien des routes 5 fit déclarer 
que Malo et Ramel , dénonciateurs de la Villeheur- 
nois , agent royaliste, avaient bien mérité de la patrie. 
Ami du Directoire, il proposa le rétablissement des 
droits d'entrée , et les privilèges pour la vente des 
tabacs. A la sortie du conseil, il fut nommé commis- 
saire de la trésorerie. Après le 18 brumaire il fut ap- 
pelé au conseil d'Etat 5 c'est lui qui a présenté , en 1800, 
un projet de loi sur l'établissement de l'octroi de bien- 
faisance. Les rapports qui ont précédé les budjets de 
chaque année sont calqués au coin de mensonges 
hardis. Tout allait pour le mieux 5 nos finances étaient 
dans le meilleur état ; tout se payait à bureau ouvert. 
La confiance se rétablissait 5 la guerre était une source 
de prospérité.,., à la vérité, pour M. Defèrmont, ([ui 
a une fortune immense, comparée à son petit avoir, 
lorsqu'il a débuté dans le grand monde politique. La 
retour des Bourbons a été le signal de sa retraite. Il y 
a lieu de croire que messieurs les administrateurs comp- 
tables rendront compte de la manutention des deniers 
publics, et nous désirons bien sincèrement que M. De- 
fèrmont prouve aux médians que lacause de ses grandes 
j ichesses est aussi pure que sa conscience. Il est main- 
tenant retiré dans son château, près Neuilly. 

Défiance, — Député à la Convention nationale par 
le département de Seine-et-Marne, vota contre l'appel 
au peuple. Sur la seconde question ^ il dit : ce Je n'ai 



(97) 

jamais cru être envoyé pour jnger Louis. C'est donc 
plutôt en homme d'Etat qu'en législateur que je vote j 
car pour juger, j'aurais exigé les formes judiciaires. 
Ma conscience me force de voter pour la réclusion et le 
bannissement. 3> Il ne parla plus que sur les moyens 
d'organiser les postes et messageries. Après sa sortie du 
conseil des Cinq-Cents, en lyyB^ il fut nonnné subs- 
titut du commissaire du Directoire près l'administra- 
tioii des postes. Après le i8 brumaire il rentra au 
Corps-législatif, d'où il est sorti en i8o3. 

Dehoulière. — Demeurait à Angers. Il a été le pre- 
mier maire dé cette ville. Nommé par le département 
de Maine-et-Loire à l'Assemblée législative, ensuite à 
la Convention, il a peu paru à la tribune. Lors du 
procès du Roi, il vota pour l'appel au peuple. Sur la 
seconde question, il dit : ce J'ai voté avec confiance 
que Louis était coupable de conspiration , mais je ne 
suis pas jiïge. Comme législateur , je m'en tiens à des 
mesures de sûreté générale. Je vote pour la détention 
pendant la guerre , et la déportation à la paix, w II vit 
à Angers. 

Delahaye (de la Seine- Inférieure). Procureur au bail- 
liage de Caudebecj il fut nommé par le département de 
la Seine-Inféneure à la Convention nationale. Voici 
ses opinions sur l'appel au peuple : ce C'est comme lé- 
gislateur, et non comme juge, que je monte à cette 
tribune, et je dis qu'il n'y a ni lâcheté ni courage à 
dire oui ou non dans cette affaire. Ija lâcheté consiste 
à ne pas faire son devoir. Ennemi des tyrans passés, 
présens et futurs, je tremble d'en voir \\n sortu* des 
cendres de Louis Capet. Le peuple était livré , lorsqu'il 
a nommé ses députés à la Convention , à des factions 
plus terribles qu'aujourd'hui, et cependant il a montré 
qu'il était digne du nom français j il a été calme et 
grand : il le sera s'il sanctionne le jugement de sou 
ennemi. Je ne crains point la guerre civile 5 le peuple 
sait connaître la vertu 5 je vote pour le oui. 

Sur la question de la peine à infliger, Delahaye a 

7 



(9;^ ) _ 

tilt : « Je n'ai jamais cru que la Convention nationale j 
toute puissante (ju'elie est, pût mu loicer à nie revetii* 
de la qualité de juge, quand je ne puis me dépoctiller 
de celle de législateur. Ce ne sont pas tant les ennemis 
extérieurs que les tyrans du dedans que je crains, ces 
hommes qui savent enchaîner l'opinion, en répandant 
sur les patriotes le venin de la plus affreuse calonniiej 
ces hommes qui, en 17B9, étaient nobles, en 1790 
prêtres, en 1791 aristocrates, qui , en 1792 et 1793 , se 
disent patriotes. Louis est couvert du sang de nos frères: 
mais ces terribles et laclieux eveneniens sont irrépa- 
rables, et l'intérêt de satisfaire à la justice par sa mort 
ne peut compenser les flots de sang que sa mort pour- 
rait faire couler. Je vote donc pour sa détention , quant 
à présent, et le biinnissement après la guerre. •>•> 

Delahaye fiit de l'avis du sursis. Il fut du' nombre des 
députés qui résistèrent avec courage aux menaces et 
au^ att'aques de la Montagne. II. signala plusieurs fois 
les njenenrs de cette secte. Il fut proscrit le 3i mai, et 
il prit la fuite. Le 3 octobre , il fut décrété d'accusation 5 
alors il se réunit aux raécontens de l'Ouest. Là, il 
porta les armes contre les tyrans de son pays. On trouva 
sur nn soldat blessé des contrc^les de compagnies cjui 
furent apportés dans les comités de la Convention. On 
crut reconnaître, au nom de Delahaye ^ celui du dé- 
puté, ce qui donna lieu à retarder sa rentrée dans la 
Convention , qui ne se fit que le, 12 avril 1796. 

On le vit à la tribune, après l'insurrection du 20 mai, 
provoquer fortement l'arrestation de plusieurs députés 
convaincus de l'avoir méditée et activée. Bourbotte, 
Goujon, Albitte, etc., furent mis en arrestation. Il at- 
taqua Robert Lindet , comme le plus coupable et le plus 
adroit de tous les membres du comité deSalut-public. Il 
combattit le projet de Baudin pour la conservation 
des deux tiers conventionnels dans les fonctions légis- 
latives. 

Il, fut réélu par le département de l'Aisne au conseil 
des Cinq-Cents: il fut décrété d'arrestation par suite 
do l'affaire du i3 vendémiaire. Rendu à la liberté , il 
vota la mise en liberté de tous les prêtres détenus , ap- 



(99) 

pnya le rétablissement de la loterie. Il parla contre la 
j^irectone et ses agens dans les colomes^ demanda 
leur remplacement. Il appuya la réclanialion des lia- 
bitans de Vassy , qui demandaient la faculté d'annon- 
cer, par le son de la cloche, l'heure de l'exercice de 
leur culte. 

Aux approches du 18 fructidor il dénonça toutes les 
manœuvres du Diiectoire , tendantes à (aire un non- 
veau 3i mai. \^illot et lui insistèrent particulièrement 
pour qu'on approfondît la conspiration ouverte contra 
îe Corps- législatif, et que l'on conservât la commission. 
actuelle des inspecteurs de la salle. Le Dn^ectoire a<^is- 
sait taudis que les députés délibéraient. Le 18 fructi* 
dor fut un jour de deuil pour la France. Plus d'en- 
semble, plus d'activité dans les députés royalistes^ et les 
Bourb<nis étaient ce même jour rétablis sur le trône. 
Les agens du Roi, le général Danican (calomnié au 
i3 vendémiaire), étaient revenus à Paris; et plusieurs 
autres personnages distingués, prêts à marcher au 
premier signal , désiraient que ce changement de gou- 
Yernement s'opérât sans effusion de sang.... Delaliaye 
fut condamné à la déportation : il échappa. Rendu à 
la liberté^ il a exercé la profession d'avocat à Anvex'S, 
Il y a été signalé comme correspondant en Anglelerre,j 
dans l'intérêt des princes français, et il a été mis eu 
surveillance dans Paris. Il était occupé dans l'adminis- 
tration des Droits-réunis en mai dernier. 

JDelaunay (^aîné^. — Etait commissaire du Roi près 
le tribunal d'Angers , quand il fut nommé , par le dé- 
])artenient de Maine-et-Loire, à l'Assemblée législa- 
tive. Il commença par demander l'anéantissement de 
la constitution civile du clergé , et le mariage des 
prêtres. Il attaqua le ministre Duport, accusa La 
Fayette , et vota dos encouragemens à la société des 
Jacobins sur* la fermeté de ses principes. Le ip août 
il fit adopter une adresse aux Français, pour leur an- 
noncer la suspension du tyran, d'après les trahisons 
qui lui étaient imputées. 

Réélu à la Convention nationale j il ne voulut pas 

7* 



( 100 ) 

fie l'appel au peuple. Il dit froidement : « Je vote la 
mort , et pas de sursis. 3) Il fut ruii des proscripteiirs 
acharnés au 3i mai, fit ordonner l'apposition des 
scellés sur les magasins de la compagnie des Indes, 
fit décréter la suppression de cette compagnie et la 
■vente de ses marchandises. Cet acharnement donna 
lieu à quelques recherches. On découvrit que Delannay 
s'était associé d'intérêts pour faire acheter à vil prix 
ces marchandises, et les revendre, par un retour d'a- 
giotage très-adroit , avec les sans-culottes Bazlre , Cha- 
bot et Julien (de Toulouse). Lenr vol connu , il les 
fit traduire au tribunal révolutionnaire, qui les con- 
damna à mort le 5 avril 1794» 

Delaunay {^ jeune). — Homme de loi à Angers, frèro 
du précédent, député par le même département à la 
Convention, vota contre l'appel au peuple, pour la 
réclusion jusqu'à la paix , et pour le sursis. A la suite 
d'uji rapport virulent contre Marat et ses écrits, il lo 
fit décréter d'accusation. Il a été envoyé dans les dé- 
partemens de FOuest. Il somma le comité de Salut 
public (le 25 septembre) de faire connaître les défaites 
du général Rossignol dans la Vendée 5 ne prit aucune 
part dans l'affaire de son frère, avec lequel il n'était 
pas en bonne intelligence, A. la fin de 1794 i^ ^"t ren- 
yoyé dans la Vendée. Il a contribué à la pacification, 
qui a été conclue , en mars , avec les principaux chefs 
de la rive gauche. Il s'est prononcé contre les mouve- 
meus des sections en vendémiaire j a fait décréter les 
commissions militaires pour juger les vendémiairistes 
et les complices de Lemaître. Sur la demande du Di- 
rectoire , il a fait créer le ministère de la police ; il a 
demandé une loi contre la liberté de la presse, dirigée 
également contre les royalistes et les jacobins. Il est 
sorti du conseil des Cinq-Cents en mai 1797^ a été 
porté comme candidat à la place de commissaire de la 
Trésorerie. Après le 18 brumaire il a été nommé pré- 
. sident du tribunal criminel du département de Maine- 
et-Loire. C'est lui qui a présidé le tribunal spécial qui 
a condamné à la peine de mort Cauchy et autres ac- 



( lOt ) 
cusés , pour avoir enlevé le^comte et pair Clément dô 
llys. Il est décoré de la Lésion d'iioiiiieur , et niainte- 
naiit l'un des présideiis de la Cour royale d'Angers. 

Delacroix {H e Constant^, — Député de la Marne, a 
voté pour l'appel au peuple, ce Comme représentant , 
a-t-il dit sur la seconde question , je dois apporter ici 
moins l'txpression de ma rolonté particulière que cello 
de la volonté générale. La volonté générale a appliqué 
la peine de mort aux crimes dont Louis est convaincu 5 
je vote pour la mort. 3) Il n'a pas été d'avis du sursis. 
Il a fait décréter des peines contre les administrations 
qui empêcheraient les assemblées des sociétés popu- 
laues , et fait rendre plusieurs décrets ^ntre les émi- 
grés. Il a été nommé ministre des relations extérieures 5 
il a fini par être préfet des Bouches-du-Kliône. Il est 
mort à Bordeaux, en novembre i8o5. 

Delaguelle, — Ancien procureur du Roi à Orléans, 
a été nommé par le département du Loiret K la Conven- 
tion nationale. 11 a voté contre l'appel an peuple. Voici 
son opinion sur la peine à infliger : ce II en coûte infl 
niment à nn homme sensible de trouver des coupables 
à punir 5 mais, cjuelque dure que soit cette épreuve, 
dès qu'elle est commandée par la justice, nne fausse 
pitié ne doit pas nous émouvoir. En ouvrant le livro 
de la loi, le code conservateur de la société , j'y trouve 
que les conspirateurs doivent être punis de mort. Un 
ci-devant lioi non coupable seroit banni par une répu- 
blique, un Roi coupable doit subir la peine de ses for- 
faits : je vote pour la mort. »I1 s'est opposé ati sursis. 

Delamare. — Député de l'Oise , s'est exprimé en ces" 
termes dans l'affaire du Roi : ce J'ai voté hier pour la 
sanction du peuple souverain 5 forcé de prononcer au- 
jourd'hui définitivement, dans la double qualité de 
juge et de représentant du peuple , je dis , comme juge, 
que je vote pour la mort 5 mais comme représentant 
du peuple^ chargé de veiller à l'intérêt de ses rapports 
politiques ^ je crois que la mort de Louis serait moins 



( ^^2 ) 
mile qno son exi.stpnro : en con.Sfkjiience , je vote pOTiï* 
3a réclusion j usqn'à six iiioisapiès la paix, et pour son baii- 
Tvjssenient ensuite. Ce (jiii nie flétermine stirtont,_c'est 
que je considère que si le peuple souverain regartlait 
cette décision comme mauvaise ^ il serait toujours à 
tems , malgré votre décret, de demander la mort. » Il 
ne pronpnça contre le sursis. Sa fermeté contre les at- 
taques des terroristes le fit placer dans la liste des 
soixante-treize députés à déporter au oi mai : il fut 
proscrit. Rentré à la Convention après le 9 thermidor, 
il fut envoyé en 1795 dans le Nord, et comprima sé- 
Terement les partisans de la terreur , dont plusieurs 
furent arrêtés. Il est sorti du conseil des Cin(|-Cents en 
mai 1 797^ a été élu au conseil des Anciens en mars 1 798 , 
est rentré en décembre 1799 au Corps-législatif'^ d'où il 
€St sorti en i8o3. 

Delhret. — Député du Jjot à la Convention, c- Je 
▼ote pour la mort , dit-il , à condition que le jugement 
ne sera exécuté qu'après que la Convention aura pris 
des mesures de sûreté générale sur la famille des Bour- 
bons. 55 Envoyé aux armées du Nord et des Pyrénées- 
Orientales , il a fait preuve de courage dans diverses 
circonstances. Réélu au conseil, des Cinq-Cents par 
l'une des deux assemblées du Lot, sa nomination fut 
annuilée : il fut renommé l'année suivante. Il parla 
contre l'établissement d'un impôt sur le sel, eut une 
grande part à la terrible mesure de la conscription. Il 
se montra opposé à la journée de Saint-CIoud 5 dès lors 
il fut exclu du Corps-législatif. Condamné à être dé- 
tenu dans le département de la Charente-Inférieure , 
peu de temps après il a été mis en liberté. 

DelcJier, — Etait avocat à Brioude 5 il fut nomm© 
par le département de la Haute-Loire à la Législature. 
Il a demandé qu'on fît une adresse au Roi pour se 
plaindre de son veto sur les décrets contre les émigrés 
fet les prêtres réfractaires. Il fut élu ensuite à la Con- 
vention. Il ne fut pas de l'avis de l'appel au peuple 5 il 
\ota sèchement la mort, sans sursis. En février 179'i 



( 'o5 ) 

2Î a été envoyé en Corse 5 il est allé après à l'année <lii 
Nord et à celle des • Pyrénées -Orientales. Il a été 
réélu membre du conseil des Anciens après la session 
conventionnelle 5 après le 18 brumaire il a été nommé 
président du tribunal civil de Brioude. Il est mort. 

Delecloy. — Député du département de la Somme , 
a voté dans ce sens sur la première question : ce Point 
d'appel au peuple, si on prend contre le Iloi une me- 
sure de sûreté générale 5 oui^ si c'est un jugement à 
mort. 5) Sur la deuxième question il a dit : ce Je pro- 
nonce la mort contre LoTiis , et le sursis jusqu'à la 
signature de la paix, sauf, à faire exécuter la peine si 
Penncmi paraît sur les frontières, o) Il a élé du nombre 
des soixante- treize députés proscrits au 3i mai. Rappelé 
le 8décembre 1794? îla provoqué un rapport sur la con- 
duite de Joseph Lebon 5 le irj février il a fait la motion 
de renvoyer devant le tribunal criminel du département 
de Maine-et-Loire les membres du comité révolution- 
naire de Nantes , acquittés parle tribunal révolutionnaire 
de Paris 5 le 5 mais il a dénoncé, au nom du comité de 
Sûreté générale , les mouvemens des Jacobins et les 
violences commises sur des citoyens jetés dans le bassin 
des Tuileries. Il a accusé et fait arrêter Duhem à la 
suite des événemens du i*^ avril. C'est lui qui a fait établir 
un marché au lieu même où la société des Jacobins tenait 
ses séances. Au i*"^ prairial ( 20 mai) il a marche , à la 
tète de la section de la Butte-des-Moulins, contre les 
insurgés des faubourgs ; après la défaite des sections, 
il a demandé que les terroristes arrêtés fussent mis en 
liberté. Après être sorti du conseil des Cinq -Cents 
cil 1797 j il a été nommé commissaire du Directoire 
près le tribunal correctionnel de Doulens. Rappelé au 
conseil des Anciens en 179B, il s'y est occupé de 
finances. Après le 18 brumaire il est entré dans le 
nouveau Corps-législatif. 

Delleville [Philippe). — Avocat , a été député par le 
département du Calvados à la Convention nationale. 
Dans Paffaire du Roi il dit, sur la première question : 



( io4 ) 

ce Pour ne pas exercer un pouvoir dictatorial , je di» 
Oui, » Sur la seconde question il prononça la déten- 
tion pendant la guerre, et le bannissement à la paix : 
il fut d'avis du surfis. Il se montra constamment Ten- 
nemi des terroristes , fut compris dans la liste des 
soixante- treize députés proscrits. Rentré dans la Con- 
vention ♦ il a demandé la suppression de la guillotine^ 
et la révision du tableau des émigrés, sur lequel on 
avait porté les noms de personnes qui n'étaient Jamais 
sorties de France. 11 a appuyé la réélection des deux 
tiers des conventionnels , s'est opposé à ce que les dé- 
putés arrêtés par suite des événemens du eo mai fus- 
sent amnistiés. Héélu au conseil des Cinq-Cents , il a 
combattu le piojet de rétablir la lott.rie; a voté pour 
que les jngemens prononcés contre Babœuf par la 
Haute iJour nationaie fussent soumis à la Cour de 
Cassation 5 a attaqué l'institution du divorce comme 
immoi aie , et a demandé que l'on £k cesser les mar- 
chés de chair hiunaine. Avant le 18 fructidor il a com- 
battu toutes les mesures inconstitutionnelles du Direc- 
toire, et a voté pour qu^on fît examiner Bailleul , qui 
avait publié sa Lettre aux Commettans , pour savoir 
s'il n'était pas atteint de folie. Au grand étonnement 
de tout le monde , il n'a pas été fiuctidorisé. Il a re- 
poussé l'idée Bailleul, de faire une fête annuelle à 
l'occasion de cette journée. Il a combattu long- temps 
le projet de la présuccession des biens des parens d'émi- 
grés en faveur de la République. Il s'est opposé à la 
déportation des nobles. Entré comme commissaire- 
vérificateur à la Comptabilité intermédiaire , il en est 
sorti pour être juge-conseiller de la Cour royale de 
Caen, place qu'il remplit avec distinction. 

Delmas {^de la Haute- Garonne^. — Il ne faut pas 
confondre ce nom avec celui de Delmas (avocat à 
Aubenas, département de l'Ardèche , député à l'As- 
semblée législative, qui, le 1 1 juillet 11792, s'opposa 
avec force à la déchéance du Roi, et s'est fait distin- 
guer par ses motions et ses discours en faveur de la 
famille à^^ Bourbons). Delmas était un ancien officier 



( io5 ) 

de milice , aide-major de la garde nationale de Tou- 
louse , qui vota contre l'appel an penple, et la mort de 
son Roi sans sursis. Président de la société des Jaco- 
bins y messager de la Convention à l'armée du JMord 
pour y porter le décret de déchéance de son monarque, 
montagnard éhouté j il est mort d'un accès de folie 
en 1790. 

Dentzel. — Fils d'un boulanger luthérien, né à Tnrkeim, 
principauté de Linanges, entra comme aumônier au régi- 
ment des Deux-Ponts, qui était au service de France. Re- 
venu de l'Amérique, il se fixa à Landau , où il j ugea à pro- 
pos d'épouser la fille d'un des bourguemestres. Député 
è la Convention par le département du Bas-Rhin , il se 
fit envoyer, peu de tems après, en mission à Landau. Il 
y commit toutes sortes de vengeances et de vexations. 
Il était absent lors de l'instruction du procès du Roi. 
Le 16 janvier 1794? Bourdon (de l'Oise) \q dénonça 
comme ayant désorganisé le pays, vexé, pillé 5 d'autres 
voulurent le renvoyer comme étranger. Il fijt décrété 
d'accusation , et conduit le 21 janvier à la maison des 
Carmes : son innocence fut reconinie. Sa qualité de 
père de quatre enfans le plaça dans un cas d'ex- 
oeption à la loi qui éloignait les étrangers 5 il rentra 
dans la Convention. Envoyé dans le département de la 
Manche , il se prononça contre les terroristes. Entré 
au conseil des Anciens, il s'éleva contre les royalistes , 
prétendit que les Chouans avaient des défenseurs jus- 
que dans la tribune de l'assemblée. Réélu en 1798 , il 
combattit l'impôt sur le tabac , fit créer des légions 
étrangères, et est sorti du Corps-législatif en 1801. 

Derazey. — Député de l'Indre, vota pour l'appel au 
peuple, le bannissement du Roi quand les circons- 
tances l'exigeroient, et le sursis. Proscrit au 3i mai, il 
rentra dans l'Assemblée , devint membre du conseil 
des Anciens. Après le 18 brumaire il fut nommé juge à 
la Cour d'appel d'Orléans : il n'a pas été continué dans 
cette fonction lors delà formation des Cours impériales. 
Il est mort. 



( i''C ) 

JJerbez-la-Tour, — Député à l'Assemblée législa- 
tive et à la Convention nationale par le département 
des J3asses-Alpes, vota contre l'appel au peuple, pogr la 
mort, contre le sursis. Les fédéralistes de Marseille le 
mnent, après le 3i mai, en arrestation , comme en- 
voyé dans leur province par le parti de Marat. Le dé- 
faut d'ensemble, d^inion et de correspondance , ayant 
disppisé le parti ait fédéraliste^ Derbez rentra dans la 
Convf rilion. Après sa sortie, il fut nommé commis- 
saire du Directoire près ce département. 

JDcsacy, — Député de la Haute-Garonne , vota la 
mort du ^loi. 11 est mort quelque temps après , de 
cbagrin. Pendant sa maladie il s'est fait reproche 
d'avoir émis un pareil vote. 

Descamps ( du Gers ). — Etait procureur-syndic du 
district de Leictour, (juand il fut nommé par îe dépar- 
tement du Gers à l'Assemblée législative , où il parla 
peu. Réélu par le même département à la Convention 
nationale, il vota contre l'appel au peuple. Paraissant 
à la tribune^ lors de la deuxième question , il dit : 
ce J'ai développé les motifs de mon opinion 5 elle est 
imprimée : Je demande la peine de mort, y) Il opina 
contre le sursis. Il fut proscrit au 01 mai* Revenu à la 
Convention , il passa au conseil des Cinq- Cents , et là 
il s'opposa à l'admission de son collègue Garan, qu'il 
accusa de jacobinisme. 11 est sorti du conseil en 17(^8. 

DesJirouars {^ la Prise'). — Député du département 
de l'Oine , a voté pour l'appel au peuple^ la mort, et 
contre le sursis. 

Despinassy. — Capitaine d'artillerie , imbu Aq.^ 
principes républicains, fut nommé par le département 
du Var à la Convention. (Il était avant membre de 
PAssemblée législative. ) Son vote sur l'appel au peuple 
fut /roTz. Sur la peine à infliger, îamort^ sur le sur- 
sis, non. Envové à l'armée des Alpes , il se lia avec 
le général Brunot 5 ses liaisons d'arnitié le rendirent 
suspect à Barras , Fréron , etc. , qui le firent arrêter 



( 1^7 ) 
coinme traître et conduire à Paris. S't^lant justifié , il 
s'attacha an parti dit Girondin; fut j>roscrit le 3 i niau 
Envoyé à Toulon et Marseille , il comprima una insur- 
rection religieuse dans la Lozère. Il vit maintenant 
retiré dans les environs de Lyon. 

JDevars, — Député de la Charente 5 dit sur la pre- 
mière question, dans Pafïiaire du Roi: ce Je connais 
nos dangei's: qui pourrait les éloigner, après avoir en- 
tendu les motions faites dans une société célèbre, et 
environnée de cinquante mille hommes qui nous 
]joursuivent par pelotons dans cette ville et nous me- 
nacent de la mort : mais j'oublie toutes mes affections, 
je m'oublie moi-même pour me dévouer au salut du 
peuple, et je prononce oui. » 

Sur la deuxième (juestion, «Le délit dont Louis est 
coupable doit être puni de mort 5 d'après les règles de 
la justice éternelle, je le déclare digne de mort. Cepen- 
dant nous devons consulter le salut de l'Etat. Or, je 
crois que pour le bonheur de la pairie , Louis doit êtie 
seulement chassé du sein d'une nation qu'il a si lâche- 
ment trahie. En attendant qu'il puisse être banni, je 
demande qu'il soit détenu, d) 

Sur la troisième question, il fut d'avis du sursis. Eti 
ly^D, Dévars provoqua la loi du maximum sur les 
grains. Après le 9 thermidor il se montra ardent à 
poursuivre les Jacobins, dénonça Duliem, se pro- 
noTiça contre Lanjuinais, qui demandait le rapport de 
la loi du 10 mars contre les païens d'émigrés. Après 
le 18 brumaire, il a été nommé l'un des juges du tri- 
bunal criminel du département de la Charente. Au- 
jourd'hui il est juge d'instruction au tribunal civil 
d'Aii^oulênie. 

Devérité. — Etait imprimeur-libraire à Abbeville, 
et fut nommé par le département de la Somme. Il fut 
d'avis de l'appelai! peuple 5 vota comme mesure de sûreté, 
pour la réclusion et le bannissement du Tarquin mo- 
derne ( ce sont ses expressions), quand la patrie sera 
en sûreté j et pour le sursis à l'exécution. Il fut compris 



( io8 ) 

dans la liste des soixante-treize députas 5 par la motion 
d'André Diimont il a été rappelé. Entré au conseil 
des Cinq- Cents , il en est sorti le 18 brn maire. 11 a été 
nommé juge au tribunal civil d'Abbeville.ll a repris 
son premier état. 

Deville, — Député delà Marne , vota contre l'appel 
au peuple ^ pour la mort et contre le sursis. 11 jie parla 
qu'en faveur des terroristes , contre le rappel des 
soixante-treize députés; défendit les anciens membres 
du comité de Salut-Public. Membre du conseil des 
Cinq-Cents, il a demandé en mars 1796. la dépor- 
tation des fonctionnaires qui refuseraient de prêter le 
serment de haine à la royauté. Il a été réélu par les 
Assemblées coloniales de Saint-Domingue, en 1798 ^ 
mais sa nomination a été annullée. Il est inspecteur 
des forêts à Rheims. 

Deyclier. — Député du département de l'Ain à la 
Convention. Il était notaire et fèudiste à Pont-de-Vaux, 
en Bresse. Envoyé à l'Assemblée législative , il a parlé 
sur les assignats et les monnaies 5 élu à la Convention,» 
il a voté contre l'appel au peuple , pour la mort , contre 
le sursis. Il a été membre du conseil des Anciens j il 
est juge de la Cour royale à Lyon. 

Dizès. — Procureur-syndic du département des 
Landes; il fut nommé à la Législature et à la Conven- 
tion. Il ne fut pas de l'avis de l'appel au peuple 5 vota 
froidement la mort, et se pronlonça contre le sursis» 
Ami de Roger-Ducos , il fut fait sénateur et comman- 
dant de la Légion-d'honneur. Il n'est plus rien. 

Doublet. — Député de la Seine-Inférieure , fut dé 
l'avis de l'appel au peuple 5 vota la détention du Roi 
et son bannissement à la paix , et pour le sursis. Il a 
été l'un des soixante-treize députés proscrits. Après la 
feession conventionnelle il est retourné dans la cam- 
pagne, où il est mort. 

Douge» — A voté comme Doublet. 



( 109 ) 

IDoulcet {de Pontécoulant,) Marquis j fils clu fnajor- 
géiiéral des gardes-du-corps du lloi, sous-lieutenant 
dans le même corps 5 a suivi le torrent révolution- 
naire. 

Sur le premier appel iKdit : ce Si la mesure que j'ai 
indiquée à la Convention est admise (1), la ratification 
du peuple devient évidemment inutile 5 mais , interpellé 
vaguement de dire si le jugement de la Convention 
doit être soumis à la sanction du peuple, je dis non. d> 

Sur le second appel : ce J'ai manifesté mon opinion 
il y a deux jours. Tout ce que j'ai entendu dire m'y fait 
persister. Je prononce la détention provisoire et l'ex- 
pulsion à la paix. » Il fut de l'avis du sursis. 

Il a fait décréter c[ue le conseil exécutif tirerait une 
vengeance éclatante de l'assassinat de Basseville, à 
Home. Le 3o octobre , il a été mis hors la loi , comme 
Girondin. Il se cacha chez madame Lejay, libraire, 
qu'il a épousée ensuite. Il refusa de défendre Charlotte 
Corday, qui le traita de lâche. Il a pris la défense de 
Ptobert Liudet, et Vest opposé à la proscription des 
représentans désignés comme complices de Robespierre. 
Réélu au conseil des Cinq-Cents , il a contribué à la 
création du ministère de la police, pour surveiller les 
terrodstes et les royalistes. Inscrit sur la liste des 
f ructidorisés , il en fut rayé 5 on n'a pas trop su pour- 
tpioi. Il a été nommé préfet de la Dyîe , puis au Sinat. 
Il est maintenant comte tt pair. 

Dornier, — Etait négociant et maître des forges à 
Danipi<-rre. Il fijt nommé par le département de la. 
Haute-Saoue à la Convention nationale j dans le tems 
qu'il en était administrateur. Il vota contre l'appel au 
peuple. Voici son opiiâon sur la deuxième question : 

ce Ayant prononcé, a.iuî»i que vous tous, que Louis 
Capet est convaincu du crime de haute trahison contre 
la nation, d'avoir conspiré contre sa liberté et sa sou- 
veraineté j intimement persuadé que pour les maintenir. 



(i) Dans son opinioa écrite il déclarait I.oui> XVI coupable de 
hattte -trahison. 



( l'O) 
et pour Pintéret g(^iu'riil de Tiotre ré publique, il convieTit 
de donner nn grand exemple de justice et de sévéïité à 
tous les despotes (|ui sont coalisés pour nous faire la 
guerre j qui n'ont jamais compté les liouinies que 
comme leurs esclaves, et dont la rage ne sera assouvie 
que lorS(ju'iIs nous auront remis sous les fers, ou qu'ils 
seront détruits , 

5) Ne craignant ni factions ni factieux, nos armées 
n'étant plus composées de vils satellites, mais bien de 
soldats citoyens qui ont j«né^ comme nous, d'écraser 
le premier tyran qui oserait attenter à la souveraineté 
du peuple ; 

w Ma conscience ne nie permettant pas de transiger 
avec les principes de la loi et de la justice éternelle , qui 
sont les bases fondamentales de*s droits de l'homme 5 

3> J'ouvre le livre sacré, je trouve que Louis Capet , 
conspirateur, traître et parjure, a mérité la peine de 
mort, et c'est avec regiet pour l'humanité que j'y 
conclus, et poiu' la dernière fois de ma vie. jj 

Il a été l'un des représentans envoyés dans les dépar- 
temens de l'Ouest, qui signèrent , en 1 796 , l'armistice 
avec les Vendéens. Kn septembre 1796 il dénonça une 
lettre du ministre de la justice, envoyée aux commis- 
saires près les départemens désolés par la guerre civile. 
11 la représenta comme faite pour renouveler les inquié- 
tudes. Il sortit en mai 1797 du conseil des Anciens. 
Son département l'y réélut en mars 1798. Après le 
38 brumaire il ne passa point au Corps- législatif. Il se 
retira dans son département , où il vit au milieu des 
biens considérables qu'il a acquis. 

Drouet. Ancien dragon au régiment de Condé, ot 
maître de poste de Sainte-Menehoult , reconnut 
Louis XYI traversant cette ville pour se rendre à 
Montmédy, le devança par une rontc de traverse, et 
le fit arrêter, le 21 juin 1791 , à Varennes. L'Assem- 
blée crut devoir récompenser cette action , qu elle qua^ 
lifia de grande, en lui accordant trente mille Irancs. L© 
modeste Drouet refusa la giatificauon , et se contenta 
de solliciter un grade dans la gendarmerie. Le dépar- 



temcnt de la Marne crut devoir nommer à la Convention 
Droiiet, dont les facultés iiitelleclnelles (étaient bornées. 
Dans le procès du Roi, il se prononça contre l'appel 
au peuple, ce Louis a conspiré contre l'Etatj dit-il sur 
la seconde question. Par une suite de ses trahisons, il 
a fait couler à grands flots le sang des citoyens. Il a 
of:vert les portes du royaume aux ennemis qui ont 
apporté la misère et la mort dans mon pays. Tant 
d'outraj^es faits n la nation qui le comblait do ses bien- 
faits, ne peuvent se laver que dans le sang. Je le con- 
damne à la mort, et sans sursis. » 

Il fut l'un des proscripteurs hardis qui firent le 3i mai^ 
ce jour il attaqua Lanjuinais à la tribune. Le 20 juil- 
let 1795 , il pro{>osa de condamner à mort tous'les An- 
glais qui se trouvaient en France, comme autant d'es- 
pions. Le 5 septembre , il appuya la création de l'armée 
révolutionnaire. C'est lui qui dit : ce S'il faut être bri- 
gand pour le bonheur du peuple, soyons brigands. » 
Il proposa de déclarer aux suspects que si la liberté 
était en péril ils seraient tous massacrés. Envoyé à 
l'armée du Nord , il sortit de Maubeuge , où il était 
enfermé. Il fut pris par les Autrichiens et enfermé à 
Spitzberg , forteresse de Moravie. Le 6 judlet 1794^ il 
sauta par une fenêtre de sa prison , se cassa un pied . et 
fut repris. Il a été échangé avec Camus, Beurnoaville , 
etc., contre l'infoitunée Madame Royale, gémissante 
dans la cour du Temple. Il se lia avec Babœuf , cons- 
pira avec lui contre les Modérés , et voulut lever l'éten- 
dard de Marat contre la Convention. Il fut arrêté, en- 
fermé à l'Abhaye le 11 mai 1796, et envoyé à la 
haute Cour nationale. Il s'échappa la nuit du 18 août, 
se trouva, dans la nuit du 9 au 10 septembre, au 
camp de Grenelle, où s'étaient réunis les terroristes 
pour frapper le sein de la Convention j et rétablir le 
régime de sang. Il se sauva encoie en se plaçant sous 
la paille de la voiture d'une laitière. Il alla en Suisée^ 
s'embarqua pour les Indes, et alla jusqu'au pic de Té- 
nériffè. Acquitté, le 26 mai 1797, par la haute (^our, 
il revint en France. Le Directoire l'employa en qualité 
de commissaire dans son département. Après le 18 bru- 



( 112 ) 

maire les Consuls le nommèrent sons-préfet h Sainte- 
MeneliouU. Le collège électoral Pavait élu candidat au 
Corps-législatif l'année d'avant. Il est mort. 

DrulJie, — Ancien curé de Toulouse; député à la 
Convention par le département de la Haute-Garonne, 
vota le bannissement du Roi , proposa (\.^% mesures de 
rigueur contre les prêtres inseruientés. Il vit à Paris. 

Dubignon. — Député d'Ille-et-Vilaine à la Conven- 
tion, vota contre l'appel au peuple : ce Je m'étonne, 
dit-il j do voir que la Convention ait passé à l'appel 
avant de s^'ètre bien assurée de la tranquillité de Paris. 
Au reste, je ne crains pas le danger poiir moi, je n'en 
crains que pour ma patne. Je vole pour la détention du 
tyran jusqu'à ce que l'Assemblée en ait autrement dé- 
cidé. 5> Il ne fat pas de l'avis du sursis. Devenu membre 
du conseil des Cinq-Cents, il donna sa démission en 
février 1797 j iut réélu en mars 1798, sortit au 18 bru- 
maire. 

Duboë, — Avocat, fut député à la Convention par 
le département de l'Orne. Il fut de l'avis de l'appel au 
peuple. Voici son opinion sur la seconde question : 
(c Convaincu , comme homme d'Etat, que l'intéiêt et 
la tranquillité publique sont encore liés à l'existence de 
Louis, j'opine pour la réclusion et le bannissement. Si, 
a,u mépris de notre générosité, les puissances étrangères 
tentaient encore de le rétablir sur le trône , je le con- 
damne , dès à-présent, à subir la mort aussitôt que la 
prise d'une de nos villes sera officiellement connue. » 
Il demanda le sursis. Après la session conventionnelle , 
il fut nommé commissaire du Directoire. 

Dubois. — Elu à la Convention par le département 
du Hai:t-]ihin , opina contre l'appel au peuple : ce Je 
ne suis pas juge , dit-il sur la seconde question , ce ca- 
ractère n'appfii tient à aucun de nous. Si nous l'étions , 
il eût fallu en remplir les devoirs, il eût fallu suivre 
les formes. C'est comme législateur , chargé de veiller 
à la siireté générale de la Bépublique , que je prononce. 



( "3 ) 
Je suis d'un département frontière. La guerre se com- 
pose de succès et de revers. Ah ! s'il était possible qu'un 
revers amenât les ennemis jusque sur notre territoire , 
quelles horribles représailles n^exerceraient-ils pas? Je 
vois dans Louis et su lanjille un moyen de repousser les 
maux de la guerre. Vous vous Potez en prononçant un 
arrêt de mort. Je vote la réclusion jusqu'à la paix, jî II 
ho déclara pour le sursis. Envoyé aux armées, il a 
transmis le vœu des habitans du pays d'entre Meusd 
etKIiin, pour leur réunion à la France. Il so||||k du 
conseil des Cinq-Cents en mai 1798. Nommé coHrnis- 
hiiire près le tribunal de cassation j envoyé dans les îles 
■^^nitiennes pour organiser les nouveaux départemens 
cK Corcyre, d'Ithaque et de la mer Egée , il a fini par 
se faire recevoir avoué près la cour royale de Colmar. 

JDubois-Crancé. — Ancien moirsquetaire du roi , et 
lieutenant des maréchaux de France. Député du tiers- 
état du bailliage de Vitry aux Etats-généraux , a de- 
mandé que tout noir lût libre en entrant en France. 
Créé maréchal de camp après la session , il préféra 
être grenadier dans la garde nationale , à servir sous 
La Fayette. 

Député à la Convention nationale par le département 
des Ardennes , il vota contre l'appel au peuple j pour la 
mort, et contre le sin\sis. 

Envoyé contre Lyon , il en commença le siège avec 
1j général Kellermann ; proposa , dans les jacobins , de 
demander à chaque candidat ce qu'il avait fait pour 
être pendu , en cas de contre-révolution. Il défendit 
SonthenaxetPolverel.Le 3 maiil provoqua l'annullation 
des confiscations prononcées depuis le 14 juillet 1789^ 
à l'exception de celles des émigrés, et s'opposa à leur 
rentrée. Le 28 mai , il appuya l'arrestation de Robert 
Lindet , comme étant le premier auteur des malheurs 
de Lyon, pour avoir présenté sons un faux jour, aCi 
gouvernement , la situation de cette ville. Il prit le 
parti du directoire contre le tribunal de cassation , 
dans l'affaire de la Yilleheurnois. En 1798 il a été 
nommé inspecteur-général de l'infanterie, et l'année 

6 



( ii4) 

dans une de ses terres. 



suivante au ministère de la guerre. Il est mort en i8o5 



Dubois ( de Bellegarde, ) Ancien chevalier de Saint- 
Louis y ancien garde -du-corps , commandant la garde 
nationale d'Angoulêrae 5 député à la législature parle 
département de la Charente , ensuite à la Convention j 
a émis les opinions suivantes dans le procès du Roi : 
ce Appel au peuple? — Je dis non avec toute l'affirma- 
tiou.ppssible. — Quelle peine ? — Je prononce la peine 
de mort contre le tyran. — Pas de sursis, d) Il a souvent 
été envoyé près les armées. Il entra dans la Hollande 
comme proconsul , et fit une adresse aux Batavafi 
pour les exciter à l'insurrection contre le Stathouder. 
Le 7 août 1797^ il se plaignit de l'esprit manifesté par 
les Royalistes dans son département. Les journaux du 
tems l'ont accusé d?immoralité et d'ignorance. Il est 
inspecteur des forêts à Angoulême. 

Duhois-Duhay, — Ancien garde-du-corps et de la 
Manche, il renonça en 1789 à la noblesse; fut élu 
juge de paix de Cambremer , administrateur du dépar- 
tement du Calvados, député par les électeurs de ce dé- 
partement à l'Assemblée législative , puis à la Conven- 
tion nationale. Il vota pour l'appel au peuple. Sur la 
deuxième question il dit : «J'ai déclaré que Louis 
était coupable : je ne me considère pas seulement 
comme juge , mais comme législateur. Comme juge je 
dis î Louis est coupable^ qu^on le mène au supplice"^ mais 
comme législateur, je dois examiner quel degré d'uti- 
lité cette peine peut apporter à ma patrie. Si la mort 
de Louis est utile , comme il est coupable, qu'il la su- 
bisse 5 mais si son existence peut nous être utile, qu'il 
reste dans les fers. Je demande la peine de mort, mais 
à condition qu'il sera sursis à l'exécution jusqu'à ce 
que les puissances ennemies mettent le pied sur notre 
territoire, ou que d'autres se joignent à elles pour nous 
faire la guerre, n II fut d'avis du sursis. En 179^ il 
fut envoyé à l'armée du Nord. Le prince de Cobourg 
assiégea Condé, et fit une sommation au commandant 



I 



( ii5 ) 

de lui rendre la ville. Voici la réponse de Dvibois- 
Dubay (i), qui parut tellement inconvenante , que la 
Convention crut devoir le rappeler. Après le 9 tlienni- 



Miiubi'Uf-e , !o 

(i) Tu prends possession , dis-tu, des ville, fort<?resse et district de 
Condé , qui sont soumis au pouvoir de ton Empereur et Roi , par ies 
valeureuses troupes (pie tu couiuiandes. 

'l'on imposture est bien disjnn d'un esclave et d'un vil suppôt du 
despotisme , car ce n'est pas la valeur qui a mis en ta possessicai cetie 
ville républicaine, tu la tiens delà trahison de rinfaine Duiuouriez , 
qui a empêche' de l'approvisionner. 

Si tu arals voulu la devoir au courage seul , tes satellites n'eussent 
jamais souillé cette place : tu as dû t'en convaincre par la faim que les 
courageux républicains qui la défendaient ont su souffrir long-iems 
avant de te la rendre. 

Déjà les malheureux habitans de Condé n'entendent autour d'eux 
que l'affreux cliquetis des chaînes que tu leur proposes ; mais sous 
leur poids douloureux ils conserveront une ame libre, et ieurs valeu- 
reux frères , crois-le bien , ne souffriront pas loug-tems qu'ib sup- 
porteMt le joug odienx des tyrans qui pose sur leurs tètes. 

ïu parles de main enir les propiiétes , et tu violes la p'us essentielle 
et la plus sacrée de toutes jJfclle de In liberté, en défendant les clubs , 
et en a«servissant ainsi jusqiTà la pensée des hommes qui eu connaissent 
le prix et qui sentent toute leur dignité : il n'existe p^s de propriété 
sans celle-là. Ainsi l'ordre et la tranqnillilcymblique que ta promets à 
ce prix, ne sera, à proprement parler , que le sombre et cruel repos 
de l'esclava-^e. 

Vois les aveugles satellites toirassés sous l»'S murs de Valenniennes ; 
"vois les braves républicains affrouier les foudres et mépriser les hordes 
innombrables de brigands venant de toutes les parties de la terre 
esclave pour les conquérir ; tu apprendras bientôt p^r eux ce qu« 
c'est que la valeur, et ce que tu dois attendre du courage invincible 
des hommes libres. 

Ose faire encore un pas de plus sur la terre libre , et ta perte est 
certaine. Un peuple indigné se lèvera en masse , écrasera de sou seul 
poids tes armées d'esclaves , et dans sa rage, ausii légitime qu'indomp- 
table, il purgera la terre des tvrans et de tous leurs vils suppôts. Je te 
prédis encore une fois , maigre les instances méprisables et celles de la 
séquelle qui t'entoure, la nation française sera libre , tl donnera au 
jnomie entier lexemple de ce que peut un peuple quand il a résolu 
de l'être. 

Glorifie-toi , Cobourg , de ta conquête , qui ne t'a coûté ni un grain 
de poudre ni une gouiie <le sang ; tu ne la dois qu'à la trahison . et la 
rendras à la valeur. La seule conquête sur laquelle tu peux compter 
pour loger tes bandes satellites, c'est le tombeau. Chique jour lu 
en creuses la profondeur, cha;,'tie jour tu amoncelés les victimes qu'il 
doit dévorer ; ei à mesure que tu avances sur le territoire, tu eu ap- 
proches loi-même. 

Frémis! et sois convaincu que telle sera la fin de tes sanguinaires et 
imbécilles efforts. 

Signé ^ D. DuBAT. 

8* 



clor il fit mettre en liberté tous les cultivateurs arrêtés 
comme suspects. Membre dn conseil des Anciens, il se 
prononça contre le parti de Glichy , s'opposa au projet 
présenté par Plchegru de réorganiser la garde nationale 
(projet concerté avec le comité royal pour rétablirnotre 
lloi en France). Le i^"^ septemlne 1797, il a exposé 
(jue ce projet tendait à enlever au Directoire une de ses 
attributions constitutionnelles. « Les défenseurs de la 
patrie, dit-il, ne seront jamais redoutables que pour 
ses ennemis 5 leurs armées serviront certainement la 
république et la liberté. On a osé dénoncer la conduite 
du général Buonaparte.... Tout cela ne respire , disait- 
il, que sanguinaires complots contre l'unité et l'indivi- 
sibilité de la république, n Lie 20 mai 1798, Dubois- 
Dubay entra au conseil des Anciens 5 il dénonça 
Scbœrer comme dilapidateur. Après le 18 brumaire, il 
fut envoyé comme commissaire dans les quatre dépar- 
temens de la rive gauche du llhin. Il fut nommé au 
Sénat. Il est commandant de l^jj^égion -d'Honneur , 
titulaire de la sénatorerie de JSfismes 5 le 3 avril, il a 
voté avec les sénateurs l'abdication de Buonaparte et le 
rétahlissement des Bourbons. 11 n'a pas été nommé de la 
chambre des Pairs par le lloi. 

Duhouchet. — Médecin à Montbrisson. Député à la 
Convention nationale par le département du llhône- 
et-Loire , fut de favis de l'appel au peuple j quanta 
la peine à infliger , il dit : c< La loi déclare Louis cou- 
pable. L'intérêt de la patrie exige qu'il soit condamné. 
Je vote pour la mort du tyran. » Il se déclara contre 
le sursis. Il a été envoyé dans le département de la 
Marae , où il ne s'est fait remarquer que par le soin 
et l'élégance de sa parure^ tout en préchant le sans- 
culotisme. Il a adouci, autant qu'il était en lui, la 
rigueur des mesures révolutionnaires. 

Diibouloz. — Député du Mont-Blanc, n'est entré 
à la ConTenîion qu'après la mort du Hoi. Membre du 
conseil des Cinq-Cents, il a fait, en décembre 1796, un 
rapport sur les postes et messageries. Il eii est sorti en 



I 



1797* ^^ n'est plus français, le Piéinont étant rendu à 
son ancien souverain. 

Dubreuil'ChamhardeL — Député des Deux-Sèvres à 
la Législature j ensuite à la Convention, vota contre 
l'appel au peuple. Il ditj sur la deuxième question : 
«Si je ne consultais que mon cœur, je ferais grâce 5 
mais comme législateur, je consulte la loi. La loi a 
parlé, je prononce la mort, w Son cœur le porte à se 
prononcer contre le sursis. Après la session conven- 
tionnelle il a été nommé commissaire du Directoire 
dans son département. 

Duhusc, — Député de l'Eure, fut d'avis de l'appel 
au peuple, de la détention et dji bannissement, quand 
la sûreté publique l'exigera , aiusi que du sursis. Il a été 
au nombre ^i^às soixante- treize députés proscrits au 
3i mai. Rappelé dans la Convention après la chute de 
Kobespierre, il fut nommé de la commission chargée 
d'examiner la conduite de Joseph Lebon. Il est passé 
au conseil des Cinq-Cents et en est sorti en 17(^8. 

DuchàteL — Cultivateur, député des Deux -Sèvres 
à la Convention nationale, se montra toujours roya- 
liste. Il était malade lors des appels nominaux dans 
le procès du Roi. Robert , avocat, et Nicolas^ libraire, 
propriétaires chacun de journaux royalistes , allèrent 
le trouver (comme compatriote normand), et l'ap- 
portèrent sur an brancard à l'Assemblée, en lui disant 
que sa voix sauverait le Roi. Il vint en bonnet de nuit, 
vota le bannissement, au milieu des cris furieux de la 
Montagne. Envoyé à l'armée du Nord, il fut accusé 
d'avoir voulu sauver le Roi , parCollot-d^Herbois. ce Tel 
a été mon vœu , dit-il avec courage , et je refuso la mis- 
sion. » Proscrit sous prétexte dVmtretenir des corres- 
pondances avec les royalistes de la Vendée, il a été 
arrêté à Bordeaux où il s'était sauvé, conduit à Paris , 
et exécuté le 3o octobre 1793, par ordre du tribunal 
révolutionnaire. Il a chanté des chansons royalistes jus- 
qu'au moment où 1« fatal couteau a tranché sa tête. 



(.,8) 

Di/cns. — Députe des Landes, vota contre l'appel 
au peuple, ce Sur la première fjuestion, dit-il, j'ai dé- 
claré Louis coupable de conspiration 5 j'ai oiiyert le 
code pénal, il prononce la mort. J'ai vu, dans quel- 
ques opinions imprimées, qu'on le présentait plutôt 
comme complice que comme auteur des attentats : j'ai 
encore consulté le code pénal, j'y ai vu la même peine 
contre les complices. Je vote donc pour la mort, sans 
sursis, w 

JDucos, — Négociant à Bordeaux, a été député d© 
la Gironde à PAssemblée législative. Il appuya la mo- 
tion do Stanislas Girardin, qui fît rendre le décret 
par lequel on suy>primalt, à l'égard du Roi, les mots 
Site et Majesté, Le 3 août 1792 il a attaqué la conduite 
de Louis XVI, qui, suivant lui, n'était fidèle à la 
constitution que dans ses discours. 

Ilééld à la Convention, il fut l'un des premiers à 
demander l'abolition de la royauté. Il vota la mort du 
Roi, sans appel au peuple et sans sursis. Marat le fit 
arrêter et conduire au tribunal révolutionnaire comme 
partisan du fédéralisme. Il a été guillotiné le 3o oc- 
tobre T793. 

D nf riche- Va lazé. ^— Ayoc^t à Alençon , député par 
le département de FOrne , se fit nommer par Marat 
le chef des ho|nmes d'Ltat. Il s'attacha à combattre 
les motions sanguinolentes de la Montagne 5 dans le 
procès du Roi il vota l'appel au peuple, en disant 
qu'il ne craignait pas que le peuple s'intéressât pour 
un tyran enchaîné : ce 11 y a long-tems > rappela-t-il y 
sur la seconde question, que j^ai manifesté mon vœu 
le plus positif pour la suppression de la peine de mort. 
Il ne faut ])as la supprimer dans Pinstant même où 
il s'agit de juger le plus grand coupable. Je vote pour 
la peine de mort, avec sursis jusqu'à ce qu'il ait été 
prononcé sur le sort de la famille de Louis Capet. 
En butte à tous les partis , il a été décrété d'accusation 
le 28 juillet et condamné à mort le 3o octobre 1793, 
comme l'un des auteurs de l'iusuiTection du Calvaio^* 



Il se poignarda dès qu'il entendit prononcer son Juge- 
ment^ et son corps fut conduit dans une clianette 
jusqu'au pied de l'échafaud. 

Duguenne, — Député du Cher, a roté l'appel au 
peuple, la réclusion du Roi et le sursis. 

Dugué'Dassi, — Député de POrne, a voté dans le 
sens de Dnguenne. Il a été l'un des soixante- treize 
députés proscrits au 3i mai. Rentré dans la Conven- 
tion, il a parlé avec chaleur contre les prêtres insou- 
mis. Il est devenu membre du conseil des Anciens ^ 
d'où il est sorti en 1798. 

Duhem, — Fils d'un tisserand mort insolvable, il 
s'est fait médecin au village de Qucsiioy. Député à la 
Législature, il a fait une guerre violente aux prêtres. 
Le 24 juin 1792 , il a appelé le Roi le plus grand des 
traîtres. La société des Jacobins a souvent retenti de 
ses motions incendiaires. 

Réélu à la Convention nationale , il a dénoncé tout 
le monde, a vc^ la mort du Roi, sans appel et sans 
sursis; a uppovoqué l'organisation d'un tribunal révo- 
lutionnaire sans jury, et a dénoncé la circulation , à 
Bruxelles , des médailles portant l'effigie de Louis XVI, 
avec le titre de martyr. Demande de la mise hors la loi 
des émigrés et des prêtres rentrés , d'une armée ad hoc 
pour briser les presses des royalistes , et d'une purgation 
de conventionnels , sont les traits caractéristiques du 
bon cœur de Duhem. Il s'.éleva contre les mises en 
liberté des ducs d'Aumont et de Valentinois ; à son 
tour il fut accusé par Legendre de correspondre avec 
les Jacobins du midi. Décrété d'arrestation comme l'un 
des auteurs de l'insurrection de germinal, il fut con- 
duit au château de Ham, d'où il est sorti par l'effet 
de l'amnistie. Duhem a repris son état de médecin et 
est employé dans les hôpitaux militaires. 

Dulaure, — Ingénieur-géographe, a été député par 
le département du Puy-de-Dôme. A voté l'appel au 
peuple, et pour la mort sans sursis -Proscrit au 3i mai 



( ï 20 ) 
comme girondin , il écrivit pour se justifier. Il est ren- 
tré le 18 tléceiTibre 1794 clans l'Assembiéc. Il a été 
. envoyé, en 1795 , dans Jes départemens de la Corrèz« 
et de la Doidogne. Sorti du conseil des Cinq-Cents 
en 1798 , il a été réélu en août 1799 : il a dénoncé les 
écrits royalistes répandus à Toulon pour exciter une 
insurrection dans le midi. 

JDumont. — Député du Calvados, vota pour l'appel 
au peuple, la réclusion et l'exil, et le sursis. Il s'oc- 
cupa principalement de la régénération de l'ordre ju- 
diciaire dans les comités de législation. Il se montra 
ouvertement après la chute de Robespierre. Le 9 mars 
1795, il demanda Pexamen de la conduite de Pex- 
ministre Garât lors des massacres de septembre. Sa 
voix fut étouffée par les cris de la Montagne. Il se 
prononça vigoureusement contre les révoltés du 20 mai 
1795. Il crut devoir défendre llobert-Lindet et Char- 
lier, inculpés dans cette affaire. Après le i3 vendé- 
miaire il passa au conseil des Cinq-Cents, sauva Doul- 
cet de Pontécoulant et Richoux de la déportation fruc- 
tidorienne ; combattit comme inconstilj^tionnel le projet 
de Boulai (de la Meurtlie) pour la dép|j[|talion des 
nobles. Il est sorti du conseil en mai 1797. H est re- 
tiré à Vire, sur sa propriété. 

JDumont (André"), Député de la Somme, ne fut pas 
<l'avisde l'appel au peuple : ce C'est fairebeancoup d'hon- 
neur à Louis j disait-il, de le regarder comme citoyen. Les 
citoyens conspirateurs sont punis de mort , je vote pour 
la mort sans sursis.» Le 24 mars 1793 , il dénonça une 
adresse de la ville d'Amiens , qui osait demander qu'on 
décrétât d'accusation Danton, Robespierre, Marat, etc. 
Il se déchaîna contre le parti des Girondins. En mission 
dans le département de la Somme , il ordonna à tous , 
même aux pauvres, de porter pendus l\ leur cou les noms 
et le lieu de leur domicile. Le 9 septembre, il fit jeter 
plus de deux cents personnes, dont soixante-quatre prê- 
tres, dans les fers. Il écrivait à la Convention :ccj'ai fait 
her deux à deux ces cinq douzaines d'animaux de 
bêles noires 5 elles ont été exposées à la risée publique. 



I 



( «=• ) 

sons la garde des comcdiens, et ensuite incarcérées. 5> 
Il appelait Louis XVI le raccourci , quand il parlait de 
son Koi. ce Trois choses font trembler le département , 
écrivait-il un« autre fois , le tribunal révolutionnaire , 
la guillotine et le maratiste i\.ndré Duraont. ?> Uns 
autre fois, il annonça une riche capture de nobles et 
de prêtres, qu'il appelait son gibier de guillotine. Sui- 
vant lui, tous les ci-devant ducs, vicomtes, marquis 
et leurs familles, étaient dans ce pays, ce D'arrestation 
en arrestation j'extirperai le chancre, et le département 
une' fois mis au vif ne demandera plus que des soins : 
les Mailly, les Beuvron , les Darroult, les Deligne sont 
arrêtés : Il me manquait une maréchale 5 en arrivant à. 
Doulens je l'ai trouvée. Quarante - quatre charreté^'s 
viennent d'amener devant moi, à Montreuil, les per- 
sonnes que j'ai fait arrêter. 3) Enfin il écrivait : c< Je 
viens de requérir l'arrestation des prêtres qui se per- 
mettaient de célébrer les fêtes et dimanches. Je fais 
disparaître les crucifix et les croix, et bientôt je com- 
prendrai dans la proscription les animaux noirs appelés 
prêtres. Je pars pour Beauvais , que je vais mettre an 
bouillon maigre avant de lui faire prendre médecine. 
Ce que vous ne pourrez poignarder , disait-il au peuple 
de cette ville , il faiidra l'incendier, w 

Il revint de misvsion en juillet 1794» Après le p ther- 
midor il y)arla contre Robespierre , provoqua l'arres- 
tation d'Hermen , de Lannes et de David. Il aban- 
donna insensiblernerjt les Jacobins. Inculj>é, il dit 
qu'il n'avait fait guillotiner personne 5 que tout ce qu'il 
avait fait ne tendait qu'à soustraire beaucoup de ci- 
toyens à la rage dqs terroristes. Le 3i juillet, il de- 
manda l'arrestation de Lebon. Le 3 décembre, il attaqtui 
Maignet pour Fincendie de Be-douin , fit rapporter le 
décret de mise liors la loi , rendu, sur sa motion, contre 
Devérité son collègue. Le i5 , il fit l'éloge des ser- 
vices rendus par les comités révolutionnaires 5 il s'op- 
posa à leur suppression, ainsi qu'à la rentrée de 
Lanjuinais et autres. Le 3i, il' demanda l'abolition 
de la peine de mort , excepté contre les Royalistes. Il a 
montré beaucoup de courage lors de l'insurrection du 



( 122 ) 
1*' avril 1795 contre la Convention, a provoqué îa dé- 
portation fie Barère, Billaïul et Collot. Le i^'" mai , il a 
demandé la publication d'un discours de Louvet contre 
les Iloyalisles , pour prouver qu'on ne travaillait pas 
pour eux. 

Membre du conseil des Cinq-Cents, il parla, le 
16 janvier 1796, en faveur des parens des émigrés. 
Sorti en 1797* il a été nommé sous-préfèt à Abbeville, 

En avril dernier , il a fait des proclamations en faveur 
de Buon aparté , et a empêché de circuler le sénatus 
qui rétablissait les Bourbons sur le trône de leurs 
ancêtres. 

Duperret, — Député des Bouclies-du-RIi^ne à la 
Convention nationale; quoique simple cultivateur , il 
montra quelques connoissances , mais surtout du coU' 
rage. En votant pour l'appel au peuple, il dit qu'il 
voyait derrière le rideau un Cromwel : il vota la réclu- 
sion et le bannissement à la paix , et contre le sursis. 
Ses votes portèrent les coupe-jarrets de Marseille à 
mettre sa tête à prix; il était toujours en sentinelle 
contre la Montagne, Le 10 avril 1793 , il causa dans 
l'assemblée une scène qui dura long-temps: wx\ jacobin 
l'y ayant menacé d'un coup de pistolet , il mit l'épée à 
la main , et brava les frères et amis qui voulaient l'en- 
voyer à l'Abbaye. Il affichait avec Duprat tous les pla- 
cards dirigés contre la Montagne , les armes à la main. 
Il ne fut pas du nombre des soixante-treize députés 
proscrits. Charlotte Corday vint à l'intendance de Cacn 
demander aux réfugiés s'ils voulaient la charger do 
lettres pour leurs parens à Paris, où elle allait faire un 
voyage, sans mettre qui que ce soit dans sa confidence. 
Elle en porta à Duperret, qui la conduisit dans di- 
verses maisons. Chabot, qui eut connaissance de ce» 
acte de galanterie , le transforma en crime; il fit dé- 
créter la tradition de Duperret au tribunal révolution- 
naire, comme complice de Charlotte Corday, qui avait 
assassiné Marat dans son bain : il fut acquitté. La 
Montagne l'accusa ensuite d'avoir rédigé la protesta- 
tion du 6 juin contre le 3i mai. Le tribunal révolu- 



( 125 ) • 

tionnaire le condamna à mort pour ce fait, le 5i oc- 
tobre 1793. 

Dupin (^.). — A été député à la Convention natio- 
nale. Il a voté contre l'appel au peuple ; la peine la 
S lus forte , qui ne soit pas celle de mort ; contre le sursis, 
lercier Ta traité , dans son Nouveau Paris , de valet 
d'Amar. Il fit contre les fermiers-généraux ( il avait 
été le domestique de l'un d'eux ) des rapports , à la 
suite desquels soixante ont été envoyés à Péchafaud. Il 
avait encore un rapport prêt sur leurs adjoints , mais 
le 9 thermidor empêcha d'augmenter le nombre de ses 
victimes. Géuissieux et Lesage le dénoncèrent , et la 
Convention le décréta d'accusation , comme coupable 
de vols et de dilapidations , surtout d'avoir enlevé a 
M. Cugnot de l'Epinay, avant de le faire périr, 
100,000 francs en assignats et 96 louis en or : il a et© 
mis en liberté. Il occupait une place subalterne dans les 
déparlemens réunis. 

Duplantier, — Demeurait à Bordeaux 5 il fut nommé 
député suppléant du Corps-législatif, et ensuite à la 
Convention nationale par le département de la Gi- 
ronde. Dans W procès du Roi il dit : ce En votant 
contre l'appel au peuple, je ne me suis pas dissimulé 
les inconvéniens d'un jugemeut définitif 5 mais j'ai 
consulté ma conscience et la loi : je vote pour la mort ^ 
et je demaufle que l'Assemblée suspende Texécution. La 

i'ournée du 3i mai lui fit faire des réflexions sérieuses. 
uÇi j juin , il écrivit' à l'Assemblée qu'il donnait sa dé- 
niission 5 elle fut acceptée. Il fut nommé président de 
l'administration de son département. Eii mars 1798 , 
il fut élu membre du conseil des Cinq-Cents. En sep- 
tembre , il vota l'assiette d'un impôt sur le tabac. Il se 
montra opposé à la révolution du 18 brumaire, il fut 
exclu du conseil, 

Dupont, — Député d'Indre-et-Loire, il était maire 
de Pérusson , qua-id il fut nommé par le département 
d'Indre-et-Loire à l'Assemblée législative. Il ne s'oc- 
cupa que de projets sur l'amélioration des finances. 



I 



_( 1=4 ) 

Réélu h la Convention , il vofa contre l'appel an 
peuple j pourla mort. Lors de la cjuesllon du sursis, il était 
malade. Le 23 février lyc^S , il proposa de suspendre 
tontes poursuites contrôles citoyens qui voleraient aux 
frontières pendant la campagne. Il se vanta publique- 
ment à la tribune d'être athée. En février 1798, il de- 
manda la salie du inanége pour y établir des cours d'a- 
griculture et de morale. 

Duponti^de Bigorre^. — Avocat-assesseur de la ville 
de Bauge , îYit député par le tiers-état delà sénéchaussée 
de Bigorre aux Etats-généraux. Le département des 
Hautes-Pyrénées l'envoya à la Convention. Sur l'appel 
au peuple , il s'exprima ainsi : « Comme je crois aux 
factions qui environnent la Convention nationale , je 
désire que le peuple sache qu'il est plus que lesRois : je 
dis oui, Si Sur la deuxième question, il parla eii ces 
termes : ce Je n'ai pas pu ouvrir la loi , sans suivre les 
formes conservatrices qu'elle prescrit 5 mais en législa- 
tion, le salut du peuple est l'intérêt suprême. Si la 
mort de Louis est utile , il doit en faire le sacrifice , et 
s'il ne le fait pas , il doit périr à cause de sa lâcheté 
même. Mais, qu'arrivera-t il après sa a^rt? Un rejeton 
se présente 5 fia.udra-t-il le faire périr aussi? Eh! je 
n'hésiterais pas de le prononcer , si sa mort était néces- 
saire au salut public 5 mais derrière ce mausolée je vois 
im lion sortir de sa caverne , et un ennemi dangereux 
substitué à un ennemi vaincu 5 je vote donc pourla 
réclusion de Louis jusqu'à ce que le territoire de la ré- 
publique soit purgé des Bourbons , et ensuite [)our sa 
mort. Il est mort pendant la session conventionnelle. 

Duport (^du Mont-Blanc^, — Député à la Conven- 
tion après la mort du lloi , a été envoyé à Rouen. A 
l'époque de la disette des vivres , le peuple le conduisit 
dans l'église de Notre-Dame , le força de crier Vive le 
Roi! il ne se fit pas prier long-ternps. Il s'est bien con- 
duit dans sa mission. Il est employé au bureau de ré- 
vision , près l'ancisn ministre de la justice. Il n'est plus 
français j le roi de Sardaigne étant rétabli dans ses 
Etats. 



(125) 

Diiprat (^j'enne). — Contribua avec son frère aîné à 
la lenniou du corutat d'Avignon à ia France. Il fut 
iiointiié maire d'AviL»non j avant que cette réunion fût 
opérée. Les commisiiaires du Roi le destituèrent 5 mais 
le parti des factieux le rétablit à son poste. 11 fut nommé 
]>ar le département des Bouches-du-Jlbône à la Con- 
vention jNationale. Il se déchaîna contre la faction 
d'Orléans , mais aussi il avait la royauté en horreur. 
Lors du vote sur l'appel au peuple, il dit : Oui (le 
département de Paris avait voté avant celui des 
Bouches-du-Rbône). <c Lorsqu'il s'agira de prononcer 
la peine qu'a méritée le traître , ajouta -t -il , jd 
prouverai à l'univers que l'amour de la justice et 
mon dévouement à la républiqne sont pour moi au- 
dessus de toutes les considérations.» Il vota la mort, 
et contre le sursis. Son fière (celui qui protégea les 
riiassacres affreux de la Glacière) le dénonça comm& 
ennemi des patriotes , et comme ayant voulu l'assas- 
siner , de concert avec Mainville et Escofïier. Alors 
Duprat , député , se vit contraint de rendre compte d» 
la vie privée de son dénonciateur. Quelles horreius ont 
été dévoilées ! il se jeta dans le parti de la Gironde qui 
était levé contre la faction de R.ODespierre ; c'est-à-dire , 
les républicains étaient aux prises avec les jacobins fé- 
roces. On le vit alïiciier lui-même, en présence des 
espions de police, dans le Palais- Royal, les adresses 
des départemens à la Convention en faveur des Gi- 
rondins , le pistolet à la main 5 menacer de fondre sur 
les Maratistes ^ dans le sein de la Convention , avec 
des armes à feu. Il se trouva enveloppé dans le décret 
d'accusation du 3 octobre , avec quarante-six dé- 
putés , et traduit au tribunal révolutionnaire , qui 1« 
condamna à mort, le 29 octobre 179^. 

. JDupuis. — Ancien professeur de rliétorique au col- 
lège de Lisieuxj il est auteur de l'ouvrage ayant pour 
titre, de P Origine des Cultes. Il fut nommé par le dépar- 
tement de Seine-et-Oise à la Convention nationale : il 
ne fut pas de l'avis de l'appel au peuple 5 il dit ensuite : 
« Je ne concourrai pas y de mou vœu^ à priver le peuple 



( '26 ) 

fâ'un otage important qiPil aura droit de 'vous demander 
un jour. Je vote pour la détention, n II se déclara pour 
le sursis. Le 2,6 février 1796 , il rendit lioniniage aiix 
efforts de la Convention nationale pour regénérer le 
peuple français 5 il donna quelques vues philosophiques 
sur l'instruction publique. Après le 18 brumaire il est 
entré au Corps-législatif, d'où il est sorti en 1804. H est 
mort. 

Dupuy, — Avocat et juge-de-palx à Montbrisson , 
fut nommé par le département de Rhône-et-Loire à 
la Législature j ensuite à la Convention. En rejetant 
Fappel au peuple j il dit : ce J'ai déclaré Louis coupable : 
la loi le condamne à la mort 5 je vote la mort, sans 
sursis. » En 1793 il a été en mission à Lyon. Ses 
opinions n'étaient pas tout-à-fait à la hauteur de la 
, Montagne. Il prépara les voies , et Conthon , Al- 
bitte, etc.^ le remplacèrent. On sait ce que ces sans- 
culottes ont fait dans cette ville. 

Duquesnoy. — Etait moine , il eut la souplesse de se 
faire nommer par le département du Pas-de-Calais à 
l'Assemblée législative. Il devint membre dé la Con- 
vention nationale. Il avait développé des opinions anti- 
religieuses. On se doute bien qu'il ne fut pas d'avis 
de l'appel au peuple. «Intimement convaincu des crimes 
et des forfaits du tyran, dit- il effrontément, je vote 
pour la mort. A la société des Jacobins, ou dans le sein 
des deux Assemblées, il professa des maximes popu- 
laires, s'il est possible de dire que la populace en déhre 
peut avoir une règle de conduite. Le 3o mai 1792, il fit 
part de son rêve de la nuit, ce Je dénonce, s'écria-t-il de 
sa place , un dépôt de 6000 habits de gardes du Roi , 
qui sont cachés aux Invalides. 5) Le i5 août, il demanda 
qu'on enfermât jusqu'à la paix les trois quarts de la 
France, c'est-à-dire, les personnes soupçonnées d'/'/z- 
civisme. Un vrai citoyen aimait son Roi et son pays , 
et plus des trois quarts des Français, quoique com- 
primés^ vexés et persécutés, ont toujours demandé au 
ciel le retour de leur souverain!!! Je vois ici, disait-il 
un jour, des membres qui réçlaoaeiit des délais pour 



f 



( 127 ) 
préparer la défense de Lonis-Gapet, votons promple- 
ineiit par appel nominal. La yérité est que Duqiiesnoy 
était un pilier de cabaret. 

11 a été envoyé en mission à l'armée du Nord après 
le 01 mai. Il a été complice de tous les crimes imputés à 
Lebon. (Voir ce nom^. Ne dévoilons pas ici le tableau 
de sa vie horrible. Décrété d'accusation comme l'un 
des principaux chefs de l'insurrection qui a coûté la 
vie à Féraud ( voir Boissy-d* Anglas ) , il a été con- 
damné à mort, le i6juin. 11 se poignarda et mourut 
dans sa prison. 

Durand- Maillane. — Ancien avocat , député par le 
tiers-état de la sénéchaussée d'Arles aux Etats-géné- 
raux, et par le département des Bouches-du-Rhône à la 
Convention nationale 5 il vota pour l'appel au peuple, 
la détention du Roi, le bannissement à la paijc, sous 
peine de mort. Il était malade lors du vote sur le 
sursis. Les Marseillais mirent sa tête et celle de Duper- 
ret (dont il est parlé ci-dessus) à prix, pour avoir fait 
un vote qui leur semblait encore trop modéré. Il blâma 
la journée du 3i mai 5 il ne fut cependant pas mis sur la 
liste des soixante-treize. Le- 10 septembre, il tonna 
contre l«s Jacobins , et proposa la fermeture de leur 
atelier. A la suite du 18 fructidor il fut mis au Temple , 
comme accusé d'avoir favorisé la rentrée des émigrés 5 il 
fut acquitté par le tribunal criminel de la Seine , le 26 fé- 
vrier 1798. Membre du conseil des Anciens, il a parlé 
en faveur des parens des émigrés. Il est juge à la cour 
royale d'Aix. 

Duroclie. — Député de la Mayenne , vota contre 
l'appel au peuple , la mort de son Roi, pour sauver sa 
patrie et punir le tyran. Il rejeta le sursis à l'exécution. 

Duroy. — Juge au tribunal du Bernay , a été député 
par le département de l'Eure. Point d'appel au peuple. 
«Par justice, dit-il, je vote pour la mort. Par huma- 
nité, je demande que le jugement soit promptement 
exécuté.» Il fit, par justice ou par humanité, le 
3i mai. Par la même raison , il resta Montagnard ar- 



aent après le 9 lliermiclor^ se mit dans les rangs des 
révoltés de mai lyp^. Décrété d'accusation coniine 
factieux, il a été condamné à mort par nne commis- 
sion militaire. Il s'est poignardé : n'étant pas mort de 
sa blessure, il a été exécuté le 16 juin. 

Dussaulx. — Né à Chartres 5 commandant de la 
gendarmerie, fit la campagne d'Hanovre sous le ma- 
réchal de Richelieu, llevenu à Paris, il fit paraître une 
traduction de Juvénal. Il eut le malljeur de se mettre 
dans les rangs des vainqueurs de la Bastille. Députe 
suppléant à l'Assemblée législative, il remplaça .l3os- 
cury , démissionnaire 5 parla contre la destruction des 
arts. Réélu à la Convention : v Du fond de ma cons- 
cience, dit-il, je vote l'appel au peuple', je crois qu'on 
peut être très-bon patriote, ajouta-t-il, sans tuer sou 
ennemi par terre. Je demande que le ci-devant Roi 
soit détenu pendant la guerre, et banni à la paix. » 
Le sursis lui parut de toute justice. Il est mort. 

JDuûrou-Bornier, ■ — Conseiller du présidial de Mont- 
morillon 5 député du tiers-état de Poitou aux Etats- 
généraux , a été nommé membre du tribunal de cassa- 
tion. Député par le département de Vienne à la Con- 
vention nationale , se déclara pour l'appel au peuple , 
la réclusion et l'exil, et le sursis. Membre du conseil 
des Anciens, il en est sorti en 1797. Il fut réélu à celui 
des Cinq-Cents. Après le 18 brumaire il a fait parti» 
du nouveau Corps législatif jusqu'en i8o3. 

Duval. — Avocat à la Guerclie, a été nommé à l'As* 
semblée législative parle département d'Ille-et-V^ilaine, 
ensuite à la Convention nationale. Tout le monde 
connaît le Journal des Hommes libres , appelé le Jour- 
nal des Tigres. Duval en était rédacteur. Il vota contre 
l'appel au peuple : ce Comme organe de la loi, dit-il 
ensuite, je prononce la mort sans sursis. » C'était l'un 
des cliauds amis de la société jacobite. Il eut le courage^' 
après le 9 thermidor , d'écraser du poids de sou 
courroux le cadavre de Robespierre, qui auparavant 
était son idole. En 1796, il accusa Merlin (de Thiou-» 



( 129 ) 

ville) de s'êtrd enrichi en vendant aux ennemis Manlieim 
et Mayence. Il était l'ennemi juré de tout système 
fiscal. Où est-il aujourd'hui? ch«f de bureau dans 
l'administration générale des droits réuuis. 

DuvaL — Député de l'Aube à la Convention na- 
tionale , vota contre l'appel au peuple pour ne pas 
compromettre le salut de la république . la détention 
du roi et son bannissement à la paix, et pour le sursis. 
Il fut du nombre des réélus au conseil des Cinq-Cents ; 
il en est sorti en 1797. 

Duval. — Député de la Seine-Inférieure. Il était 
avocat ad honores à Rouen 5 le voilà conventionnel. 
Dans ses votes^ il s'exprime en ces termes : c< Appel au 
peuple? «— Je ne crains pas la guerre civile 5 c'est une 
calomnie contre le peuple , un vrai fantôme avec-lequel 
on voudrait le conduire insensiblement vers le despo- 
tisme 5 je ne veux pas ravir sa souveraineté 5 je dis oui, 

— Quelle peine ? — La réclusion et le bannissement. 

— Sursis ? — Oui. w II a été l'un des soixante-treize dé- 
putés exclus au 01 mai. Il se retira^ mais ne resta pas 
à Caen quand cette ville prit les armes contre la Con- 
vention. Il rentra , passa au conseil des Cinq-Cents 5 
ensuite il fut nommé commissaire du Directoire du 
département de la Seine-Inférieure. Après le 18 fruc- 
tidor , Bailleul et Hardy le £rent nommer ministre de 
la police généx'ale. Il fit faire la chasse aux fructido- 
risés. Après le 18 brumaire j il fut nommé commissaire 
général de police à Nantes 5 en i8o5 il a été nommé 
préfet des Basses-Alpes. 



E. 



EnouARn, — Marchand à Puligny , il a été député 
par le département de la Càte-d'Or à la Législature et 
à la Convention nationale. Il n'a pris place parmi les 
conventionnels, qu'après la mort du Roi. On ne Ta 



I 



( i5o ) 

point entendu parler dans les assemblées. îl n'a crié 
cju'une fois victoire en faveur des Jacobins, lorsqu'ils 
entrèrent dans la salle, à la léle des faubourgs, eu gei- 
minal et prairial. Edouard vit bientôt les Jacobins 
battus , vaincus et fusillés , et il est retourné dans son 
pays après la session conventionnelle. 

Ehrmann. — Député du Bas-Rbin a la Convention 
nationale , était malade lors du procès du Roi. Il 
n'émit donc aucuns votes lors des appels nominaux. 
Il fut envoyé près des armées du Rhin et de la Mo- 
selle , en novembre. Il annonça l'évacuation de Saar- 
bruck par l'ennemi. Il s'opposa à la sortie des suspects 
à qui le 9 tbermidor avait donné la liberté. Il vota 
contre la rentrée des émigrés du Haut et Bas-Rhin qui 
avaient écliappé à la hache révolutionnaire suspendue 
sur leur tête. Il demanda la confirmation des taxes 
exorbitantes imposées sur quelques communes par 
Saint-Just et Lebas. 

Réélu au conseil des Cinq-Cents , il vota contre l'im- 
pôt du timbre^ et se montia le sujet très-officieux du 
Directoire. Il est à présent conseiller-juge de la Cour 
royale de Colmar. 

Enguerrand, — Député de la Manche, ne se trouva 
pas à l'appel nominal sur la question de l'appel au 
peuple. Il vota pour la détention du Roi et pour le sur- 
sis. Il parla souvent contre les Jacobins , fléau du genre 
humain. Il défendit Brissot. En mars 1795 il reprocha 
à Lecointre (de Versailles) d'avoir été l'un des pour- 
voyeurs les plus actifs du tribunal révolutionnaire. 

Pas^ au conseil des Cinq-Cents , il fit des rapports 
contre les parens des émigrés, s'opposa au rapport de 
la loi qui ordonnait la déportation des prêtres. Il est 
sorti du Corps-Législatif en 180 3. 

Enjubault i^de la Roche») -— Juge du comté-pairie 
de Laval, député de la sénéchaussée du Maine aux 
Ç»tats- généraux, parla quelquefois sur les finances 
Le i3 août 1790, il fit décréter la suppression des mai- 



(.3.) 

sons et apanages des princes^ et leur remplacement 
par une pension sur le trésor public. 

Député par le département de la Mayenne à la Con^ 
vention nationale , il vota contre l'appel au peui)le. «Je 
me prononce pour la mort, dit- il ensuite, mais à con- 
dition qu'il sera sursis à l'exécution jusqu'au moment 
où les puissances étrangères envahiront notre territoirej 
et dans le cas contraire , que l'on comm,uera la peine , 
entendant que mon opinion soit indivisible. » Il se dé- 
clara pour le sursis. 

Depuis ce tenis il ne parut pins à la tribune. Réélit 
au conseil des Cinq-Cents , il en sortit en mai 11798. Il 
fut nommé au Corps-Législatif^ d'oi'i il est sorti en i8o3. 
Il est employé au ministère des finances. 

En/art.'— Avocat à Mon treuil , montra peu de fer- 
meté comme administrateur du département du Pas- 
de-Calais. A la Convention^ où il fiit nommé par ce 
département , il ne fut pas de favis de l'appel au peuple. 
Sur la question de la peine à injfligër à son Roi, il dit : 
(c Les llois chassés du trône n'y oui jamais remonté. 
Les llois qui ont trouvé des Bru tus ont eu des succès 
seurs. Ceux qui ont péri sur l'échafaud ont été rem- 
placés par des Cromwel. Je crois donc pouvoir m'écarter 
du code pénal , je demande que Louis soit enfermé 
dans une vdle ou château quelconque pendant la guerre, 
et banni à la paix. 5) Quand on appela son nom , sur 
la question du sursis, on répondit : il est malade. 
En 1793 il a été envoyé à Marly pour la vente du 
inobilier du château. Depuis 1800 il est président du 
tribunal civil de Mon treuil. 

Eschasseriaux ( aine. ) — Avocat à Saintes , fut nommé 
parle département de la Charente-Inférieure â la Lé- 
gislature et puis à la Convention nationale. Il opina 
contre l'appel au peuple, vota pour la mort du Roi, 
sans sursis. Démagogue décidé _, il appuya toutes les 
mesures dirigées contre les émigrés^ s'opposa à la ren- 
trée des prêtres, à la liberté des cultes, et défendit les 
tnembres du comité de Salut public. Ses discours , eu 

9* 



( .53 ) 

assez grand, nombre y sont marqués avec Tencre du 
Jacobinisme. Il ne put dissimuler long-tems sa haine 
contre la Divinité. Le ii juillet 1797, la tribune fut 
honteuse de présenter au peuple le prédicateur de l'a- 
théisme. Maintien des sociétés populaires , haine im- 
placable à la royauté , tel était son refrain. Cependant 
il servit Buonaparte dans les journées des 18 et 1^ 
brumaire. Sa peine fut récompensée par sa nomination 
au Tribunat, par la décoration de la croix. Il a été 
envoyé dans le Valais pour le mettre à la hauteur du 
républicanisme français. 

Eschassenaua: (^jeuTie. ) — Médecin et député suppléant 
du même département. Il entra dans la Convention 
après le procès de Louis XVI. Il s'y montra modéré; 
parla en faveur des créanciers et des parens des émi- 
grés 5 lit rendre les biens à la famille Dietrick; yota^ 
en 1799 j pour la suppression des lois répressives de 
la liberté de la presse 5 entra en décembre 1799 au Corps- 
Législatif j et en sortit en i8o3. 

Escudier. — Député du département du Var. Voter 
<;ontre l'appel au peuple, pour la mort du Roi, et 
contie le sursis, se montrer à Lyon et à Marseille 
comme un pro-consul digne des suffrages de la Mon- 
tagne; être l'un des instigateurs de la révolte jacobite 
qui eut lieu à Toulon le 20 mai, tous ces hauts faits 
Pont rendu digne d'être décrété d'arrestation par les 
modérés de la Convention. L'amnistie l'a appelé à la 
liberté. Il a repris son état de marchand de draps à 
Toulon. 

Esnue- la- Vallée. — J"ge au tribunal de Craon, dé- 
puta de la Mayenne. Peut-on bien prononcer son nom 
sans frémir d'horreur! Non content d'avoir voté contre 
l'appel au peuple, la mort du Roi et contre le sursis à 
l'exécution, il se fait envoyer dans son département; 
il y sème la mort. Il fait placer sur des piques, des- têtes 
«anglantes , pendant trois semaines. Voici une lettre 
qu'il écrivait de Rennes, le 26 janvier 1794? ^^ comité 
révolutionnaire de Laval : 



( i35) 

« Je viens d'envoyer à la commission militaire Pex- 
prince Talmont, j'envoie également Enjubault-la- 
Koche, afin qu'ils soient jugés. Je vous engage à don- 
ner à cette dernière commission tontes les instructions 
et les renseignainens nécessaires relatifs à Enjubault. 
Vous voudrez bien, sitôt l'exécution de Talmont , faire 
attacher sa tête au haut d'une pique^ et la faire placer 
de suite sur la principale porte du ci-devant château 
de Laval , pour épouvanter les royalistes et les fédéra- 
listes dont vous êtes environnés. Voudrez-vous bien 
aussi faire les mêmes honneurs à la tête d'Enjubault- 
la-Roche , si ce fameux fédéraliste est condamné à la 
peine de mort. L'aj^ent et le seigneur feront le pen- 
dant !!!... ° ° ^ 

Espert, — Député de l'Arriége à la Convention na- 
tionale , vota contre l'appel au peuple, pour la mort y 
contre le sursis. Il a été envoyé à l'armée des Pyrénées et à 
Lyon 5 il était l'ame des terroristes j il afïectait de siéger 
à la Montagne , à côté de Robespierre. Il a été employé 
par le Directoire , en qualité de commissaire. 

Estadens, — Député de la Haute-Garonne, opina 
pour l'appel au peuple, vota la réclusion et l'expulsion 
à la paix, prononça le sursis. Il fut l'un des soixante- 
treize députés proscrits au 3i mai. Il rentra dans la 
Convention 5 passa en 1795, au conseil des Anciens, 
en sortit en 179.8. Il vit retiré dans une campagne près 
Toulon. 



F. 

Fabre. — Député de l'Hérault, fut Fun des mon- 
tagnards les plus actifs. Point d'appel au peuple , la 
mort du Roi , point de sursis : voilà ses votes. Après 
fe 3i mai 1793 il fut envoyé à Parmée des Pyrénées- 
Orientales. Il fut tué , en combattant à la tête des 
tioupes , Ifr 12 janvier 1 794» 



( i54 ) 

JFflèr^.-r-Juge-cle-paixàVinca, fut nommé député à la 
Convention nationale par le département dos Pyrénéos- 
Orientales. Il était malade quand on procéda aux ap- 
pels nominaux , dans l'affaire de Louis XVI. il ne dit 
et ne fit rien dans la Convention. Il ne fut point réélu 
au conseil des Cinq-Cents. Il est décoré de la croix de 
la Légion-d'honneur , et procureur-général à la Cour 
royale de Montpellier. 

Fabre (^d'Eglantine^. •— Né à Carcassonne , devint 
peintre, musicien , graveur , poète , comédien. Il joua 
au milieu des sifflets, sur les théâtres de Versailles, 
Bruxelles, Lyon. Ayant obtenu aux Jeux Floraux 1© 
prix d'Eglantine, il jugea à propos de s'appeler Fabre 
çl'Eglantine. Il a joué un rôle plus important à l'afïaire 
<lu loaoût. Sa rage contre le château le fit remarquer. 
Le même jour , il s'installa membre de la municipalité 
de Paris ; devint secrétaire-général du ministre de la 
justice, sous Danton 5 n'oublia pas de se trouver à la 
journée des massacres des prisons, au 2 septembre, 
après avoir eu toutefois la précaution de faire sortir sa 
cuisinière, arre|ée pour dettes. Le voilà conventionnel î 
Il vota la mort de Louis XVI. Constamment at- 
taché à Danton , il est péri avec lui sur l'échafaud , 
le 5 avril 1794 j comme complice de la plus grande 
partie des forfaits de cet énergumène. 

Fauchet, — Prêtre, grand- vicaire dç l'archevêque 
de Bourges, prédicateur du Roi, abbé de Montfort. Il 
s'associa aux illuminés qui faisaient le journal la 
Bouche- de-Fer. Le sabre à la main, il se montra à 
l'assaut de la Bastille 5 pérora dans le comité du corps 
municipal, offrit de sou propre mouvement, en jan- 
vier 1790, àBailly, maire de Paris, le titre Aq premier, 
municipe du royaume, et demanda que La Fayette fût 
nommé généralissimç des gardes nationaux de. 
France. Il alla plus loin , il proclama en chaire Jésus- 
Çhrist le premier des sans- culottes. Une put être mêtna 
électeur , malgré toutes ses bassesses et ses flagorneries. 
Pans la disette des sujets, il fut nommé évêque consti-. 



( i55 ) 

tutionnel du Calvados*, là, il fil des broclinres révolur 
tioiinaires , et proposa dans une séance l'établissement 
de la loi agraire. Ces libelles incendiaires forcèrent les tri- 
bunaux du lieu de le décréter d'accusation 5 mais les élec- 
teurs^ dout la majeure partie étaient sans morale ^ sans 
fortune, sans religion^ allèrent le chercher dans sa mai- 
son , comme étant leur collègue , l'établirent leur prési- 
dent, et le nommèrent le premier député à l'Assemblée 
législative. Son admission éprouve de l'opposition , 
mais la Bouche-de-Fer souffle, et notre tWêqiie s'assied 
sur la chaire curule. On se doute bien que les prêtres 
insermentés furent le sujet de ses grosses humeurs 5 il 
les poursuivit avec acharnement, et proposa de vendre 
les églises non consacrées au culte. Il dénonça les au- 
torités de Caen , les ministres du Roi, les ambassa- 
deurs et les puissances étrangères. Envoyé pour désar- 
mer les bourreaux qui égorgeaient les prisonniers de 
l'Abbaye , il dit : «Laissez faire le peuple, il est juste- 
jnent indigné , ou il est cruellement trompé, w Le 
monstre! Il fut nommé à la Convention; vota pour 
l'appel an peuple, par respect pour les principes, la 
détention et le bannissement à la paix. Le Roi , dans 
son opinion, avait bien mérité la mort : mai^ on devait 
le conserver pour servir d'exemple aux conspirateurs 
et anéantir toutes les espérances. Il fut de l'avis du 
sursis. Il se rattacha aux Girondins; alors les Monta- 
gnards le rejetèrent. Il fut accusé d'avoir procuré un 
j>asse-port au ministre ISarbonne; d'avoir publié un 
mandement portant défense aux prêtres de se marier; 
d'être le complice de Charlotte Corday ( qu'il n'avait 
jamais vue). Il eut la lâcheté de donner sa démission 
au 3i mai. Il a été condamné à mort, le 3i oc- 
tobre 1790, comme Girondin, 

Faure. — Ancien imprimeur en caractères, et né- 
gociant au Havre, lut de l'avis de l'appel au peuple. 
Voici son opinion sur la peine à infliger au Roi : ce La 
Déclaration des Droits traite tous les hommes égale- 
ment ; la loi prononce la peine de mort contre les 
conspirateurs : c'est par ce moyen que beaucoup d'entre 



( i56 ) 

nous ont condamné Louis à mort. Ils prennent pour 
la base de leur opinion l'article de la loi qui regarde 
les conspirateurs généraux, et moi je prends pour la 
base de la mienne l'article de la constitution qui re- 
garde les conspirateujsrois : je vote la détention de 
Louis pendant toute la durée de la guerre. » Il se pro- 
nonça pour le sursis. 

Dans son discours imprimé, Faure avait soutenu 
que la constitution défendait do juger Louis XVI. 
«Vous avez proscrit mon opinion , a-t-il dit , et ce qui 
m'afflige, c'est que vous avez porté le désir de le juger 
jusqu'au sc^Cndale. Ce n'est point la chaleur effrénée de 
quelques-uns de vos membres , l'indécence de leurs dé- 
clamations, le ton décisif qu'ils prennent dans ce pro- 
cès, qui prouvent à mes yeux la vérité de leur civisme: 
un citoyen modéré me paraîtra toujours plus sûr que 
les agitateurs qui prêchent continuellement le meurtre 
et le carnage. Vous remplissez ici scandaleusement 
tous les rôles de l'ordre judiciaire , de jurés comme de 
témoins, d'accusateurs comme de juges. Je demande le 
rapport des décrets relatifs au procès de Louis 5 qu'on 
forme un tribunal plus légalement digne de vous, de 
finir un procès qui étonne toute l'Europe. 5) On pense 
aisément que ce vieillard a été l'un des soixante-treize 
députés proscrits par Robespierre. Il est rentré dans la 
Convention après le 9 thermidor 5 il en est sorti pour 
vivre trancpiillement au Havre, où il jouit d'une haute 
considération. M. Faure , son fils , est membre actuel 
de la députation des départemens. 

Faure, — Député de la Haute-Loire, vota contre 
l'appel au peuple 5 puis sur la deuxième question , il 
dit : «Représentant d'un peuple généreux, mais juste, 
je vote pour la mort 5 je demande que l'exécution du 
jugement soitfaite dans les vingt-quatre heures. ?) Faure 
fut envoyé , en septembre 1795 , à Nancy, pour la re- 
monte delà cavalerie. Il fit connaissance à Strasbourg 
de deux femmes Jacobines, appelées Ackert et Ser- 
gent, et il les associa à ses travaux. La société popu- 
laire de !Nancy fit accorder à Faure des pouvoirs illi- 



I 



( 137 ) 
mités , et notre pro-consul établit siir-le-champ son 
bureau d'esprit public. Les héroïnes du 6 octobre étaient 
chargées de répandre les pétitious «t de mettre les pé- 
titionnaires au pas'j elles parlaient dans les clubs, et 
tenaient des discours qui faisaient gémir la pudeur 
et mettaient la terreurdans toutes les âmes. Tremblez, 
disaient - elles , Robespierre, Cou thon et Fouquier- 
Tainville , attendent avec impatience le mauvais gibier 
du pays pour le détruire. Faure ne s'occupait qu'à si- 
gner les arrêts de mort des hommes à culotte et des 
femmes muscadines^ qui étaient dans les communes de 
Sarre-Louis et Sarguemines. Ces paroisses sont veuves 
de plus de trois cents personnes innocentes, qui ont péri 
sur l'échafaud. Le vieillard Schraitt, âgé de quatre- 
vingt-douze ans ,sourdetaveugle,a été guillotiné avec sa 
fille, comme contre-révolutionnaire. Je n'ai fait perdre, 
disait Faure, à la société populaire de Sarre-Louis, 
Tespérance du retour delà royauté , aux prêtres, qu'en 
leur faisant mettre la tête à la fenêtre ^ et en les faisant 
éternuer dans le sac. En proscrivant l'exercice public du 
culte, il n'avait pas oublié de faire apporter toute l'ar- 
genterie des églises au chef-lieu du district. Devenu 
membre du conseil des Cinq-Ceuts, il eu est sorti 
en 1798^ réélu au conseil des Anciens, il en est sorti 
en i8o3. 

Faure, — Député suppléant de la Creuse, n'a paru 
dans la Convention qu'après la mort du Roi. Envoyé 
en juillet 1794 dans les ports de Brest et de Loiieut, il 
présida depuis le mois de janvier 1795 à la sortie de 
l'escadre, et monta l'un des vaisseaux qui la com- 
posaient. Passé au conseil des Cinq-Cents , il donna, eu 
février 1797 , sa démission pour servir dans une des 
divisions de la marine, d'après les ordres du gouver- 
nement. 

Faure-la-Brunerie, — Député du Cher. Point d'appel 
au peuple 3 Louis est un conspirateur , il doit subir 
la peine due au crime de conspiration 5 point de sur- 
sis. Il est passé au conseil des Anciens , d'où il est sorti 
en 1798. 11 y a été réélu pour deux ans. 



( .38 ) 

Fayau. — Député de la Vendée, rejette l'appel au 
peuple; ne voit dans le procès du Roi que Louis Capel, 
«jn'iui liornme coupable , qu'un conspirateur 5 il vote 
pour la peine de mort, sans sin sis. Il a été nomme com- 
missaire dans son département pour organiser la levt'o 
en masse. Eîi novenîbre il df^manda le ravai^e universel 
du sol de la Vendée, pour le rendre inhabitable pen- 
dant un an. En 1794 il voidut qu^on fît la chasse aux 
aristocrates comme on la fait aux loups , pour opérer 
leur plus prompte destruction. Après le 9 ihermiilor il 
a défendu les sociétés popidaires 5 en 1795 il a invoqué 
]\ime de Marat. Décrété d'accusation comme Tun deg 
fauteurs de l'insunection du 20 mai 1795, qtti a conté 
la vie au député Féraud,et encore comme coupable des 
cruautés commises dans la Vendée pendant ses mis- 
sions , il a été amnistié. Il a été d'abord chef de bureau 
au nunistère de la justice, puis commissaire près le 
tîibunal de police correctionnelle à Montaigu , ensuit» 
procureur impérial près ce tribunal ; enfin il est au- 
jourd'hui l'un des juges royaux au même siège. 

Faye, — Député de la Haute-Vienne, dit, dans 
TaFfaire du Jxo\ , que l'appel au peuple lui paraissait 
juste, que sa conscience lui défendait de voter la peine 
de mort, et qu'il était dVvis du sursis. Il a été l'un des 
soixante-treize députés exclus au 3i^ mai. Rentré à la 
(;onvention , il est passé au conseil des Anciens , et en 
est sorti en 1798. 

Fayolle. — Député de la Drôme , ne fut pas d'avis 
de l'appel au peuple, ce Je n'ai jamais cru , dit-il , que 
la Convention pit s'ériger en tribnnal. Je vote, comme 
législateur^ pour la détention. 5) Il se rangea du parti 
des votans pour le sursis. Le 12 août 1793 , il ay)puya 
le décret d'arrestation des suspects , fut arrêté sous 
Robespierre et rendu à la liberté. Après sa chiite , il est 
])assé eu Ï795 au conseil des Cinq-Cents 5 a fait en oc- 
tobre nn rapport en faveur des parens des émigrés. Il 2t 
éfé arrêté le 18 fructidor et renfermé au Temple , d'où 
\à Directoire le fit sortir de suite. Après le 18 brumaire y 



il a ^té nommé juge de la cour d'appel d© Grenoble. Il 
çbt décoré de la cioix de la Légion-d'Hoiiueur , et fait 
partie des juges de la même cour , aujourd'hui royale, 

7^<erra77Y/.— Député suppléant de l'Ain à la Conven- 
tion nationale j n'est venu ([u'après la mort du Roï, 
en 1793. Il a combattu le projet de taxer les grains , et 
a voté pour que la réduction des membies de la Con- 
vention lût faite par les Assemblées électorales. Le 28 
juillet 1796 , il donna nn démenti formel à Vitetj qui 
attribuait les troubles de Lyon aux compagnies dites 
de Jésus et du Soleil. Il est sorti du conseil des Cinq- 
{]ents en 1797. Il est à présent président du tribunal 
civil de Belley. 

Ferraud. — Né dans la vallée de Danre; député des 
Hautes-Pyrénées 5 s'*opposa à l'appel au peuple, ce Fi- 
dèle K la déclaration des droits , dit-il dans la même 
affaire , je vote pour la mort. Je n'attends rien pour ma 
patrie de la réclusion du ci-devant Roi. Son existence 
Ile fait rien aux autres despotes. Tous nos succès contre 
nos ennemis extérieurs dépendent du courage de nos 
soldats 5 contre les ennemis intérieurs, du régne des 
lois, du retour de l'ordre et de la cessation des méfiances. 
Je vote pour la mort sans sursis, n Envoyé à l'armée 
des Pyrénées-Occidentales, il fut blessé en chargeant 
à la tête des colonnes. De retour à la Convention , il 
marcha comme adjoint à Barras contre les Robespierre 
et autres révoltés , qui s^étaient réfugiés à la Commune. 
Lors de la révolte du 20 mai 1796, il résista avec force 
aux insurgés qui forçaient la porte d'entrée de la Con- 
vention. Terrassé par la foule , il reçut wx\ coup de pis- 
tolet dans la poitiine au moment où il tâchait d'éloi- 
gner plusieurs hommes qui couchaient en joue leur 
président. Les cannibales s'emparèrent de son corps, 
le traînèrent dans le couloir voisin , et lui coupèrent la, 
tête , qu'ils apportèrent au bout d'une pique, et la pré- 
sentèrent au président Boissy-d'Anglas qui, de sangr 
froid, le salua très-humblement. L'assassin a été re-. 
connu et puni de mort. 



( i4o ) 

Ferroux (de Salins.) — Député du Jura , fut de l'avi» 
de l'appel au peuple : ce jSous avons reconnu , dit-il sur 
la deuxième question , que Louis était coupable de 
conspiration. Les raisons d'état ne prédominent pas 
ma conscience 5 je vote pour la mort. 5) Il opina pour 
le sursis. 11 fut l'un des soixante-treize députés exclus. 
Rentré dans la Convention^ il passa au conseil des 
Anciens , et en sortit le ao mai 1798. 

Ferry, — Député des Ardennes à la Convention na- 
tionale , vota contre l'appel, pour la mort, contre le 
sursis. II a été envoyé en 1798 comme commissaire en. 
Corse. 

Figue t, — Ancien proeureur-syndic de Soissons ^dé- 
puté par le département de l'Aisne. Il vota contre 
l'appel au peuple , conclut à la mort , pour le sursis* 
Devenu membre du conseil des Cinq-Cents, il en est 
sorti le ao mai 1798. 

Finot. — Huissier h Averolles , député du départe- 
ment de l'Yonne , se prononça contre l'appel au peuple 5 
vota la mort sans sursis. Il a été l'un des vin<»t commis- 
saires chargés d'examiner la conduite de Lebon. Sorti 
du Corps-législatif il a été nommé , en 1796 , président 
du département de l'Yonne^ puis employé comme 
commissaire du Directoire. 

Fleury. — Député des Côtes-du-Nord^, vota l'appel 
au peuple , en disant que l'opposition à cette mesure 
était une espèce de despotisme 5 pour la détention du 
Roi et pour le sursis. Il a été mis au nombre des 
soixante-treize députés exclus au 3i mai. Rentré dans 
la Convention, il a été envoyé avec Bourdon (de l'Oise) 
dans le département d'Eure-et-Loire , où s^étaient ma- 
nifestés quelques mouvemens aux approches du i3 ven- 
démiaire (5 octobre 1795). Il présenta à PAssemblée 
un drapeau pris sur les révoltés. Devenu membre du 
conseil des Cinq-Cents, il en est sorti en mai 1797' 

Fockedey, — Député du Nord , dit , sur la question 
de l'appel au peuple : ce Comme je crois q^ue la majorité 



( i4i ) 

âc la nation est composée de bons citoyens et non d'in- 
trigans; comme la guerre civile ne peut avoir lieu 
qu'entre deux partis qui se choquent , que si l'opinon 
est divisée sur le jugement que vous rendrez, vous ne 
pouvez éviter la guerre civile , je crois que le recours 
au souverain est le meilleur parti que vous puissiez 
prendre 5 je prononce, oui. 

Sur la deuxième question , il ajouta : ce Louis est la 
cause de la mort de plusieurs milliers de Français, de 
la dévastation de nos terres , de l'anéantissement de 
nos relations commerciales ; mais le principe conserva- 
teur de la république entière , c'est de ne compromettre , 
par notre jugement, la sûreté ni la propriété de ceux 
qui nous envoient. D'après ces motifs , et comme légis- 
lateur, je vote pour la détention jusqu'à ce que la 
république ne soit plus en danger. 

Il fut de l'avis du sursis. Après la session il retourna 
à Dunkercjue. Il a été juge au tribunal d'appel de 
Bruxelles. Il n'a pas été conservé. 

Forest. — Député de Rhône-et-Loire , dit, lors du 
procès du Roi, que la sanction ne pouvait pas être 
considérée comme un acte de souveraineté , et qu'alors 
il ne devait pas y avoir lieu à l'appel au peuple. Son 
opinion était pour la détention jusqu'à la paix, et en- 
-suite pour le bannissement , ainsi que pour le sursis à 
l'exécution. Il a été l'un des soixante-treize députés 
exclus. Il a été membre du conseil des Cinq-Cents , 
d'où, il est sorti en 1798. Après le 18 brumaire il a été 
nommé juge de la cour d'appel de Lyon. Il n'a pas 
élé conservé dans cette fonction lors de la création à^^ 
cours impériales. 

Forestier, — Etait avocat à Cusset. Il fut député à la 
Convention nationale par le département de l'Allier 5 
vota contre l'appel au peuple, pour la mort, contre le 
sursis. Partisan des terroristes, il les a toujours défen- 
dus. Il a été accusé de cruautés inouies dans ses mis- 
sions. Décrété d'accusation pour avoir pris part à l'in- 
sunectioa du i*f prairial contre la Convention , oa 



( '40 

bictonua qu'il serait retenu jusqu'à nouvelle informa- 
tion. Le 29 mai 17965 le tribunal révolutionnaire 
militaire le condamna à rester en prison , sous la sur- 
veillance du comité de sûreté générale. Il a été amnistié. 
C'est lui qui écrivait aux révolutionnaires de Moulins : 
ce II vous manque des farines, prene3!5-en chez les aris- 
tocrates : il vous manque des blés, mettez sur l'éclia- 
faud les fermiers et propriétaires qui seront rebelles 
aux réquisitions : il vous manque des logeniens , ein- 
yjarez-vous des hôtels des déteruis ; il vous manque des 
lits , demandez-en aux riches. » Après le 9 thermidor , 
les habitans de Cusset ont placé sous ses fenêtres un 
baquet rempli de sang, d'ossemens , de têtes de morts > 
avec cette inscription : Contemplez i>otre ouvrage , étan- 
chez votre soif^ mais tremblez , tyran t 

Touché, — Etait professeur de la congrégation dé 
l'Oratoire. Le département de la Loire-Inférieure le 
députa à la Convention nationale. Il ne fut pas de l'avis 
de l'appel au peuple 5 il vota la mort, et s'opposa au 
sursis. Il a presque toujours été en mission , à Nantes , 
Nevers ^ Moulins et Lyon. Les journaux ont accolé 
souvent son nom aux Carrier, Albitte , etc. Voici là 
justification qu'il a fait imprimer dans le n" 92:^ 
(17 germinal an 3 ) ^\\ Journal des Débats. 

ce Tant que la calomnie ne m'a attaqué c|ue dans 
quelques pamphlets , j'ai gardé le silence 5 mais puis- 
(ju'elle a séduit plusieurs de mes collègues , et qu'elle a 
retenti jusqu'au sein de la Convention nationale , jo 
dois la repousser. 

y> On m^a attribué Ift rédaction de quelques journaux. 
Je déclare que jamais je n'en ai rédigé im seul. 

5) La malveillance cherche à faire prendre le change 
sur mes opérations à Lyon. Tout le monde se rappelle 
la dénonciation de Robespierre à cet égard ; il m'accusa 
ùi avoir opprimé les patriotes et transigé avec V aristocratie» 

5> Voici ce que j'ai fait pour mériter cette calomnie : 
mes actes sont publics 5 ils ont été imprimés et distri- 
bués à la Convention nationale 5 ils sont gravés dans 
tous les cœurs des bons citoyens de Lyon* 



» 



* ( i45) 

:» J*ai toiijonrs cru que l'essence cle mes fonction^ 
\Btait de poursuivre le criuie, sous quelque forme qu'il 
ise Jéiobàt. Placé outre le deToir et la proscription ^ j'ai 
tout bravé pour enchaîner et punir les eiiuemis do la 
république, tous les partisans de l'exécrable tyrannie 
dé Jlobespierre. Il y avait quelque courage à faire for- 
mer la liste de le-.:r rasseujbleuient anarchique , qui 
était pro?éi,é par tout le pouvoir dictatorial. 

» On avait ordonné des mesures de destruction, je 
les ai cliatigées en mesures d'utilité et d'embellissement. 
3) Tout le sol de la république se couvrait de Bas- 
tilles ; j'ai coiribattu constamment ce système aussi 
atroce qu'extravagant. Je ne crois pas avoir signé à 
Lyon six mandats d'arrêt, et j'ai la satisfaction d'avoir 
ordonné, en un seul jour, la mise en liberté de plus 
de deux mille citoyens enfermés en niasse par un agent 
de Robespierre. 

5> Ce tyran sanguinaire vculait faire de Lyon un 
immense cercueil , pour en partager les débris sanglans 
à ses vils satellites. J'ai hr'nié en ses mains l'instrument 
de la mort. Je me suis dévoué à la boute de l'ecbafaud 
par amour pour rhumanité, et par la justice, 

5) Depuis le 9 ^uermidor je n'ai pris la parole au 
sein de la Convention nationale qiie pour défendre la 
cause des infoitunées victimes de la tyrannie, et c'est 
sur ni\is vives réclamations qu'un grand nombre des 
citoyens de Lyoji , traduits depuis mon départ de cette 
commune au tribunal révolutionnai: e , ont été mis en 
liberté. Signé Fouché. » 

Robespierre et Fouché eurent une vive altercation 
dans la société des Jacobins, à l'occasion d'une adresse 
de la société de Ne vers. Fouché dit que si le soufjfie 
impur de Chaumette n'avait pu exercer son influence 
jïendant son séjour à Nevers, il paraissait que l'oinbie 
de ce conspirateur y planait encore. 

Fouché en avait assez dit pour être chassé de la so- 
ciété , mère de tous les crimes. 

Fouché a passé pour avoir contribué à la révolution 
du (^ thermidor. I^e 4 octobre il proposa de lever l'état 
de rébellion de la ville de Lyon. Tallien l'accusa d'à- 



('44) 

voir conspiré , au i*^ arril, contre la Convention, avec 
Thariot, Cambon, etc; il se justifia. Tallien et lui de- 
vinrent amis. Genissieux présenta , le o août, un rap- 
port général sur sa conduite, à la suite duquel il fut 
décrété d'arrestation. L'amnistie du 4 brumaire le 
rendit à la liberté. Il vécut dans la retraite. En 1799 
il remplaça Trouvé, ministre du Directoire à Milan. 
Il fut envoyé ensuite près la république Batave. A peine 
arrivé à la Haye , il fut nommé ministre de la police. 

Il fit un rapport contre les sociétés Jacobites , atta- 
qué au manège par Aréna et Félix Lepelletier 5 il pro- 
posa des mesures contre ces foyers de 1 anarchie 5 il pré- 
para dans le silence la révolution du 18 brumaire 5 il a 
surveillé les partis qui s'observaient, les Royalistes et les 
Jacobins. D une part il saisissait les correspondances 
du Roi et des Anglais ; de l'autre il travaillait à déjouer 
la conspiration d' Aréna , Caracchi , Demerville et To- 
pino. On prétend que , s'apercevant de la faiblesse 
d'esprit de Enonaparte, et des conseils de monarchie 
universelle que lui donnaient les courtisans en pre- 
mière ligne , il a cherché à faire oublier sa conduite 
passée , en travaillant au retour des Bourbons. S'il 
inspire assez de confiance au Roi, et s^il est de bonne 
foi , il peut rendre un service éminent , en déposant 
dans le sein de notre Monarque les noms des espions 
qui, chèrement payés, ont tant fait contre la famille 
Bourbon, et ne peuvent être que très-dangereux, s'ils 
sont placés à côté de Sa Majesté et des Princes. Il était 
sénateur, il n'a pas été nommé pair. 

Toucher, — Homme de loi et notaire à Aubigny , 
a rejeté l'appel au peuple , et voté la mort du Roi sans 
sursis. Le 19 février 1793, il a fait séquestrer la terre 
d'Aubigny , possédée ci-devant par le duc de Riche- 
mont , pair d'Angleterre, et appartenant maintenant à 
M. Lenox , général anglais , son neveu et son héritier^ 
à cause de la guerre survenue entre la France et la 
Grande-Bretagne. 

Après la session conventionnelle^ le Directoire l'em- 
ploya coninio son commissaire. 



('45) 

Fourcroy, — Député suppléant de Paris à la Con- 
veiitiori nationale, était médecin, chimiste 5 il n'a pris 
séance qu'après la mort du Roi 5 a fait adopter l'unifor- 
mité des poids et mesures. La société des Jacobins, 
dont il fut président , le blâma de son silence à la Con- 
vention. Il passa au conseil des Anciens , répondit à 
plusieurs inculpations qui lui furent faites relativement 
iv la mort de Lavoi.sxer. Buonaparte, devenu premier 
consul , le fit conseiller-d'état. Il est mort il y a près Je 
ïleux ans. 

Fourniy, — Député de POrne à la. Convention natio- 
nale , fut de l'avis de l'appel au peuple : ce Je ne vote 
pas la mort , dit-il , parce que la constitution , anéantie 
par l'abolition de la royauté , mais subsistant encore 
dans sa partie pénale pour les crimes commis pendant 
qu'elle était en vigueur, ne contenait pas la peine dé 
mort contre les rois conspirateurs : je vote pour la dé- 
tention jusqu'à la paix , et pour la déportation ensuite , 
sous peine de mort en cas de contravention. Je voudrais 
que ce décret fût ratifié par le peuple, avec celui de 
l'abolition de la royauté. Il est passé au conseil des 
Cinrj-Cents, d'où il est sorti en 1798. Il a été nommé 
au Corps-législatif, et en est sorti en i8o3. 11 est main- 
tenant l'un des juges du tribunal civil de Mortagne. 

Fournel. — Député du département de Lot-et-Ga- 
rojme , ne fut pas de l'avis de Pappel au peuple, vota 
pour la mort de Louis, qu'il déclara convaincu du 
crime de haute trahison. Il prononça contre le sursis. 

Foussedoire. — Député de Loir-et-Cher, vota comme 
Fournel. Terroriste outré , il fut accusé par André 
Dumont d'avoir excité les groupes lors de la révolte 
jacobite du i^r. avril 1795 contre la Convention ; il fut 
décrété d'arrestation. Depuis il a été amnistié. 

Francastel. — • Député suppléant du département de 
l'Eure à la Convention^ n'arriva qu'après Ja mort du 
lloi. Il se plaça sur la Montagne. 11 fut envoyé en oC' 



( HO) 

tobre j représentant du peuple près l'armée de l'Ouest. 
Il se rendit avec Hentz, à Angers. Sept cent soixante* 
iiuit individus furent condamnés et exécutés par leurs 
ordres , sans autre preuve que le soupçon d'avoir porté 
les armes contre la République. Les victimes étaient 
t:onduiles au lieu du supplice, précédées par une mu- 
sique qui jouait l'air, ça ira. Soixante-un prêtres, presque 
tous sexagénaires, du département de la Nièvre, avaient 
été transférés à Angers. Qu'en ferons-nous , disait la 
commission militaire à Francastel? Faites-les filer à 
Nantes , répondit-il. Ils y furent transportés , livrés aux 
bourreaux à soupape. Goupil, ce monstre qui achevait 
de tuer à coups de sabre ceux que le plomb n'avait 
que blessés, rapporta leurs vêtemens au comité d'An- 
gers. 

Douze cents hommes entraînés par les Vendéens, 
déposent leurs armes aux mains du général Moulin, 
qui assurent leur tranquillité. Francastel les fait con- 
duire à Angers et déposer dans l'église de Saint Mau- 
rice. Le lendemain, ils sont fusillés dans la plaine 
de Sainte Game. 

Francastel écrivait au général Grignon : ce Nos pri- 
sons regorgent de brigands , de prisonniers de la 
Vendée! Il faut donner la chasse à ce qui reste de ras- 
semblemens et de révoltés , incendier les maisons écar- 
tées , moulins, etc., les châteaux sur-tout; enfin, 
achever la transformation de ce pays en désert, après 
avoir soutiré les richesses qu'il renferme. Pas de mol- 
lesse , ni de grâces dans un pays qui mérite l'indigna- 
tion et la vengeance nationale... Ces vues sont celles 
de la Convention... La Vendée sera dépeuplée et la 
République vengée. 3) 

Francastel alla à Nantes, et organisa avec Carrier 
toutes les horreurs dont le siècle actuel ne pourra 
anéantir toutes les traces. 

Après la session , Francastel fut envoyé comme 
commissaire du gouvernement , sur les frontières d'Es- 
pagne, pour l'introduction des béliers de race espa- 
gnole. Il ne les égorgea pas. 

En i799j Quinette l'avait nommé chef au ministère 



( î47 ) . J^ 

<3« rintérieiir, il en sortit avec lui. En 1806 il a été 
placé à la tète de la ménagerie de Versailles. * 

François, — Député de la Somme à la Convention 
nationale, dit dans le procès du lloi, qu'il n'était pas 
de l'avis de l'appel au peuple, si on se contentait de 
prendre une mesure de sûreté générale contre lui, et r 
qu'il pensait autrement, si on le condamnait à mort. 
Il ne se trouva pas à la séance , lors de l'appel nominal 
sur la question de la peine à infliger. Il se déclara pour 
le surski. Il fut l'un des signataires de la protestation 
contre le 3i mai. En octobre 1794) il ^^^ ^^ ^^ com- 
mission chargée d'examiner la conduite de Carrier. 
Après la session conventionnelle le Directoire l'em- 
ploya comme son commissaire. 

Frecine, — Président au tribunal du district de Saint- 
Aignan et Montrichard , fut député d'abord à la Lé- 
gislature et continué à la Convention nationale par le 
département de Loir-et-Cher, à la place de Bernardin- 
Saint-Pierre. Il vota contre l'appel au peuple, ce J'ai 
toujours eu, dit-il, en horreur l'effusion du sang; mais la 
raison et la justice doivent me guider. Louis est cou- 
pable de haute trahison; je l'ai reconnu hier. Aujour- 
d'hui, pour être conséquent, je dois prononcer la 
mort sans sursis. 11 a été envoyé dans la Belgique pen- 
dant quelque temps. Après le 9 thermidor il rapporta 
la cage de fer dans laquelle Drouet ( voir son article) 
a été enfermé. En octobre 1796 il fit déporter Aubry 
et Miranda. Il ne passa point aux conseils. Le Direc- 
toire le nomma son commissaire. 

Fremanger. — Huissier à Dreux , député parle dépar- 
tement d'Eure-et-Loire à la Convention , ne fut point 
de l'avis de l'appel au peuple , et vota la mort sans sur- 
sis. Il resta fidèlement attaché à la société des Jacobins 
et à la Montagne, fut nommé messager d'état du con- 
seil des Anciens, 

Fréron, — Journaliste. Il était protégé par madame 
Adélaïde, tante de Louis XVI. Il se plaça dans la mu- 



1 



( i48 ) ^ 

nicipalilé qui a fait le lo août. Député parles électeur» 
du département de Paris, il se prononça contre l'appel 
iiu peuple, pciu" la mort de lionis XVI sans sursis. Il 
rappela que deux ans auparavant il avait demandé son 
supplice et qu'il avait été l'attaquer dans son palais 
(voir article Barras). En 1799 ^^ ^'^* nommé par le 
î)irectoire commissaire à Saint-Domingue. En 1802 
il partit pour cette malheureuse colonie, comme préfet 
du Sud, avec le général Leclerc. Après la mort de 
Benezech il le remplaça. Il mourut lui-même à la 
suite d'une maladie de six jours. 

Froger. — Député de la Sarthe , vola la mort du Roi , 
point d'appel au peuple, point de vsursis. Aux ap- 
proches de vendémiaire, il donna sa démission qui ne 
fut point acceptée. Devenu membre du conseil des 
Cinq-Cents, il la donna de nouveau, et se retira à la 
campagne. 



G. 



Gamoîtt, —11 était avocat à Eniraigues. Député 
Je l'Ardèche^ il vota l'appel au peuple, la mort avec 
sursis. M. signa la protestation du 6 juin, fut décrété 
d'accusation^ rentra dans la Coîivention , attaqua , le 
4 mai 17q5 , les confiscations révolutionnaiies , demanda 
qu'on restituât les biens aux parens des condamnés. 
Le 6 août, il appuya le projet présenté par Henry- 
J-iarivière, tendant à établir un mode de jugement des 
terroristes détenus. Nommé dans uyie lettre de M. d'En- 
traigues, saisie ch&z Leraaitre, il se justifia. Il est 
l'un des juges de la Cour royale à Nismes* 

Ga^^o/.s. — Député de la Somme à la Convention 
nationale , se plaça toujours dans le côté modéré. Il dé- 
clara qu'il y avait lieu à l'appel au peuple , si Louis XYI 
était condamné à mort 5 que comme législateur^ et non 



( '49 ) . 

comme jnge, il votait pour la détention et le bannis- 
sement. Il crut le sursis à Texécution nécessaire. Il 
signa la déclaration contre le 3i mai. Il entra au Corps- 
Législatif en 1795, en sortit en 17985 fut réélu pai* 
sou département en mars 1799- 

Gardien. — Député d'Indre-et-Loire à la Convention 
nationale, dans le tems qu'il était procureur-syndic de 
Châtellerault. Il fit le rapport sur quelques papiers trou- 
vés dans l'^vmoire de fer aux Tuileries. Il cita princi- 
palement une lettre par laquelle le Roi félicitait M. de 
Bouille dans l'affaire de JSancy, et lui annonçait qu^il 
lui faisait cadeau d^un cheval. De-là il en tira cette 
belle consécpience, que le Roi avait ordonné les mas- 
sacres qui avaient eu lieu à Nancy le 3i août 1790. 
Quand il s'est agi du procès du Roi, il a voté contre 
l'appel au peuple. Sur la deuxième question , il s'est 
expliqué ainsi : ce Si je votais pour la mort de Louis, 
et que mon avis fût adopté par la majorité, le jugement 
de la Convention serait irréparable, et en définitif le 
peuplé n'exercerait sa souveraineté cjue par théorie, et 
je veux qu'il la mette en pratique. Je ne crains ni les 
factions, ni les brigands, et leurs menaces ne m'en 
imposeront jamais. Je me crois libre , parce que je n^ai 
pas peur. Voiei donc mon opinion : Louis doit être 
détenu jusqu'à la paix, et ensuite être banni du terri- 
toire de là République. 3) Il ne vota pas lors du sursis. 
Il abandonna le parti de la Montagne pour se jeter 
dans celui de la Gironde. Il fut l'un des membres d© 
la commission des Douze créée pour la recherche des 
complots et l'examen des arrêtés de la commune de 
Paris. Il offrit sa démission quand Dufourni et autres 
bandits vinrent cerner l'hotcl où siégeait cette com- 
mission. Décrété d'accusation par la faction victorieuse, 
il fut condamné à mort le 3i octobre 1793. 

Garilhe {Frh'at.^ — Député à la Convention natio- 
nale par le département de l'Ardèche , vota comme 
Boissy-d'Anglas. Il fut l'un des soixante-treize député* 
mis en arrestation, et a été rétabli dans ses fonctions 



( '5o ) - 

en décembre 1794* I^ ^ ^^^ membre du conseil des 
Cinc£-()ent8. Il exerce l'état d'avocat à Largentière. 

Garnier. — Député de l'Aube A la Convention natio- 
nale. « Si j'avais un poltron de o;// à vous faire passer, 
disait-il lors de l'appel au peuple, je ferais des phrases, 
mais comme je ne suis ici que l'impulsion de ma pro- 
bité, je élis non. 5> Il vota la mort du Roi et contre le 
sursis. Les départeniens où il a été envoyé comme 
proconsul, déposent de ses fureurs, de ses cruautés. 
Dans son pays^ dans Troyes même, il a organisé un 
comité révolutionnaire qui a commis toutes sortes de 
vexations et d'injustices. Il était l'un des aides-de-camp 
de Danton. Quand, au 9 thermidor, Robespierte voulut 
parler , il cria : Le sang de Danton sort par ta bouche. 
Il a été nommé au conseil des Cinq-Cen ts par la Guyaune. 
Son éleclion a été annullée. Il a été envoyé par le Direc- 
toire commissaire dans son département. 

Garnier. — Avocat, et député de la Charente-Infé- 
rieure. Le aa octobre 179^, il demanda la peine dw 
mort contre tous les émigrés , sans distinction d'âge 
ni de sexe. Rejeta avec mépiis l'ay>pel au peuple. Sur 
la deuxième question il dit : ce Vous m'avez intimé 
l'ordre de rester vingt-quatre heures aux arrêts (à 
cause de ses provocations contre le parti modéré) , j'ai 
obéi à cette volonté , car la volonté générale fait la loi. 
Depuis long-tems les caloiunies se pressaient autour de 
cette tribune. Depuis quelques jours on en parlait avec 
une affectation étudiée 5 que de poignards et d'assassins! 
La probité est fière, elle est forte d'elle-mêhne, mais 

elle s'indigne de la calomnie Je vote pour la mort 

de Louis, sans sursis. >î Lors de la défection de Dumou- 
riez , il proposa à l'Assemblée de s'emparer de tous 
les pouvoirs et de ne les confier qu'à douze membres, 
car jusqu'à présent il n'avait vu que des ministres 
traîtres. Il demanda qu'on déclarât Pitt ennemi du 
genre humain, et qu'on invitât tous les républicains à 
en purger la terre 

Envoyé dans le département de la Manche , il prit 



( >5. ) 

un arrêté m»arqiié an coin de la folie. Tout citoyen 
qui passera d'un département dans un autre, sans 
avoir justifié des motifs de cette absence, encourra la 
peine provisoire du séquestre, et ses meubles et den- 
rées seront vendus au profit de la République. La 
Convention convertit en loi cet arrêté. Il déploya an 
Mans et à la Flèche des mesures à la Carrier. Il ap- 
plaudit à la chute du royaliste Danton , ayant des 
complices au Mans et à la Vendée. Il alla à Bordeaux. < 
Tallien et Isabeau avaient fait tant de mal, qu'il ne 
lui restait plus rien à faire. Après le 9 thermidor il se 
plaignit de ce qu'on bâtonnait^ à Paris , les Jacobins, 
et à la société des Jacobins il dénonçait les modérés 
qui prêchaient une pitié meurtrière. Le lendemain des 
troubles de prairial (21 mai) il provoqua un coup de 
rigueur contre les terroristes qui étaient allés soulever 
les faubourgs. Après le id vendémiaire il demanda 
que les comités du gouvemenient présentassent des 
mesures énergiques contre lessectionnaires. Au 18 fruc- 
tidor il prit l'initiative sur les mesures de la déportation 
des mauvais journalistes (royalistes) et en désigna plu- 
sieurs. Il appuya le projet de la déportation des parens 
^es émigrés et de l'exclusion de§ nobles des emplois. 

Il a été désigné" pour remplir la place de vice- consul 
aux Etats-Unis d^Américjue. En 1806 il a été nommé 
président du tribimal criminel de Saintes et membre 
de la Légion- d'Honneur. Il était, à l'époque de la 
suppression, président du tribunal des douanes à la 
Rochelle. 

Garos. — Député de la Vendée. Poiht d'appel au 
peuple , la mort de son Roi, sans sursis , voilà ses 
votes. Entré au conseil des Anciens , il en est sorti 
en 1797. Après le 18 brumaire il a été juge au tribunal 
civil de Fontenay. 

Garran de Coulon. — A débuté par être membre ^u 
comité des recherches de la commune de Paris. Il fit 
de vains efforts pom* arracher à la fureur du peuple le 
boulanger qui fut mis à la lanterne. Il présenta un 



( ,52 ) 

rapport èontre la cour, inculpa MM. de Barentin ,, 
Brojwlie, Pjiy-Sf'gnr, Bezenval, etc. 

Nommé à laLégislatnre par le département de Paris, 
il défendit l'abbé Fauchet, appuya les propositions de 
supprimer les titres de sire et de majesté en parlant au 
Koi , de lai ôter le fanteiril doré e|ui lui était destiné 
dans la salle j et de permettre à cliaque membre de se 
tenir debout ou assis, à sa volonté,, quand le prince 
paraîtrait à la séance. Ami des Noirs , défenseur des 
soldats de Château-Vieux, il fit quelques efforts, en sa 
ipialité de grand-juge à la haute cour nationale, pour 
sauver les détenus du fer des assassins amenés d'Or- 
jéans par Bourdon , et pour empêcher leur transition, 
à Versailles, où ils furent massacrés. 

Nommé par le département du Loiret à la Conven- 
lion nationale , il vota pour l'appel au peuple. 11 dit 
sur la peine à infliger au Roi : ce Quoique la peine de. 
mort m'ait toujours semblé immorale et contraire à sou 
but , si j'étais juge je trouverais mon opinion écrite 
dans le Code pénal 5 mais nous ne sommes pas jnges , 
nous ne pouvons pas cunmler les fonctions d'accusa- 
teur , de jury de jugement et de juge. Je soutiens que. 
la liberté ne peut se concilier avec cet envahissement 
de pouvoirs. On ne manquera jamais de motifs sem- 
blables aux nôtres pour se mettre au-dessus des lois , et 
dans quelque gouvernement que ce soit , la tyrannie. 
est là où des hommes sont au-dessus des lois , et d'au- 
tres au-dessous. Comme représentant du peuple, chargé 
de prendre une mesure de sûreté générale , je vote 
pour la réclusion. 5> Il a été de l'avis du sursis. Le 
so septembre , il fit décréter que le bonnet de la liberté 
^eràit substitué aux fleurs de Ivs marquées sur les 
milles qui bordent les routes de France. Il défendit 
Drouet , en rappelant que ce même homme est celui 
qui arrêta dans sa fuite un roi perfide qui trahissait ses 
sermens et la nation entière. Il défendit Santhonax , et 
justifia l'admmistratiou des agens du gouvernement 
dans les colonies. Le 21 juillet 1797^ il parla pour les 
sociétés populaires, en avouant qu'il était membre de 
celle (le Paris. II a remplacé Genissieux comme conK 



( i55 ) 

missaire du Directoire près le tribunal do <îassatîaiî^> 
Après le 18 brumaire il a été nommé membre du 
Sénat conservateur, pourvu de la sénatorerie i\e lliom y 
décoré du titre de commandant de la Légioii-d'Hon- 
neur. Il n'a pas été porté sur la liste des cent cinquante- 
quatre pairs composant la chambre des pairs de France,, 
arrêtée le 4 j^iii 1814 par le Roi. 

Garreaji. — Avocat , président du districl de Li- 
bourne , député suppléant de la Gironde h. rAî;semblée 
législative , et ensuite député à la Convention. Sur la 
question de l'appel au peuple il dit : ce Comme je ne 
veux ni roi ni royauté, et que l'appel au peuple est 
peut-être le seul moyen de nous rendre l'un et l'autre 5 
comme je crois impossible que le peuple juge en con- 
naissance de cause dans une affaire où il n'a ni la 
faculté d'entendre l'accusé, ni la possibilité d'ejzaniiner 
la procédure 5 comme je crains plus les ducats et les 
guinées des puissances étrangères que leurs camons , je 
pronflpice non. 3) 

Sur la deuxième question : ce Je n'examine point, 
dit-il, si pous devons porter un jugement contre Louis 
ou prendre une mesure de sûreté générale. Louis est 
convaincu d'avoir conspiré contre la sûreté 5 <îès-lors 
j'ouvre le livre de la loi, je trouve qu'elle porte la peine 
de mort contre toufe conspirateur : je vote pour la mort 
sans sursis. 

Il fat du parti opposé à la Gironde. Montagnard 
constant, il vota pour toutes les mesures ultra-révolu- 
tionnaires , loi du maximum , loi de mort contre les 
émigrés, loi de confiscation des biens des condamnés. 
ce Si la loi est impuissante, disait-il aux terroristes dont 
il était le chef, n'avez-vous pas du fer, des bras et du, 
courage? Déclarons traîtres à la patrie tous négocia- 
teurs, ministres, généraux, directeurs, représentans 
du peuple, et tous citoyens français qui proposeraient, 
recevraient, appuyeraient ou signeraient un traité de 
paix portant atteinte à la constitution de l'an 3 et à 
l'intégrité du territoire de la République. Apres Iç, 
i8 brumaire il a été exclu du Corp§-législatif. Il a ét4 



( '54 ) 

sous-inspectenr aux revues à Brest. Maintenant décora 
de la croix de la Légion-d'Honneur , il est inspecteur 
aux revues dans la vingt-quatrième division militaire» 

Gasparin. — Ancien capitaine au régiment de Pi- 
cardie, fut nommé par le département des Bouclies-du- 
Rhône à l'Assemblée législative , ensuite à la Conven- 
tion nationale. Il vota contre l'appel au peuple , pour 
la mortj et contre le sursis. Il était l'un des fidèles de la 
Montagne. Il dénonça Gensonné, comme auteur d'un 
mémoire présenté au Roi par Boze et Thierry, pour 
arrêter la fureur révoliitionnaii'e et maintenir la 
royauté en France. Envoyé en mission avec Escudier 
près les armées des Alpes et d'Italie , puis près l'armée 
sous Tonlori avec Barras, Fréron et Salicetty, il a pris 
part à toutes leurs mesures révolutionnaires. Etant 
dans le département de Vaucluse comme proconsul,, 
il y est mort. 

Gaston. — Juge de paix à Foix, fut nommé par le 
département de l'Arriége à l'Assembiée législative. Eit 
octobre lyc^i il voulut un mezzo termine entre les priiiCes 
français et les émigrés, ce Les princes du sang et les. 
fonctionnaires publics doivent encourir la y^eine de la 
confiscation j quant aux autres émigrés , la justice veut 

qu'onirapose plus forteraentleurs biens. 5)Le 24 i^^^i ^79*- 
il se mit en insurrection contre le clergé, ce Mettons hors 
la loi les prêtres qui refuseront de prêter le serment :. 
Toilà le cri de ma conscience. 3> 

Député à la Convention par le même département , il 
soutint que l'appel au peuple ne pouvait avoir d'autre 
motif que la crainte de voir un nouveau tyran monter 
sur le trône ^ mais comme il était persuadé qu'il n'est 
aucun bon républicain qui ne brûlât de le connaître 
pour l'exterminer, il vota contre^ puis la mort j puis- 
encore contre le sursis. 

Juché au plus haut de la montagne, il proposa ^ 
après le oi mai, de mettre hors la loi le général- 
."Winiphen j général des royaliiites (en partie) du Cal-- 



( >55 ) 

vados. Pons de VerJtin lui demanda s'il n'était pas le 
frère d^iin marquis de Gaston;, chef vendéen 5 il^ ré- 
pondit par la négative. Le 28 iiofit il démontra qu'il 
serait très-aise de la formation d'une arnaée révolu- 
tionnaire. Il fut envoyé à l'armée des Pyrénées 5 en. 
parlant , ce fanfaron promit d'amener bientôt le roi 
d'Espagne »i la barre de la Convention. Un jour il tira 
son sabre dans l'assemblée , pour défendre les monta- 
gnards. Jacobin outré , il a fini par être regardé 
jconjme ayant la tête illuminée. N'ayant pas été réélu 
à la Convention, il a été nommé commissaire du Di- 
rectoire. 

Gaudin. — Prêtre à Luçon , a été député par le dé- 
partement de la Vendée à l'Assemblée législative et à la 
Convention. Il demanda la suppression de la Sor- 
bonne qu'il regardait comme une école de fanatisme. Il 
vota pour l'appel au peuple. Sur la deuxième question 
il s'expliqua ainsi : ce Je ne puis encore me persuadei* 
que le peuple français nous ait délégué la disposition y 
c'est-à-dire, la faculté d« faire la loi et de l'appliquer. 
Quand j'en serais convaincu , la violation de toutes les 
formes m'empêcherait, pour ce qui serait fatal seu- 
lement à l'accusé , de m'en tenir à la lettre de la loi. 
Je vote seulement pour une mesure de sûreté générale , 
puisque je suis législateur 5 c'est pour la détention pen* 
dant la guerre et l'exil à la paix. Il se déclara pour le 
sursis. Il fut rappelé de la Vendée où il avait été en- 
voyé j parce qu'il professait les principes de la Gironde, 
Bourdon ( de P Oise^ l'accusa d'avoir excité les citoyens 
Vendéens à rejeter la constitution , au lieu de les 
avoir armés contre les royalistes. Après le 9 thermidor 
il fut renvoyé dans les départemens de l'Ouest pour 
travailler à la pacification de ces contrées. Il en fut rap- 
pelé en juin 1796. IVtembre du conseil des Cinq-Cents y 
il s'éleva contre le parti Clichy , et contribua à fructi- 
doriser les députés et les journalistes. Il en est sorti 
le 29 mai 1798. Rentré au conseil des Anciens, il s'op- 
posa, en septembre 1799 , à ce qu'on formât une légion 
déterminée à combattre les royalistes de l'Ouest. Après 



(i56) 

le 18 brumaire il entra dans le .louveau Corps-légis- 
lalif. 

Gauthier (^jeune^» — Député des Côtes-du-Nord , n© 
fut pas d'avis qu'il y avait lien à l'appel an peuple , vota 
])Our la détention jierpétnelle du lloi. Il est mort le 
lendemain. 

Gauthier ( des Ornières^. — Etait avocat à Bourges ; 
il fut député par le iners-état de Bresse aux Etats-géné- 
raux. Il siéga du C(j<té droit. Député par le département 
de TAin à la Con rention , il vota contre rappel au 
peuple, pour la miort , et contre le sursis. Proconsul 
i\ Lyon avec Nioche, en 1793, il fut arrêté et pris 
€:omme otage par les sections royalistes. Retourné à 
l'armée d'Italie, il revint contre Lyon avec Dubois- 
Cran ce 5 fut accusé de traîner le siège en longueur, 
et rappelé le 7 octobre. E^n août lypSil entra au comité 
de sûreté générale 5 il se prononça contre les sections 
de Paris , à l'ép/ocpie de vendémiaire (5 octobre 1790). 
Il fut membre du conseil des Anciens. Il est aujourd'hui 
l'un des vices-présidens du tribunal de première ins- 
tance de Pari'i. 

Gay -Vermnn, — Curé, devenu évêque constitu- 
tionnel de Limoges, a été élu à la Législature par le dé- 
partement de la Haute-Vieune. Le 5 avril 1792, il a 
iait hommage de sa croix épiscopale , pour l'entretien 
d'un garde national aux frontières , annonçant qu'il 
se contenterait, dorénavant, d'une croix de bois. Il 
opina contre l'appel au peuple. Louis a mérité la mort, 
dit-il sur la deuxièm-e question 5 je vote la mort sans 
.sursis. Le 7 novendire , il renonça aux fonctions ec' 
clésiastiques, n'ambitionnant d'autres titres <]ue celui 
de citoyen. Devenu membre du conseil des Cinq- 
^>ents , il proposa d'exclure les nobles des fonctions pu- 
bliques et de les déporter. Il fut l'un des fameux pros- 
cripteurs au 18 fructidor, et combattit d'une manière 
scandaleuse la pétition de madame Paradis , deman- 
dant que le nom de son mari fût retiré de la liste dea 
représentans condamnés ce jour à la déportation. L.t^ 



( .57 ) 

Directoire le iiomina consul à Tripoli. Au lien Je 
&« rendre à son po^te , il a lia occuper la place (lé 
secrétaire du consulat à Rome. Il déplut au Directoire, 
qui, par arrêté, le déclara déchu du litre decitoyen lian- 
t;ais , pour avoir exercé cette i^onction à Home. Après 
le 19 juin 1799 il fit rapporter cet arrêté et fut noumié 
commissaire près le département de la Somme- 
An 18 brumaire il donna sa démission, et fut nomm« 
Kous-directeur de l'école PolytJeclmique. 

Gelin. — Administrateur rlu district de Cliarolles , 
député de Saône-et-Loire à la. Législature, ensuite à la 
Convention, vota contre l'appel au peuple, pour la 
mort et contre le sursis. Aprè.s la session le Directoire 
l'employa comme commissaire. 

Genevois. — Président du tribunal criminel de Gre- 
noble , député parle département de l'Isère à la Con- 
vention , fut d'avis opposé à celwi de l'appel au peuple. 
Sur la peine à infliger , il parla en ces termes : ce J'ai 
déclaré que Louis est coupable d<3 conspiration contre 
l'Ltat^en conséquence je vote pour la mort. Je déclare 
en outre qu'il me paraît absolume nt nécessaire pour la 
sûreté publique que ce jugement soit exécuté sans 
aucun retard. Le 16 juillet 1795 il a présenté, au nom 
du comité de Sûreté générale, le plan de l'établissement 
d'une commission destinée à prononcer sur les indivi- 
dus détenus pour faits révolutionnaires. Entré au con- 
seil des Cinq-Cents, il en est sort i en 1793. Les Consuls 
l'ont nommé juge à la Cour de Cassation 5 il en exerce 
encore les fonctions. 

Génissieux, — Avocat, député de l'Isère, vota la 
mort du lioi, le bannissement des Bourbons 5 pour- 
suivit avec acharnement les nobles , les prêtres , les 
parens des émigrés 5 s'opposa à la rentrée du prince 
Talleyrand-Périgord et du g<fnéral Montesquiou. 
Nommé consul à Barcelone , il aima mieux être subs- 
titut près le tribunal de Cassation.. Nommé ministre de 
la justice, il fut arrêté au iSbriHnnire an 8, conduità la 



Conciergerie, où il resta six heures; nomm» enfin juge 
au tribunal d'appel de la Seine, il est mort en oc- 
tobre i8o4, pn laissant une fortune considéiable. 

Gensonné. — !Né et avocat à Bordeaux , fut nommé 
juge au tribunal de Cassation. Député à la Législature 
parle département de la Gironde , le 3i octobre 1791 
il présenta le décret d'accusation contre les princes 
frères du Ptoi, le prince de Condé , MM. deCalonne, 
Laqueille^ de Mirabeau , etc., etc. 

Il fut réélu à la Convention. Il prononça un discours 
sur la nécessité de renvoyer le jugement du Roi aux 
assemblées primaires 5 cependant ij vota pour l'appli- 
cation de la peine (la mort) contre les conspirateurs. 
Il a souvent demandé le châtiment des septembriseurs 
et combattu la montagne. Bourdon (de l'Oise) l'accusa 
d'avoir, sur la iin de juillet^ employé Boze et Thierry 
pour transiger av&c Louis XVI. Enveloppé dans la 
chute de sa faction au 3i mai, il a été arrêté le 2 juin , 
a avoué le fait de l'accusation portée contre lui par 
Bourdon, et soutenue par Gasparin , et il a été con- 
damné à mort le 3i octobre suivant. 

Gentil. — Administrateur du département du Loiret, 
a été député par ce département à la Législature et h la 
la Convention ; fut de l'avis de l'appel au peuple. Voici 
son opinion : ce Sur leîJ questions soumises à la délibé- 
ration , je n^ai voté qi.ie comme législateur. Un roi 
détrôné peut être bannii sans exciter d'autres sentimens 
que ceux de l'indignation et du mépris, au lieu que, 
condamné à mort , il peut exciter la pitié. L'histoire 
d'Angleterre, en me présentant un cas très-pareil à 
celui-ci , m'a porté à faire de terribles réflexions j je ne 
veux donc pas que mon opinion contribue à donner à 
la France un Crom^fvel, ou le retour imprévu de 
Charles II : je vote pour la réclusion jusqu'à la paix 
générale et Raffermissement de la liberté, w Lors de 
l'appel nominalsurlc sursis, il refusa de voter. Membre 
du conseil des Cinq-Cents , il en «st sorti en 1798. 

Geoffroy (^/eune)» -«- Député de Seine-et-Marne , a 



( '59 ) 

opiné pour l'appel au peuple, te Intimement convaincu 
des crimes de Louis , a-l-il tUt, je n'hésite pas, comme 
juge , à votei* la peine de mort j mais comme législa- 
teur je prononce, pour mesure de sûreté générale, la 
réclusion. 3> Il a été de l'avis du sursis. Après la session 
il a été nommé messager d'Etat du conseil des Anciens. 

Gérard-des-Rivières. — N'est entré dans la Conven- 
tion qu'après le procès du Roi. En septembre lypS il 
est devenu membre du conseil des Anciens, et en est 
sorti en mai 1798 : il est vice- président du tribunal 
civil d'Alençon. 

Gerente ( Olivier^. — Député delà Drôme , vota pour 
l'appel au peuple. <c J'ai déjà dit que je croyais ne pou- 
voir prononcer que comme législateur : je vole donc 
pour la détention , puis pour le sursis. Il fut l'un des 
soixante-treize députés proscrits. Réintégré après la 
chute de Robespierre , il demanda que la Convention, 
instituât une fête pour célébrer le o thermidor. Il eit 
entré au conseil des Anciens , d où il est sorti en. 
mai 1797. Il est décoré de la croix de la Légion- 
d'honneur , et l'un des avocats-généraux à la Cour 
royale de Grenoble. 

Gertoux (^Brice). — Député des Hautes-Pyrénées à 
la Législature, puis à la Convention nationale 5 opina 
contre l'appel au peuple, vota pour la réclusion pen- 
dant la guerre , et pour le bannissement à la paix. Il 
fut de l'avis du sursis. Entré au conseil des Cinq- 
Cents^ il en est sorti en mai 1798. 

Giberques, — Député du Puy-de-Dôme à l'Assemblée 
législative et à la Convention , s'opposa à l'appel au 
peuple, vota pour la mort, et contre le sursis. Il dé- 
nonça Maure pour avoir applaudi à l'insurrection ja- 
cobite du 20 mai 1795. Nommé au conseil des Anciens, 
il en est sorti en mai 1797. 

Gillet. — Député par le département du Morbihan 
à la Convention , ne fut point dQ l'avis de l'appel au 



( i6o ) 
peuple, ce Lnaccessible à la crainte , dit-il, je n'ai con- 
sulté que l'intérêt de la République. Louis a mérité la 
mort, puisqu'il a conspiré contre la liberté. Mais, 
convaincu (|ue le supplice est inutile et dangereux, que 
«a mort ferait passer toutes les prétentions de la royauté 
sur la tête d'un fils dont nul crime n'a encore flétii 
l'innocence j je vote pour la détention perpétuelle, sauf 
à la changer en bannissement, si les circonstances le 
permettent, 3) Il s'est opposé au sursis. Il a été envoyé 
dans la Vtmdée, à l'armée -de la Moselle et de Sambre- 
»'t-Meuse,, et en Hollande. Il est mort à l'armée de 
Jourdan en octobre 1795. 

Girard. — Député de TAude à la Convention natio- 
nale, dit, en votant pour l'appel au peuple : ce 11 est 
«^nfin arrivé ce jour des vengeances d'une faction in- 
fâme ! Français, consolez-vous 5 il est arrivé aussi le 
jour du triomphe de l'humanité ! Je ne connais que 
deux souverains , Dieu et le peuple. J'en appelle au 
peuple. 3) Il vota la mort, et pour le sursis. En mai 
1797 il appuya le projet de vendre les biens des émi- 
grés, et la restitution de ceux des condamnés. Il se 
prononça contre la iaction terroriste aux 12 germinal 
et i^*^ prairial (i®' avril et 20 mai) , et dénonça 
Milhaud , du Cantal , comme leurs partisans. Membre 
du conseil des Anciens , il parla en laveur de l'emprunt 
forcé , et en 1796 ( 6 mai) il fut de l'avis de rejeter le 
projet de Muraire en faveur des parens des émigrés. Il 
est sorti du conseil eu 1797» 

Giraud, — Député de l'Allier, vota contre l'appel 
a>i peuple, ce Je suis d'avis de la mort, dit-il, avec de- 
mande d'un sursis jusqu'à ce que la Convention ait 
pris des mesures de isûreté générale , propositions lelle- 
jnent iiulivii.ibles , ^lue, si on les séparait, mon vote 
serait sans effet. 

Giraud, — Dépmté des Côtes-du-Nordj il fit paraître 
son opinion sur le procès du Roi , dans laquelle il dé- 
montrait que la C<>nvention n'avait pas le droit de lui 



( '6, ) 

fcilre son procès , et qu'elle n'avait pas le pouvoir dô 

Î)rononcer sur son sort. Il vota comme législateur 
'appel au peuple , la détention et le sursis. Il fut l'un 
des soixante-treize déj)utés exclus au 3i mai. Reutré 
dans la Convention , il est passé au conseil des An* 
cieiis^ d'où il est sorti le 20 mai 1797* 



I 



G//-<7w^. —Nommé à la Convention par le départe- 
ment de la Charente-Inférieure, ne fut point de l'avis 
tde l'appel au peuple, ce D'après ma conscience, dit-il ^ 
je crois Louis coupable. D'après le Code pénal il doit 
être puni de mort 5 mais comme législateur, je crois 
c[u'il est plus utile de le laisser vivre. Je vote donc 
pour la détention. 3) Il se rangea de l'avis du sursis. 
Le 27 juillet 1794? ^^ proposa de supprimer la loi du 
maximum. En 1796 il lut choisi pour aller à Saint- 
Domingue avec Bourdon (de l'Oise) et Vardon. On 
sait que ces députés ne partirent pas. Entré au conseil 
des Anciens , il parla souvent sur les finances. En 179^ 
il est parti pour Saint Domingue avec Sonthonax, 
Raymond et Leblanc. Le 29 mai 1799^ il f»it dénoncé 
avec ses collègues par Vaublanc, comme coupable 
d'actes arbitraires et de forfaiture. A son retour, il se 
justifia, et Vaublanc avoua qu'il avait été égaré suc 
son compte par Sonthonax. 

Girot-Poujol,- — Simple bourgeois, député du tiers- 
état de Riom aux Etats-généraux , embrassa chaude- 
ment le système nouveau. Nommé à la Convention 
par le département du Puy-de-Dome, il dit dans le 
procès du Roi : ce Comme je suis convaincu que les lois 
ne sont jamais mieux établies que lorsque le peuple 
l«s a sanctionnées , que le meilleur moyen d'anéantir 
les Rois est celui d'appeler les peuples pour prononcer 
sur leur sort, je demande le renvoi du décret sur Louis^ 
à la sanction du peuple, jî 

Sur la deuxième question , il dit encore : c< Je vote 
pour la réclusion de Louis jusqu'à la paix, et pour le 
bannissement ensuite , à perpétuité , de toute la famille. 

Enfin il a voté pour le sursisé 

îl 



( >G2 ; 

En 1795 il a été envoyé dans les Jépartemens à\\ 
Gard et de l'Hérault. Il s'y montra avec des principes 
modérés. Il demanda, à son retour, la suspension de 
toutes les radiations des émigrés , se prononça pour la 
réélection des deux tiers des conventionnels, par la 
Convention ^ et vota des mesures contre les vendémiai- 
ristes. 

Membre du conseil des Anciens, il a combattu le 
projet d'annuller les élections de quarante-huit dépar- 
temens. Sorti en 179B) il a été élu au conseil des Cinq- 
Cents. Il a été l'un des faiseurs du 18 brumaire. Il a 
demandé la suppression des fêtes nationales, excepté 
de celles des i/\ juillet et i^"^. vendémiaire 5 il est sorti 
en i8o3. Il est à présent juge de la cour royale de Riom, 

Gleizal. — Député de l'Ardèche y n'a pas été de l'avis 
de l'appel au peuple, ce Je prononce la peine de mort 
contre Louis Capet, a-t-il dit, convaincu d'avoir cons- 
piré contro la liberté et la souveraineté de la nation 
française , et je demande que la Convention statue 
de suite sur le sort de la famille du condamné 5 qu'elle 
ordonne la prompte exécution du décret du 16 dé- 
cembre contre le reste de la race des Bourbons, après 
en avoir excepté les femmes , et fixé la durée de l'exil 
à quatre années. Je demande que la Convention prenne 
les mesures nécessaires pour assurer la tranquillité 
publique , et qu'après toutes les précautions qui peuvent 
être prises dans cette séance , l'on exécute demain la 
condamnation de Louis Capet. w II a opiné pour le 
sursis. * 

Après la session il a été nommé secrétaire-rédacteur 
du conseil des Cinq-Cents , du Corps législatif, puis de. 

la Chambre des députés des départemens. 

# 
Godefroy, — Député de l'Oise, absent par commis- 
sion , ne vota point dans le procèà fait à Louis XVI. 
Il a été l'un des soixante-treize députés mis en ar- 
restation sous Robespierre , et après le 9 thermidor 
(27 juillet 1794) il 3. été en mission dans le départe- 
ment de Seine-et-Marne à Coulomraiers j il est mort 
pendant la tenue de la Convention. 



_('G5) 

Gomaire. — Député du Fiiiûitèrej a été de l'avis de 
Tapnel an peuple : ce Je n'ai jias reçu^ a-t-il dit, je u'au- 
iai{> pas iiièiiie accepté les fondions de juge, je n'exerco 
<|ne les pouvoirs du législateur. Sous ce rapport, je ne 
considère que le plus grand avantage de la société. 
D'après les événemeus passés que j'ai vus , les événe« 
mens présens que je vois, les événeniens futurs que je 
redoute, je suis intimement convaincu que l'existence 
d'un homme qui lut Roi importe plus à la llépu- 
Llique que sa mort. Je vote, comme mesure de sûreté 
générale, pour sa réclusion pendant la guerre, et 1© 
bannissement à la paix. Il s^est prononcé pour le sursis. 

11 a été membre de la commission des douze pour 
la recherche des complots contre la Convention et 
l'examen des arrêtés de la municipalité de Paris. Il a 
été du nombre des soixante-treize députés proscrits au 
3i mai. Passé au conseil des Cinq-Cents , il a demandé, 
en 1798, la suppression des mots sieur et monsieur dans 
les lettres-de-change 5 il en est sorti en 1798. 

Gorsas. — Né à Limoges , enfermé à Bicêtre en 1788^ 
pour avoir abusé de la facilité de quelques petits gar- 
çons dans une pension dont il était directeur. En 178^ 
il se déclara un démagogue fougueux, fit le Courrier 
fies Dcpartemens diiigé contre la cour. Il était l'un 
des ardens harangueurs du Palais-Royal contre les 
princes. On le vit au milieu des révoltés du 20 juin et 
du 10 août 1792... Que de titres pour être membre du 
club des Cordeliers et de toutes les sociétés Mères ou 
Sœurs de l'univers î 

Nommé à la Convention nationale par le département 
de Seine-et-Oise , il dit, dans Pafïaire de Louis XVI, 
sur la première question : 

ce Attendu que la royauté et les rois ^ les factieux et 
les factions ne seront véritablement et légalement 
balayés du territoire de la République que lorsque le 
peuple aura prononcé qu'il ne veut ni rois^ ni royauté^ 
m factions, ni factieux, ni aucune espèce de tyrannie 5 
attendu que je regarde comme une injure faite au peuple 
ridée seule que cet appel peut exciter une guerre civile : 



( .64 ) ^ 

ttttendu ([ue cet appel est au contraire une justice et 
un hommage rendu à sa souveraineté que je reconnais, 
moi , bien plus que ceux qui l'ont sans cesse à la 
bouclie : attendu enfin qu'il y a du courage, au milieu 
des dangers de l'anaicliie, de prononcer un vœu qui 
contrarie et peut altérer les anarchistes, je dis et je 
dois dire , en attendant que je Piniprime, oui. » 

Sur la deuxième question, il vola la détention de 
Louis pendant la guerre , et son bannissement à la 
paix, sous peine de mort. Il ne fut pas de l'avis du sursis. 

Gorsas se lia avec les Girondins. Son journal, écrit 
en style grossier, contenait souvent quelques tirades 
contre Marat, la commune de Paris et la Montagne. 
Le 8 mars , les Cordehers , les Jacobins et les habitués 
de leurs tribunes se portèrent en foule dans son do- 
micile et brisèrent ses presses. 

Décrété d'arrestation le a juin, comme attaché au 

Î)arti de la Gironde, il se réfugia à Gaen. Il fut mis 
lors la loi, le 2,8 juillet, comme faisant partie du ras- 
semblement armé dans cette ville. Il revint à Paris , 
eut l'imprudence de se montrer chez Brigitte Mathey , 
qui tenait un cabinet littéraire dans le Palais-Royal. 
Il y fut reconnu, arrêté, conduit au tribunal, qui, 
après avoir fait constater son identité , le condamna à 
mort. 

Gossuin. — Né à Avesne , fut nommé par le départe- 
ment du Nord à l'Assemblée législative, ensuite à la 
Convention. Il était en mission lors du procès fait an 
Roi. Le 8 octobre 1792, il proposa de mettre à prix la 
tête du prince Albert de Saxe-Teschen , pour avoir 
bombardé Lille. Le 3o ivovembre, il fut envoyé à l'ar- 
mée de Dumourier. Le 28 septembre suivant, il fit la 
motion d'ériger une colonne d'infamie où seraient ins- 
crits les noms de ceux qui se seraient déshonorés par 
quelque lâcheté. EiU i'794^^^'^^^^^"^^ ^ ^^ y\\\Gi deCondé 
le nom de Nord-Libre. Lors de l'insurrection des fau- 
bourgs (au 20 mai 1795), il osa demander que le prési- 
dent donnât l'accolade fraternelle à l'orateur du ])rernier 
groupe qui se présenterait. Cette motion souleva Xqh 



( i65 ) 

esprits contre lui. Il s'^oxcasa, en rlisant qn'il ne savait 
pas ce qui se passait. ÎJevenu membre cLi conseil des 
Cinq-Cents, il s'occupa de la partie militaire, des fi- 
nances, de la gendarmerie. Sorti en 1797, il fut réélu 
en 1798 pour deux ans 5 il entra en 1799 an Corps- 
législatif, où il resta jnsqnVn 1801. Il est maintenant 
l'un des administrateurs généraux des forets. 

Goudelin, — Député des Côtes-du-Nord, au moment 
où il était administrateur du district de Brovns. Il vota 
pour l'appel an peuple, ce Le décret portant que vous 
prononcerez à la simple majorité des voix , et non aux 
trois quarts des voix, dit-il sur la seconde question, 
ainsi que le porte le Code pénal, me prouve que je 
n'agis pas en juge. Je dois ajouter que je ne crains pas 
les menaces, j'ai déjà versé quelques gouttes de mou 
sang pour la patrie. Je lui ai fait le sacrifice de tout 
celui qui me reste. D'après ma conscience, je vote pour 
la réclusion , et le bannissement à la paix, v» Il fut de 
l'avis du sursis. Devenu membre du conseil des Cinq - 
Cents, il en est sorti le 20 mai 1798. Il est maintenant 
Vun des jnges du tribunal civil de Dînant. 

GoTtjeon, — Né à Bourg en Bresse, fils d'un directeur 
de la poste aux lettres , est venu faire ses études à Paris. 
En 1793 il a été nommé commissaire du département 
de Seine -et-Oise, dans l'étendue duquel il avait fixé 
son domicile. Ce département le nomma député sup- 
pléant à la Convention. Il n'a pns séance qu'après la 
mort de Louis XVI. Assidu aux séances des Jacobins, 
il en rapportait l'esprit k l'Assemblée conventionnelle. 
Envoyé à l'armée de la Moselle , il se rendit digne des 
faveurs de la Montagne. Il se plaignait sans cesse que 
les sociétés populaires étaient tombées en défaveur, et 
il se rangea du côté des amis de Marat qui voulaient 
accorder à ce martyr de la liberté les lionneurs du 
Pantbéon. Il se leva seul^ le 3 mars, contre le décret 
qui rappelait les députés mis bors la loi. Il déclara 
prendre sous sa protection spéciale les bons patriotes 
à qui le royalisme avait donné l'épitbète de terroristes. 
De la Haye l'accusa d'avoir favorisé l'insurrection dea 



( i66 ) 

•faubourgs qui, entrés dans l'Assemblée, assassinèrent 
Je député Féraud, Tallien appuya De la Haye. Goujeon 
fut arrêté, décrété le lendemain d'accusation, trans- 
féré au château du Taureau, ramené à Paris avec ses 
co-accusés, traduit devant une commission militaire 
et condamné à mort. Il déposa sUr le bureau son por- 
trait pour fju'on le fit passer à sa femme 5 en descen- 
dant l'escalier il se donna plusieurs coups de couteau 
et mourut quelque tems après. Pendant sa détention, 
il avait composé une hymne de niort^ dont Laïs a fait 
la musique. Lacombe Saint-Michel a fait, en 1798, 
au conseil des Anciens, un discours pour prouver qu'il 
était l'une des victimes sacrifiées à la royauté. 

Goupilleau {^de Fontenay). — Avocat, a été nommé 
procureur-syndic du district de Montaigii , et député 
par le dépai tement de la Verulée à TAssemblée législa- 
tive , et ensuite à la Convention. 

Les i5 octobre , 6 novembre 1791 , et 17 avril 1792 , 
il a provoqué des mesures de riguem' contre les prêtres 
et les émigrés. Il a dénoncé les prêtres de la VenJée 
comme instigateurs de la guerre civile. Le 6 jsnu, il a 
demandé l'abolition de la monarchie. A la béance du 
ao août, il a fait la motion que le Roi se retirât de la 
salle, parce que sa présence gênait les délibérations. Il 
a été nommé l'un des commissaires cbai"ges d'examiner 
les papiers trouvés au château des Tuileries. Il a été 
envoyé avec Collot-d'Herboia dans le départemerit du 
Var, et c'est pendant cette mission qu'il écrivit de Nice, 
pour dire qu'il votait la mort du Roi. 

Arrivé le jour de l'appel nominal, il se rendit prornp- 
tement à la Convention, et dit : ce Avant d'infliger 
une peine à Louis, il faut que je le déclare coupable. 
Couime Je ne fais que d'arriver de l'armée du Yar , je 
n'ai pas encore opij|é;s|uv la première question. Je le 
déclare atteint et convaincu de conspiration contre 
l'Etat. Sur la seconde (|!iestlon j'ai considté mes pou- 
voirs , j'ai vu que non-seuLnuent nous avions le droit, 
mais que nous avons le pouvoir de juger Louis sans 
appel j puisque nos coramettans nous ont déclaré 



( .07 ) 

qu'ils nous donnaient plein pouvoir pour sauver la li- 
berté. Quant à la peine à infliger, j'ouvre le livre de la 
nature , le guide le plus certain , j'y vois que la loi doit 
être la même pour tous. J'ouvre le Code pépiai j j'y vois 
la peine des conspirateurs 5 j'entends la voix de la 
liberté , la voix des victimes du tyran^ dont le sang 
arrose les plaines de tous nos départemens frontières 5 
tontes me demandent justice, je la leur dois 5 je vote 
pour la mort. J'ajoute que je ne crois pas qu'il soit 
proposable de différer l'exécution 5 autrement Louis 
subirait la mort autant de fois que le bruit des vorroux 
de sa prison viendrait frapper ses oreilles , et vous 
n'avez pas le droit d"'aggraver son supplice. 3) 

Ce vote lui valut une querelle dans un café. Il crut 
devoir donner la dispute comme un complot formé de 
l'assassiner. L'Assemblée ne fit pas grande attention à 
sa doléance. Envoyé dans la Vendée , il vit la défaite 
des Républicains le 2.5 mai à Fontenay , dénonça 
Westermann , et suspendit le général Rossignol. Les 
Jacobins le firent rappeler j et trouvèrent sa justification 
faible. Il se prononça au 9 tbermidor contre Robes- 
pierre 5 et ensuite contre les terroristes. 

Le 18 août il a présenté un rapport sur la nécessité 
de maintenir le gouvernement révolutionnaire , a dis- 
culpé les anciens membres du corhité de Snlùt public y 
et a prétendu que leurs services devaient faire dispa- 
raître leurs fautes. Les journaux ont attaqué les actes 
arbitraires du comité de Sûreté générale , dont il a été 
souvent membre. Le 2 juillet, il a parlé en faveur de 
Lebon. Le 5 octobre, il a été adjoint à Barras pour 
marcher contre les sections vendémiairistes. En jan- 
vier 1797 il a été blessé d'un coup d'épée au bois de 
Boulogne par Bentabolle , dont il avait plaisanté Vé/o- 
quenx:e. Il est sorti du conseil des Anciens en mai 1797* 
Il a été nommé l'un des administrateurs du Mont-de- 
Plété. 

Goupilleau {^dit de Montaigu^. Était notaire dans 
cette ville 5 le tiers-état de la sénéchaussée de Poitou le 
députa aux états-généraux. 



( i68 ) 

Nommé par le département de la Vendée à la Con- 
Tention nationale, il vota contre Pappel au peuple, 
pour la mort du Roi, sans sursis. 

Le 8 octobre, il demanda l'arrestation des ex-consti- 
tuans qui avaient protesté en 1791 contre la révolution. 
Après le 9 tliermidor il fut envoyé dans le Midi. Re- 
venu dans TAssemblée, il fut accusé par les Monta- 
gnards d''avoir persécuté leurs bons amis d'Avignon. 
<c JSfe suis-je pas moi-même Montagnard , dit-il? Mais 
les prétendus opprimés ne sont que des bandits. 3) Re- 
tourné dans le Mldi^ il dénonça le prêtre et député 
Maignet, qui a brûlé Bédouin et commis toutes 
sortes d'Iiorreurs dans le comtat Yenaissin (Voir sou 
article). En mars 1799 , il a pris la défense de Collot- 
d'Herbois,, Billaud , etc. j accusés comme complices 
de Robespierre, 

Le 2 avril il revint dans le Midi. Il rapporta avoir 
vu dans son voyage le Rbône couvert des cadavres des 
terroristes immolés à la rage des réacteurs , et le 
6 août il se déchaîna contre les assassinats. 

Après le i3 vendémiaire il demanda qu'on fît im- 
primer la liste des émigrés pris à Quiberon , afin qu'on 
pût connaître ceux de ces scélérats qui étaient échappés 
au supplice. 

Membre du conseil des Cinq-Cents , il a parlé forte- 
ment contre la mise en liberté des prêtres détenus.. 
Sorti en 1797 ? il fut réélu en 1798. Il dénonça eu 
août les excès des Royalistes dans le département de 
Vaucluse. S'étant opposé à la révolution du 18 bru- 
maire, il fut exclu du Corps-législatif. 

Gourdan, — — Lieutenant- criminel au baillage de 
Gray , fut député du tiers-état du baillage d'Amont anx 
états-généraux. Le \\ juin 1790, il s'opposa à ce que 
le buste du Roi fût placé sur l'autel de la fédération du 
14 juillet, en disant ironiquement que le Roi était dans 
tous les cœurs. Le 28 février 1791 5 il fit sentir le besoin 
de porter des lois contre l'émigration. Le 28 mai, il 
appuya la proposition faite par le comité de constilu- 
lion, que le Roi serait déchu du trône si, après être 



( i6o ) 

Forti (lu royaume , il n'y rentrait pas sur l'invitation à\i 
Corps-législatif. 

Nommé député à la Convention par le département 
de la Hante-Saonc , il vota contre l'appel au peuple. 
<c Vous avez déclaré, dit-il sur la deuxième question ^ 
que Louis était coupable de haute trahison, je suis 
convaincu de ses crimes. Quant à la peine, je crois 
qu'elle doit être sévère. Si la peine de mort n'était plus 
en usage parmi nous , sans doute il serait barbare de la 
ramener pour lui. Des hommes éclairés ont aperçu de 
grands dangers dans une mesure de rigueur. Je ne nie 
'pas qu'ils aient raison; mais aussi des hommes de 
iDonne foi ont vu de plus grands dangers encore dans 
une mesure d'indulgence. Ou a dit qne la Convention 
ne pouvait prononcer comme j'Jge; je pense le con- 
traire : la loi me l'ordonne, je vote pour la mort. » — 
Point de sursis. 

Il s'opposa à ce que Fon formât une commission 
extraordinaire pour jnger les terroristes détenus. Une 
commission de douze membres pris dans la Convention 
lui paraissait préférable. Il a été membre du comité de 
Salut public 5 est sorti du conseil en mai 17975 est 
entré au tiibunalde cassation. Réélu en 1798 au con- 
seil des Anciens, dont il a été président , il a prononcé 
lin discours en l'honneur de Roberjot et autres plénipo- 
tentiaires assassinés à Ivastadt. Après le 18 brumaire 
il n'entra point au Corps-législatif. Le 17 juin 1800, il 
fut nommé juge au tribunal civil de Vesoul. 

Gouzy. — Député du Tarn à la Législature, et en- 
suite à la Convention, fut de l'avis de l'appel au peuple. 
«Comme représentant au souverain, dit-il, j'exprime 
ce que je crois être sa volonté. Je vote pour la mort, 
mais sursis jusqu'au prononcé sur les Bourbons. 5^ Il 
se déclara pour le sursis. Il passa au conseil des Cinq- 
Cents , et en sortit en 1797. 



Goyre-Laplanche. — Moine bénédictin , vicaire épis- 
copal constitutionnel, député à la Convention par le 
département de la Nièvre. Il vota contre l'appel au 



( >70 ) 
peuple. <c Je vote pour la mort, dit-il eTisnile, et par 
mesure de sûreté générale je la vote pour le plus bref 
flélai. 5> En mission dans les départemens de Loire-et- 
Cher et ensuite dans le Calvados, il se fit remarquer par 
une dépense excessive dans sa toilette, et par ses orgies. 
Après le ^ thermidor il fut accusé de s'être permis, 
dans sa mission , des actes de despotisme et des exac- 
tions, d'avoir poursuivi ses anciens collègues dans son 
propre département, d'en avoir fait exporter et conduire 
à JNantes un grand nombre qui y furent noyés. Il fut 
accusé d'avoir imposé , dans les départemens de Loir- 
et Cher, des taxes révolutionnaires, en disant que 
ceux qui n'aiment pas la révolution doivent payer ceux 
qui la font. D'après ces maximes , dignes des Car- 
touche et des Mandrin, notre abbé s'empara des mon- 
naies et de tous les assignats que possédaient les gens 
aisés. Il apporta à l'Assemblée tout ce qu'il avait pris 
dans l'intérêt de la République , des montres , des bou- 
cles, des jetons, des vases sacrés, et jusqu'à des re- 
liques. 

Il dénonça le modérantisme de la ville d'Orléans, 
qu'il appela mauvais esprit, et sous ce prétexte il la 
fit mettre de nouveau en état de siège. Alors il accorda 
sa haute protection à tous les sans-culottes du pays, 
favorisa le meurtre et le pillage , et dépensa , en orgies 
scandaleuses , ime partie des fo;ids qu'il levait sut 
V aristocratie. Eu 1793 et 1794 i^ arriva à Caen; son 
arrivée fut signalée par cette consigne : Xa terreur à 
r ordre du jour. Comme ce petit sultan voulait former 
son sérail, il prit le parti de donner nn bal, et de 
proclamer que les personnes qui ne s^y rendraient pas 
seraient considérées comme suspectes. Là il jeta son 
gant, et souvent la pudeur et la vertu furent Q-w^l prises 
avec l'audace et l'abus du pouvoir. On vit même dans 
cette bacchanale les épouses , les pères , les enfans de 
malheureux détenus, danser avec tme vile canaille, 
<lans la crainte d'être traînés dans les prisons. Il poussa 
l'indécence jusqu'à faire venir dans sa chambre une 
religieuse qui avait des stigmates sur le corps , et or- 
donner qu'elle se dépouillât en sa présence 5 il l'envoya 



( '7' ) 
ensuite en prison 5 il fit fusiller , h Avranclies , quelques 
royalistes, et fit main-basse sur des sommes considé- 
rables prises dans les églises et dans les maisons des 
ii'déralistes; il envoya tout le butin à la Convention, 
Il ccrivil de Hennés que la commission militaire expé- 
diait promptement les scélérats , les contre-révolution- 
naires , les aristocrates. 

Après la mort de Hobespierre il ne quitta pas la 
Montagne : mais le maire de Saint-Lo ci'ut cju'il était 
do son devoir de dénoncer le moine Lai)lanchej pour 
avoir volé six cent mille francs à un riche particulier de 
cette ville, dont il avait occupé la maison pendant sa 
mission. D'autres dénonciations accablèrent notre pro- 
consul^ et enfin il fut décrété d'arrestation le 9 août 
1795, pour avoir levé des contributions sans en jus- 
tifier l'emploi (ce qui, en style de barreau, dit positi- 
vement, pour avoir abusé de son autorité, volé les 
deniers d'autrui), pour avoir fait maintes arrestations 
arbitraires, pour avoir cavssé à son gré des autorités 
constituées, avoir désorganisé la morale publique par 
son exemple, et invité publiquement les filles au liber- 
tinage , sous le prétexte que la liépublique avait besoin 
d'enfans. Laplanche a été, par la suite, amnistié, 
et vit. 

Granet. — Avait été poursuivi par le prévôt Bour- 
nissac , comme principal auteur des troubles qui avaient 
affligé Marseille 5 mais le crédit de Mirabeau , cpii s'ac- 
crut au flambeau de la révolution , fit anéantir les pour- 
suites. 11 fut nommé par le département des Bouclies- 
du-Rbône à l'Assemblée législative où il parla peu , 
ensuite à la Convention nationale. Il vota contre l'appel, 
pour la mort de Louis .XVI daus les vingt- quatre 
heures, et contre le sursis. Le 8 avril il provoqua des 
mesures contre Jourdan coupe - tête , qui était alors 
commandant de la gendarmerie d'Avignon. A la suite 
de la seconde insurrection des Jacobins au i*''^. prairial, 
il fut décrété d'accusation comme les ayant favorisés. 
Un second décret ordonna sa mise en jugement. Il a 
été amnistié. Il est maintenant l'un des adjoints des 
maires de la ville de Marseille. 



( ï?^' ) 

Crangcjieuve. — Avocat à Bor(îe«nix , fut nomm(? 
procureur de la commune de cette ville. Le département 
de la Gironde le nomma à la Législature. Il se déclara 
en faveur de toutes les mesures prises contre Témigra- 
îion et contre les émigrés. Il rlénonça, sans motif, 
le i**". {évrier, M. Bertrand, rninistie de la marine^ 
il appuya la dénonciation de Dubois-Crancé contre le 
ministre Narbonne, Il réclama amnistie en faveur de 
Jourdan coupe-tete et des exploiteurs de la glacière 
d'Avigudn. Il se plaignit d'avoir été battu par un 
nommé Jouneau. Saint-Huruge, de haute mémoire, 
son témoin, affirma qu'il avait reçu cent neuf coups 
de pied et deux cents coupsde canne. L'affaire portée 
devant les tribimaux n'a pas eu le succès qu'en atten- 
flait Grangeneuve, Le 3 août il demanda qu'on ojivrît 
bur-le-cbamp la discussion sur la déchéance du Roi. 

liéélu à la Convention , il devint plus modéré. Dans 
le procès fait an Iloi , il vota pour l'appel an peuple. 
Sur les autres questions, il dit : ce Quelqu'infinis que 
soient mes pouvoirs, je ne puis pas même y supposer 
le pouvoir extraordinaire d'accuser et de condamner 
souverainement à la mort l'individu détrôné depuis 
cinq mois. Je suis bien sûr au moins que je n'ai jamais 

accepté cette prétendue fonction Je ne puis d'ailleurs* 

me dissimuler qu'à ce jugement criminel du souverain 
participeraient un trop grand nombre de nos collègues 
qui ont manifesté, avant le jugement^ des sentimens 
incompatibles avec l'impartialitt^ d'un tribunal, et qu'on 
a mis en œuvre autour de nous tous les moyens d' injluence 
possible pour arracher à la Convention nationale une 
se7itence de mort. Dans de semblables circonstances, je 
pourrais moins que jamais accepter et exercer le pou- 
voir criminel souverain (|u'on nous attribue. 3> 

Il a ajouté : ce Réduit à prendre" uniquement des 
mesures de sûreté générale^ je déclaré que , s'il m'était 
démontré que la mort seule de Louis pût rendre la 
République florissante et libre, je voterais pour la mort. 
Mais comme il est , au contiaire , démontré à mes 
yeux que cet événement peut amener les plus grands 
maux sans produire aucun avantage réel; que jamais la 



( ^7^ ) 
liberté d'un peuple n'a dépendu delà mortd'un homme», 
ïnais bien de l'opinion publique et de la voloiité d'en ô 
libre, je ne voterai pas pour la mort : fussé-je mèuie 
du nombre de ceux qui pensent qu'il y a autant de 
danger à laisser vivre Louis qu'à le faire moinirj la 
prudence nie commanderait encore de rejeter les me- 
sures irréparables, pour qu'on puisse, dans toutes lés 
circonstances, opposer aux projets de nos ennemis ou 
sou existence ou sa mort. Je suis d'avis de la détention .» 
Proscrit au 3i mai, Grangeneuve s'écliappa de Paris, 
fut mis hors la loi le 28 juillet, arrêté à Bordeaux, 
livré à une commission militaire qui le condamna à 
mort le 21 décembre 1793. 

Grégoire. — -Né en lySo près de Liinéville, devint 
curé d'Emberraesuil , et député du clergé du bailliage 
de Nancy aux Etats-généraux. Le preuiier de son 
ordre il passa à la chambre du tiers-état. Le 8 juillet 
1789 , il s'opposa à l'approche des troupes que le Roi 
appelait à Paris, ce Si les Français, disait-il, consen- 
taient à redevenir esclaves , ils seraient la lie des na- 
tions. 3) Esclaves, M. l'abbé! Etaient-elles libies 

ou esclaves ces innombrables victimes de vos décrets 
sanguinaires, immoraux? 

Le 13 il parla sur le renvoi de M. Necker, Vhçmme 
du peuple y et contre la cour, trop faible il est vrai, 
mais v<irtueuse, honnête et vraiment citoyenne. 

Le 14, jour de la prise de la Bastille, il a dénoncé 
les minislres qui avaient fait avancer des troupes pour 
défendre le Roi, menacé déjà dans sa personne, et la 
capitale, qui devait être livrée au pillage. 

Le 5 octobre il peignit le Roi comme entouré des 
ennemis du peuple, dénonça M. de Bouille et les 
braves du corps qui furent massacrés la nuit suivante. 
Le 8 , quand il s'est agi de transférer l'Assemblée à 
Paiis, Grégoire a témoigné des craintes pour la sûreta 
des membres du Clergé au milieu d'un peuple en armes. 
Il a prêté le premier le serment coustitulionuel , ce 
serment qui a été la cause véritable de la guerre civile , 
dont le iiéau, trop loug-tems prolongé, a donné la 



mort anx vénérables ministres JePAutel, préparé les 
voies du divorce et la discorde dans les familles. 

Nos colonies étaient en paix. Grégoire se fait nommer, 
le 18 juillet 1791 j président de l'Assemblée affiliée à la 
société des Amis des Noirs pi défendit Ogre, sollicita 
les droits des citoyens actifs pour les gens de couleur, 

et les protégea sans cesse Cette protection a allumé 

le feu dans un pays tranquille et florissant. Les Noirs , 
ëlectrisés par ces principes du droit consacré^ que l'in- 
surrection est le plus saint des devoirs , ont massacré 
les blancs. 

Lorsqu'on discuta la question de l'inviolabilité au 
moment du départ du Roi , Grégoire donna le premier 
coup de hache sur l'édifice de notre antique monarchie, 
et fit briller la lumière ardente du républicanisme. 

Le département de Loir-et-Cher le nomma à la Con- 
vention. 

C'est le 21 septembre 1792 que quelques députés à la 
Convention se réunissent. Grégoire se présente ce 
même jour dans la salle de l'Assemblée législative, à la 
tête de quelques-uns de ses nouveaux collègues , et 
dit : 

ce Citoyens , la Convention nationale est constituée : 
nous venons de sa part vous annoncer qu'elle va se 
rendre en ces lieux pour y commencer ses séances. » 

Le président (François de Neu(château) répond : 
ce Vous devez jnger, par les applaudissemens de l'As- 
semblée et du peuple, coinbien la nouvelle que vous 
lui annoncez lui est chère. L'Assemblée législative va 
aller chercher elle-même la Convention nationale dans 
l'édifice des Tuileries , pour la conduire dans le lieu de 
ses séances , et lui témoigner les sentimens que lui ins- 
pirent les représentans du souverain, » 

Un décret à la date du i5 septembre portait : 

1°. L'archiviste de l'Assemblée nationale sera tenu 
de lui faire parvenir la liste des députés à la Convention 
nationale , aussitôt que le nombre des inscrits s'élèvera 
d deux cents. 

a<>. Le ministre de l'intérieur fera préparer une sali© 



_ ( «75 ) 

dans rédlfice national des Tuileries, pour y recevoir 
les députés à la Convention uo-ùonain pendant la vérifi- 
cation de leurs pouvoirs, 

3°. La Législature cessera ses fonctions au moment 
où la Convention nationale lui aura fait connaître 
qu^elle est constituée. 

Si l'on ajoute au nombre des législateurs réélus les 
députés qui, hors la Législature , ont été nommés à la 
Corivention j on trouvera que le total est de sept cent 
quarante-neuf. 

Si l'on consulte ensuite les procès-verbauxdes Assem- 
blées électorales envoyés à l'archiviste, on verra qu'ils 
n'étaient qu'au nombre de cinquante-trois; que les 
pouvoirs n'ont point été vérifiés, et que Camus s'est 
contenté de dire : ce II y a ici trois cent soixante-onze 
députés présens (22 septembre), w 

Si ensuite on interroge les députés dont les pouvoirs 
n'étaient pas encore vérifiés , ils vous diront qu'ils ne 
sont arrivés qu^après le 2a septembre, et que, quand 
ils ont lu dans les papiers que la royauté était abolie ^ 
ils ont hésité à se rendre à la Convention. 

Si enfin on doit s'en rapporter à des témoins ocu- 
laires, ils déclareront que Coilot-d'Herbois , qui le pre- 
mier a proposé l'abolition de la royauté, voulait de- 
nriander qu'elle fût prononcée par l'appel nominal, et 
que, sur l'observation de Basire, que les députés présens 
n'étaient réellement que de cent quatre-vingt-cinq, il 
renonça à former cette demande. 

Cent quatre-vingt-cinq ou trois cent soixante-onze 
votans étaient- ils les représentans de la nation.^ La 
Convention, formée de cent quatre-vingt-cinq ou trois 
cent soixante - onze membres, était -elle constituée? 
Non certes. 

Ce qui indigna tous les hommes de bien , c'était de 
voir que la Convention venait de décréter qu'étant 
composée de trois cent soixante-onze députés présens, 
il y avait cent soixante-onze membres de plus qu'il 
n'était prescrit par le décret du Corps -législatif, pour 
se déclarer constituée. 

Le décret disait seulement que la liste des députés 



( '76 ) 

serait envoyée qnan J le nombre des inscrits s'élèverait 
à Jeux cents. Mais peut-on en tirer celte conséquence 
irnmédiale, quedoux cents membres seulement auraient 
le droit de délibérer, et surtout de changer la ibrme du 
gouvernement ? Le décret aurait bouleversé tous le« 
principes qui ne permettent pas à nn quatrième de 
voix d'une assemblée de prendre une délibération. 

Quand le peuple est égaré jusqu'au point de croire 
qu'il a le droit de changer la forme d'un gouvernement 
fondé et maintenu depuis quatorze siècles , il doit être 
représenté. Or^ trois cent soixante-onze individus n'ont 
pas le droit de dire qu'ils expriment sa volonté, quand 
il a voulu que cette volonté ne se formât qu'à la majo- 
rité dans une assemblée composée de sept cent qua- 
rante-neuf personnes, chargées fictivement de rempla- 
cer vingt-six millions d'hommes. 

Les tribunaux ordinaires sont composés au moins 
de trois juges. Un seul juge peut-il prononcer dans les 
matières ordinaires? La cour de cassation pourrait-elle 
rendre un arrêt, au nombre de cinq magistrats, quand 
la loi veut qu'il soit délibéré par onze au moins? 

Ici , j'attaque d'abord la prétendue loi qui a aboli la 
royauté en Franco , parce qu'elle n'a pas été faite par la 
Convention. Elle n'a pas été faite parla Convention, 
parce que la Convention n'était pas alors constituée 5 la 
.>^l^ Convention n'était pas constituée, parce que les pouvoirs 
des sept cent quarante-neuf représentans n'étaient pas 
vérifiés, ou si l'on veut encore, parce que la moîtié des 
sept cent quarante-neuf députés n'étaient pas à leur 
poste. 

Ainsi , s'il n'y avait pas de Convention constituée j 
il n'y avait pas lieu à faire une loi 5 s'il n'y avait pas 
lieu à faiie une loi, le décret d'abolition de la royauté 
n'^était que le vœu des députés présens , mais n'avait 
pas le caractère de loi. S'il n'y a pas eu de loi qui abo- 
' lisse la royauté, il est conséquent de dire que la royauté 
n'a pas été abolie. 

J'attaque ensuite la loi elle-même, en la supposant 
revêtue du caractère qui lui est propre. 

Votre opinion est que I0 Roi seul a le droit de faire 



( 177 ) 
la loi. Si vent le roi, si veut la loi. Mais respectons 
ces principes nouveaux, que la loi doit se faire par le 
lloi et les dépntés du peuple, et re[)oi tons-nous au teins 
où la démagogie a encliaîné le lloi, et Ta mis dans 
rimpnlssance de concourir avec le peuple à la confection 
de la loi. 

Alors nous dirons que la volonté nationale seule 
peut opérer le changement dans la forme du gouverne- 
ment , au lieu que les dépurés du peuple ne peuvent 
faire que les lois organiques de ce même gouveriien:ieut. 

Danton , le farouche Danton , proclamait, dans la 
séance du 22 septembre I7c;2, qu'il ne pouvait exister, 
pour l'empire français, de constitution que cellequi sera 
adoptée textuellement, nominativement, par la majorité 
des citoyens de Fempire dans leurs assemblées pri- 
maires. 

Grégoire lui-même professait^ dans cette même 
séance, que la Convention devait faire de Fabolitioii 
de la royauté une des bases de la constitution qu'elle 
proposera au peuple français. 

Aussi cette Assemblée, quoique illégale, prononça- 
t-elle ce même jour qu'il ne pouvait y avoir de constitu- 
tion que celle acceptée pau le peuple. 

Etablir la république sur le cadavre de la monarchie, 
c'est réduire au néant un gouvernement monarchique^ 
et constituer à sa place un gouvernement républicain 5 
c'est donner une nouvelle constitution^ qui change le 
principe , détruit les formes et les conséquences de 
l'ancieîine : c'est préparer une charte nouvelle à l'accep^ 
talion du peuple. Mais jusqu'au moment de l'expression 
générale, manifestée par le peuyde,. la charte ne peut 
pas avoir d'exécutuui (dans un état populane ). 

A la vérité, Hérault-de-Séchelles fît décréter par 
acclamation wvl acte dit constitutionnel, portant : 
Art. \^^, La République française est une et indivi- 
sible. 

Mais aussi Barré re , au nom du comité de Salut 
public, fit adopter, dans la séance du 27 juin 1793, 
nue adresse aux Français, dans laquell*? il disait : 

12 



( •?« ) 

a Voici nu projet de constitution ^ elle est soumise à 
raccejjtatioii du j)euple. » 

Le peuple a-t-il accepté cette constitution? Trente- 
huit (lépaiteniens étaient en insurrection comme fédé- 
ralistes 5 trois étaient levés pour protéger l'entrée du 
lloi en France 5 aucjms n'ont délibéré. L'armée en 
activité de service, essentiellement obéissante, mais 
jamais délibérante dans tout état policé, a émis son 
vœu par acclamation , et la Convention , en augmen- 
tant de plus de moitié le nombre des militaires présens 
aux drapeaux, a mis dans une ligne de compte douze 
millions votans. 

La portion du peuple cjui n'est point attachée , k 
raison de ses propriétés ou d'un commerce saisissable, 
à la grande famille, seule capable de délibérer, a été 
comptée comme ayant énoncé son vœu. 

Mais, outre les quarante-un départemens insurgés, 
il y avait un sixième de population détenue dans les 
bastilles comme suspecte d'incivisme , on prête à périr 
sur les échafauds. Les prévenus d'émigration et les 
nobles étaient morts civilement. 

C'est dans cette position fâcheuse, c'est dans ces 
tems où le jacobinisme insultait à la richesse, au mé- 
rite 5 c'est au milieu du cliqu'etis des armes que la cons- 
titution a été dite acceptée par le peuple (1). 



(1) Pour rendre cette vérité plus sensible, il suffit de donner ici le 
rapport de Go^suin , au nom de la Couiinission des Six , fait dans la 
séance du 9 août 179). 

Conslitution de iryS. « LMdifice de la liberté est achevé , érigé par 
la main du peuple soiaerain ; il sera durable. Une constitution répu- 
blicaine , symbole de la verUi et du bonheur , succède enfin à une 
conslitution monstrueuse, idolâtrée plus que jamais par l'aristocratie, 
et protégée vivement par la cour des rois. Le i^énie desiructeur du 
cabinet de Saint-James a aussi cherché à répandre son venin dans les 
assemblées primaires. Quelques-unes, peu nombreuses à la vériié, en 
furent infectées ; la pr6'i:<y«e majorité de leurs membres ont voté contre 
r-icceptation de la conslitution. Des hommes revenus de Londres , de 
Madrid, de Vienne et de Berlin, ont eu Taudace de sPy introduire, 
notamment dans le district de Lons-le-Saulnier , département du 
Jura , et dans quelques autres départemcns dont les administrateur* 
se sont révoltés. 

)) Mais la preuve la plus convaincante à donner à l'univers entier. 



(179) 

A la vérité il en a élé fait une antre à ]a àate de 
Pan n , comportant aussi que le i^onvcrnenient était 
républicain. 

Goniaiie nous a dit, an nom du comité des décrets, 
dans la séance du i*"^ vendémiaire an 4 (^^ septem- 
bre 1795) : 

ce Six mille trois cent trente-sept assemblées pii- 
inaires ont renfermé neuf cent cinquante-huit mille 
vingt-six votans. Neuf cent quatorze mille huit cent 
cinquante-trois ont accepté la constitution^ cent qua- 
rante-mi mille huit cent quatre-vingt-douze l'ont re- 
jetée. 

3> Dans ce nombre^ a dit Gomaire, est compris le 
vœu des armées 5), 4"i5 ^ cette époque j s'élevait à cinq 
cent mille hommes au moins. 

Mais les départemens de fOuest étaient en feu, ceu«: 



relativement au vœu bien prononcé du peuple français pour la forme 
du gouvernement qu'il adopte, c^est que sur (Quarante- quatre niiilo 
communes qui coin[>osenl la république , et qui offrent une immense 
population , la commune de Saint-Donan , faisant parUe de l'assem- 
blée primaire de Saini-lirieux , département des Côtes-du -Nord . forte 
fceulement de cent vingt hîjbitans , est Tunique qui ait demandé le fils 
de Capet pour roi, ei le rétablissement du Clergé. Toutes les autres 
coujumnes de cette asseuibiéc primaire en ont cte indignées, et celle 
de Sainl-Donan , ayant à sa tête un nommé "ïves Loiellier pour maire, 
sVn relira après avoir usé de meoaces , et a rédigé séparément un 
procès-vcrb;d , ^ni n'est pas parvenu à votre commission 

» Le déparlement de la Corse, actuellement en proie à l'aiistocralie, 
»'a pu encore présenter son vœu à la France. 

» Celui de la Vendée n'est pas enlièremert gangrené. Les patriotes 
échappés à la fureur des brigands se sont ralliés. Votre commission a 
connaissance que vingt-une asâe'mhlées primaires y ont eu lieu ; elles 
ont volé à l'unanimité ( mensonge) Vacccpiation de la constitution. 

i> Le nombre des assemblées primaires ^ dans le département du 
INord , est de cent quatre-vingt-quatre. La três-qrandc majorité a eu. 
lieu. Les puissances étrangères qui envahissaient une partie de son 
territoire, ont mis nécessairetneiiL obstacle à la tenue du surplus, 
notamment dans les districts de Valenciennes, Lille, et dans les can- 
ton.-» de Bavay , Marcbienncs et Orchies. 

■» Les habilans de nos frontières , menacés d'une invasion prochaine , 
ont volé Paccepialion unanime de la constitution. 

n Les armées de la république, dans leurs camps, en face de leur^ 
nombreux ennemis, Tout également volée. Enhu i,8oi,r)i8 volans 
ont accepté, et i i,6io Vont rejetée, n Eh ! c'tst ainsi qu'on a délibéré 
sur la constilulioD de 1793 1 ! ! 

1 -j:' 



(les frontières en armes, les bastilles encombrées d% 
suspects Eli ! jS[enf cent cinquante-birit mille vingt- 
six votans pris tlans toutes les classes du peuple ont 
composé une majorité, dans une population de sept 
millions de citoyens actifs ! C'est une dérision. 

La preuve que Gossuin n'a pas dit la vérité, c'est 
que Lucien Buonaparte, alors ministre de l'Iritérieiir, 
en faisant son rapport aux consuls sur l'acceptation de 
la constitution de l'an 8, dont je vais parler, a ditqutf 
les votans pour la constitution de l'an 3 étaient d'un 
million cin(|uante-sept mille trois cent quatre-vingt- 
dix, et ceux votans contre^ de quarante-neutmilleneuf 
cent soixante-dix-sept. 

Lequel, ou de Gossuin , ou de Lucien Buonaparte, 
en a imposé à la France? 

Il est vrai encore qu'une cbarte dite constitutionnelle, 
h]ii date du 22 frimaire an (S, portant: Art. 1®^. La 
République française est une et indivisible, a été of- 
ferte à l'acceptation du peuple français. 

Un liomme féroce venait de se saisir du pouvoir par 
le droit du plus fort. Il avait conçu le projet d'anéantir 
insensiblement le système républicain , pour poser sur 
sa têle le sceptre de saint Louis. 

Il avait craint que le peuple^ réuni dans ses assem- 
blées primaires , ne formât opposition apparente et 
réelle, à sa domination comme consul. Aussi a-t-il eu 
la sage précaution de faire décréter qu^il serait ouvert, 
dans cbaque connnune, des registres d'acceptation et 
de non acceptation , où les citoyens pourraient consi- 
gner , ou bien y faire consigner leur vote sur la cons- 
titution. C'étiiit au secrétariat des administrations , 
aux greffes des tribunaux , chez les notaires, que les 
votans devaient déposer leur opinion écrite. 

A-t-on jamais vu, dans quelque état que ce soit, un 
peuple entier que l'on dit républicain , privé de délibérer 
dans ses assemblées naturelles , dans ses comices , dans 
son Forum , et contraint d'aller porter chez l'homme 
public qu'il n'a pas désigné , un oui ou un non sm- uii 
projet de constitution soumis à sa censure ? 



( i8i )^ 

Tontes les fois que le peuple n'est pas rénni dans ses 
assemblées (quand il est question d im gouvernement 
populaire), il n'est pas réputé délibérer*, et là où il n'y 
a point de délibératioiî, là il n'y a point d'acceptation 
de constitution. 

Mais cette constitution , que l'on a dit avoir été 
acceptée par trois millions onze mille sept votans , et 
refusée par mille cinq cent soixante-deux, a été anéantie 
promptenient par son propre créateur. Le gouvernement 
monarchique, impérial, s'est élevé sur les débris de 
chartes rejetées parTimmense population de France, et 
toutes rouges du sang de» milliers de braves, trompés 
dans leurs espérances, et victimes des tyrans qui les ont 
armés. 

Lucien Buonaparte n'a pas pu dissimuler que «la to- 
talité des votes des départeniens éloignés n'était pas 
encore connue. 

Que quelques autres n'avaient pas encore envoyé 
It'urs votes 5 

Que quinze départemens environ étaient en état de 
troubles lors de l'envoi de la constitution 5 

Que la brièveté du tems lixé pour l'émission des 
votes dans chaque commune n'avait point permis a 
tons les citoyens de se présenter aux lieux indiqués ; 

Qu'un nombre immense de citoyens ayant cru que 
le délai était de quinze jours, ont été privés, par la 
clôture des registres, do la satijsfaction de faire con- 
naître le.ur adhésion. 

Comment a-t-on osé proclamer que le peuple, com- 
posé d'un nombre immense de citoyens qui n'avaient 
pas pu délibérer, avait accepté la constitution impéiiale? 

Disons donc avec vérité et justesse que, de fait, 1?. 
République n'a jamais existé en France 5 que de droit la 
royauté n'a cessé de résider dans la personne du mo- 
nanjue , qui donne la solution du problème , en datant 
ses édits , avec raison , de l'an dix-neuvième de son 
règne. FJle a toujoin'S été un objet de respect dans le 
cœur de tous les Français. 

Si la politi(pie commande au Roi de laisser surnager 
sur la mer orageuse de la révolution quelques débris 



f .82 ) 

cle CCS faux systèmes nés du républlcanlsine^ espérons 
de ses sentimens royaux, de sa boulé paternelle, et de 
la distribution de sa justicç , que le tems nous rendra 
celte monarchie tempérée ^ fruit du génie j chef-d'œuvre 
de la sagesse , et. résultat de V expérience , qui pendant 
quatorze siècles Jît la gloire de la France et les délices 
des Français. ( Déclaration de Louis XVIII , en 1795. ) 

Concluons donc que la royauté n'a jamais été abolie 
en France, et reprenons notre article historique sur 
l'abbé Grégoire. 

Il n'aimait pas les rois en 1792, cependant il a 
salué avec respect la monarchie Buonapartienne. Il a 
porté la livrée de la royauté de ce tyran , et la croix de 
la Légion- d'Honneur j qu'on disait renq)lacer la croix 
<le Saint Louis,.... Il y a des acconiniodenienb avec le 
Ciel même. 

Lorsque Collot-d'Herhois proposa Fabolition de la 
royauté, Vévéque Grégoire disait : ce Cet tes personne 
ne proposera jamais Y institution la plus funeste aux 
peuples 5 les dynasties ne sont que dos races dévorantes 
qui se nourrissent du saug des njoi tels. Le mot roi est 
lui talisman dont la force magique peut être le prin- 
cipe de beaucoup do dé.sordres. Les cours soi;t toujours 
les foyers de la corruption et l'atelier des loifaith. La 
royauté fut toujours pour moi wn objet d'horreur..... 3) 
Ici je m'arrête. L'abbé Grégoire a volé |)oiu" Biiona- 
parte , empereur et roi. Il recevait tous les ans trente- 
six mille francs d'un empereur et roi! Aujourd'hui 
même il va demander^ à titre de retraite, tr»^}ite-six 
mille francs par année, au roi de France, dont il a vu 
périr le malheureux frère sur l'échafaud! Heureux les 
Iwjinmes qui ont ime con&cience large et connnode ! 

Faut 'il lire le discours prononcé par labbé Grégoire 
le i5 novembre, dans le procès fait au lloi? « Louis 
^st im traître , un conspirateur. Et moi aussi je ré- 
prouve la peine de mort, et, je l'espère, ce reste de 
barbarie disparaîtra de nos lois. Il sufïiia à la société 
<[ue le coupable ne puisse plus nuire. Vous le condamnerez 
sans doute à l'existence. Je conclus que Louis soit mis 
d© suite en jugement, w 



_ ( '83 ) 

Il n'était pas présent aux aj>pels nominaux 5 mais 
nne lettre qu'il pouvait se dispenser d'écrire, ayant la 
date du 14 janvier, signée avec Hérault, Jagot et 
Simon , ses co-commissaires dans le département du 
Mont-Blanc , est ainsi conçue : 

ce Nous déclarons que notre vœu est pour la 

coudamnation de Louis Capet par la Convention , sans 
appel an peuple. N^^us proférons ce vœu dans la plus 
iutlme conviction, à cette distauce des agitations où ]a 
vérité se montre sans mélange, et dans le voisinage du 
tyran piémontais. w 

L'abbé Grégoire a imprimé dernièrement que soji 
vote n'avait que ce but , la condanmation de Louis, à 
Vexistence^ parce qu'il s'était expiinié en ces termes 
dans son discours du i5 novembre. Condamner un 
homme que l'on croit coupable, d V existence^ c'est lui 
donner à chaque minute le coup de mort. J'aime 
encore mieux entendre Cambacérès demander , par //«- 
inanité ^ que Loms soit exécuté dans les vingt-quatre 
lieures du décret dit de condamnation. Mais quand 
on donnerait au vote de l'abbé Grégoire rinter|)rétation 
dont il s'appuie, ne sort-il pas toujours cette vérité, 
qu'il est l'ennemi des rois, qu'il regarde que les rois 
sont au moral ce que les monstres sont an physique. 

Il fiaut l'entendre dans la séance du 5 août lyo^î. Il 
engagea Barrère qr.i, dans un discours^ faisait l'éloge 
de Louis XII, à se jétracter , en prenant l'engagement 
de prouve r que ce prétendu père du peuple en avait été 
le fléau. 

Il a lait supprimer les académies 5 il â. blâmé la con- 
duite de Gobcl , évéque constitutionnel de Paris , qui 
vint à la barre abjurtr ses fonctions épiscopales. 

Le 4 mars 1794» i' donna lecture d'une lettre qu'il 
disait être originale, par laquelle Ciiarles IX , roi de 
France, écrivait, le 10 octobre 1669, au duc d'Alen- 
çon son hère, pour lui recommander Cbarles de Lim- 
viers , seigneur de Montrével, à qui il accor^lait le 
collier de son ordre, alin de le récompenser de l'assas- 
sinat du connétable de Mouy. 

Après avoir lu celte lettre, Giégoire dit qu'il avait 



( '84) 

Tërifîé à la Bibllollièque nationale les faits et l'écritiTre. 
« J.ics faits sont exacts.... Quant à réoiitine, c'est 
incontestablement celle de Cliarles IX. Comme la 
publicité de cette lettre peut anqitienter Vhorreur du 
peuple pour les rois,j je demande son insertion au Bulle- 
tin , et le dépôt de la pièce originale à la Bibliothèf^ue 
Xiationale. JJécrétf-, 

l»^ 1^"^ avril, Grégoire offrit des reclierclies bistoriques 
sur les arbres de la liberté. Lors de l'insurrection du 20 
jnai 1795, il proposa des mesures de rigueur contre les 
j'évoltés. En 1795 il est passé au conseil des Cinq- 
Cents. En novembre 1797 il tint un concile , dit natio- 
nal y à Paris. C'était l'essai d'un coup mortel à la pa- 
paijté. 

Après le 18 brumaire il entra au Corps-législatif. En 
1801 il fut nommé sénateur, et coturnandant de la 
Légion-d'Honneur. Il n'a pas été porté sur la liste des 
pairs de France. 

Grenot. — Avocat, député du tiers-état du bailliage 
deDole en Francbe-Comté auxErats-généraux. Nommé 
à la Convention par le département du Jura, il ne 
fut pas de l'avis de l'appel au peuple, ce Louis est con- 
vaincu de conspiration, dit-il, je dois prononcer la 
peine poi'tée contre les conspirateurs. Je vote pour la 
iTjort. 3> Il se déclaia pour le sursis. Il fut Vwn des 
soixante-treize dépiilés exclus au 3i mai. Rentré à la 
Convention , il fut l'un des commissaires envoyés en 
Bretagne, et eut part à la première pacification des 
(vbouans. Entré au conseil àiis Cinq-Cents , il en est 
sorti en 1798. Il fut réélu, entra en décembre 1799 an 
Corps-législatif^ d'où il est soiti en-iSoS. 

Grosse ^ du- Rocher. — Cultivateur, député par le 
département de la Mayenne à la Législature , en- 
suite à la Convention, ne parut à la tribune que 
dans l<i procès fait au Hoi. Il vota contre l'appel au 
])euple, et dil : c< Pour sauver ma patrie et punir le 
tyran, je vote la mort, sans sursis, w Après la session 
il fut nommé connnisbaire du Directoire. Maintenant 
il vit à la campagne. 



( i85 ) 

Gvadet. — A.vocat à Bordeaux , fut nommé président 
dn tribunal criminel dn département de la Gironde, puis 
député à la Législature. Il avait dii fën dans la tête et 
peu de jugement. L'ambition de parvenir, jointe à 
une instruction soignée, le fit remarquer souvent à la 
tribune. En décembre 1791 il délendit les soldats de 
Chàtoau-Vieux justement condamnés aux galères par 
suite de l'insurrection de Nancy. Le 14 janvier 1792 
il fit un rapport très-inconvenant sur la situation de 
la France , à la suite duquel il fit la motion de déclarer 
traître à la patrie quiconque proposerait de porter at- 
teinte à la Constitution, de traiter avec les contre-ré- 
volutionnaires , ou d'accorder aux princes possessiornés 
en Alsace autres inderrrnit^^s que celles décrétées dans 
l'acte constitutionnel. Ce décret fut adopté à l'unani- 
mité. Combien de pai^jures ! 

Le 9 février il demanda que les biens des émigrés 
fussent mis sous le séquestre ; il défendit les sociétés 
populaires attaquées par Vaublanc. Le 14 avril il vou- 
lut prouver que les massacres d'Avignon n'étaient que 
V erreur des bons citoyens. De ce moment Guadet fut 
signalé comme un maître factieiix. Le 20 il insista 
pour que la guerre fut déclarée à l'empereur d'Alle- 
magne. Le^3 mai il porta l'acte d'accusation contra 
Marat, pour raison de sa provocation au pillage, dans 
sa feuille ordurière VAmi du peuple , et contre Royou, 
rédactem* de VAmi du Roi , (pii prêchait le retom* à 
l'ancienne monarchie. Les id , i\ et 26 , il fit décréter 
la déportation des prêtres insermentés. Les 26 et 29 il 
pressa lericenciement des Gardes-du-corpsdu Roi, rju'il 
tiénonça comme prêts à favoriserson évasion. Le 20 juin 
il s'éleva contre Rœderer, procureur syndic du dépar- 
tement, pour ne pas avoir pris des mesures afin d'em- 
pêcher la canaille de se porter au chateaiT. Il dénonça 
le ministre Moncitl et la Fayette. 11 défendit Pétion. Il 
a signé , comme président , l'adresse dans laquelle 
l'Assemblée législative cherchait à s'excuser d'avoir 
suspendu le Roi ^ et il fut accusé par Chasles d'avoir 
vordu transiger, au nom des chefs des Girondins , avec 
Louis XVI, sur les moyens de conserver sa couronna 



i86 ) 



l)llt: une ligne de défiiarcalioii 



entre deux partis^ dont l'un fut appelé (/irondin, et 
l'autre Terroriste. 

lléélu par son dëpartement à la Convention , il vota 
pour l'appel au peuple, ce C'est comme membre d'un 
tribunal national, dit-il ensuite, que j'ai jusqu'à pré- 
sent procédé dans l'affaire de Louis 5 c'est en la même 
qualité que je vais procéder dans son jugement. Louis 
est coupable de conspiration contre la liberté et d'at- 
tentat contre la sûreté générale de l'état, j'ai posé ainsi 
la question , et l'Assemblée l'a adoptée. J'avais posé la 
question sur le code pénal: je n'ai plus qu'à l'ouvrir. 
J'y vois la peine de mort j mais en la prononçant , je 
demande^ comme Mailbe, i)^\' après avoir exercé les 
fonctions nationales judiciaires , la Convention me per- 
mette d'eœaminer si le jugement peut être exécuté de 
suite ou retardé. Je vote , quant à présent ^ pour la mort.» 
Il fut de l'avis du siusis. 

Le 11 mars Dubem traita Guadet de conspirateur. 
Le lendemain la section Poissonnière demanda sa tête. 
Robespierre et sa faction l'accusèrent d'avoir voulu 
sauver le lloi, d'intelligence avec Dumouiiez. Il se 
justifia 5 mais ses dénonciations réitérées, quoique re- 
poussées avec beaucoup d'art , le rendirent suspect aux 
républicains. La Montagne déclara la guerre à la Gi- 
ronde, et les deux partis en étaient venus à ce point, 
que l'un d'eux devait périr sur l'écbafàud. Le 3i mai 
prouva que les temporiseurs ont toujours tort, et qu'il 
faut marcber le sabre à la main contre les brigands, 
sitôt que l'un de leurs cliefs a tralii le secret de l'attaque. 
Guadet fut décrété d'arrestation : il se sauva à Caen , 
gagna Quimper et arriva à Bordeaux. Il y trouva 
difficilement un asile. L'esprit d'insurrection prit à 
Caen la couleur qui lui était propre, celle du roya- 
lisme. Quelques Giiondins qui ne voulaient être que 
républicains , se virent aux prises avec le général 
Wimpffén, elc. , et l'iionneur exigea que les royalistes 
se maintinrent en armes Jusqu'à ce que la retraite 
des républicains fut assurée. Guadet erra dans les 
champs , il arriva chez son père avec Salles à Li- 



( î87 ) 
bourne 5 ils y furent découverts, et tons Jeux furent 
exécutés à Bordeaux , par une commission militaire j 
le 20 juillet 1794* Il voulut parler sur l'échafaud; mais 
des roulemens de tambour à la Santerre empêchèrent 
d'entendre ce qu'il disait. 

Guchant. — Député suppléant des Hautes-Pyréuées 
à la Convention , n'y est entré qu'après la mort du 
Koi. Il est passé, en septembre 1795, au conseil des 
Cinq-Cents. En novembre 1796 il prononça un discours 
contre les nobles, et invita l'Assemblée à leur ôter le 
droit de cité. Son département le réélut en mai 1798 : 
son élection fut annullée-, en se retirant , il dit que le 
Directoire avait été trompé par des hommes intéressés 
à humilier les patriotes. Il est sorti le 20 mai du Corps- 
législatif. 

Guérin. — Député du Loiret à la Convention , s'op- 
posa à l'appel au peuple, ce II entre dans mes prin- 
cipes, dit-il, de regarder le dernier tyran comme \\\\ 
ennemi vaincu. Je vote pour la réclusion et pour l'ex- 
pulsion après la guerre, d) Il parla pour là rentrée des 
soixante-treize députés proscrits au 3i mai. Il eut 
diverses missions avec Borel , puis avec Boursault et 
Durand-Maillane. Il présenta l'acte d'accusation contre 
Carrier. Les terroristes l'emprisonnèrent à Toulon , 
lors de l'insurrection qui éclata dans cette ville en 
mai 1794» Membie du conseil des Cinq-Cents, il dé- 
fendit Cliambon , Mariette et Cadroy , accusés d'avoir 
favorisé les massacres dans le Midi j il s'opposa à la 
déportation des nobles. Sorti du conseil des Cinq-Cents, 
il y a été réélu pour deux ans. Il est entré au Corps- 
législatif, où il est resté jusqu'en 1807. 

Guermeur, — Etait juge an tribunal criminel du 
Finistère, quand il fut nommé à la Convention natio- 
nale. Dans le procès fait au Roi il dit sur la première 
question : v La cumulation des pouvoirs que nous 
avons reçus de nos commettans , le mandat spécial 
qui nous a été donné of£ciellement pour venir pronon- 
cer sur le sort du Roi, la nature de Pacte que nous 



1 



( 188 ) 

exerçons et qui n'est pas un acte constitutionnel, 1t 
danger de convocjiier les Assemblées primaires pour 
délibérer sur le sort d'un individu, m'engagent à dire 
non. 

Sur la deuxième question il ajouta : ce Si vous me 
demandez seulement quelle peine Louis a encourue, je 
réponds : la mort et point de sursis, m II a presque tou- 
jours été employé comme proconsul dans les départe- 
mens de l'Ouest; en décembre il se vanta d'avoir tué de 
sa mainChastellux, commandant de l'armée Vendéenne 
lors de l'affaire du Mans. En 1794 il ^ tout fait pour 
éloigner une pacification. Entré au conseil des Anciens, 
il en est sorti le 20 mai 1797- Le Directoire l'employa 
comme son commissaire. Il est mort dans cette fonc- 
tion. 

Guezno. — Marchand 5 député du Finistère à la 
Convention nationale, rejeta l'appel au peuple, ce Je 
ne viens pas , dit-il, sans effroi , concourir au jugement 
d'un Iloi conspirateur, et ])rononcer ainsi sur le sort 
d'une patrie qui m'est plus chère que mon existence; 
mais quelque graves que soient les inconvéniens d'un 
pareil jugement;, je ne puis nie refuser d'obéir au cri 
impérieux de ma conscience, ni de prendre sur moi de 
composer avec la justice. Je vote donc pour la mort 
de Louis ; et en prononçant ce vœu terrible , je renou- 
velle dans le sein des représentans de la nation le 
serment de ne jamais exister sous aucun tyran , et de 
ne vivre désormais que pour combattre celui qui vou- 
drait succéder au tyran que je condamne. » Point de 
sursis. 

En 1794 il a <^té envoyé dans le département de la 
Seine-Inférieure , et ensuite dans les départemens de 
l'Ouest avec Guerrneur. Il y avait alors amnistie avec 
les Chouans. Il a concouru à tous les actes et régle- 
inens de police cj^ui furent faits. Il est entré au conseil 
des Cinq-Cents, en est sorti en 1798. Après le 18 bru- 
maire il fit partie du Corps-législatif jusqu'en 1806. 

Guffroi, — Avocat , a été député à la Convention 
nationale par le département du Pas-de-Calais. Il rejcHa 



( i89 •) . , . 

Pappel an peuple, ce La vie de Louis, dit-il, est uno 
longue chaîne de crimes 5 la nation , la loi me font un 
devoir de voter pour la mort et point de sursis. 3> 

Ce Guffroi a fait un journal incendiaire qu'il signait 
Rougiff, anagramme de son nom. Pour juger de l'au- 
dace de ce cannibale et du style de sa feuille , il ne faut 
que rapporter ce qu'il a dit sur la journée du 3i mai. 
a Le peuple triomphe, et les aristocrates courent porter j 
comme Saint-Denis , leur tête à madame guillotine, w 
Les monstres n'aiment pas que le plus audacieux fran- 
chisse la barrière qui forme leur rayon 5 autrement ils 
semblent avoir le droit de s'entr'égorger. Aussi le 
i**^ mars 1794 l'abbé Chasles crut devoir dénoncer notre 
Rougiff comme infecté du poison aristocratique propre 
à désorganiser l'arfnée du Nord , où le comité de Salut- 
public l'envoyait à ses frais. Il est une vérité aujour- 
d'hui reconnue. Quand un démagogue a voulu faire 
tuer par wn décret son frère et ami, plus hardi que lui, il 
Fa appelé aristocrate ^ et ce mot était un mandat d'arrêt 
qui menait droit à l'échafaud. Un membre accusa notre 
humain votant de liaisons avec le marquis de Travanel; 
nn autre, de protéger le serrurier de Louis XVI. Ces 
dénonciations eurent lieu dans la taverne Jacobite: et 
nions Rougiff chassé, conspué, n^eut plus ni bec ni 
ongle dans la Convention. Robespierre subit, le 9 ther- 
midor , le châtiment de ses crimes. GufFroi se jeta 
dans le parti des tiiermidoriens. Le 5 août 1796 il dé- 
nonça Joseph Lebon pour avoir envoyé des aristocrates 
à dame guillotine. L'ingrat I II a soin de se faire nom- 
mer l'un des commissaires envoyés chez Robespierre 
pour visiter ses papiers. Il fait main-basse sur ceux qui 
prouvent ses friponneries. Le 4 février il fait approuver 
la conduite de Cadroy et de Mariette contre les terro- 
ristes du Midi. Le 27 mars il accuse Duhem d'être en 
rapport avec les Jacobins détenus dans la maison d"* arrêt 
de la Bombe, qui avaient formé le projet de détruire 
la représentation nationale. Le 2.9 il fait décréter que 
Billaud, Collot-d Herbois et Barière soient entendus. 
Lebon récrimine. Dans la .>éauce du 2 juillet il lit 
t^uelques passc.ges àa Journal B.pugiff' dans lequel il 



( 190 ) 

dit t ce Abattons les nobles, et tant pis \)ouv les bons ^ 
s'il y en a 5 que la guillotine soit en permanence Jans 
toute la République : la France aura assez cle cinq mil- 
lions d'iiabitans. w 

Couchery , membre du conseil des Cinq-Cents j l'at- 
taqua, le (j juin 1797 y plus adroitement, ce Vous avez 
fait de fausses dénonciations, lui dît-il enlace , contre 
Kougeville, dont vous étiez le débiteur 5 vous avez fait 
mourir le père et vous avez fait arrêter le lils par lé 
comité de sûreté générale. 5) La bonté tourna autour 
de sa tête 5 elle ne put se fixer sur sa personne. Il 
prit son parti. Il se retira dans son pays après toutefois 
la session. Le mépris général le fiappa. Il revint à 
Paris , se fit nommer chef adjoint au ministère de la 
justice 5 la mort le surprit en 1808. 

Guilleraut. — Avocat , nommé par le département 
de la Nièvre à la Convention nationale. Il fut de l'avis 
de l'appel au peuple, ce J'ai reconnu Louis convaincu 
du crime de haute trahison, s'écria-t-il, c'est dire que 
je le juge à mort, w 11 ne voulut pas qu'il fut sursis à 
son exécution. Membre du conseil des Cinq- Cents, il 
en est sorti en 1797* Après le 18 brumaire il a été 
nommé juge d'appel à Bourges. 

Guillemarâet. — Député de Saône - et - Loire , s'op- 
posa à l'appel au peuple et dit : ce Comme juge, je 
vote pour la peine de mort 5 comme homme d'état, le 
salut du peuple, le maintien de la liberté me forcent 
de prononcer la même peine 5 je vote encore pour 
la inort. Point de sursis. 5) Membre du comité de la 
guerre , il s'occupa de la levée de la cavalerie. Après 
la mort de Robespierre il fut envoyé dans les dé|)ar- 
temens de l'Yonne et de Seine-et-Marne, pour com- 
primer les terroristes qui fronçaient toujours le sourcil, 
quoique les chefs fussent mis à mort 5 ce qui prouve 
qu'un parti n'est pas vaincu, quoique les meneurs 
soient hors de ce monde: aussi les lieutenans de cettie 
infernale armée voulurent-ils reprendre les armes au 
20 mai 1795 contre la Convention , coupable d'avoir 
fait subir aux directeurs la peine de mort qu'ils avaient 



( «9' )_ 

méritée. La Convention, attentive à se conserver, et 
forte de son ensemble, terrassa cette tourbe révoltée, 
«•t Guillemarilet lut Pun de ceux (jui dirent que la 
justice ne permettait pas aux hommes de pardonner 
à leurs semblables , quand ils avaient voulu les assas- 
siner. 

Membre du conseil des Anciens , il s'attacha au 
parti directorial. Il parla avec véhémence contre les 
habitans de la Vendée et de l'Alsace, l'admission de 
Pichegru et T\^illot dans le comité des inspecteurs de 
la salle, la création de la garde nationale parisienne 
pour la défeuse du Corps-législatif, et contribua à la 
malheureuse journée du iB huctidor, après laquelle 
il demanda avec acharnement la déportation des nobles. 

En 179B il sortit du conseil; et le Directoire, pour 
le récompenser de son service , le nomma ambassadeur 
en Espagne. Les Consuls le rappelèrent et le nom- 
luèrent préfet de la Charente-Inférieure. Il est mort. 

Gnillermain. — Député de Seine-et-Oise , n'a pas été 
de l'avis de l'appel au peuple, a voté pour la mort, et 
contre le sursis. En 179^^ il a fait rendre un décret 
concernant l'administration de la marine dans les co- 
lonies. 

Guimherteau. - — Etait juge au tribunal d'Angoulême, 
quand le département de la Charente le députa à la 
Législature et ensuite à la Convwntion. Il ne fut point 
de l'avis de l'appel au peuple^ vota la mort^ sans 
sursis. 

En 1793 il fut envoyé dans les départemens de Loire- 
et-Cher et d'Indre-et-Loire. Arrivé à Blois , il mit ni^ 
impôt révolutionnaire sur les riches. A Tours, il cassa 
les autorités et les remplaça d'hommes que Barière 
ne trouva pas à la vraie hauteur. Francastel le rem- 
plaça. Il alla à Rouen, fit sa société des Godebin , 
Poret et Lamine, la terreur du pays; s'occupa de la 
remonte des chevaux, d'arrestations de suspects, et 
fît consacr&r à la raison les églises, renversa les croix 
et tout ce qu'il appelait les hochets de la superstition. 
Dôvenu in<.^mbre du conseil des Cinq-Cents, il s'op- 



( '92 ) 

posa aux décrets qui tendaient à rappeler les fugitifs 
de Toulon. La Montagne trembla an seul nom de 
justice. Alors Guimberteau sortit de la salle avec le 
parti de l'opposition, en s'écriant : ce Nons ne pouvons 
pas délibérer. 3)11 fut réélu en 1798. Après le 18 bru- 
mnire il passa anx fonctions de juge du tribunal civil 
d'Angouléme 5 il est mort. 

Guiter, — Député des Pyrénées - Orientales , vota, 
dans l'affaire du Roi pour l'appel au peuple, ce Moii 
opinion est connue, dit-il, je ne sais ce que c'est que 
de varier. Je demande la réclusion pendant la guerre, 
et le bannissement à la paix. 33 II a été du nouibie des 
soixante- treize députés proscrits au 3i mai. Devenu 
membre du conseil des Cincj Cents, il en est sorti ie 
2,0 mai 17975 il est entré au Corps-législatif d'où il c^l 
sorti en 1804. 

Giiyardin. — Nommé par le département de la Haute- 
Marne à la Convention nationale, il dit, sur la ques- 
tion de l'appel au peuple : ce J'ai reçu des pouvoirs aul- 
fisans pour dire non. Louis , ajouta t-il sur la se- 
conde question, est déclaré convaincu de haute tra- 
hison et d'attentats contre la sûreté t^énérale de l'Etat. 
Déjà Laporte, Dangremont, Backrnann et autres, 
convaincus des mêmes crimes, ont été punis de mort. 
C'était pour lui, par lui, et avec lui que les conjurés 
subalternes agissaient j il répugne à ma raison de par- 
donner au chef, lorsque j'ai condamné les complices, 
ToF/tcs les considérations politiques sont ici lâcheté 
ou perfidie. Elles peuvent convenir aux despotes 5 je 
les crois indignes d'un peuple libre. Tout délai serait 
nue faiblesse. L'avantagé qu'on prétend en tirer vis- 
cî-vis des ennemis extérieurs est illusoire ou incertain. 
En conséquence, je demande que Louis soit condamné 
à mort, et que le jugement soit exécuté dans les vingt- 
quatre heures. 33 

Envoyé en mission à l'armée de la Moselle et du 
Riiin , il y propagea toutes ses idées de terrorisme et 
mérita bien de la Montagne. Après le 9 thermidor il 
eut iine mission pour l'armée de FOuest. 



( «95 ) 

Devenu membre du conseil des Cinq-Cents, Her- 
mand (de la Meuse) lui reprocha d'avoir été l'un des» 
organisateurs de la propagande révolutionnaire qui 
dévasta toute T Alsace , en traînant les liabitans à l'écha- 
faud ou en les forçant d'émigrer. Il en sortit en 1797. 
Alors le Directoire le nomma son commissaire dans 
son département. Après le 18 brumaire il a été placé 
président du tribunal criminel du département de la 
Haute- Marne. Aujourd'hui il est décoré de la croix de 
la Légion- d'Honneur et l'un des conseillers-juges à la 
cour royale de Dijon, 

Guy es, — Avocat à Aubusson , fut député à la Con- 
vention par le département de la Creuse. II se déclara 
pour l'appel au peuple 5 vota pour la mort, et sans 
restriction, dit-il. Point de sursis. Après la session il a 
été employé par le Directoire en qualité de commis- 
saire. 11 est mort. 

Guyet'Laprade. — Député de Lot-et-Garonne à la 
Convention, vota pour l'appel au peuple, ce Vous avez 
convaincu, a-t-il dit, Louis du crime de conspiration, 
contre l'Etat. Vous croyez voir dans le code pénal la 
peine à lui infliger : je m'abstiens de prononcer sur 
cette question. Je pourrais opposer la constitution au 
code pénal. Je vote pour la détention. Il est passé au 
conseil des Cinq-Cents, en est sorti en 1798. 

Guyomar. — Négociant à Guingamp , a été député 
par le département des Côtes-du Nord à la Conventiou 
nationale. Dans le procès fait à son Koi, il dit sur la 
première question : ce Songez qu'il existe une factioa 
qui suflit seule pour perdre la République. Oublions- 
nous, sauvons le peuple , sauvons-le y)ar notre mibsion j 
il en est encore tems. Je propose, avec la conscience, 
d'un honnête homme, l'appel au souverain , comme la 
mesure que je crois la plus propre pour sauver ma 
patrie. Exempt de reproches depuis la révolution , je ne^ 
crains pas de mes commettaus celui d'avoir d»t avec 
fermeté et courage , oui. 

Sur la deuxième question , il fit un discours très- 

i5 



( 194 ) 

étenJti. Voilà son résumé : ce Je ne me suis pas re- 
gardé comme juge en déclarant Louis coupable, mais 
comme législateur qui va prononcer la mesure de la 
sûreté générale. Je vote pour la détention provisoire de 
Louis pendant la guerre, et son bannissement à la 
paix. Il fut d'avis du siirsis. 

A la séance du 8 mai 1793 on donna avis du succès 
des rebelles. Guyomar demanda à marcher contre eux 
comme soldat. Il défendit avec courage Condorcet et 
les Girondins. Le do novembre, il combattit le projet 
d'arrêter les prêtres qui se trouveraient dans les lieux 
où il y aurait des émeutes. Il demanda souvent le rap- 
pel d^^s députés proscrits au 3i mai. Il parla contre les 
terroristes. 

En juin 1795 il prétendit que sur cent pères d'émi- 
grés il y en avait quatre-vingt-dix-neuf qui avaient 
forcé leurs enfans de s'expatrier, et proposa des me- 
sures contre eux. Il s'opposa à la mise en jugement de- 
vant une commission nrilitaire des terroristes détenus^ 
atîendn que les juges étaient tous vendus à la cause de 
la royauté. Alors il sembla se rapprocher du parti des 
terroristes. 

En janvier 1797? il proposa de célébrer par une fête 
annuelle le supplice de Louis XYI^ dont il n'avait pas 
cru devoir voter la mort. 

Le II janvier 1799 , il fit une motion contre la fête 
des Rois, ce J'espère , dit-il, que bientôt plusieurs têtes 
couronnées ne seront que des rois de fè^e. 5> Il de- 
manda encore ce même jour que le président fût tenu 
de prononcer un discours en célébration de la journée 
du 21 janvier. 

Quand ^ le i^^'août, Courtois dénonça la conspira- 
tion terroriste, Guyomar, pour faire contre-poids, dé- 
nonça aussitôt les royalistes qui pillaient et incendiaient 
dans l'Ouest. 

Au 18 brumaire il ne se trouva point h. Saint-CIoud, 
parce que , dit-il dans une séance postérieure , il ne 
savait pas que le conseil y était transféré. Il vota le rejet 
de la résolution qui supprimait le Directoire, excluait 
ïoixsyite-deux députés , et ajournait le Corps-législatif> 



( >95 ) 

Depuis ce tems, Guyomar est retourné et vit dans 
ses foyers. 

Guyot (^Florent.) — Avocat h. Semnr, cléputé du 
tiers-état du bailliage d'Aiixois aux Etats-oénéraux . et 
député de la CAte-d'Or à la Convention. Il supposa à 
i'appel au peuple, ce J'ai déclaré Louis Capet coupable 
de conspiration, dit-il j celui qui conspire contre sa 
patrie mérite la mort. Je condamne Louis à la mort. 3> 
Il se prononça contre le sursis. En avril i ^pS il provoqua 
de nouveaux décrets pour empêcher la rentrée des 
émigrés. Envoyé dans le département du Pas-de-Calais, 
il s'y montra avec modération. li fut membre de la 
commission qui proposa d'exclure les nobles des fonc- 
tions publiques, et les signataires des pétitions anti- 
révoluiionnaires. Il est entré au couseil des Anciens , 
et il en est sorti le q.o mai 1797. Il était l'envoyé de 
France près les lignes grises, quand les Français se sont 
emparés de la Suisse. Il a été ministre plénipotentiaire 
à La Haye. Appelé au Corps-législatif en 1799, il a 
préféié à la qualité de député celle de hbraire tenant 
un cabinet de lecture. En 1806 il a été nommé secré- 
taire du conseil des Prises. Il est maintenant substitut 
du procureur-général au même conseil. 

Giiyton-Morveau, — Avocat- général au parlement de 
Dijon, fut député par le département de la Côte-d'Or 
à la Législature. Il accusa Girardin de partialité en 
faveur du général La Fayette , lorsque les Jacobins 
vinrent dénoncer ce dernier à la barre. Le 23 août il 
a fait rendre un décret pour s'assurer des biens des 
émigrés. 

Nommé K la Convention par le même département, 
il ne lut pas de l'avis de l'appel au peuple dans le 
procès fait au Roi. ce J'ai déclaré avec vous, a-t-il dit, 
Louis coupable de conspiration 5 aujourd'hui vous nje 
demandez quelle peine il mérite. Quand la loi n'en 
indiquerait point , la nature y suppléerait , parce qu'il 
est absurde qu'un attentat tel que des conspirations 
contre la patrie , reste impuni. J'ai aussi considéré 



( '96 ) 

cette question sons le rapport politique, j'ai tu que ce 
Serait donner un funeste exenipltî aux rois. Je vote pour 
la mort. 3) Il ne voulut pas qu'il fut sursis à son exé- 
cution. 

Après le 3i mai il a été envoyé k Parmée de la 
Moselle afin d'y diriger les aérostats. Il était à la ba- 
taille de Fleurns j mais monté dans un ballon et sur 
les derrières de l'armée. 

• Le 24 ^^^^ ^794 ^^ accusa Sieyes d'avoir fait un 
rapport insidieux à la suite duquel il paraissait mettre 
en fait que la constitution de 1793 n'avait été que le 
résultat de l'oppression. Il fit plusieurs rapports sur 
les finances, la navigation intérieure. Il est sorti du 
conseil en 1797. En 1800 il a été nommé administra- 
teur des monnaies , directeur de l'Ecole Polytechnique , 
oflicier de la Légion-d'Honneur. Maintenant il est 
attaché à la section sixième des sciences physiques à 
l'Institut : il est l'un des instituteurs é mérites à l'Ecole 
Polytechnique. Il a la qualité de baron. 



H. 



Hardy. — Médecin à Rouen ^ a été député à la 
Convention par le département de la Seme-Infériem-e. 
Il a montré une grande versatilité dans ses opinions , a 
fait diverses motions , a dénoncé tant de personnes , 
qu'on a osé imprimer que sa raison était devenue faible. 

Il débuta bien en se prononçant ainsi pour l'appel au 
peuple : 

ce Depuis que j'ai entendu dire à plusieurs de mes 
collègues que la mort du ci-devant Roi était nécessaire 
au salut public , l'inquiétude de voir prévaloir cetle 
opinion^ (\n\^ selon moi^ est contraire à la loi consti- 
tutionnelle qui a déclaré Louis inviolable, et peut de- 
venir fatale à la République , me détermine à exprimer 
ainsi ma pensée : ouij si la peine de mort est prononcée. 



( ï97 ) 

Sur la seconde question, il vota pour la détention et 
le bannissement, et fut d'avis dn sursis. 

Il s'insinua dans le parti de la Gironde , et lâcha 
quelques bordées, de la tribune , contre la Montagne. 
Il fut donc enveloppé dans la liste des députés exclus 
au 3i mai. Il se cacha à Rouen et dans les environs. Il 
fut rappelé en 11795. 

Alors on vit Hardy se jetant tantôt d'un côté, tantôt 
d'un autre. 

Quand il fut question de déporter les trois membres 
du comité de Salut public, il voulut qu'on déclarât 
qu'ils avaient mérité la mort. Il dénonça Charlier , 
Maure , Robert-Lindet. On lui reprocha d'être ingrat 
envers ce dernier, dont la famille avait favorisé sa fuite. 
En 1795 il proposa, vu la disette, de déclarer pro- 
priété nationale toute la récolte prochaine , et peine de 
mort contre quiconque refuserait telle mesure de grains 
pour une certaine quantité d'assignats. 

Lorsqu'on parla de diviser le territoire de Saint- 
Domingue, il prétendit qu'on ne devait pas laisser à 
cette île le nom du plus grand scélérat qui ait jamais 
€xisté (Saint-Dominique). 

(c Ne vous contentez pas d'arrêter l'agiotage , s'écria- 
t-il un jour, il faut faire rendre gorge aux agioteurs. 

Aux approches du i3 vendémiaire il appuya forte- 
ment la réélection des deux tiers par la Convention 
elle-même. Il se déchaîna donc vertement contre les 
sections de Paris et de tout le royaume, qui voulaient 
se débarrasser de plusieurs individus qui tenaient la 
France dans une fièvre ardente , dans une maladie 
dont la contagion gagnait nos voisins. Comme il était 
membre du comité de sûreté générale, il fit autoriser 
ce comité à décerner des mandats d'arrêt contrç tout 
vendémiairiste. Il signala comme chefs apparens de ce 
parti Aubry , Lomont et Miranda. 

Quand il fut réélu au conseil des Cinq-Cents, il se 
fit l'observateur du Directoire près le parti de Clichy 5 
il le harcelait sans cesse. Il fit décréter un jour, comme 
une petite espièglerie , que chaque député prêterait 
individuellement le serment de haine à la royauté. 



('98) 

Dans un accès de démagogie^ il s'écria, lois de la dis- 
en ssioii d'un projet de décret en faveur des prêtres : 
«Je m'oppose à toute amnistie en leur faveur 5 je pré- 
férerais l'accorder à l'arrnée de Coudé, n 

Tous les journaux j surtout V Observateur de V Europe^ 
à Rouen, avaient voulu rétablir l'ordre dans les idées 
de Hardy 5 et le ramener insensiblement à cet esprit 
de sagesse qui a toujours dominé le département dont 
il était représentant. C'est alors qu'il a voulu faire 
enchaîner la pensée, sceller les presses, et rouvrir les 
prisons. « On tend à faire la contre-révolution par l'opi- 
jiion publique , parce qu'on sait que les puissances ne 
pourront jamais dompter la France. 3> 

Le 17 février 1797, il parla sur la situation de la 
République, et annonça l'arrestation d'un administra- 
teur d'Evreux , parce qu'il était républicain. Il trouva 
cjne toutes les manœuvres pour faire de bonnes élections 
coïncidaient avec les instructions données par Louis 
XYIII. Voilà donc l'affiliation dont le prétendant fait 
l'éloge, en disant qu'il est très-content de certaine 
société (celle de (>lichy). Tous lys députés se levèrent 
d'indigiialion contre le langage indécent du médecin. 
Mais le docteur ajouta ironiquement : <c Si les 
membres qui la composent ( cette société) se recon- 
naissent au portrait qu'en a fait Capet , cela n'est pas 
ma faute 5 et peut-on se défendre de quelques alarmes, 
quand on remartine la série d'aclions, de discours 
et de menées en faveur des émigrés, de leurs parens 
et de leurs complices^ quand on remarque la déprava- 
tion générale de l'esprit public , etc. 

Hardy proposa euvsuite des niesures ultra-révolution- 
naires contre les prêtres et \^.% émigrés. 

Tandis que Hardy tenait la tribune aux harangues , 
Railleul faisait circuler un pamphlet contre la majorité 
des conseils. Ces deux normands, qui prenaient con- 
seil chez Barras , étaient les vedettes perdues des chefs 
qui conspiraient la dissolution des deux chambres. 

Duprat ne put s'empêcher de dénoncer le libelle de 
Bailleul, dont nous avons parlé à son article. Hardy le 
défendit. Peu accoutumé à parler en public^ il avô-it 



lonjouvs mie grande confusion d^idées; et cjnand la 
tête et la mémoire manquaient, il s'en tirait toujours 
par une petite sentence renouvelée des Grecs. Ce jour, 
les murmures et les voix , à bas le valet du Directoire ! 
le firent descendre. 

Mais vint le 18 frnctidor. Hardv se vengea. Il dé- 
nonça l'état-major de la garde nationale de Rouen , 
son pays, comme vendue à Louis XVIII, qu'il ap- 
pela V homme de Blankem-bourg,- Il envoya un courrier 
pour arrêter M. Robert , rédacteur du journal qui 
soufflait le royalisme de la Haute- Normandie à P Ouest 
depuis trop long-tems , et qiû il avait fait comprendre dans 
la liste des déportés, 11 fut au désespoir quand il sut que 
sa victime était échappée à son général Constant, 
dépêché en toute hâte pour cette belle expédition. 

Il se fit nommer de la commission chargée de reviser, 
disons mieux , de chasser des conseils tous les députés 
nommés par les gens de bien qui voulaient le retour 
de leur roi légitime pour cicatriser les plaies faites à 
l'état par un ramas de révolutionnaires , riches aujour- 
d'hui des dépouilles de leurs voisins. 

En 1798 il fut réélu. Il demanda le maintien des 
lois compi essives de la liberté de la presse. Il se montra 
favorable à la révolution du 18 brumaire. Il quitta 
l'ami Barras pour suivre l'étoile de Buonaparte. Il 
entra au nouveau Corj3S-législatif, d'où il sortit en 
1800. Il végéta quelque tems dans Paris. Il est aujour- 
d'hui, directeur des Droits-réunis du département de 
l'Ardèclie, à Privas. 

Harmand. — Député de la Meuse à la Convention, 
vota contre l'appel ai» peuple, ce Je ne puis puiser, dit- 
il, la peine dans le Code pénal, puisque vous en avez 
écarté les formes. Je vote pour le bannissement immé- 
diat. r> Il fut d'avis opposé au sursis. Après la chute de 
Robespierre il entra au comité de sûreté générale, 
pressa l'organisation de la police, et s'opposa àla réu- 
nion de la Belgique à la France, comme impolitique 
et dangereuse , et d'ailleurs contraire au vœu des 
Belges. 

Membre du conseil des Cinq-Cents, il s'opposa à 



( 20O ) 
qnelfuies mesures révolutionnaires, en faisant un rap- 
port en faveur des fugitifs du Haut et Bas-Rhin. Il dé- 
nonça les vexations commises dans ces départemens , 
par les proconsuls c[ui les avaient parcourus. Il fit la 
faut»; de coopérer à fructidoriser ses collègues pour 
complaire au Directoive. Sorti du conseil en 1798, il y 
fut réélu en 1799. Depuis il a été nommé préfet du 
Haut-llhin , ensuite préfet de Mayenne. Il a été décoré 
de la croix de la Légion-d'Honnenrj il n'est pas main- 
tenant occupé. 

Haussman, — Négociant à Versailles 5 député du 
département de Seine-et-Oise à F Assemblée législa- 
tive , il se plaça du coté gauche. Trois jours après le 

10 août qu'il approuva^ il fit décréter l'évacuation 
des maisons royales. 

Nommé à la Convention nationale, il fut envoyé le 
18 décembre aux armées, pour faire rendre compte à 
tous ceux qui avaient manié les deniers de la république. 

11 ne vota point dans le procès fait au lloi , attendu 
son absence*, mais il écrivit, le 16 janvier 1793, collec- 
tivement avec lleubell et Merlin (de Thionville) , une 
îettre dans laquelle il disait : ce Nous sommes entourés 
de morts et de blessés. C'est au nom de Louis Capet 
que les tyrans égorgent nos frères, et nous apprenons 
que Louis Capet vit encore! 

Haussman a passé pour avoir fait de bonnes affaires 
dans la Belgique. Au mois d'octobre 1796 il fut envoyé 
à l'armée du Nord en qualité de commissaire, fit des 
proclamations aux Hollandais pour les exciter à I^ 
révolte en faveur de la France , et fit parvenir à la Con- 
vention le vœu de tous les Belges (tjui demandaient leur 
réunion à la capitale du monde. 

Rentré dans la Convention il proposa, le 19 mai 
1795, de créer de nouveaux assignats et de réduire \q^ 
anciens au quart de leur valeur. 

Après la session le Directoire le nomma commis- 
saire près l'administration du département dé Rhin et 
Moselle. Maintenant il vit à la tête de belles manufac- 
tures danç ce pays. 



( -^Oï ) 

Jlavin, — Député de la Manche , a voté la mort, et 
pour le sursis. Membre du conseil des Anciens, il eu 
est sorti en 1798. Le Directoire le nomma son substitut 
près le tiibimal de cassation. Il est à présent l'un des 
juges de la cour royale de Caen. 

Hecquet. — Huissier à Caudebec , fut député à la 
Convention par le département de la Seine-Inférieure. 
Il fut.de Pavis de l'appel au peuple , vota la réclusion 
et le bannissement du Roi , et pour le sursis. On ne le 
vit jamais à la tribune. Il fut l'un des soixante- treize 
députés proscrits au 3i mai. Rentré dans l'Assemblée , 
il fut porté au conseil des Anciens. Il est mort à Paris 
le 00 novembre 1796. 

Henri-la-Kivière, — Avocat à Falaise, et député du 
département du Calvados à l'Assemblée législative. Il 
vota pour qu'on tolérât toutes les sectes religieuses , et 
que les prêtres ne fusseiJt point astreints au serment. Il 
fit décréter d'accusation Alexandre Lameth etBarnave, 
ex-constituans du côté gauche, parce que la commis- 
sion dont il était membre avait trouvé dans les papiers 
du Roi une note contenant le projet concerté entre eux 
et les ministres pour arrêter les progrès de la révolution 
et la ramener vers le point d'où elle était partie. Il s'op- 
posa à la création du corps des douze cents tyrannicides, 
proposée par Jean Debry. 

Réélu à la Convention, il émit ainsi ses opinions sur 
les questions suivantes : ^uxV appel au peuple : «Comme 
c'est affaiblir une proposition évidente que de la moti- 
ver, j'énonce purement et simplement mon vœu : oui. 

Sur la peine à infliger au Roi : ce Ce ne peut être par 
humanité qu'on épargne un coupable. La pitié pour 
l«s scélérats est une cruauté envers les gens de bien. Je 
n'ai jamais douté que Louis ne fût un grand cri- 
minel , et si je ne l'ai pas ainsi prononcé sur le /ait y 
c'est parce qu'il m'a paru injuste d'être à-la-fois législa- 
teur et juré. Mais à présent (^u'il s'agit d'employer 
contre Louis une mesure politique, et que je puis , 
comme législateur , prononcer sur son sort ^ je déclare 



( 202 ) 

en cette qualité , et d'après ma conscience qui m'élèvft 
au-dessus de tous les dangers , que Pintérêt de la patrie 
exige que Louis soit détenu pendant la guerre et exilé 
à la paix. Il a opiné pour le sursis. 

Il se prononça fortement pour le parti Girondin 
contre la Montagne, et quand Tallien montait à la 
tribune, il était sûr qu'Henri-la-llivière le suivait pour 
répondre. Nonmié l'ini des Douze chargés d'examiner 
les arrêtés de la commune de Paris, il opposa Uîie tête 
ferme aux couteaux des assassins. Son courage lui a 
mérité l'honneur d'être proscrit et décrété d'arrestation 
le 2 juin. Retiré dans son pays, il fut mis hors la loi et 
se tint caché. Après le 9 thermidor il rentra dans l'As- 
semblée le 8 mars lyc^S. 

Il parla souvent contre Robert-Lindet et Carnot , 
membres du comité de Salut public. Lors de l'insurrec- 
tion du 20 mai, il montra du sang-froid et du cou- 
rage contre les terroristes. Il lit valoir les principes qui 
s'opposaient à ce que les députés arrêtés par suite de 
cette journée fîissent traduits à une commission mili- 
taire. Il dépeça un discours de D u bois-Cran ce , qui 
n'était que l'expression de ses vifs regrets sur la chute du 
terrorisme, et en fit rejeter l'impression. Il fit renvoyer 
le jugement des terroristes devant les tribunaux , s'op- 
posa à l'arrestation des prêtres insoumis . Il sortit du 
comité de Salut public à l'époque du i3 vendémiaire, 
et il fut accusé d'avoir fait lever l'étendard de la royauté 
par les sections de Paris contre la Convention. Son nom 
se trouva porté comme royaliste dans les papiers trouvés 
chez Lemaitre. Sa conduite ferme et sage, lors de la 
levée des sections , fut le prétexte qu'employa la 
Montagne pour le faire décréter d'accusation 5 mais 
son éloquence naturelle le sauva du coup de mort dont 
il était menacé. 

Entré au conseil dès Cinq-Cents , on oublia ses pre- 
miers torts^ dus à la fougue de sa jeunesse , pour se 
rapprocher de son parti. Il ne devint que plus actif 
contre le jacobinisme. Il attaqua tous les actes insiu-- 
rectionnaires du Directoire. Le ministre Cochon ayant 
dénoncé la conspiration Babœuf , a Voilà , s'écria-t-il, 



( 2o5 ) 
la réaction de Tallien. Vous ne voyez , dit-il à ses col- 
lègues, que des royalistes qui conspirent, tandis que 
les babouvistes tentent à couvrir de nouveau la France 
de ruines. » 

La conspiration de la Yillebeurnois est dénoncée , et 
les cbefs sont arrêtés. Alors Henry- la-Rivière clierciie 
tiès-adroitenient à affaiblir l'importance que les révolu- 
tionnaires voulaient lui donner, ce Garât -Septembre va 
être nommé à un emploi considérable , disait-il , et les 
massacres vont recommencer. » 

Si tous ses collègues avaient eu sa perspicacité et son 
courage, la journée du i8 fructidor, préparée par le 
Directoire, n'aurait pas en lieu , et les Lourbons ren- 
traient en Fiance. Aussi fiit-il compris dans la liste des 
déportés. Il s'échappa , passa en Angleterre , servit la 
famille royale. Il est. revenu en France dans le courant 
dejuin 1814. f 

Hentz. — Député de la Moselle \ la Convention. 
Il étoit alors juge de paix à Sier k. Il rejeta Pappel au 
peuple et vota la mort sans sursis. Son discours prouve 
la noiiceur de son aine. Envoyé à l'armée du Nord, 
il coopéra à la défense de Dunkerque. Envoyé avec 
Bô dans les Ardennes , il remplaça les adminis- 
trateurs par des sans-culottes , et donna lui-même 
l'ordre d'incendier la ville de Ruschel , afin d'allumer 
le patriotisme des habitans. Il alla rejoindre Fran- 
castel aux armées de l'Ouest. Nous avons parlé , à l'ar- 
ticle Francastel , de toutes les horreurs qu'ils ont com- 
mises. Nous ajouterons seulement ici que Hentz se 
trouvant à la société populaire de Niort , dit à un no- 
table de la municipalité, qui avait fait sortir des prisons 
d'un endroit, pour les transporter dans un autre, 
nn grand nombre de prisonniers, dont quatre cents 
détenus étaient déjà morts par suite d'une maladie 
épidémique: « Je m'attendais bien à trouver ici quel- 
ques scélérats , juais je signale encore plus scélérats 
ceux qui les protègent, d) Le général Bard, qui avait été 
destitué , vint lui demander justice jil fut chargé de fers, 
sans être entendu. 



( 2o4 ) 

Pendant que Hentz et Francastel étaient au Pont- 
de-Cé, le comité révolutionnaire y fit fusiller douze 
«;ents personnes. Un nonuné Pecquenel , chirurgien 
du bataillon des ArdenneSj choisit environ trente ca- 
davres des plus robustes , et les fit écorcher , dans le 
dessein de faire tanner les peaux pour les translbrmer 
en culottes. Le premier tanneur à qui il s'adressa re- 
fusa net ses services 5 le second suivit cet exemple. On 
les menaça d'un traitement pareil h celui qu'on avait 
fait éprouver à ces trente cadavres, ce Vous êtes libres^ 
dit-il , de me faire périr 5 mais je ne puis me résoudre 
à prêter mes mains à cette opération. )> Aucun de ces 
ouvriers n'ayant voulu se souiller par cette infâme ac- 
tion , on en chargea quelques soldats en qui l'habitude 
du carnage avait étouffé toute espèce de répugnance. 
( Prudhornme. ) Il défendit Huchet et Grignon , les 
massacreurs du pays j et pour sauver la chose publi- 
que , il fallait , professait-il , faire des victimes. Il dé- 
nonça Phelippaux qui avait essayé de biu'iner les hor- 
reurs de ces deux monstres. Merlin ( de Thionville) le 
traita en pleine assemblée de proconsul incendiaire. Il 
était, comme on s'en doute bien, l'un des conspira- 
teurs au i^*". avril, marchant contre la Convention. 
Il fut décrété d'accusation ; après le i3 vendémiaire il 
fut amnistié. 

Hé fard. — Député de l'Yonne à la Convention , 
opina pour l'appel au peuple , pour la mort, et contre 
le sursis. En 1796 il fut nommé l'un des inspecteurs 
<le la salle , et en sortit en 1798. Après le 18 brumaire 
il a été choisi par le Directoire pour être l'un des juges 
du tribunal criminel de son département. 

Hérault de Sechelles. — Il était avocat du Roi au 
Châtelet. A la recommandation de la Reine, qui le 
rencontra chez madame de Polignac, il obtint la pre- 
mière place dVvocat-général qui vaquait au parlement. 
La révolution lui parut une divinité à laquelle il de- 
vait faire l'hommage de sa personne. D'abord , il se 
fit porter ri la place de commissaire du gouvernement 
près le tribunal de cassation. Les électeurs de Paris 



( 205 ) 
le placèrent dans TAsseniblée législative. Il se njontra 
armé pour détruire la Basliile 5 deux hommes i'ureiit 
tués à ses cotés. 

Le 11 juillet 1792, il contribua à faire déclarer la 
patrie en danger 5 le ly août, à faire poursuivre les 
royalistes comme auteurs de cette journée; le 19 5 à 
iaire créer un tribunal extraordinaire pour les faire ex- 
pédier plus promptement. 

A la Convention, il fut un montagnard fougueux. 
Il alla en Alsace 5 au lieu de calmer la fermentation , 
il la rendit plus active. Il se transporta à Colmar , le 
peuple qui n'aimait pas ses principes , voulut le massa- 
crer. Il se rendit dans le Mont-Blanc , d'où il écrivit 
la lettre publiée à l'article Grégoire. Il ne vota pas 
dans le procès de Louis XVI. Cette lettre , seulement^ 
exprime son opinion. Son influence fit supprimer la 
commission des Douze. Sa perfidie accéléra la révolu- 
tion du 3i mai. Il fut le père de cette constitution 
anarchique , dite de 1793. Robespierre voulait être 
président pour faire un discours le 10 août j Hérault 
l'emporta. De là une haine implacable entre ces ardens 
révolutionnaires. 

Il était membre du comité de Salut public , quand il 
écrivit, de Saintes, à Carrier : «Lorsqu'un représentant 
du peuple frappe , il doit frapper de grands coups , et 
kaisser toute la responsabilité aux exécuteurs. Il ne 
doitjamais se compromettre par des mandats écrits. 3> 
Iletourné dans le Mont-Blanc et dans le Haut-Rhin, 
il y créa im tribunal révolutionnaire pour mettre le 
pays à la raison. 

L'heure des dénonciations contre lui a commencé à 
sonn^3r le 16 décembre. Bourdon (de l'Oise) le dé- 
nonça comme ex-noble et comme entretenant des 
liaisons intimes avec Dubuisson , Prolz ; Bentabolle et 
Couthon le défendirent. Il parla lui-même en ces ter- 
mes : ce Si avoir été jeté par le hasard de la naissance 
dans une caste que Lepelletier et moi n'avons jamais 
cessé de combattre et de mépriser , est un criu)e 
qu'il me reste à expier, si je dois encore à la liberté de 
nouveaux sacniices , je prie la Convention d'accepté* 



( so6 ) 

ma démission Je membi-e du comité de Salut puV)llc. 3j 
On pense bien que cette démission ne fut pas accep- 
tée, llobespierre attaqua Danton , et" eut le secret 
d'envelopper dans sa proscription son ennemi Hé- 
l'ault. Le 17 mars 1794 ? Hérault est décrété d'accusa- 
tion pour avoir caché un émigré , pour être lié avec la 
faction Dantoniste 5 traîné au tribunal révolutionnaire, 
il est interpelé par le président de dire son nom. Je 
m'appelle Marie-Jean, dit-il , noms peu saillans ; je 
siégeais dans cette salle même où j'avais mérité l'ini- 
mitié des parlementaires. Vous êtes condamné à mort, 
lui dit le président. Il répond : Cette tactique ne m'é- 
tonne point 5 elle est digne de ceux qui ont soif de notre 
sang. Je m'y attendais. S'approcbant de Camille 
Desmoulins qui était finieux, «Montrons , dit-il, mon 
ami, que nous savons mourir, w II a été guillotiné le 
5 avril 1794' 

Himhert, — Député de Seine et Marne , lorsqu'il 
était maire de la Ferté-sous-Jouare : il opina pour 
l'appel au peuple, ce Je viens comme législateur, dit-il, 
et non comme juge , prononcer une mesure de sûreté 
générale 5 je déclare que ce n'est point le refus de 
l'appel au peuple qui m'y détermine, c'est le senti- 
inent intime que je n'ai pas le pouvoir de j"ger. Le 
peuple m'en a convaincu en nommant de hauts-jurés 
pour une liaute-cour nationale. Il ne m'a point donné 
im pouvoir dont il avait investi les hauts-jurés. Vous 
avez cassé la haute cour nationale. Eh ! ne craignez- 
vous pas que l'histoire ne vous accuse d'avoir usurpé 
im pouvoir quin^ous manquait.^ Je vote pour la réclu- 
sion pendant la guerre , et le bannissement après la 
paix. Il était malade lors de la question sur le sursis. 
Il ne parla guère que sur les finances , et fut envoyé 
dans les environs de Paris pour pourvoir à sa subsis- 
tance. Passé au Conseil des Anciens , il en sortit en 
1798, et fut nommé en décembre 1799 membre du 
Tribunat. En octobre suivant il fut porté à la préfec- 
ture des Vosges et décoré de la croix de la Légioii- 
vl'Honneur, 



( ^<^7 ) 
JIouvier-Eloi. — Député suppléant à la Conventîotl 
nationale, il ne vota pas dans le procès diilloi. Après 
le i) thermidor il fut envoyé près Parniée navale de 
Toulon 5 membre du conseil des Cinq-Cents , il ne s'eîit' 
occupé que de finances dans les comités. Après en être 
sorti en 1797 ? il a été nommé l'un des administrateurs 
de la régie d'enregistrement et des domaines^ place qu'il 
occupe en ce moment. 

Hubert ( Michel. ) — Député de la Manche , ne se 
trouva point à la Convention lors de l'appel nominal sur 
la question de Pappel au peuple. Il vota la mort et 
pour le sursis. Devenu membre du conseil des Cinq- 
Cents , il en est sorti en mai 1797 j et est retourné dans 
son pays , où il vit dans l'obscurité. 

Hiignet. — Evêque constitutionnel du département 
de la Creuse, député par ce département k l'Assemblée 
législative , et ensuite à la Convention , fut de l'avis 
de l'appel au peuple. «Louis est coupable de haute tra- 
hison f dit-il , je vais au fait . je vote pour la mort avec 
V amendement de Mailhe. Je demande ensuite que 
vous portiez la peine de mort contre ceux qui insul- 
teront les non-votans pour la peine capitale. Il s'opposa 
au sursis. 

Sans moyens, se trouvant honoré de siéger à la Mon- 
tagne , il ne parut à la tribune que les 24 juillet et i5 
août 1792? pour dénoncer les ministres et tenir un 
langage si grossier, exprimer des opinions si absur- 
des, que tous les partis firent la motion de l'envoyer 
à l'Abbaye. Il fut à la tête des séditieux à la jour- 
née du !*■■. avril 1794 5 anmistié par la loi du 4 bru- 
maire , enfin corulamné à mort le 6 octobre 1796 , 
comme complice du rassemblement formé par les Ja- 
cobins au camp de Grenelle dans la nuit du 9 au 10 
septembre 1796. Voilà Pun des juges de Louis XVI ! î î 

Humhert. — Député de la Meuse à la Convention , 
dit : ce J'ai déclaré Louis coupable de haute trahison , 
j'ai voté pour l'appel au peuple. Je dois respecter U 



( 208 ) 

vœu de la majorité. Je propose la réclusion pendant la 
guerre , et le bannissement à la paix. Il se prononça 
pour le sursis. Après être sorti en 1798 du conseil des 
Cinq-Cents, il fut nommé commissaire de la Trésorerie 
nationale. 



<%*<*/^ ^/^'m^^ '*-«.*<^ ^'^-^^ •" 



I 



IcHON, — Prêtre , supérieur de la maison de Tora- 
toire à Condom , fut nommé par le département du 
Gers à la Législature , puis à la Convention. 

Ce prêtre prononça, le 24^*1^1792? un discours véhé- 
ment contre le clergé , à la suite duquel il demanda que 
les ecclésiastiques fussent tenus de prêter le serment civi- 
que , sous peine d'être privés de la moitié de leur trai- 
tement. Il fut l'un des assaillans du château au 10 
août , et ne monte, à la tribune que pour exhaler le 
venin d'une ame infectée de principes désorganisa- 
teurs. 

Membre actif de la société des Jacobins , il ne ces- 
soit de réclamer son intervention , pour que la Con- 
vention fît éternuer Louis ^VI dans le sac. Il ne rougit 
pas de délibérer comme représentant du peuple dans le 
procès fait au monarque, cç Point d'appel au peuple, 
dit-il, lorsque j'ai voté pour l'affirmative- : Louis est 
coupable, j'ai déclaré que j'en avais la conviction. Laloi 
applique la peine de mort. Les principes réclament ici 
l'application de la loi. L'intérêt de la république exi^e 
que Louis meure. Chargé par mes comrnettans de 
veiller à cet intérêt^ je vote pour la mort dans les 
vingt-quatre heures. Il est inspecteur en chef de la 
loterie , à SenHs. 

Ingrand, — Avocat et administrateur du départe- 
ment de la Vienne j fut nommé par son département à 



I 



( 209 ) 

la Législature, ensuite à la Convention. Point d'ap- 
pel au peuple} la moit 5 point de sursis. Envoyé dans 
les départeniens de la Vienne et de la Vendée j il lit 
établir un tribunal révolutionnaire à Poitiers, et rem- 
plit de prisonniers toutes les maisons disponibles. Ces 
détenus, en grande partie, ont été fusillés. Piorry , 
le collègue d*Jngrand, écrivoit à un de ses amis , le 
6 septembre 1-792 : ce On a massacré depuis sept à huit 
jours tous les bandits, scélérats et contre-révolution- 
naires qui étaient dans les prisons de Paris. Le nom- 
bre s'élève à sept à huit mille hommes. Cet exemple 
terrible doit, dit-on, se propager dans toutes les villes 
du royaume. 5) Brival remplaça Piorry , il fut indigné 
des actes sanguinaires d'Ingrand , il voulait qu'on 
distinguât les innocens des coupables. Tu dois arrêter y 
lui écrivit le comité de Salut public , et non pas élargir. 
Il ne faut point d'humanité en révolution. Ingrand 
cassa toutes les opérations modérées de Brival , et 
fit rentrer dans les prisons tous ceux qu'il en avait 
fait sortir. Il menaça de sa puissance ceux qui avaient 
osé dire dans la société populaire , qu'il y avait des op- 
presseurs et des opprimés. 

Il alla à l'armée de TOuest , d'où il faisait quelques 
voyages dans la Vienne pour maintenir l'esprit public. 
L'esprit public î La guillotine était en permanence 5 
ou avait creusé une fosse sous l'échafaud au pied de 
l'arbre de la liberté. Ses racines devaient croître et 
S'étendre dans le sang des coupables* Il fit guillotiner 
le père de Thibeaudeau. Dans la Vendée il exerça les 
mêmes cruautés. 

Lors du procès de Carrier, il déclara que ce n'était 
qu'avec douleur qu'il votait l'accusation contre lui , 
parce qu'il était loin d'accuser ses intentions. 

Devenu membre du conseil des Cinq-Cents, il en est 
sorti en 1797. Il est employé dans les bureaux de l'un 
des ministères. 

Isnard. — Marchand parfumeur à Draguignan , dé- 
puté par le département du Var à la Législature, en- 
suite à la Convention. Le 29 novembre 1791 il appela 

14 



( 210 ) 
tous les Français à combattre les ëiiiigrés. En décembre 
il appuya la mise en accusation des princes français. 
Le i5 mai il accusa le Roi d'égarer le peuple et dénonça 
un plan de contre-révolution organisé par le comité 
autrichien, ce Commençons, dit-il, par détruire la 
garde constitutionnelle du Roi 5 nous détruiioris ensuite 
la royauté. Envoyé au 20 juin pour chasser les sédi- 
tieux entrés dans le château , il vint rendre un compte 
favorable de leur conduite. 

Le i3 juillet il prit la défense de Pétion et Manuel 
qui avaient organisé cette première émeute. Le 9 août 
il sonna le tocsin contre la Cour 5 le 10 il demanda 
la réinstallation des ministres que le Roi venait de 
renvoyer. Il alla à l'armée du Nord pour lui faire 
agréer cette affreuse révolution , source apparente de 
tous nos malheurs. 

Lorsqu'il s'est agi des appels nominaux dans l' affaire 
de Louis XVI, il s'opposa à l'appel au peuple. Il rap- 
pela que dans l'Assemblée législative il avait dit à 
cette tribune : « Que si le féu du ciel était dans ses 
mains, il en frapperait tous ceux qui attenteraient à 
la souveraineté du peuple, w Fidèle à ses principes^ il 
vota pour la mort, et il demanda aussi que les deux 
frères émigrés du Roi fussent jugés par le tribunal 
criminel. Il opina contre le sursis. 

Au 5 mars Barbaroux demandait la parole , la Mon- 
tagne insistait pour qu'elle lui fût refusée, ce II n'y a 
donc pas de liberté, dit-il, dans cette Convention, 
machine à décrets. 8'adressant aux tribunes, il déclara 
au peuple que sa liberté était placée entre le despotisme 
et la liberté , qu'il avait brisé le premier de ces écueils , 
mais qu'il était prêt à se briser contre le second. 

Il fit adopter la création d'un comité de Salut public, 
dont presque tous les membres ont été guillotinés. 

Le parti Maratiste et celui de la Gironde arborèrent 
leur étendard sous sa présidence. Marat fiit décrété 
d'accusation. Les Girondins triomphèrent. La com- 
mune de Paris vint demander la liberté de l'ami du 
peuple, en termes peu respectueux. Isnard lui dit : 
te Si Paris attentait à la Convention nationale j on cher^ 



f a.i ) 

cherait bientôt sur les rives de la Seine la placé oà 
cette ville avait existé. 5> Cette réponse mit en fureur 
tons les Maratistes. Au 3i mai il donna sa démission, 
dit-il , par amour de la paix. On l'arrêta arbitraire- 
ment. 11 s'échappa et ne revint à la Convention qu'après 
la chute des chefs Montagnards. Envoyé dans le dépar* 
tement des Bouches-du-Rhône^ il fit la guerre aux 
terroristes. Il iiit dénoncé comme ayant toléré les 
massacres qui eurent! lieu dans le Midi , et sur-tout 
ceux des détenus du fort Saint-Jean à Marseille, et: 
pour avoir dit : ce Si vous rencontrez des terroristes , frap- 
pez-les 5 si vous n'avez pas d'armes, vous avez des bâ- 
tons 5 si vous n'avez pas de bâtons, déterrez vos parens^ 
etde leurs ossemens assommez-les. 3) Devenu membre du 
conseil des Cinq-Cents , il en est sorti en 1797. Il a été 
juge dans les tribunaux du Var , ensuite au tribunal 
de première instance de Paris. Maintenant il vit dans 
la capitale, sans fonctions publiques. 

Isoré, — Cultivateur, député de l'Oise, ne fut pas 
de l'avis de l'appel au peuple, ce La loi est mon guide, 
dit-il , et malgré ma répugnance naturelle je vote 
pour la mort. r> Il rejeta la demande en sursis. Il a 
souvent parcouru les départemens afin de faire des ré- 
quisitions pour les besoins des armées. Il a proposé de 
décréter la continuation du maximum pendant un an. 
Après le 9 thermidor il a défendu avec acharnement 
les sociétés populaires. Le 8 novembre 1794 il accusa 
Tallien et autres d'avoir massacré en septembre les 
prisonniers. Etant dans son déparlement pour l'appro- 
visionnement de Paris, il lélicita la Convention de la 
victoire remportée au 20 mai sur les terroristes. Après 
la session , le Directoire l'employa comme son com- 
missaire pi es le département de l'Oise ; il fut destitué 
après le 18 brumaire, 9 octobre 1799. 

Izoard. — Député à la Convention nationale par le 
département des Hautes-Alpes , a voté pour l'appel au 
peuple , la détention pendant la guerre, et poiu' le 
bannissement à la paix^ ainsi que pour le sursis. Il est 

14* 



(2.2) 
sorti du conseil des Cinq-Cents. Il est maintenant payeur 
de département à Cliambéry. 

J. 

t/ûtc. — Propriétaire, élu par le tiers-état de la séné- 
cliaussée de Montpellier aux Etats-généraux, fut réélu 
par le département du Gard à la Convention nationale. 
Il fut de l'avis de l'appel au peuple, ce Je vote pour la 
mort , dit-il, mais je demande ensuite que l'on discn te la 
question du sursis. 3) Il ne se trouva pas à l'appel sur 
la question du sursis. Il est sorti du conseil des Cinq- 
Cents en 1798. En mars 1799 il a été du conseil des 
Anciens, d'où il est sorti après le 18 brumaire. Il est 
mort. 

Jacomin, — Député de la Drôme , vota contre l'appel 
au peuple, et pour que la peine portée parle code pénal 
contre les conspirateurs fût appliquée à Louis Capet, 
et contre le sursis. Envoyé dans les départemens pour 
l'approvisionnement de Paris, il manc^ua d'être mas- 
sacré par le peuple à Senlis. Il est soiti du conseil des 
Cinq-Cents en 1798 : au sortir du Corps-législatif, il 
fut nommé directeur des droits réunis à Besançon, dé- 
partement du Doubs. 

Jagot. — A été jnge-de-paix à Nantua. Député de 
FAin à l'Assemblée législative, puis à la Convention. 
Il ne s'est pas trouvé aux appels nominaux, parce qu'il 
était en mission à l'armée du Mont-Blanc avec Hérault- 
de-Séchelles et Grégoire. Il signa la lettre pour la con- 
damnation de Louis XVI. [Voir article G régo ire. ^^ntvé 
au comité de sûreté générale pendant la terreur , il en 
fut exclu le 27 juillet 1794* H ^^^'t décrété d'accusation 
le 28 mai 1795, pour abus de pouvoir, et pour avoir 
soustrait des papiers, dans l'intention de sauver plu- 
sieurs Jacobins. Amnistié , il est on ne sait où. 

tlai (^de Sainte-Croix^. — Député de la Gironde , ne 
voulut point d'appel au peuple^ et vota la mort du Roi 



I 



v^ans snrsîs. Il a présidé souvent les Jacobins , n'a cessé^ 
«l'habiter la Montagne , a donné d'un air satisfait des 
détails sur l'arres.tation et le supplice des Guadet , 
Salles et Barbaroux à Bordeaux. En décembre 1794 ? ^^ 
a signé avec lord Grenville j ministre des affaires étran- 
gères, le traité de commerce et de navigation entre. 
l'Angleterre et les Etats-Unis d'Amérique. Son effigie 
a été brûlée à Philadelphie pour s'être montré aussi fa- 
Yorable aux intérêts de l'Angleterre. 

Jard-Panvillers, — Médecin à Niort, député par le 
département des Deiix-Sèvres à l'Assemblée législative 
et à la Convention , fut d'avis de l'appel au peuple, 
ce Quoiqu'il soit contraire à mes principes de prononcer 
la peine de mort, dit-il, je n'hésiterais pas à la voter: 
si la tête du dernier conspirateur pouvait tomber avec 
celle de Louis. Je vote pour la détention jusqu'à la 
paix, et le bannissement à cette époque. 5> Marat le 
dénonça le 28 juin comme modéré. Il se montiYi pa- 
cificateur dans le département de POuest où il fut 
envoyé. 

Membre du conseil des Cinq-Cents , il parla avec 
force en faveur des parens des émigrés que l'on voulait 
exclure des fonctions publiques. Il fut réélu en 1798 , 
parla contre la loi des otages et de la déclaration de la 
patrie en danger. Il se montra favorable à la révolu- 
tion du 18 brumaire. Il fut ensuite envoyé comme 
commissaire dans les départemens. En décembre il 
fut nommé au tribunat. Le 25 décembre i8o3 , il reçut 
la croix de la Légion-d'Honneur , et il fit le rapport 
tendant à déclarer Buonaparte empereur des Français. 
Cette condescendance lui a valu d'être nommé l'un des 
questeurs du tribunat, commandant de la Légion- 
d'Honneur j et candidat au Sénat-Conservateur, 

Jarry. — Agriculteur près Nantes, ex-constituant^ 
a été nommé à la Convention par le département de 
la Loire-Inférieure. <c Je ne viens point, dit-il, émettre 
nion vœu comme juge de Louis; mes commettans ne 
m'ont donné aucun pouvoir à cet égard. Pour la tran- 



( 2l4) 
quillité publique, je vote, la réclusion, et le bannisse- 
ment lorsque la République sera consolidée. Il fut 
d'avis du sursis. Quand il fut nommé membre du 
comité de sûreté générale, dans le tems que les Giron- 
dins avaient la majorité, les Maratistes s'écrièrent que 
c'était un comité de contre- révolution, nommé sous l'in- 
fluence du ministre Roland , dans lequel se trouvaient 
à peine deux patriotes. En effet, les Montagnards ne 
laissaient jamais échapper l'occasion de placer leurs 
frères dans les comités de Salut public et de sûreté gé- 
nérale, parce qu'ils savaient que ces deux comités 
étaient le pouvoir exécutif, et que ce pouvoir peut 
donner aux esprits telle direction qu'il leur convient. 
De bons ministres sous les rois font aimer la royauté 
et les princes. D'ardens Montagnards, dans ces comi- 
tés, entretenaient la terreur, qui soutient toujours les 
usurpations. Jarry sortit de ce comité, et fut mis en 
arrestation pour avoir protesté contre le 3i mai. Revenu 
après la chute de Robespierre , il a été nommé au con- 
seil des Cinq-Cents , d'où il est sorti en 11798. 

Jaurand, — Notaire, député de la Creuse, ce Je pro- 
nonce pour l'appel au peuple 5 et comme législateur 
je vote pour une mesure de sûreté généiale, la déten- 
tion , et contre le sursis. Le 6 mai 1796 , il fut l'un des 
membres chargés d^examiner la conduite de Joseph 
Lebon. Il est sorti en 1798 du conseil des Cinq -Cents. 

Javocques. — Né à Bellegarde près Montbrison; 
député de Rhône-et-Loire , vota la mort du Roi, fut 
associé à Albit.e pçur toutes les mesures de destruction 
contre Lyon. C'est une vertu dans une république, 
suivant lui, de dénoncer son propre père, ce II faut que 
les Sans-Culottes profitent du moment pour faire leurs 
affaires , disait cet indiscret aux hommes crapuleux de 
Feurs, département de PAin , ainsi fais guillotiner tous 
les riches et tu le deviendras. 5) Quand les épouses ré- 
clameront la liberté de leurs maris 5 ce Ils sortiront, ré- 
pondait il, quand elles auront payé. 5:) Elles cherchaient 
de l'argent par-tout j elles apportaient ce qu'elles trou- 



( ="5 ) _ 

vaient. Javocqiies recevait , et faisait guillotiner le 
lendeniaiii sa victime. Enfin , pris an milieu de l'insur- 
rection du camp de GreneHe, en septembre 1795 , il a 
été condamné à mort , et fusillé le 9 octobre , âgé de 
trente-sept ans. 

Jean-Bon (^Saint-André.^ — Ministre protestant, dé- 
puté du Lot à la Convention nationale 5 se prononça 
contre l'appel au peuple, ce Si l'affaire de Louis Capet , 
dit-il, m'avait paru une affaire ordinaire, je n'aurais 
pas cru que la Convention dût s'en attribuer le juge- 
ment. J'ai pensé et je pense encore que c'est ici un 
combat de la liberté contre la tyrannie, et c'est un 
combat à mort. La mort est sans doute une peine 
horrible, mais la justice est une 5 elle ne change pas de 
nature. Des républicains sont justes, et quand ils flé- 
chissent les règles de la justice par les considérations 
de la politique, ils prennent des demi-mesures, et des 
demi-mesures sont toujours contraires à l'intérêt de 
Fétat. Tous les peuples qui ont voulu être libres n'ont 
pu l'être que par la mort des tyrans. Je vote pour la 
mort, et point de sursis. » Il a voulu qu'on oubliât 
les crimes de septembre, parce qu'une grande révolu- 
tion ne peut s'opérer que par des événeinens de toute 
nature. Il s'embarqua sur la flotte qui sortit de Brest 
en 1794« L'amiral Howe battit notre Jean-Bon , qui 
n'avait pas la moindre notion en marine, et lui prit 
sept bâtimens. Le Montagnard fut décrété d'arrestation 
le 28 mai 1795 comme terroriste, puis amnistié. Il 
vient de mourir étant préfet de Mayence. 

Jeannest'Lanoue . — Député de l'Yonne , entra à la 
Convention après la mort de Louis XVI. Il est sorti 
du conseil des Cinq-Cents en 1797*, il n'a rieiï dit ni 
rien fait qui fut digne de remarque. 

Johannot. — Député du Haut-Rhin à la Convention, 
s'opposa à l'impression de la liste des réclamans contre 
la fatale journée du 20 juin, afin de ne pas donner 
d'aliment aux proscriptions. Il vota pour l'appel au 



( 2l6 ) 
peuple , et la mort avec la restriction de Mailhe. ïl fut 
(i'avis du sursis. Il s'occupa principalement de finances, 
et il fut accusé d^avoir opéi^ la banqueroute des assi- 
gnats. Il est sorti du conseil des Anciens en 1797- 

Jovhc.rt. — Député de l'Hérault, député suppléant 
de ce département à la Convention. N'est entré dans le 
sein de la Convention qu^après le procès du Pioi. Il a 
été envoyé près des armées du Nord , de Sanibre-et- 
Meuse^ et il y, est resté comme commissaire-ordonna- 
teur des guerres. Il a été accusé d'avoir enlevé toutes 
les richesses de la Belgique dans son intérêt privé, et 
d'avoir ibrmé par ce moyen la fortune immense dont il 
jouit. 

Il a été réélu par le même département au conseil 
des Cinq-Cents. Là il a voté pour l'impôt du sel , et a 
combattu l'emprunt décent millions. Il s'opposa à la 
révolution du 18 brumaire. Il revint sur ses pas, et 
envoya son acte d'adhésion à tous les actes qui éma- 
nèrent des conseils, ce Je ne vois, disait-il, hors du 
gouvernement provisoire, que la royauté ou la plus 
déplorable confusion, parce que les citoyens qui en 
8ont chargés offrent aux républicains une garantie 
irrécusable. 

Il a été nommé président du conseil de guerre établi 
à Valence pour examiner la conduite des officiers qui 
avaient rendu les places fortes d'Italie. Il est passé à 
Milan comme commissaire- ordonnateur. 

Jouenne {^de Longchamps.\ — Marchand épicier a 
Beuvron 5 député du Calvados à la Convention natio- 
nale , vota contre l'appel au peuple , demanda la peine 
de mort du Roi , sauf à statuer l'époque où l'exécution 
aura lieu. Il ne voulut point de sursis. Il resta constam- 
ment attaché au parti de la Montagne 5 il passa au 
conseil des Cinq-Cents, d'où il est sorti en mai i797« 
Il s'opposa à la révolution du 18 brumaire, et fut exclu 
du Corps-Législatif. Sa famille , dont il dirigeait l'es- 
prit , exhuma les cadavres des seigneurs enterrés dans 
réglise de Beuvron j renonça au baptême^ etc. Il fut 



( 217 ) 
employé comme administrateur des hospices civils à 
Paris , puis y exerça la profession de médecin. Il vit 
maintenant retiré à Condé^ près Caen. 

Jourdan. — Dépnté de la Nièvre, s'exprima en ces 
termes sur la première question : 

ce En acceptant ma nomination à la Convention, je 
n'ai jamais cru me charger de fonctions de juge 5 mou 
avis est donc qu'il faut renvoyer au peuple. Je crois le 
peuple digne de la liberté 5 je crois que ce renvoi vfiai- 
rera le peuple sur ses véritables ennemis , et fera tom- 
ber le voile qui couvre ses faux amis. Je dis oui. 5) 

Sur la deuxième question : ce Je ne puis appliquer la 
loi parce que je ne suis pas juge. Le fussé-je , je ne la 
voterais pas , parce que la peine de mort est contraire à 
mes principes. Cependant si le sang de Louis pouvait 
établir le règne des lois , assurer l'empire de la liberté ^ 
je le répandrais plutôt moi-même, dussé-je me poi- 
gnarder après pour ne pas vivre avec les remords d'a- 
voir fait mourir mon semblable. Je vote pour le bannis- 
sement , mais seulement à l'époque de la paix. r> 

Jourdan fut d'avis du sursis. Le 18 septembre 1794? 
il demanda que les comités présentassent un projet 
pour éloigner de la République le reste de la famille 
des Bourbons. Les Jacobins de Marseille l'accusèrent 
d'avoir favorisé , lors de sa mission dans le Midi , le 
massacre des terroristes. 

Il a été réélu au conseil des Cinq-Cents; il fut appelé 
en 1800 au Corps-législatif par le Sénat conservateur. 
Il a refusé cette fonction. 

Jullien, — Député de la Drôme , vota contre l'appel 
au peuple, ce J'ai toujours haï les rois, dit-il, et moil 
humanité éclairée a écouté la voix de la justice éter- 
nelle 5 c'est elle qui m'ordonne de prononcer la peine 
de mort contre Louis Capet. n Point de sursis. 

Jullien s'est plaint, lors de ce procès, des menées 
qui avaient lieu pour sauver le prince du supplice qu'il 
avait mérité. Après la session conventionnelle il fnt 
employé par le Directoire coinme son commissaire. Il 



( 2l8 ) 

a eu lin fils qui , en qualité de commissaire du comité 
de Salut public , s'est fait remarquer par un grand 
nombre d'actes de cruautés et de vexations ^ et qui est 
aujourd'liui sous-inspecteur aux revues. 

Jullien ( fie Toulouse, ) — Ministre protestant , dé- 
puté de la Haute-Garonne à la Convention nationale; 
ne fut pas de l'avis de l'appel au peuple, ce S'il fut wxi 
inoment, dit-il, depuis l'ouverture de la Convention na- 
tionale, où nous ayons dû faire taire toutes les préven- 
tions , imposer silence à toutes les passions , c'est celui 
où nous sommes appelés à prononcer sur la vie d'un 
citoyen. Je ferme les yeux sur l'avenir heureux ou mal- 
heureux c[ui nous attend 5 je ne consulte que ma cons- 
cience j j'y puise l'arrêt pénible et douloureux que je 
dois porter. Je déclare donc sur ma conscience que 
Louis mérite la mort, et je vote pour cette peine, y* Il 
rejeta le sursis. La liberté de la presse le gêna dans le 
tems qu'il était en mission à Orléans et dans la Vendée. 
Il supprima les journaux. La Convention cassa sou 
arrêté. Le aS août, il voulut qu'on examinât la con- 
duite de la compagnie des Indes, qu'il accusa d'avoir 
f>rêté de l'argent à Louis XVI pour faire la contre-révo- 
ution. Les Jacobins ne le crurent pas aussi désintéressé 
qu'il le paraissait : ils lui imputèrent d'avoir des liaisons 
d'intérêt avec les fournisseurs Malus et d'Espagriac. 
Cette affaire n'eut pas de suites sérieuses. Julien fit un 
rapport sur les administrateurs qui avaient parlé et agi 
contre le 3i mai. Ilobespierre attaqua aux Jacobins ce 
travail comme feuillantin et contre-révolutionnaire. La 
commune, à laquelle il en avait fait hommage, ordonna 
qu'il fût brûlé. Ce rapport était à bout-portant contre 
Arnar , Vadier , Henriot, etc. Après le 3i mai, ce parti 
dénonça Jullien, le fit décréter d'accusation comme 
coupable de faux, en trafiquant de ses opunons, et spé- 
culant sur les compagnies financières avec Chabot , 
Delannay et Basire. Il s'évada; il fut mis hors la loi. 
Après le 9 thermidor Marec fit rapporter ce décret. 
La session finie il ne rentra pas dans le Corps-légis- 
latif. S'étant insinué dans une municipalité de Paris , 



( 219 > 
il fut chargé par les Jacobins de la me du Bac de rédi- 
ger une adresse au Corps-législatif j pour provoquer la 
déclaration de la patrie en danger. Après le 18 bru- 
maire il fut arrêté et condamné a la déportation. Ces 
décrets ne furent pas mis à exécution. 



K 



Kersaint (^ comte de^. — Ancien capitaine de vais- 
seau. Ou supposa qu'il était l'auteur d'une brochure 
philosophique ayant ponr titre , Le bon Sens. 

En 1791 il a été nommé administrateur du départe- 
ment de Seine et député suppléant à l'Assemblée légis- 
lative. Il remplaça Monneron. Attaché à la constitution 
de 1791» il crut devoir se plaindre de quelques actes 
ministériels qui y portaient atteinte. Après le 10 î^oût 
il fut envoyé comme commissaire à l'armée de la 
Fayette, qui le fît arrêter le 14 a Sedan. Le département 
des Ardennes le fit mettre en liberté. Il s'éleva souvent 
contre les pro\ocateurs au meurtre et à l'assassinat. 

On le vit toujours opposé aux Montagnards et tenir 
au parti des modérés. Les Jacobins ne croyant pas à 
ses protestations apparentes d^ patriotisme, saisirent 
l'occasion de l'inscription de son nom dans les papiers 
de l'armoire de fer, port^ comme royaliste^ pour le dé- 
clarer suspect. Il vota pour Pappel au peuple et la 
réclusion du Roi jusqu'à la paix. Une se trouva point 
à la séance où Ton agita la question du srjrsis. 

On lut, le 20, une lettre de M. de Kersaint , dans 
laquelle il déclarait dpnnersa démission, comme ayant 
honte de se voir assis au milieu des assassins de sep- 
tembre et d'hommes de sang : Je veux défendre^ dit-il y 
ma mémoire d'' avoir été leur complice , et je ne peux rester 
plus l(>ng-tems membre de la Convention. Demain^ ajouta- 
t-il , Une serait plus tems , puisque ce jour doit éclairer de 
nouveaux forfaits, OiiXii. manda à la barre, il persista 



( 220 ) 

dians sa lettre^ refusa les honneurs de la séance, et se 
retira dans la campagne, où il a été arrêté, conduit 
au tribtmal révolutionnaire, et condamné à mort, 
comme royaliste^ le 4 décembre lyoS. 

Kervelegan. — Sénéchal du présidial , député du tiers- 
état de la sénéchaussée de Quimper aux Etats-généraux^ 
jnarqua peu dans PAsseriiblée constituante, lléélu à la 
Convention par le département du Finistère, il vota 
pour l'appel au peuple, trouya qn'il n'était pas juge, 
qu'il ne pouvait prononcer que la détention pendant 
la guerre, et la déportation à la paix. » Il fut de l'avis 
du sursis. Il dénonça les feuilles incendiaires de Marat , 
fut l'un des Douze membres chargés d'examiner les 
arrêtés nationicides de la commune de Paris. Décrété 
d'arrestation au 3i mai comme fédéraliste , il se cacha 
dans son pays. Revenu dans l'Assemblée, il montra 
le plus grand courage lors de l'insurrection des fau- 
bourgs au 3i mai lypS^il fut même blessé. Il est pass^ 
au conseil des Cinq-Cents^ d'où il est sorti eu 1798. 
lléélu en 1799^ il est entré au Corps-législatif. 



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Laboissibre, — Juge au tribunal de Moissac , dé- 
puté du Lot à l'Assemblée législative et à la Conven- 
tion , ne fut pas de l'avis de l'appel au peuple, ce Je suis 
juge, dit-il, et je ne puis m'empêcher d'être juge, 
Louis est convaincu de conspiration contre la liberté. 
j'ouvrcL le code pénal, je prononce la mart, me réser- 
vant, comme Maillhe, d'examiner s'il ne serait pas 
ntile de surseoir à l'exécution du jugement. r> Il a opiné 
j)our le sursis. Devenu membre du conseil des Anciens , 
il en est sorti en mai 1798. Il a été employé comm& 
commissaire dans son département. Après le 18 bru- 
maire il a été nommé juge au tribunal civil de Seine. 



r 



( 221 ) 
Il n'est plus au nombre des magistrats de ce dépar- 
tement. 

Lacaze. — Négociant à Bordeaux, député par le 
département de la Gironde, a voté le bannissement 
du Iloi. Il était malade lors de l'appel nominal sur 
le sursis. Après le 3i mai Marat l'accusa de corres- 
pondance avec Valazé. Marat a dit : Décret*d''accusa- 
tion est porté. Lacaze est guillotiné le 3o septembre 
17(^4? P^^ ordre du tribunal révolutionnaire: 

Laeombe. — Député de l'Aveyron , doctrinaire et curé 
de Saint-Paul de Bordeaux , député de la Gironde ^ 
évêque constitutionnel d'Angoulême, vota contre l'ap- 
pel au peuple, pour la mort et contre le sursis. Il a été 
condamné à mort comme fédéraliste en 1793. 

Lacombe-Saint-MicheL — Capitaine d'artilleiie dans 
le septième régiment. Ses principes le firent renvoyer du 
régiment par le maréchal Broglie, la nuit du 11 juillet 
lyS^. Il fut député par le département du Tarn à la 
Législature. Il a été envoyé à l'armée d'Espagne pour 
lui annoncer la déchéance de Louis XVI , et de là eu 
Savoye pour destituer le général Montesquiou. Le 
même département le nomma à la Convention; il vota 
contre l'appel au peuple, pour la mort du Iloi et contre 
le sursis. Il a été en Corse^ à l'armée des Ardennes, 
ambassadeur à Naples. Enfin il est mort dans cette 
dernière ville , ministre de la guerre , sous, le prince 
Murât. 

Lacoste, — Député du Cantal, s'opposa à l'appel au 
peuple; il dit : ce Le tyran vivant est le fanal de nos 
ennemis du dehors et du dedans; mort, il sera Peffioi 
des rois lignés et de leurs satellites. Son ombre dé- 
concertera les projets des traîtres, mettra un terme 
aux troubles, aux factions, donnera la paix à la Répu- 
blique, et détruira enfin les préjugés qui ont trop long- 
tems égaré les hommes. Le tyran est déclaré convainpu 
du plus grand des crimes, celui d'avoir voulu a^aeivir 



( 222 ) 

la nation. La loi prononce, la peine de mort contre 
un pareil attentat. Soumis à la loi, je vote pour la 
mort. Point de sursis. 5> Il a presque toujours été en 
mission dans les départemens de la Haute-Loire, du 
Rhiii, de la Moselle , où il a montré beaucoup de cou- 
rage. Il fut accusé par Faiu*e et Dentzel d'avoir fait 
couler le sang des patriotes en Alsace. Malgré la dé- 
fense de Delahaye, il fut décrété d'accusation, ensuite 
amnistié. En 1800 il a été appelé à la préfecture des 
Forêts. 

Lacoste ( ii/zt?. )— Médecin à Montignac, député 
de la Dordogne à l'Assemblée législative ej; à la Con- 
vention. Il est resté cramponé sur la Montagne. Point 
d'appel au peuple, la mort du Roi, et puint de sursis 
à son exécution. Membre du couiité de sûreté générale 
pendant la terreur, il a signé bien des arrêts de mort. 
Exclu du Corps-Législatif, il est décédé en i8o3. 

Lacrampe. — Avocat, député du département des 
Hautes-Pyrénées, dit lors du procès du Roi : J'ai déclaré 
Eiouis coupable , j'ai voté pour l'appel au peuple. J'ai 
cru cette mesure infiniment sage et convenable pour 
anéantir la faction jniais il faut être juste : je vote pour 
la mort, sans sursis. 5) Devenu membre du conseil des 
Cinq-Cents, il fut réélu pour deux ans. Entré en dé- 
cembre 1800 au Corps Législatif , il en est sorti en 
1804. 

Lacroix, — Député de la Haute-Vienne , dit sur la 
première question lors des appels nominaux : ce Ouîy 
si l'Assemblée prononce la peine de mort : non, si 
l'Assemblée regarde ce décret comme mesure de sûreté 
générale. Sur la deuxième, je vote^ pour la détention 
et le bannissement. Sur la troisième, j^ suis d'avis dii 
sursis. » Il a été l'un des soixante-treize députés exclus 
au 3i mai. Il est rentré dans la Convention , d'où il est 
sorti. Sans être entré depuis aux conseils, il est procu- 
reur du Roi près le tribunabcivil de Bellac. 

Lafond» — Député suppléant de la Corrèze^ n'arriva 



( 225 ) 
SI la Convention que le 9 janvier 11793. Il refusa de 
voter dans le procès du lloi, sons le prétexte qu'il 
n'avait pas assisté aux débats pendant Finstruction du 
procès. 

Laguire, — Jnge-de-paix du canton de Maficiet, dé- 
puté du Gers à l'Assemblée législative et à la Conven- 
tion, ne fut pas de l'avis de l'appel au peuple, ce Je 
vote pour la mort, dit-il; nous devons aux llois une 
grande leçon , aux peuples un grand exemple. r> Il opina 
contre le sursis. 

Laignelot, — Auteur de la tragédie d^Agis , homme 
d.e lettres^ adopta les principes révolutionnaires. Il fut 
nommé à la Convention par le département de Paris. 
Vota contre l'appel au peuple , pour la mort et contre I0 
sursis; Attaché au parti de la Montagne, et presque 
toujours en mission , il fut de moitié avec Lequinio 
dans les cruautés et victimes qui ont été faites à Brest > 
Lorient, la Rochelle, llochefort et dans la Vendée. 
En novembre 1793 il envoya au tribunal révolu- 
tionnaire l'état-major du vaisseau l'Apollon prévenu 
de conspiration. Il fit brûler les livres d'église, dé- 
nonça des jeunes gens qui avaient abattu le buste de 
Marat au théâtre Feydeau. Ensuite il prit un. autre ca- 
ractère ; il parla en septembre contre Carrier et tous 
ceux qui avaient organisé la guerre de la Vendée. 
Membre du comité de sûreté générale, il fit un rapport 
pour démontrer la nécessité de fermer la salle des Ja- 
cobins. Des applaudissemens couvrirent son rapport et 
le décret fut rendu. Ceux-là sont des royalistes, disait- 
il aux partisans du régime révolutionnaire , qui ont 
versé le sang, protégé les dilapidateurs, fait venir à 
Paris des scélérats pour les défendre , et dressé des écha- 
fauds dans tous les départemens. Parlait-il en son nom 
et d'après son opinion , ou bien n'était-il que le rap- 
porteur du comité? Il a pris part dans l'insurrection des 
Jacobins lors de leur révolte au i^*^. avril 1795, tt 
au 20^ 22 et 23 mai contre la Convention : il a été dé- 



( 224 ) 
crt'té (rarrestation comme révolté, puis amnistié : d'où 
il faut conclure qu'il n'a agi que dans l'esprit de la. 
majorité du comité dont il était membre. Il s'est jeté 
dans la faction Babœuf, et a été arrêté de nouveau. Il 
a été acquitté. On lui a donné une place de receveur de 
passes qu^il a refusée. Il travaille , dans le silence^ comme 
homme de lettres. 

Lakanal. — Etait prêtre doctrinaire, fut député à la 
Convention nationale par le département de l'Arriége. 
Lors de son vote contre l'appel au peuple^ il dit : ce Si 
le traître Bouille , si le fourbe Lafayett-e^ si Thierry et 
les intrigans ses complices votaient sur cette question , 
ils diraient oui : comme je n'ai rien de commun avec 
ces gens-là, je dis non. Ce prêtre vota la mort de son 
Roi, et contre le sursis. 11 «tait risible de voir cet 
ancien professeur de collège en mission avec un faste 
asiatique, marchant entre les troupes et les canons. 
Il fit tout pour se rendre odieux au peuple. En mars 179^ 
la Convention chargea l'abbé Lakanal de dépouiller le 
château de Chantilly. Il y trouva deux mille deux 
cent huit marcs d'or et d'argent. Il prit tous les papiers 
de la famille, et les plans de campagne du grand 
Condé , héritage précieux. Les villes qui rappelaient 
des noms et des idées royalistes excitèrent la bile de 
l'abbé Lakanal. Il proposa, le i«''. juin 1793, de les 
remplacer par des mots et des noms qui transmettraient, 
suivant lui , à la postérité , les hauts faits révolution- 
naires. Il fit un rapport assez plat sur les honneurs à 
rendre à Marat. C'est encore lui qui, le 17 avril 1794? 
proposa d'élever une colonne en faveur des citoyens 
morts en renversant la royauté le 10 août. Le 7 sep- 
tembre il demanda la destruction du Palais-Royal , 
pour élever sur ses ruines la statue de la liberté. La 
royauté, dans son cœur, était une chose immonde. En 
janvier 1796 il fit décréter que le serment de haine à 
la royauté serait signé individuellement par tous les dé- 
putés et déposé aux archives. Pièce curieuse en ce mo- 
ment. A cette époque , comme membre des Cinq-Cents , 
il traita les réquisitionnaires Aq polissons ^ ^enfans dé- 



( 225 ) 

hontes. Il a été employé en septembre 1799 en qualité 
de commissaire près les Droits-iéunis. En novembre il 
fut destitué. Aujourd'hui il est membre de l'Institut. 

Lalande. — Evêque constitutionnel du département 
de la Meurtlie^ qui le députa à la Convention, ce II est 
important^ dit-il , que votie décret qui déclare Louis 
coupable soit respecté, et comment le sera-t-il, s'il ne 
réunit pas la majorité des suffrages ? Et comment 
réunirez-voHS cette majorité , si vous ne consultez pas 
le peuple? Je dis oui. 5> Il vota pourla réclusion , con- 
formément à l'avis de Molle vault {ci- après) , et pour le 
sursis. Devenu membre du conseil des Cinq-Cents , il 
en est sorti en 1798. ^ 

Laloue. — Député du Puy-de-Dôme , se déclara pour 
l'appel au peuple, vota la mort et contre le sursis. 
Membre du conseil des Cinq -Cents 5 il en est sorti en 
1797 ^ et a été réélu pour un an. 

Laioy. — Administrateur de la Haute-Marne , dé- 
puté à la Législature' et à la Convention nationale , ne 
fut pas de l'avis de l'appel au peuplejvota lamort et point 
de sursis. Il se montra digue des faveurs de la Mon- 
tagne. En septembre Ï795 il passa au conseil des Cinq- 
Cents , et en sortit en 1798. Il fut réélu au conseil des 
Anciens. Il fut membre de la commission intermédiaire 
de ce conseil après le 18 brumaire, et entra en dé- 
cembre au Tribunat. Il s'occupa de dispositions pour 
activer la vente des biens des émigrés. Il est , en ce 
moment, membre du conseil royal des prises. 

Lamarque. — J'^ç® ^u tribunal de Périgueux , fut 
député par le département de la Dordogne à la Légis- 
lature. Le 21 janvier 1792 il proposa le séquestre des 
biens des émigrés. Peu de jours après, il demanda que 
le décret relatif à ce séquestre ne fût pas soumis à la 
sanction du Roi. Le 28 juin il fit la motion de casser 
tous les /rae/raZ>/-e5 des tribunaux, parce qu'ils n'étaient 
pas assez patriotes. Le 9 août il pressa l'Assemblée de 
prononcer la déchéance du Roi , et de se déclarer eu 

i5 



( 226 ) 
permanence jusqu'à ce que le décret fût rendu. Le lo, 
il fut envoyé pour arrêter l'attaque des factieux contre 
le cliâteau. Il rentra, en disant que ses collègues et lui 
n'avaient pas pu se faire reconnaître , et il eut \e courage 
de rédiger ensuite une adresse au peuple pour lui faire 
approuver l'attentat porté à son Roi. 

Nommé à la Convention , il rejeta l'appel au peuple. 
c< Louis est coupable de conspiration , dit-il , il fut par- 
jure, il fut traître. Son existence soutient les espérances 
des intrigans , les efforts des aristocrates. La loi a pro- 
noncé la peine de mort 5 je la prononce aussi , en dési- 
rant que cet acte de justice qui fixe le sort de la France 
soit le dernier exemple d'un homicide légal. Il opina 
contre le sursis. Il attaqua le parti des Girondins , et 
défendit bassement la Commune assassine de Paris. 
C'est lui qui demanda la suspension des procédures 
commencées contre les massacreurs de septembre. Il fit 
prononcer la peine de mort contre les auteurs d'écrits 
provoquant le retour de la royauté. 

Envoyé en avril à l'armée du jSord avec Beur- 
iionville, Cainus et Quinette , pour y faire arrêter Du- 
luouriez, ils furent livrés au prince de Cobourg^ qui 
les fit détenir en Autriche jusqu'en décembre 1795, 
époque à laquelle ils furent échangés contre Madame 
Royale, dont les vertus et les bontés sont aujourd'hui 
des objets de vénération et de l'espect pour les Français. 

Laniaïque entra alors an conseil des Cinq-Cents. 
Bientôt il reprit son système de diffamation contre la 
royauté, et voulut prouver qu'il ne pouvait pas exister 
d'anarchie dans un Etat. Il fit rendre une loi d'amnistie 
pour tous les détenus pour faits révolutionnaires. Il 
parla en faveur de V humain Barrère. Le 4 février 1797 
il saisit l'occasion de la découverte de l'institut phi- 
lantropique, établi dans la France par la Ville- 
lieurnois , etc. ^ pour se répandre en invectives et en 
imprécations «ijftitre les princes fiançais. Il essaya 
adroitement de faire étendre l'amnistie à l'ami Barrère. 
Il rappela les crimes qu'il disait avoir été commis au 
nom de la religion, et voulut soumettre à \\\\ nouveau 
serment les ministres catholiques. 



( 227 ) 

Aux approches de fructidor, il osa professer que les 
actes du Directoire évidemment en révolte contre les 
chambres, n'étaient pas soumis à leur censure. Il pré- 
sida le conseil des Cinq-Cents à FOdéon , le 18 fruc- 
tidor. Le Directoire le regarda comme un valet si plat, 
qu'il l'exclut, l'année suivante, du Corps-législatif. 

Cependant le Directoire^ pour faire cesser ses cris à 
l'ingratitude , le nomma ambassadeur en Suède 5 mais 
il ftit élu aux Cinq-Cents en 1799. H a toujours professé 
les mêmes opinions et n'a cessé de réclamer amnistie 
pour son Barrère, mais en vain. Il a été nommé préfet 
du département du Tarn. Le républicain Lamarque a 
été décoré de la croix de légionnaire. Nommé juge d© 
la cour impériale de cassation , il a fait partie de la dé- 
putation de cette cour vers le Roi, qui a dit qu'elle 
était satisfaite de revoir les héritiers de Saint Louis sur 
un trône honoré par quatorze siècles de vertus. 

Lambert {^de Belan^, — Juge-de-paix du canton 
d'Antricourt , député de la Côte-d'Or à l'Assemblée lé- 
gislative, et ensuite à la Convention nationale, vota la 
détention de Louis XVI et son bannissement à la paix. 
Il était malade lors delà question du sursis. Il avait, 
avant tout, demandé l'appel au peuple. Pendant les 
deux sessions il a montré beaucoup de modération. Il 
eut la force de demander que Louis Xli et Henri IV 
fussent mis au Panthéon. La Montagne l'accabla d'in- 
vectives. 

Lanjuinais. —^ X\ocsii et professeur du droit canon 
à Rennes, ex-constituant, député à la Convention par 
le département d'Ille-et-Vilaine , eut horreur de voir 
l«\s massacreurs de septembre siéger dans une Assem- 
blée dite conventionnelle. Dès le 24 septembre il ap- 
puya avec force la motion de Kersaint tendante à porter 
une loi contre les provocateurs à l'assassinat, au pil- 
lage. Tallien l'accusa sur-le-champ de feuillantisme. 
Il demanda qu'une garde départementale assurât l'in- 
dépendance de la Convention 5 cette motion ébranla 
le parti des terroristes. Le 5 novenibre il se joignit à 
LouvetetBarbarouxqui signalaienl Robespierre comme 

i5* 



( 228 ) 
lisant à la Jitlatnre Le i5 décembre il demanda qu'on 
lais&ât à Louis XVI les mêmes moyens de défense 
que l'on accorde à tous les accusés. Le 26 décembre 
il attaqua avec un courage étonnant l'acte d'accusation 
dressé contre son Roi. ce Louis XVI peut être coupable, 
disait-il, pour avoir viole la constitution qu'il avait 
juré de maintenir 5 mais avez-vous le droit de le juger, 
vous qui vous placez ici accusateurs, témoins, jurés 
eX juges, et qui le chargez de crimes que quelques-uns 
d'entre vous ont commis , comme d'avoir répandu le 
sang du peuple au 10 août? vous êtes des conspira- 
teurs, et il est de justice de rapporter l'acte d'accusa- 
tion. Nous délibérons ici sous les couteaux des assassins. 
Donnez au Roi la garantie que le code pénal accorde 
aux accusés 5 ordonnez qu'il faut deux tiers de voix 
pour le condamner. 5) La Montagne poussa des cris de 
rage. Lanjuinais émit ensuite les votes suivans dans 
le procès : ce Je dis que Louis est coupable pour avoir 
violé la constitution , sans consentir néanmoins à me 
reconnaître pour son juge 5 sur l'appel nominal je dis 
oui , si vous le condamnez à mort 5 dans le cas contraire^ 
je dis non. Sur la peine à infliger: le peuple n'a pas le 
droit d'égorger un prisonnier vaincu 5 c'est donc diaprés 
le vœu et les droits du peuple , et non d'après l'opinion 
que voudraient nous faire partager quelques-uns d^en- 
tre nous , que je vote pour la réclusion jusqu'à la paix, 
et pour le bannissement, d:) Il fiit de Pavis du sursis. 

Garan-Coulon avait combattu l'opinion de Lan- 
juinais, qui consistait à ne prononcer contre le Roi 
qu'aux deux tiers des voix. 

Le parti Jacobin^ content d'avoir fait périr \e Roi, 
voulait faire rapporter le décret qui ordonnait de pour- 
suivre les septembriseurs. Lanjuinais s'y opposa avec 
une éloquence vive et convictive, qui redoubla la rage 
de ces assassins. 

En mars il combattit le projet d'un tribunal révolu- 
tionnaire, et voyant que son opinion n'était pas for- 
tement appuyée, il se borna à demander que ses attri- 
butions ne s'étendissent pas au-delà de Paris. Les 27 
et z8 mai il signala les mouvemens des Jacobins, dé- 



( 229 ) 
fendit la commission des Douze , dénonça Cli.tbot 
comme à la této du complot qui voulait décimer les 
députés. Le 2 juin il disait tant de vérités, montrait 
si bien les factieux, que Drouet , Legendre et antrevS 
Maratistes l'arracbcrent de vive force de la tribune d^où 
il lançait les foudres de l'éloquence contre un assem- 
blage impur de conjurés. 

Barrère poussa l'hypocrisie jusqu'à engager les dé- 
putés que la commune de Paris avait déclarés suspects, 
â donner leur démissirtn^ par esprit de paix, disait-ii. 
Ijanjuinais répondit avec hauteur et fermeté : ce J'ai^. 
je crois, montré jusqu'à ce moment quelque courage 
et quelque énergie j n'attendez donc de moi ni démis- 
sion ni suspension. Sachez qu'une victime, ornée de 
fleurs, que l'on traîne à l'autel , n'est pas insultée par 
le prêtre qui l'immole. On parle du sacrifice de mes 
pouvoirs ! quel abus de mots ! Les sacrifices doivent 
être libres , et vous ne l'êtes pas ! ! î 

JVÎis en arrestation chez lui, il céda enfin aux ins- 
tances de deux amis ([ui trompèrent la surveillance de 
ses deux gendarmes. Il se retira dans son département. 
Il fut rappelé le 8 mars 1795. Au mois de juin il Lut 
nommé président de l'Assemblée. 

On le vit parler en faveur des prêtres déportés, des ])ac 
rens d'émigrés, et de la liberté du culte. Enmai et octobre 
ly^S il montra, contre les Jacobins, un courage qui 
les étonna de nouveau. Il a été nommé commandant 
de la Légion-d'Honneur, comte et sénateur. Pendant 
le cours des Assemblées il a toujours pris pour sa bons- 
sole la juistice. Les levées des conscrits, les sénatus^ 
consultes, monuniens de bassesse envers le tyran, 
les vexations de tous genres ont forcé sa conscience 
d'exposer ses jours au fer de l'usurpateur. Il lui a dit 
des vérités, ce Si je ne connaissais votre amour pour 
votre patrie , lui dit-il un jour , je vous enverrais à 
Vmcennesj mais un homme de bien qui s'égare, n'est 
qu'excusable. Lanjuinais a cet avantage d'avoir Pami- 
tié de ses collègues, l'estime du peuple , et d'être honoré 
des bienfaits du Roi, qui l'a nommé membre de la 
Chambre des Pairs. 



( 2Z0 ) 

Lnnot. — Député Je la Corrèze , se déclara contre 
l'appel an peuple et dit : «Il n'existe pas dans la nature 
lin individu qui soit an-dessus de la loi. Elle est la 
niôuie pour tous. J'ouvre le code pénal , j'y vois la 
peine de mort contre lés conspirateurs. Je vote pour la 
niortj je demande, y^ar humanité, que le jugfemcnt 
soit exécuté dans le délai prescrit par la loi. » 

En 1793 il a été l'un des commissaires chargés d'opé- 
rer la levée en masse. Quand, après la chute de la 
Montagne j on proposa de décréter qu'aiicun membre 
de la Convention ou fonctionnaire public ne pourrait 
être affilié aux Jacobins^ il se mit en fureur et s'écria : 
« Celui qui n'est pas Jacobin n'est pas l'homme de la 
liberté, parce que les Jacobins sont les hommes de la 
vertu et de la justice. Je déclare donc, moi, que je suis 
Jacobin. Lanot fut envoyé à Brives, il y entra entouré 
de tous les brigands du pays, et précédé de la gnil- 
lotine et du bourreau. Dès son arrivée , la dévastation 
s'opéra par ses agens et par lui-même. Le tribunal 
qu'il influença , prononçait des sentences de mort. 
Parmi ceux qu'il a fait ainsi périr, on remarque un 
vieillard, père de onze erifans, dont il voulut que le 
cadavje fût exposé pendant vingt-quatre heures sur 
l'échafaud. 

En août 1793 il fut décrété d'arrestation pour tous 
les crimes qui effrayèrent Brives. Il a été amnistié. 

Lanthenas, — Médecin , député de Rhône-et-Loire 
à la Convention , et chef de division au ministère de 
l'intérieur sous Roland , quand son département le 
nomma à la Convention nationale. Il s'opposa à l'appel 
au peuple , il dit : ce Louis XVI m'a paru coupable sous 
deux rapports , comme (despote , parce qu'il a tenu le 
peuple français dans l'esclavage, et comme conspira- 
teur^ parce qu'il l'a trahi après que celui-ci lui avait 
pardonné. Je prononce que Louis a mérité la mort 5 
que le décret doit être suspendu , et Louis détenu d'iuie 
manière sûre, à l'abri d'évasion. Si nos ennemis nous 
laissent en paix, Louis sera seulement exilé hors du 
territoire de la République j quand la constitution sera 



( 2-.I ) 

parraitemeiit assise. Que nous devons proclamer par 
toute l'Europe les préseiis décrets et les faire connaître 
aux peuples que l'on égare par l'hypocrisie la plus 
révoltante. Que nous devons aussi proclamer avec 
appareil le sursis et ses motifs dans toute la Répu- 
blique. 5> 

Il fut compris le 2 juin dans la liste des Girondînfî 
à proscrire*, mais Marat l'en fit retirer connue pa^'vre 
d'esprit^ et ne méritant pas qu'on sougeat à lui. Il a 
défendu Lefiot poursuivi conrmie complice de -Robes- 
pierre. Il est sorti en mai 1797 du conseil. Il a voulu 
qu'on fît du 10 août un jubilé fraternel. 

Laplaigne. — Président du tribunal d'Auch , député 
du Gers à la Législature et à la Convention nationa'le, 
vota contre l'appel au peuple, ce L'Assemblée a déclaré 
hier à l'unanimité, a-l-il dit, (|ne Louis est convaincu 
d'avoir conspiré contre l'Etat : je vote pour la mort sans 
sursis. Il a été l'un des députés mis en accusation le 
3 octobre pour avoir protesté contre le 3i mai. Rentré 
dans la Convention après le 9 thermidor, il est de- 
venu membre du conseil des Cinq-Cents , et en est sorti 
en 1798. En 1800 il a été nommé président du tri- 
bunal civil d'Auch. Il est morN 

Laporte. — Avoué au tribunal de Béfbrt , fut député 
du Haut Rhin à la Législature. Après le 10 août il fut 
envoyé à l'armée de Luckner, qu'il dit avoir trouvée 
dans un dénuement total. 

Réélu par le même département, il rejeta l'appel au 
peuple, vota la mort, et contre le sursis. Étant à l'armée 
des Ardennes , il présida le conseil de guerre. A Phi- 
lippevills il déclara qu'il élèverait une potence sur les 
remparts et y ferait pendre les habitans des environs 
de cette ville qui ne voulaient pas apporter leurs den- 
rées à la garnison , à cause du dépérissement des as- 
signats. Il alla ensuite à l'armée chargée d''assié'j;er 
Lyon. Là, il a participé à toutes les horreurs commjt.cs 
par Albilte , Dubois - Crancé , Couthon et Collot- 
d'Herboiii. Il accorda la liberté à un citadin , d'après 



( 252 ) 
la recommandation de sa femme belle et riche ; après 
il la fit divorcer, et Tépoiisa. Apres le (> thermidor il 
rejeta l'horreur de sa conduite sur les membres du co- 
mité de salut pubHc. Lors de l'insurrection du 20 mai , 
il proposa la mise hors la loi des chefs des révoltés et la 
destruction des cloches dans Paris pour prévenir les 
tocsins. Il demanda qu'on fît marcher des forces contre 
le faubourg Saint-Antoine qui avait délivré l'assassin 
de Féraud. Il fut adjoint à Barras , pour combattre, 
au i3 vendémiaire, les sections de Paris. Après la 
session il a été fournisseur à l'armée d'Italie. En 1797 
il fut accusé d'avoir, avec ses deux associés, Castillan et 
Flachat , détourné une somme de cinq millions. Son 
arrestation fut ordonnée : il s'est soustrait aux re- 
cherches , emportant la caisse avec lui. 

Laroche. — Député de Lot-et-Garonne , fut d'avis 
de l'appel au peuple, vota pour la détention de Louis 
pendant la guerre, et le bannissement à la paix. Il se 
déclara contre le sursis. Il demanda un congé, qui lui 
fut accordé. Les Montagnards le déclarèrent démis- 
sionnaire, attendu qu'il ne s'était pas rendu à son poste 
en vertu de la loi du 14 jnin 1793, qui portait, que 
tout député absent pour cause de maladie , détention 
ou congé , seraitréputé démissionnaire. La Convention 
le rappela le 9 avril 1975 : il ne passa y>oint aux conseils. 
11 est un des juges du tribunal civil d'Agen. 

Lasource. — Ministre protestant 5 né à PAngles en 
Languedoc, députédu Tarn à laLégislature. Le 22 no- 
vembre 1791 ilfitun discours virulent contre les émigrés; 
qualifia d'assassins et d'ennemis de la patrie M. de 
Blanchelandeetles troupes envoyées à Saint-Domingue. 
Il défendit Jourdan Coupe-tête et ses complices. Il 
insista pour faire licencier la garde constitutionnelle de 
Louis XYI 5 il accusa M. de Montmorin et le fit dé- 
créter d'accusation. 

Ptéélu à la Convention, il se déchaîna contre la 
commune de Paris qui voulait dominer l'Assemblée et 



I 



( 255 ) 

la France j il vota pour que la France ne fît aucunes 
conquêtes 5 mais déclara, à fur et mesure que nos 
troupes entreraient en pays ennemi , que les peuples 
étaient affranchis du joug de leurs tyrans, et étaient 
libres de se donner tel gouvernement qu'ils voudraient. 
Il attribua les massacres du 2 septembre aux valets 
de la cour, qu'on vit, disait-il, immoler les premières 
victimes, pour, à la faveur du désordre, sauver leurs 
maîtres et leurs maîtresses... Quelle noirceur d'ame ! 
Lasource savait bien qu'il était un insigne calom- 
niateur ! Dans ce même mois il fut envoyé dans le 
département du Var. Lors des appels nominaux il vota 
la mort du Roi saris sursis. Il fit traduire au tribunal 
révolutionnaire Laguyomarais et autres royalistes at- 
tachés à l'armée de la Rouarie, principaux membres 
de la confédération Bretonne. Il fit improuver la con- 
duite du département des Bouches-du-Rhône , qui criait 
tolîe contre les députés qui avaient voté l'appel au 
peuple. Proscrit au 3i mai, il fut compris dans le dé- 
cret d'arrestation lancé le 2 juin contre la commission, 
des Douze , puis décrété d'accusation le 3 octobre et 
traîné au tribunal révolutionnaire. Après avoir entendu 
son jugement, il dit à ses juges : ce Je meurs dans le 
moment où le peuple a perdu sa raison ; et vous , vous 
mourrez le jour où il la recouvrera. Il fut condamné et 
exécuté le 3o octobre 1794 > à l'âge de trente-un ans. 

Lartrenceoû, — Député du Jura , fut de l'avis de 
l'appel au peuple : ce Ma conscience me fait un de- 
voir, dit-il, de déclarer que je n'ai jamais cru réunir le 
caractère de juge à celui de législateur. En consé- 
quence , nralgré les menaces dont on a parlé , je vote 
pour la réclusion actuelle, et le bannissement de Louis 
et de toute sa famille à l'époque de la paix, jî II se dé- 
clara pour le sursis. 11 fut l'un des soixante-treize dé- 
putés proscrits au 3i mai. Revenu à la Convention , il 
parla, le 7 janvier lyçS, en faveur du rapport des 
émigrés du Haut et du Bas-Rhin. Le 8 août il de- 
manda l'arrestation de Lequinio , accusé d'avoir fait 
de la guillotine une tribune aux harangues , et d'avoir 



( =34 ) 
mangé avec le bourreau , qu'il appelait le vengeur du 
peuple. 11 entra au Conseil des Cinq-Cents et en sortit 
en mai 1797- 

Laurence- ViUedieu, — Député de la Manche, dit, 
çur la première question : ce Comme le peuple ne sera 
jamais plus disposé à défendre le jugement porté contre 
Louis que quand il l'aura prononcé, je suis de l'avis 
de l'appel au peuple. Sur la deuxième question : je 
pense que Louis a mérité la mort, mais qu'il doit être 
sursis à l'exécution, tant que l'Espagne ne nous aura 
pas déclaré la guerre^ que l'Autriche ne la continuera 
pas. Suspendez votre jugement sur mou opinion. S'il 
fallait , pour sauver l'Etat , une victime même in- 
nocente, il fraudrait l'immoler. Mais je crois qu'il faut 
commuer la peine, si elle peut épargner le sang fran- 
çais. L'Autriche mettra bas les armes, ou bien elle se 
rendra évidemment coupable d'assassinat contre Lortis. 
Si nous n'avons pas la guerre, ne craignez point la 
tyrannie 5 Louis méprisé lui servira de barrière. Mon- 
trons aux peuples à respecter la loi. Peuple, qui nous 
entendez, s'il était parmi vous des citoyens qui se 
fussent livrés à des factions,, rappelez-les à des travaux 
plus utiles. Quant à moi, j'attends tout du tems qui 
fait tomber les masques. Je me résume: Louis a mérité 
la mort. Je vote pour cette peine 5 mais je demarule 
qu'il soit sursis à son exécution , tant que l'Espagne ne 
déclarera pas la guerre, tant que l'Autriche ne la con- 
tinuera pas. Il a été de l'avis du sursis. 

Il lut mis au nombre des soixante-treize députés 
exclus, pour avoir protesté contre le 3i mai. Rentré 
dans l^Assemblée, il dit en 1795 que l'Assemblée ne 
devait pas prendre la défense du buste de Marat, de- 
venu Pobjet des outrages de la jeunesse. Il parla en 
faveur de la famille de Diétrick , ancien maire de 
Strasbourg. Il passa au conseil des Cinq-Cents , et en 
sortit en 1798. Il fut employé comme cornciissaire du 
Directoire. 

Laurent. — Député des Bouches-du-Rhône , se dé- 
clara contre l'appel au peuple ; vota la mort, et contre 



( 255 ) 

le sursis. Le Directoire l'employa, après la session, 
en qualité de commissaire. 

Laurent. — Député de Lot-et-Garonne, vota l'appel 
au peuple, la réclusion et le siusis. Il n'émit que des 
opinions modérées. Il est sorti du conseil des Cinq-Cents 
en 1797. 

Laurent, — Médecin, député du Bas-Rhin. Il dit :c< Qui 
épargne un tyran nuit aux nations. La justice, la rai- 
son^ la politique s'accordent à ce que nous jugioiiS 
définitivement Louis Capet , et qu'il nV ait point 
d'appel au peuple 5 je prononce non. Z^^a distingre 
point entre le juge et le législateur. Le sentiment de 
la justice les confond en moi. Bannir Louis sur 1(S 
terres étrangères , ce serait rallumer les feux d'une 
guérie mal éteinte. Le renfermer dans, une prison , 
ce ne serait pas venger le sang de mes concitoyens 
que sa perfidie a fait et pourra faire couler encore. 
Je prononce en républicain sans reproche et sans peur. 
Je vote pour la mort. y> Il rejeta le sursis. 

Envoyé à l'armée du Rhin , du Nord et de Sambre- 
et-Meuse, il s'y montra avec bravoure. Il envoya les 
richesses des églises du département de Je/nmappes, 
Après la session le Directoire l'employa comme com- 
missaire , et le département du Bas-Rhin le réélut an 
conseil des Cinq-Cents en 1798 pour deux ans. Il 
demanda la mise en vente des biens des cultes réfor- 
més 5 combattit le projet de Bailleul pour le rétablis- 
sement de l'impôt sur le sel et le tabac. Il s'opposa à 
la révolution du 18 brumaire, et fut exclu du Corps- 
législatif. Il est mort en 1804. 

Lavicomterie. — Homme de lettres, nommé par le 
département de Paris à la Convention nationale. Il ne 
fut pas de l'avis de l'appel au peuple. Il dit : ce Tant 
que le tyran respire, la liberté est en péril. Le sang 
des citoyens crie vengeance. Je vote pour la mort , sa us 
sursis. 5> 

Les Jacobins le chargèrent de faire le tableau des 



( 236 ) 

crimes des Rois et des Reines, et il fit paraître un 
libelle infâme qu'il intitula : Crimes des Rois et des 
Reines de France, Pendant tout le régime de la ter- 
reur il a partagé, comme membre dn comité de sAreté 
générale, tous les actes de la tyrannie qui a ()[)prlmé 
trop long-tems la France. Il disparut pendant le débat 
qui eut lieu entre les Robespierristes et les thermido- 
riens. Il se montra après la chute de son patron. Sa 
lâcheté le fit exclure du comité de Sûreté. Il fit un 
rapport sur la morale calculée où il se signala cOmnie 
le matérialiste le plus débouté. Il soutenait que Tidée 
d'un Dieu rémunérateur et vengeur était absurde, 
que la race feumaine serait éternelle , et que les hommes 
n'avaient de peines ou de récompenses à craindre ou 
à espérer que dans ce monde. Décrété d'accusation 
comme ancien membre des comités de destruction , le 
28 mai 1795 , il s'échappa et fut amnistié quelque tems 
après. Il a obtenu^ en 1800 , un emploi de 1,200 francs 
dans les bureaux de l'Enregistrement. Il végète en ce 
moment dans la capitale comme homme de lettres. 

Le Bas, — Député du Pas-de-Calais à la Conven- 
tion, vota contre l'appel^ pour la mort, et point de 
sursis. Toujours attaché à Saint-Just , et ferme sur le 
haut de la Montagne, il signa des milliers de mandats 
d'arrêt comme membre du comité de sûreté générale. 
Envoyé dans le département du Nord , il fit incarcérer 
tous les nobles. Il eut la plus grande part aux crimes 
commis dans les départemens du Haut et Bas-Rhin, 
où il alla en mission avec Saint-Just. Après avoir fait 
périr sur l'échafaud Schneider, qui avait commencé la 
dévastation de ces contrées, ils crurent devoir marcher 
sur ses traces de sang. Ils firent une hmline patriotique ^ 
prirent riches , nobles, prêtres, ouvriers, incarcérèrent 
pêle-mêle tout leur gibier (ce sont leurs expressions), et 
firent tellement horreur, que presque tous les habitaus 
de l'Alsace ne trouvèrent sûreté que dans la forêt 
Noire. Les champs étaient déserts, les manufactures 
abandon nées. La peste et la famine n'auraient pas fait 
plus de r avag es que ces deux monstres ! 



( 237 ) 

On entendit Le Bas, dans la journée du 9 thermidor, 
s^écrier au moment où la faction de Robespierre suc- 
combait : ce Je ne veux pas partager Topprobre du 
décret que vous venez de rendre contre Robespierre, 
Saint-Just, etc., et je demande contre moi la même 
mesure. » On lui rendit la justice qu'il demandait. 
Alors il se rendit à la commune pour renforcer le parti 
révolté. Il fut mis hors la loi dans la séance du soir, et 
se tua d'un coup de pistolet à l'instant où les commis- 
saires de la Convention , qui avaient forcé la maison de 
ville , allaient se saisir de lui. 

Leblanc {^de Serval,^ — Député suppléant du dépar- 
tement des Bouches -du -Rhône à la Convention. Il 
arriva après la mort du Roi et prit place à la Mon- 
tagne. Après le 9 thermidor il défendit Collot-d'Herbois. 
11 excita les murmures de la majorité pour n'avoir 
pas trouvé son ami coupable d'avoir dit qu'il ne fal- 
lait pas déporter les conspirateurs , mais miner les 
maisons d'arrêt où ils étaient détenus. Après la session 
il est rentré dans l'obscurité, 

Lebon. — Né à Arras. Il entra dans la congrégation 
de l'Oratoire 5 il en sortit par suite de démêlés avec 
ses supérieurs. Il fut nommé curé de Neuville , près 
Arras. Elu maire de cette ville après le 10 août, il fit 
chasser ou arrêter les commissaires de la commune 
de Paris, qui venaient justifier les massacres de sep- 
tembre, et engageaient les autres villes à assassiner les 
détenus. 

Après le 31 mai il se rendit à la Convention comme 
député suppléant du département du Pas-de-Calais. 
En octobre il eut une mission dans ce département; 
il niit«en liberté les royalistes et poursuivit les Jacobins. 
Gnfïroy le dénonça comme modéré. Mandé au comité 
de Salut-pubiic , il promit de mériter, à l'avenir ,^]es 
bonnes grâces de la Montagne. En effet il débuta par 
entasser , étant à Arras, victimes sur victimes dans les 
prisons de Camhray, où il établit un tribunal révolu- 
tionnaire. Sa société se composa de tous les brigands 
du pays. Les Hiboux, les Garaot, les Warnier, An- 



( P.38 ) 

sart Bacqiieville, Dnponchet, etc., (!'taientles satellites 
afïidés qui travaillaient à raccourcir les aristocrates. Il 
fit mettre sur sa porte cette inscription : Ceux qui en- 
treront ici pour demander l'élargissement des détenus , 
îi'ep sortiront que pour aller en prison. Il tenait parole. 
Un jour de iête il se transporta sur la place des exé- 
cutions. L'orchestre était placé à côté de récliafaud. 
ce Jeunes filles, disait -il, n^écoutez pas toujours vos 
mères , suivez la voix de la nature, livrez-vous, aban- 
donnez-vous dans les bras de vos amans. 5) Il avait mis 
la guillotine tellement à l'ordre, que les terroristes en. 
avaient de petites a veclesquelles ils s'amusaient à donner 
la mort aux oiseaux et aux souris. Il suspendit un jour 
l'exécution d^uii innocent pour lui lire la gazette 5 il 
assistait souvent, après son dîner, an supplice de ces 
malheureux. 

La Convention, honteuse des forfaits exécrables de ce 
malheureux prêtre, commandés en partie par son co- 
mité de saint public, mit Lebon en arrestation après 
le 9 thermidor 5 Bairère l'excusait, en disant que ses 
formes seulement avaient été trop acerbes. Guffioy , 
André-Dumont etc., demandèrent sa mise en juge- 
ment. Le 7 mai 1795 une commission de vingt-un 
membres fut chargée d'examiner sa conduite. Guirot , 
rapporteur, proposa , le ip juir*» le décret d'accusation. 
Le 2 juillet Lebon fut entendu, fit des reproches à 
Gufh'oy i^voir son article^ ^ rejeta sur la Convention 
elle-même tout l'odieux, toute l'atrocité de sa con- 
duitej enfin , le 10 il fut mis en accusation. Le 17 il 
fut traduit au tribunal criminel de la Somme , qui le 
condamna à mort le 9 octobre. 

Lorsqu'on le revêtit de la robe rouge pour aller au 
supplice , il dit : ce Ce n'est pas moi qui dois Fendosser , 
il faut l'envoyer à la Convention dont je n'ai fait 
qu'exécuter les ordres ! Les révolutionnaives ont main- 
tenant la preuve qu'une révolution n'est autre chose 
que Saturne qui dévore ses enfans. » 

Lebreton. — Procureur-syndic de Fougères, député 
du département d'Ille-et-Yilaine à la jLégislature et à 



( 239 ) 

la Convention. !N'étant pas de l'avis de Tappel au^ 
penple, il dit : ce Sans doute Louis XVI mérite la mort; 
ses crimes sont ceux sur lesquels s'appliquent les dis- 
positions les plus sévères du code pénal. Si donc je 
prononçais, je voterais pour la mort 5 mais alors j« 
voudrais qu'il y eût les deux tiers des voix. Mais 
comme législateur, je pense que Louis peut être un 
otage précieux et un moyen d'arrêter tous les am- 
bitieux. Je vote pour la réclusion à perpétuité, w II ne 
fut cependant pas de l'avis du sursis. 11 protesta contre 
le 3i mai 5 il fut donc du nombre des soixante-treize . 
députés exclus. Rentré dans la Convention, il fit une 
motion qui fit pâlir beaucoup de députés. Il faut, dit- 
il, que les représentans rendent compte de leur for- 
tune. Les journaux du t«ms ne disent pas que cette 
motion fut appuyée. 

Nommé au conseil des Cinq-Cents , il s'occupa de 
tarifer les lettres et journaux, les postes et messageries. 
Il en est sorti en 1798. 

Lecarller. — Président du tribunal de Coucy , député 
à la Législature par le département de TAisne , a 
transmis le rapport de Louis , secrétaire perpétuel de 
l'académie de chirurgie , sur le mode de la décolation , 
autrement sur la guillotine, et a fait autoriser le pouvoir 
exécutif à faire les dépenses nécessaires pour parvenir à 
ce mode d'exécution. 

lléélu à la Convention par le même département, il 
vota pour l'appel au peuple , la mort du lioi et contre le 
sursis. Api'ès ces sessions il ne passa point aux con- 
seils. 

Lecarpenîier. — Huissier à Yalognes , député de la 
Manche à la Convention, qui n'avait jusqu'alors 
exploité que son arrondissement, crut devoir se signaler 
par de grands exploits dans la France. 

Sur la question de l'appel au peuple, il pensa que ce 
serait servir les intrigans, les modérés, les aristocrates ^ 
que dédire oui. Il dit donc non. 

Sur la deuxième quastign^ il ajouta: «Comme je 



( 240 ) 

n'écoute que la voix de l'impérissable (c'est vrai) jus- 
tice , que le cri de ma conscience, je vote pour la mort 
de Louis Capet. Eniin il rejeta le sursis. 

L'huissier Lecarpentier ne se borna pas à tuer son 
Roi ; il se fit envoyer avec des pouvoirs illimités dans 
les départemens de la Manche, lUe-et- Vilaine et Côtes- 
du-JSord. 

Il arriva la nuit à Cherbourg, précédé de recors ou 
de licteurs, ccliendez-moi compte, dit-il, de l'esprit 

Îmblic de ces contrées. — Des mesures ont été prises^ 
ui répondit-on , contre les suspects , qui sont tous eu 
arrestation. — Eh! qu'avez-vous fait des sœurs grises? 
— Elles font leur service dans les hôpitaux. — Enfer- 
mez celles qui n'ont pas prêté le serment civique, et 
chassez-moi les autres. — Mais l'humanité exij^e 
q^u'elles soignent les malades. — Sachea donc que 
quand j'assignais comme huissier, je ne pouvais agir 
qu'en vertu du mandement de justice 5 aujourd'hui que 
je suis tout-puissant , j'ordonne : enfermez et chassez. 5> 
De-là il va à Saint-Malo , commande àes visites do- 
miciliaires le long de la nuit 5 les prisons se remplissent 
de bons citoyens. Il n'y a plus de place pour détenir 
tous les individus arrêtés. On lui fait part de cet em- 
barras. «Gardez, répliqua-t-il, les suspects dans les 
cachots, la guillotine réclame les prévenus de fédéra- 
lisme et de conspiration. Le bourreau est ici j il ne doit 
pas rester oisif. 3> 

Coutanceset Saint-Malo ont horreur de ses cruautés. 
«Je vous envoie vingt-neuf détenus, parmi lesquels 
sont douze femmes, mandait-il le do mai 1794 ^" ^^' 
'mité de Salut public : ijoi/d du gibier. 3) 

Après la chute de Robespierre il tint nature de fond 
sur la Montagne. Il se montra l'un des chefs de l'insur- 
rection jacobite qui éclata au 20 mai 1795. Il fut décrété 
d'arrestation le même jour. Il s'est trouvé compris 
dans la loi d'amnistie. Il végète dans Yalognes. 

Leclerc, — Avocat et juge-de-paix à Villedieu : 
nommé député suppléant de Loir-et-Cher à la Législa- 
ture j il n'y fut point appelé : il fut élu à la Convention 



I 



tion nationale , quand il était accusateur public près le 
tribunal criminel de Vendôme : il se prononça contre 
l'appel au peuple, ce Je suis, dit-il , convaincu que Louis 
est coupable de conspiration contre la patrie 5 mais nos 
pouvoirs ne sont pas sans bornes , le Salut public peut 
seul consacrer des mesures de sûreté générale. La mort 
ne peut être rangée dans cette classe; c'est ini outrage 
à rbiimanité. Dans un état républicain, la baine et 
l'expnlsion me paraissent la seule peine à infliger aux 
tyrans détrônés. Dans l'état de crise où se trouve la 
Képublique , nous devons considérer quelles peuvent 
être les suites funestes de cette mort. Je pense que la 
détention peut les prévenir. Je vote pour la détention. 5> 
Il fut de l'avis du sursis. 

Il est sorti du conseil des Cinq-Cents en ly^S. Il a 
été nommé juge au tribunal civil de Vendôme. 

Lecointre. — Marcband de toiles à Versailles, com* 
mandant de la garde nationale, acteur très-actif'dans les 
journées des 5 et 6 octobre , président du département 
de Seine-et-Oise, membre de la Législature, dénoncia- 
teur outré , ennemi des prêtres insoumis , co-commis- 
saire avec Albite dans le département de la Seine-Infé- 
rieure, pour assurer l'insurrection du 10 août 5 décrété 
d'arrestation lors de l'insurrection jacobite du 20 mai, 
anmistié par la suite , et exilé quelque tems après la ré- 
volution du 18 brumaire, il est mort en i8o5. 

Lecointre ' Puyraveaux. — Homme de loi à Saint- 
Maixens : député des Deux-Sèvres à la Législature , se 
fit remarquer par des motions ultra-révolutionnaires. Il 
dénonça le ministre Duportail, l'évêque de Meiide, 
Lajarre, Degrave , Narbonne, Marat, et tous les prê- 
tres insounris. 

liéélu à la Convention par le même département, 
il dit : ce Je ne me présente point en qualité de juge, 
mais avec le caractère de représentant du peuple. C'est 
en cette qualité (|ue je vais exprimer mon vœu. Mardi, 
j'ai voté pour l'appel au peuple : vous avez rejeté cet 
appel, je respecte votre décision , le peuple la jugera. J© 

16 



( 242 ) 
lepu'seiîte le peuple 5 le peuple a été assassiné par le 
tyran : je vote la mort du tyran, s) Il se prononça 
contre le surfis. 

Envoyé clans le département des Deux-Sèvres, il 
vit les royalistes battre les républicains à Fontenay : 
tantôt il était du coté de la Montagne , tantôt il se jetait 
parmi les Girondins. 

Il attribua aux Jacobins la composition et la distri- 
bution des écrits royalistes qui parurent en grand 
nombre après le 9 thermidor. Après le i3 vendémiaire 
il demanda que le bien des rebelles fût confisqué et 
servît à indemniser les familles des citoyens morts en 
défendant la Convention. 

Devenu membre du conseil des Cinq-Cents , il parla , 
le i**^ mars 1796, contre les magistrats qui avaient 
refusé de prêter le serment de haine à la royauté, et 
appuya le projet de séquestrer les biens des parens des 
émigrés. Il s'opposa à l'importation des marchandises 
anglaises, provoqua l'exchision des nobles qui occu- 
paient des fonctions publiques. Il voulut donner au 
Directoire le droit de radier les émigrés 5 et soutint la 
déportation des prêtres. 

Sorti du conseil en mai 1797 j il fnt nommé commis- 
saire du Directoire près l'administration de son dépar- 
tement. Réélu en 1798, il s'opposa, le 3 juillet, à la 
surséance de la sentence de mort de M. Dambert , 
condamné comme émigré rentré. Il déclara qu'il ne 
voyait circuler dans Paris que des chefs de chouans. 

Le 23 septembre , après avoir fait une vive sortie 
contre les rois , il fit la motion de lever deux cent mille 
conscrits , vota la confiscation des biens des fructido- 
risés échappés du lieu de leur exil. Il se fit le panégy- 
riste du Directoire aux piises avec les conseils. Après le 
18 brumaire il entra au Tribunat. En mars 1800 il 
fut nommé commissaire- général de police à Marseille , 
d'où il a été rappelé en 1800. 

Lecomte. — Employé au tribunal de commerce de 
Rouen , fut nommé député suppléant à la Convention 
par le département de la Seine-Inférieure. Il y arriva 



( 245 ) 

après le procès fait au lloi. Il reprocha n Maîgnet Pin- 
cenclîe de Bédouin, attribua aux agens de Saint- James 
la famine qu'il appelait factice , et l'insurrection des 
faubourgs. Il défendit Robert-Lindet, peignit la colonie 
de Saint-Domingue comme en proie aux fm-eurs de 
Polverel et de Santlionax , se plaignit du royalisme dont 
V Observateur de V Europe ^ k Kouen , attisait et entrete- 
nait le feu : dénonça l'auteur comme conspirant au 
i3 vendémiaire, en sa c[ualité de président de section, 
contre la Convention , et entretenant des correspon* 
dances avec Louis XVIII. Après la session conven- 
tionnelle il a été nommé et est maintenant juge con- 
seiller à la cour royale de Kouen. 

Lefehvre {^Julien, ) — Député de la Loire-Inférieure 
à la Convention nationale , vola pour l'appel au peuple, 
la réclusion et la déportation, ainsi que pour le sursis. Il 
fut l'un des soixante-treize députés exclus an 3i niai. 
Réintégré dans l'Assemblée, il alla avec Ramel dans 
les provinces conquises du Nord, proclama la liberté 
de la navigation de l'Escaut, et pressa la réunion de 
la Belgique à la France. 

Devenu membre du conseil des Cinq-Cents, il en 
est sorti en 1798. Il a été nommé, en 1800 , vice-pré- 
sident du tribunal d'appel du département de Seine. 
Il a cessé d'en faire partie lors de sa transformation en 
cour impériale, 

Lefehvre. — Propriétaire à Gamaclie , ex-constituant, 
député à la Convention par le département de la Seine- 
Inférieure, ne fut pas de l'avis de l'appel au peuple, 
vota pour la détention pendant la guerre et le bau- 
nissement à la paix. Il opina pour le sursis. Il protesta 
contre le 3i mai , et fut 1 un des soixante-treize députés 
proscrits. Rendu à ses fonctions en 1794? il est devenu 
membre du conseil des Cinq-Cents, d'où il est sorti 
en 1798. Il vit retiré à Gournay, sans fonctions pu» 
bliques. 

JLefiot, — Député de la Nièvre, fut l'un des révolution- 
naires les plus bouillans. Toujours en mouvement sur 

16* 



( =44 ) 

les gradins de la Montagne, il attaquait toutd(Çpnté qnî 
parlait avec modération, lise prononça contre l'appel au 
peuple, vota la mortj point de sursis. La salle des 
Jacobins ne retentissait que de motions incendiaires 
faites par ce Montagnard. Envoyé dans les départemens 
de la Nièvre et du Cher, il y exerça plusieurs actes 
de cruauté et de tyrannie 5 il fit guillotiner quatre hon- 
nêtes citoyens de Montargis pour avoir écrit, le a6 juin 
1792, au Roi^ qu'ils improuvaient les fureurs popu- 
laires dont il manqua d'être victime à la journée du 20. 
Il défendit Carrier. Il lui fut reproché par Dubois- 
Crancé d'avoir dit que ce n'était pas Carrier qui était 
un homme de sang , mais bien ceux qui voulaient le 
condamner. La Convention ayant horreur de ses 
crimes , le décréta d'arrestation le 8 août 1795. Il a 
été amnistié. Il a été constamment attaché à la 
société du Manège en 1799. Il est aujourd'hui à la 
tête à\\n établissement de filature dans le département 
de l'Allier. 

JLefranc, — Député des Landes à la Convention , 
rejeta l'appel au peuple : ce Je n'ai jamais cru voter 
que comme législateur, dit-il 5 je crois c|ue la mesure 
de sûreté préférable est le bannissement j et préalable- 
ment la réclusion jusqu'à la paix, n II fut de l'avis du 
sursis. ^ 

En 1795 il prit la défense des citoyens de son dépar-^ 
lement que le proconsul Pinet et les comités révolu- 
tionnaires avaient tyrannisés , et dont plusieurs étaient 
péris sur l'échafaud. Il coopéra à faire le tableau des 
atrocités dont son pays avait à se plaindre. Devenu 
membre du conseil des Cinq-Cents, il en est sorti en 
17^8. Il est maintenant l'un des juges du tribunal civil 
de Mont-de-Marsan. 

Legendre. — Maître de forges, député de la Nièvre 
à la Convention nationale, ne fut point de l'avis de 
l'appel au peuple, vota pour la mort, et contre le sur- 
sis. Il fut l'un des commissaires chargés, en août 179^, 
d'opérer la levée en masse. En 1796 il fit un discours 



( 245 ) 

pour remercier les citoyens qui, clans les circonstances 
orageuses , avaient bien mérité de la patrie (au 14 juil- 
let, au 10 août). Réélu en 1798 au conseil des Anciens 
pour un an, il en est sorti en 1799. 

Legendre. ^^'^la.telot et ensuite boucher à Paris. Il 
fut Pun de ces hommes grossiers c|ui, en juin 1789? 
promenèrent en procession les hnstes de Necker. Un 
jour il harangua le peuple, l'invita à tomber sur les 
Invalides afin de se procurer des armes pour attaquer 
la Bastille. Les Larueth , dont les opinions se diiigeaient 
contre la Cour, caressèrent, accneillirent Legendre , 
qui était leur boucher. A chaque émeute on voyait 
Legendre capter les faveurs des séditieux. Les ministres 
du lloi ne prenaient aucunes mesures pour détruire le 
foyer où Legendre avait placé ses combustibles, afin de 
les allumer au besoin 5 ils pensèrent que les criailleries 
de la populace, les groupes toujours grossissans de 
mécontens , disons mieux , d'iutrigans et de valets 
d.'ambitieux, étaient faciles à arrêter et à dissiper quand 
ils le voudraient. Ils se trompèrent. Il faut détruire 
le germe de la sédition quand il est conini 5 s'il pousse 
et fermente, il est plus difficile à enlever du champ où 
les travailleurs le gardent et le défendent comme leur 
idole. Legendre alliuna ses feux grégeois préparés de 
longue main, l'incendie embrasa le château de Ver- 
sailles, brûla la Bastille, et fit des progrès inquiétans 
aux Tuileries. 

Fier de ce succès , Legendre s'associa avec les Marat, 
les Danton, etc. Il entra au club des Cordeliers, aux 
Jacobins. Dignns est intrare in corpore nostro. Ah 
Champ-de-Mars il signait la pétition tendante à l'abo- 
lition delà royauté; dans les sociétés il déclamait contre 
la Cour 5 il cacha dans sa cave Marat, poursuivi par 
la justice. Le 11 décembre, il vint, à la tête d'une dé- 
putation du Théâtre français, donner des ordres à 
l'Assemblée législative pour prononcer la déchéance 
du Roi. 

Les électeurs de Paris récompensèrent tous ces for- 
faits pohtiques en le nommant à la Convention. Tou« 



( 246 ) 
les jours il demandait (ju'on jugeât Louis XVI et sa 
famille. «Le Roi va se présenter ici pour être interrogé, 
gardons tous le silence afin que le calme des tombeaux 
l'effraye. 35 Louis XVI montra que l'innocence n'est 
jamais effrayée : il parla en Roi; sa position exigea 
<|u'il prît quelquefois le langage d'un citoyen accusé. 
8a présence et ses réponses indisposèrent de plus en plus 
les chefs de parti qui avaient prémédité sa mort, ce Je 
jne suis voué, dit Legendre, depuis long-tems a la 
poursuite des tyrans. Le sang du peuple a coulé. 
J'étais un de ceux qui, à la journée du lo, dirigeaient 
les efforts des citoyens contre la tyrannie; je les invitai 
à respecter les jours de Louis , pour que les représentans 
donnassent dans sa personne un grand exemple. Je 
Tote pour la mort. Je respecte l'opinion de mes col- 
lègues qui, par des considérations politiques, ont voté 
pour une autre peine. Cette même politique me fait 
voter pour la mort, sans sursis. » 

Le 2o juin Legendre proposa aux Jacobins de couper 
Louis XVI en quatre-vingt-quatre morceaux , et de 
les envoyer aux quatre-vingt-quatre départemens. 
Boucher, dix mille fois boucher! Il dit aux pauvres 
de Dieppe qui se plaignaient de ne point avoir de pain , 
lors de sa mission avec Lacroix dans le département 
de la Seine-Inférieure : ce Mangez les aristocrates. )> Le 
28 mai il voulut assassiner Laujuinais qui , ferme à la 
tribune, demandait le rapport du décret qui avait cassé 
la commission des Douze , chargée de rechercher les 
crimes de la commune de Paris. Peu de tems après il 
a été fermer lui-même la caverne des Jacobins. Enfin 
il est mort dans son lit, à Paris^ le i3 décembre 1797, 
âgé de quarante-un ans, après avoir légué son corps 
à la Faculté de Paris , afin d'être utile aux hommes, 
même après sa mort. 

Legot. — Avocat à Falaise : député du Calvados à la 
Convention , fut de l'avis de l'appel au peuple, ce Je 
crois que Louis mérite la mort , dit-il ; mais je la crois 
contraire à l'intérêt de ma patrie. Je vote pour la déten- 
tion. 5) Il se prononça pour le sursis. Il se montra 
chaud révolutionnaire. !N'en parlons plus , il est mort. 



t 



( 247 ) 

Lehardy, — Né à Dinan 5 député du Morbihan , fît 
preuve de courage dans diverses circonstances, ce Je 
regarderais , dit-il dans le procès fait au Roi , dont il 
prit toujours la défense , la liberté de mon pays comme 
entièrement anéantie, si nous étions à-la-fois accusa- 
teurs, jurés, juges etlégislateiu'S. Non,nous ne sommes 
pas juges. Si je considérais la Convention comme juge , 
je demanderais qu'elle exchlt au moins soixante de ses 
membres. La malheur&use histoire de tous les peuples 
nous apprend que la mort des rois n'a jamais été utile 
à la liberté. Je demande que Louis soit mis en état de 
détention tant que la République courra quelques 
risques , ou jusqu'au moment où le peuple aura accepté 
la constitution 5 alors, et seulement alors , vous décré- 
terez le bannissement, n On pense bien qu'il avait voté 
l'appel au peuple, et qu'il se déclara pour le sursis. 

Le 26 lévrier , il demanda le décret d'accusation 
contre Marat, pour avoir lait piller les épiciers la veille. 
Le 16 mars il s'opposa à la suppression de la maison 
de Saint-Cyr. ce Vous voulez donc toujours détruire au 
lieu de réformer, et ne jamais édifier, dit-il avec hu- 
meur?w Trente-cinq sections de Paris vinrent demander 
son expulsion de la Convention comme royaliste. Trois 
jours après il fut nommé secrétaire. Alors tous les fai- 
seurs d'insurrection jurèrent sa mort. 

Le 19 mai, il appuya avec chaleur la pétition des 
pères et mères d'Orléans^ qui sollicitaient la liberté de 
leurs parens emprisonnés par ordre de Léonard Bour- 
don. Les tribunes crièrent au royaliste ! ce Vous avez 
tellement prostitué, leur dit-il, les noms de royalistes 
et de contre-révolutionnaires , qu'ils sont devenus sy- 
nonymes de ceux d'amis des lois et de l'ordre, w Après 
le 3i mai il fut arrêté coinme "conspirateur^ et le 
.3o octobre le tribunal révolutionnaire le condamna à 
mort. Il avait alors trente-cinq ans. 

Lehault. ' — Député suppléant de la Sarthe , n'arriva 
qu'après la mort du Roi. Il passa au conseil des An- 
ciens en 1795 , en sortit en 1797. H n'a rien dit ni fait 
qui puisse faire connaître ses opinions politiques. En 



(^48 ) 

ce moment il est président du tribunal civil de 
Maniers. 

Lejeune. — Député de l'Indre à la Convention na- 
tionale. Sur la question de Pappel an peuple il dit : 
<c Et moi, je me croirais coupable de tout le sang cpie 
cette mesure pourrait faire couler j je dis non. » Sur la 
peine à infliger , il ajouta : ce La déclaration des droits 
dit expressément que la loi doit être égale pour tous^ 
soit qu'elle punisse, soit qu'elle protège. Je vote la 
mort du tyran ^ sans craindre les reproches de mes 
contemporains ni de la postérité. Il s'opposa au sursis. 

Il demanda des mesures encore plus acerbes que 
celles proposées par le comité de Salut public, telles 
que la mise hors la loi de tous ceux qui prendraient 
parti pour les Girondins , et l'expulsion des étrangers 
suspects. Il fut successivement envoyé dans les dépar- 
temens de l'Aisne, Orne , Ain et Doubs. C'est lui qui 
fit fabriquer une petite guillotine avec laquelle il s'a- 
musait à couper des têtes de poulets. Il l'avait sans 
cesse sous ses yeux^ placée dans sa salle à manger, ou 
dans sa cliambre à coucher, ou dans son cabinet. 

Sur la dénonciation des habitans de Besançon, qui lui 
reprochèrent d'avoir fait périr dans cette ville un grand 
nombre de citoyens , il fut décrété d'accusation le 
1^5 juin 1795, et ensuite amnistié. 

Lejeune {^ Ré né-François^, Député de Mayenne , se 
prononça contre Pappel au peuple : ce C'est comme lé- 
î^islateur que je propose ime mesure de sûreté générale j 
ait-il, la peine de mort est rnôius établie pour punir un 
coupable que pour effrayer les autres. Cette loi n'a 
pas d'application an cas particulier doni; il s'agit. Je 
conclus à la réclusion perpétuelle. )> Il fut de l'avis du 
sursis. 



constituant 

Loire 

peuple j vota pour la 




( ^49 ) 
par les Montagnards d** avoir été l'un des opposans à 
Finsiirrection an 3i mai. Membre du conseil des Cinq- 
Cents , il en est sorti en lypS. Il fut nommé commis- 
saire près l'administra tioii des liosmces civils. Il a été 
nommé sous-préfet à Beaugé, et depuis remplacé par 
M. Perrin Dulac. 

Lemoine. — Député suppléant du département \\\ 
Calvados, ne vint à la Convention qu'après le procès 
de Louis XVI. Il demanda un rapport sur les terro- 
ristes détenus , afin de prendre une mesure générale. 
Après le 9 thermidor il présenta à la Convention le 
sabre que Robespierre avait fait faire pour lui , sur les 
dessins de David. Ce roi des Sans-Culottes, dit-il, ai- 
mait cependant le faste. Ce sabre est tout brillant d'or 
et de nacre , et on lit sur la ceinture , liberté ^ égalité. 
Il est de même forme que ceux des élèves du camp 
des Sablons , dont Robespierre avait eu le dessein de se 
former une garde prétorienne. Il défendit Lanot , apos- 
tropha Lehardy , qui improuvait une adresse en faveur 
de Robert Lindet. Après le i3 vendémiaire il demanda 
la destitution de tous les fonctionnaires publics qui 
n'étaient pas à leur poste lors des péiils de la Con- 
vention. 

Réélu au conseil des Cinq -Cents , il appuya le projet 
de poursuivre les vols faits chez les receveurs des deniers 
publics. Sorti en 1798, il fut nommé à l'administration 
des hospices civils de Paris. En décembre 1799 il entra 
au nouveau Corps-législatif. Il est maintenant inspec- 
teur d'arrondissement de la loterie à Amiens. 

Lemoine, — Député suppléant de la Haute-Loire, 
arriva après l'exécution de. Louis XVI , et ne passa 
point aux conseils. 

Lemoine, — Député de la Manche, a voté contre l'ap- 
pel au peuple. <c Une loi de l'état, dit-il, a déclaré 
Louis coupable de trahison. Une autre loi condamne 
à la mort tout conspirateur contre la sûreté de l'état. 
Comme représentant de la nation , je vote pour le der- 
nier .supplice. 53 Point de sursis. 



( 25o ) 

Léonard Bourdon. — (Nous l'avons classé à la lettre 
/y, parce qu'il était généralement appelé Léonard 
jyow/-<fo72.) Instituteur dans la ville d'Orléans, il se fit 
remarquer par ses motions incendiaires dans les taba- 
gies et dans les clubs. Après les massacres de septembre 
il fut l'un des aboyeurs de la mère société jacobite : en 
voilà assez pour être président et électeur de la commune 
de Paris. Ses intelligences avec ses frères et amis à la 
résidence d'Orléans le firent nommer à la Convention 
par le département du Loiret. Après le lo août il avait 
été commissaire dans ce département , pour mettre les 
Labitans à la hauteur de cette malheureuse journée, et 
surtout pour favoriser le transport des prisonniers 
amenés devant la haute cour qui siégeait à Orléans , 
dans la ville de Versailles. Le long de la route, ces 
malheureux mis sous la garde de la justice , furent 
égorgés j par les ordres de qui?.... d'un monstre! Tâ- 
chons de le connaître. 

Léonard Bourdon se prononça, dans l'affaire du 
Roi, contre l'appel au peuple, et ajouta : ce Pour des 
raisons de sûreté générale et ^ hy-manité , je vote pour 
la mort, et l'exécution dans les vingt-quatre heures, n 
Il demanda que le Ptoi ne pût pas communiquer avec 
sa famille. 

En mars 1793 il fut envoyé dans le département du 
Jura. Il vint droit à Orléans le i5, avec Prost son col- 
lègue. 

Prudhomme raconte les faits suivans : ce Dès le matin 
des bruits précurseurs semèrent le trouble et l'inquié- 
tude dans la ville. On se porta chez les boulangers en 
se plaignant de la cherté du pain. A peine descendu de 
voiture, Léonard Bourdon se rendit au club, où il 
vomit les plus horribles imprécations contre les riches, 
les négocians , et surtout contre cette municipalité qui 
lui portait le plus d'ombrage. Déjà ses partisans 
avaient échoué dans un de leurs plans d'attaque 5 ils 
s'étaient flattés que des obstacles nécessaires dans l'exé- 
cution de la loi pour les recrutemens , compromet- 
traient les magistrats chargés de la maintenir. Mais 
sur cinq cent quatre-vingt-huit hommes qui formaient 



I 



( 25l ) 
le contingent de cette commune, près àe quatre cents 
s'étaient volontairement enrôlés trois jours après la 
publication de la loi : le surpins allait être fourni sans 
cju'il fût besoin de recourir à la voie du sort. Il fallut 
donc diriger de nouvelles batteries contre les fonction- 
naires que l'on voulait perdre. 

En conséquence j le lendemain de l'arrivée de Léo- 
nard Bourdon le trouble continua. Il y eut un grand 
dîner dans un cabaret appelé le Petit Père noir^ où 
Bourdon réunit tous ses affidés au nombre de trente à 
quarante. L'heure de son départ avait, dans le principe, 
été fixée pour l'issue de cette orgie 5 déjà les chevaux 
étaient à sa voiture , lorsque le nommé Laguette et un 
jeune homme âgé d'environ quatorze ans, qui passait 
pour l'élève et le domestique de Bourdon , se rendirent 
h son auberge et les firent dételer, en annonçant qu'il 
était sursis au départ. La maîtresse d'hôtel , justement 
inquiète de ce délai, s'empressa d'en demander la 
cause. Laguette lui répondit que le représentant du 
peuple voulait, avant de partir , purger l'aristocratie 
des cafés. Au même instant, son compagnon et lui 
montèrent dans la chambre de Léonard eu criant 
aux armes , et ils sortirent munis de sabres et de pis- 
tolets. 

Cependant Boindon venait de se rendre avec sa suite 
au café des Cures, ils étaient environ vingt-deux. En 
entrant ils demandèrent du café , puis des liqueurs et 
du punch 5 ensuite il prit des informations sur les com- 
pagnies de chasseurs, canonniers et grenadiers d'Or- 
léans, ainsi que sur la cavalerie bourgeoise, et ceux 
qui l'accompagnaient lui répondirent que ces gens-là 
n'étaient que des lâches , qu'ils avaient moins de cœur 
que leurs chevaux , et qu'il fallait que sous trois jours 
ils fussent désarmés. Il affecta de s'exprimer ainsi à 
haute voix pour être entendu ^q'-^ citoyens qui se trou- 
vaient dans la salle, et tâcher d'y susciter du trouble. 
Voyant qu'il ne pouvait pas y réussir , il fit chanter à 
son jeune élève \\\\ long et dégoûtant pot-pourri ^ qui 
fut entendu avec la même patience. 

Dans l'intervalle il avait, envoyé deux personnes qui 



( 252 ) 

étaient avec lui à table , pour faire atteler une seconde 
fois les clievaux j attendu qu'il voulait yarfir ce soir-là 
même. Les envoyés revinrent une deini-lieure après 
dire que les chevaux étaient prêts, et qu'il pouvait 
luonter en voiture qnand il voudrait. Où , demanda 
Bourdon avec le sourire perfide (jvi'on lui connaît? 
Ceux-ci ne Payant pas compris : Où donc, je vous 
demande? Où , répéta-t-il plusieurs fols du même ton? 
Knlin impatienté , il dit à ceux qui étaient à ses côtés : 
Ils n'entendent pas ce que je veux leur dire 5 qu'ils 
viennent donc prendre chacun un verre de liqueur. 
Puis ils sortirent très-peu de tems après. 

On cri;it généralement être enfin délivré de son odieuse 
présence; mais au lieu de se rendre à sa voiture, il prit 
avec sa suite le chemin de la société populaire. En tra- 
versant la place il dit assez haut à ceux qui l'entou- 
raient qu'il était impossible qu'une municipalité com- 
posée comme elle l'était subsistât plus long-tems, et 
qu'il fallait chercher tous les moyens de l'anéantir. 

Ce propos n'était que le prélude des discours incen- 
diaires qu'il tint ensuite à la société. Là , vomissant le 
crime et le vin , il ne garda plus aucune mesure; pro- 
voquant ouvertement la résistance à la loi et la rébel- 
lion aux autorités constituées; disant que les Mont<i- 
gnards seuls étaient les représentans du peuple; que si 
en leur absence la plaine faisait rendre quelques décrets 
libertîcides , il fallait les méconnaître et les rejeter, 
comme n'étant pas émanés des fidèles représentans de 
la nation ; que la municipalité était composée d'aristo- 
crates , qu^il fallait les forcer daris leurs repaires, s'as- 
surer de leurs armes et de leurs canons , les chasser, et 
avoir de nouveaux magistrats avant le lever du soleil. 

Il prit ensuite un Nouveau Testament, et rappelant 
quelques principes de pauvreté, il en conclut que les 
gens aisés ne s'étaient enrichis qu'aux dépens des 
pauvres ; que pour suivre cette maxime , les premiers 
seront les derniers , et les derniers seront les premiers .^ il 
fallait de suite que les pauvres demandassent la loi 
agraire , et que si elle n'était pas rendue , la force et la 
résistance à l'oppression étaient les plus saints des 



(=53 ) 

âeToirs poiiF des républicains. Alors des furieux des 
deux sexes se livrant à leur joie féroce, s'enviaient 
l'atroce plaisir du pillage, et demandaient à grands 
cris à se porter à la maison commune, pour y massa- 
crer les of liciers municipaux et les canonniers de la 
garde. 

C'est au sortir de cet infernal repaire, au moment 
où Bourdon et les siens traversaient, sur les huit heures 
et demie du soir, la place de la municipalité , que fut 
suscitée, par un des hommes de sa suite, cette rixe fatale 
c]ui a fait couler sur Téchafaud le sang de neuf malheu- 
reux pères de famille. Bourdon passait, suivi d'une 
troupe de brigands ivres et forcenés. L'un de ces misé- 
rables ayant pris querelle avec un factionnaire , ht 
partir un coup de pistolet 5 Bourdon s'avança pour lui 
prêter main-ft)rte. Il paraît qu'alors il fut maltraité 
par une garde qui, se croyant forcée, court en foule 
et dans un désordre encore augmenté par les ténèbres 
de la nuit. 

Peu de jours après ce fatal événement , effrayés àes 
malheurs dont la ville paraissait menacée, ils allèrent 
voir Bourdon 5 ils se firent accompagner du chirurgien 
qui le suivait , afin de désarmer plus facilement sa 
vengeance. Bourdon se faisait panser le bras, et pen- 
dant qu'il bassinait sa blessiue avec de l'huile et du 
vin , il prononça cet oracle terrible : ce Benoît , tu vois 
cette petite saignée , elle ne peut être guérie que par une 
graqde. Je veux que vingt-cinq têtes orléanaises roulent 
sur l'échafaud, ou je perds mon nom, fbi de Léonard 
Bourdon, w 

A son retour dans la Convention , il fit un rapport à 
la suite duquel des commissaires (de son choix) furent 
envoyés à Orléans pour informer et lancer des mandats 
d'arrêt au besoin. La Convention préalablement dé- 
clara la ville en état de rébellion , jusqu'à ce que les 
coupables fussent livrés. L'on arrêta beaucoup de 
monde , et en partie les plus riches négocians. 

L'instruction de la procédure diua jusqu'au 12 juil- 
^_ let. Le 3i mai avait servi les projets de Bourdon, doiit 
^H le parti était triomphant. Sur quarante personnes ar- 

I 



i 



C 254 ) 

rotées, neuf des plus riches furent condamnées i morl-, 
et exécutées en chemises rouges. L'un d'eux, Gillel du 
Yivier, était veuf et père de cinq enfans : l'aînée, fille 
de dix ans, eut le courage, la conslance pendant trois 
jnois, de faire toutes les courses pour soUiciter les juges 
et un grand nombre de députés. Tous ceux à qui elle 
parlait ne pouvaient l'entendre sans verser des larmes. 
Elle fut au moins vingt fois chez Léonard Bourdon 5 
rien ne put le fléchir^ la nature n'ayant aucun empire 
sur lui. 

Enfin le i3 au matin , jour où devaient être exécutés 
les neuf pères de famille , toutes les femmes et les en- 
fans éplorés vont à la Convention.... Il fallait voir ce 
spectacle! Des enfans de tous les âges, les mères mori- 
bondes , des frères , des oncles , des amis, tous se pré- 
sentent à la Barre : un d'eux dit : ce Législateurs^ c'est 
au nom de l'humanité , c'est au nom de la justice que 
nous nous présentons devant vous. Nos pères, nos 
frères , nos enfans marchent au supplice ; l'un d'eux est 
père de dix-neuf enfans, dont quatre sont aux fron- 
tières. Nous demandons un sursis qui donne à nos 
Tnalheu'reux parens les moyens de prouver leur inno- 
cence. » Léonard Bourdon , dans l'attitude d'im tigre , 
contemplait sa proie , semblait dire à ses collègues : 
<c Point de délais, j'ai soif de leur sang, d) Effectivement 
la Convention, malgré les sanglots et les cris perçans 
de grâce l grâce l passa à l'ordrt; du jour, et Jean-Bon 
Saint-André , lors président , donna l'ordre de faire 
retirer les pétitionnaires. -^ 

La petite fille avait rencontré dans les couloirs le 
féroce Léonard Bourdon. Elle lui baisait les pieds , fon- 
dait en larmes, lui disait des choses même ^au-dessus 
de son âge 5 rien ne put le fléchir.)) 

Il retourna en mission dans divers départemens avec 
Bassal, Bernard et lleverchon. 

Revenu à la Convention, il appuya, le 5 septembre, 
le projet d'une armée révohitionnaire. Ar.x Jacobins, il 
fit la motion de forcer la Convention à se purger des 
votans l'appel au peuple. Lors de la conspiration d'Hé- 
bert , il demanda aux Jacobins l'épuration des autorités 



( 255 ) 

constituées. Robespierre combattit cette proposition , 
vit dans Bourdon un conspirateur^ et le mit sur la ta- 
blette de ses ennemis. Il fit décréter la translation du 
corps de Marat au Pantliéon. 

Décrété d'arrestation le i^"^ avril lyçS, comme un 
des principaux agens d'un comité iiisurrectionnaire 
établi à Paris , il fut arrêté dans la section des Gravil- 
liers, où il s'était fait nn parti nombreux, et de là en- 
voyé au cbâteau du Ham. Il a été depuis amnistié. 
Après le 18 fructidor le Directoire le nomma son agent 
à Hambourg , d'où il fît expulser les émigrés français. 
On l'a appelé par-tout Léopard Bourdon, Il est admi- 
nistrateur de l'hôpital militaire de Toulon. 

Lepage, — Médecin à Montargis : député du Loiret, 
fut de l'avis de l'appel au peuple, ce La nature a mis 
dans mon cœur, dit-il, une invincible horreur pour 
l'effusion du sang. Je [jense que l'homme n'a pas le 
droit de condamner l'homme à la mort. Je demande 
que le tyran soit détenu pendant la guerre et banni à 
la paix. 3) Il se prononça pour le sursis. Il fut envoyé à 
Orléans pour y rétablir l'ordre. Il y avait un mouve- 
ment à cause de la destitution de la municipalité , ac- 
cusée d'avoir laissé accaparer les grains, et d'être dé- 
vouée à la cour : il agit prudemment. Le 20 mars 179'^ 
il dénonça les troubles de Montargis , provenant de ce 
que Manuel avait voté contre le Roi et avait été écrasé 
de coups. Il est chef du secrétariat général de l'admi- 
nistration de la loterie. 

Lepelletier Saint-Fargeau, — Président à mortier 
au parlement de Paris ; quand les députés de son ordre 
se rendirent à l'Assemblée dite constitutionnelle, il 
resta seul avec ]\L de Mirepoix dans la Chambre de 
la noblesse. Le département de l'Yonne le nomma à 
la Convention. Les opinions révolutionnaires qu'il avait 
émises, le rendirent digne des suffrages des électeurs 
qui ont envoyé les Maure, les Turreau. Lors du piocès 
fait au Roi, il soutint que la Convention avait le droit 
de le juger. Cet avis, qui se répandit dans les sociétés y 



( 25G ) 

fut improiivé par ses anciens collt'giiesj qni obtinrent, 
sur sa parole d'Iionneui-, qije lui et vingt-cinq de ses 
co-conventionnels dont il réglait les votes, se pronon- 
ceraient contre la peine de mort. Mais à sa honte ^ et 
au grand étonnenient de ses connaissances , il se dé- 
clara contre l'appel au peuple, prononça la mort, et 
s''éleva contre le sursis. Paris ^ garde-du- corps du comte 
d'Artois , ne put contenir son indignation quand il 
le vit entrer chez le restaurateur Février au Palais- 
lloyal, pour dîner. Vous appelez-vous LepelletierSaint- 
Fargeau? — Oui. — Et vous avez volé la mort de votre 

Roi? — Ma conscience — Paris tira son sabre, lui 

en perça la poitrine et se sauva. Lepelletier dit :tc J'ai 
froid, et mourut. » Les Montagnards le firent inhumer 
au Panthéon , adoptèrent sa fille , accordèrent dix mille 
francs à celui qui arrêterait l'assassin, firent exécuter 
par David un tableau représentant ses derniers mo- 
mens, et placèrent son buste dans le lieu des séances. 
Le 8 février 1796 André Dumont fit rapporter le décret 
qui lui accordait les honneurs du Panthéon. 

Lequinio; — Ancien maire de Rennes , député à 
la Législature par le déparlement du Morbihan. Le 
i^"". janvier 1792 il vota pour la mise en accusation 
des princes français. Il fut élu à la Convention par 
le même département. Lors des appels nominaux il 
dit : ce Je crains que les puissances étrangères ne sèment 
la division dans les campagnes, je vote contre l'appel 
au peuple. Il ajouta : Je ne puis être généreux quand 
je suis obligé d'être juste, et je ne dois point m'aban- 
donner à un sentiment qui paraît tenir de la grandeur, 
mais q^ui n^est vraiment qu'un reste d'idolâtrie pour 
les Rois. Un seul assassinat est puni de mort, et je 
vois accumulés sur la tête de Louis la trahison ,. les 
parjures, une longue conspiration et la mort de vingt 
mille Français. Louis a donc mérité plus que la mort. 
Je vote donc contre Louis pour la peine de mort. Point 
de sursis, w 

Il fit décréter, à son retour de l'armée du Nord, que 
les évêques qui s'opposeraient au mariage des prêtres , 



( =57 ) 
seraient déportés. Il alla ensuite dans les départemens 
de l'Aisne et de l'Oise où il fit incarcérer les suspects 
pêle-mêle. Il fit iniprimer un ouvrage ayant pour 
titre j les Préjugés détruits^ dans lequel il prit le titre 
de citoyen du globe. Il écrivait de Rbchefort, où il était 
en mission avec Laignelot : ce J'ai liUté dans l'église 
de cette ville avec le curé, j'ai terrassé les mystères 
par des argumens , et le peuple, après avoir hué son 
pasteur, a dénomiiié l'église, le temple delà vérité. 5> 
Une autre fois il écrivait : ce J'ai eu l'avantage de trouver 
à Kocliefort plus de guillotineurs que je n'en voulais. 
Après en avoir choisi un , je l'ai fait manger avec moi 
et mes collègues Giiezno et Topsent. J'ai brûlé moi- 
même la cervelle à deux Vendéens, dans la prison où 
ils étaient 5 j'en ai fait fusiller cinq cents dans ta même 
prison, parce qu'on' était menacé d'une révolte. 5) 

Il monta à la tribune pour faire l'éloge du discours 
de Robespierre sur l'immortalité de l'ame. Ce tyran 
l'appela hypocrite et faux, vu qu'il avait exprimé une 
opinion différente dans ses Préjugés détruits. Le 3o dé- 
cembre il fit la motion de purger la terre de la libeité 
du dernier rejeton de la race impure du tyran lloi. 
Le 8 août il fut décrété d^accusation pour vols et cruau- 
tés commises dans ses missions, sur-tout pour avoir 
mangé habituellement avec les bourreaux, qu'il appe- 
lait les vengeurs du peuple 5 pour avoir payé, du fruit 
de ses rapines, douze mille francs de dettes, acquis 
des propriétés et fait passer des sommes considérables 
à son frère, dans Vannes. Il fut compris dans l'acte 
d'amnistie décrété en août 1796, sur la proposition 
de Camus. Il est maintenant sous-commissaire des 
relations commerciales à Newport , dans les Etats- 
Unis. 

Lesage. — Député d'Eure-et-Loire , fut pour l'appel 
au peuple. « Obhgé maintenant par votre décret, dit- 
il, de prononcer entre la mort et la réclusion, je con- 
damne Louis à mort, après la conviction intime qu'il 
a encouru celte peine 5 mais je demande que l'on exa- 
mine ensuite la question du sursis. » Il se prononç i 

17 



F, 



( 258 ) 

pour le sursis. Il chercha à diriger le parti des Giron- 
dins j encourut la disgrâce des Montagnards au 
3i mai. Il est mort dans son lit , le 8 juin 17(^6. 

Lesage-Senault. — Négociant à Lille ^ député du dé- 
artenient du Nord, ce Je suis Lillois, je vote contre 
'appel au peuple.Un juge national, un citoyen libre, ne 
peut pas ne pas condamner le tyran à mort, je demande 
(ju'il soit exécuté dans les vingt-(juatre heures. 3) Tels 
sont ses votes. Fermement attaché au parti terroriste, 
il fut envoyé en mission à l'armée du Nord. Il destitua 
le général Lavalette, partisan de Robespierre, et celui- 
ci le prit en haine. Aussi Le^age-Senault se prononça- 
t-il contre ce chef d'égorgeurs, au 9 thermidor. Après 
la chute de la Montagne il se fit l'un des cDryphées des 
Jacobins. Il défendit en forcené les membres des comités 
du gouvernement révolutionnaire, dont il avait fait 
partie. Le président le rappela souvent à l'ordre, ce As- 
sassiuez-moi donc, lui répartit-il. w Elu et réélu aux 
conseils , il demanda en 1799 qu'on supprimât du 
serment civique haine à l'anarchie. Il se montra peu fa- 
vorable à la révolution du 18 brumaire , il fut exclu du 
Corps-législatif et condamné à être détenu dans le dé- 
partement de la Charente-Inférieure. Il vit aujourd'hui 
dans sa famille à Lille. 

Lesterpt-Ueauvais, — Avocat au Dorât, ex-consti- 
tuant j député par le département de la Haute- Vienne , 
ne fut pas de l'avis de l'appiel au peuple, ce Le vœu de 
ma conscience , dit-il , est de concilier la punition d'un 
grand coupable avec l'affermissement et Pintérêt de la 
République. Ainsi j'opine à la mort ^de Louis Capet , 
mais à condition que l'exécution sera suspendue jus- 
qu'à l'époque où les ennemis qu'il a suscités contre le 
peuple français feraient \\r\.Çi incursion sur son terri- 
toire , et en cas de paix, jusqu'à telle autre époque qui 
sera fixée par la Convention nationale ou par le Corps- 
législatif. Cette condition est inséparable de mon opi- 
nion à la mort, w II se prononça pour le sursis. 
Accusé d'avoir laissé emporter par les Lyonnais révol- 
tés un grand nombre de fusils à la manufacture de 



I 



( =59 ) 

Saint-Etienne, puis d'avoir écrit contre la journëe du 
3i mai, il fut décrété d'accusation , conduit au tribu- 
nal révolutionnaire, et guillotiné le 3o août ly^S. 

Letourneur {^de la ilia/zcAe.)-^ Capitaine du génie, 
iiomiué à la Législature par le département de la 
Manche, présenta (|uel<|ues rapports sur la marine. 
Réélu à la Convention uationale, « Lorsque la Con- 
vention , dit-il , a mis en (Question si le ci-devant 
Roi serait jugé par elle, j'ai voté contre 5 mais la 
majorité a prononcé. J'avais pensé que l'appel au 
souverain pouvait seul réparer cette faute. La majorité 
a rejeté cet appel 5 je me soumets à sa décision : je suis 
donc obligé de juger souverainement. Comme juge, 
je consulte la loi; toutes les considérations s'évanouis- 
sent devant elle. Je vole pour la mort, w II ne fut pas 
d'avis du sursis. Attaché au parti de la Montagne, il 
n'a point adopté toutes ses fuieurs. Il a gardé le si- 
lence pendant que les Girondins étaient aux prises 
avec les terroristes. Il a constamment travaillé dans 
les comités militaires 5 il a été , pendant quelques mois, 
membre du comité de Salut public. A la fin d'octobre 
il fut nommé l'un des directeurs. Il sortit le premier 
du Directoire , sans voidoir qu'on recourût à la voie du 
sort, par suite, dit-on dans le tems, de quelques ar- 
rangemens. Il obtint la place de directeur-général de 
Taitillerie. Il alla, comme ministre plénipotentiaire à 
Lille, pour traiter avec l'ambassadeur anglais. Après 
le 18 fructidor il fut rappelé. Il a été nommé préftit du 
dépaiferneut de la Loire-Inférieure. Il est maintenant 
membre de la chambre des Comptes et décoré de la 
croix de la Légion-d'Honneur. 

Letourneur i^de la Sarthe. ) — Député par ce départe- 
ment à la Convention nationale, se prononça contre 
l'appel au peuple, vota la mort, et ne fut pas de l'avis 
du sinsis. Il fut envoyé à l'armée du Nord, et ne passa 
point aux conseils après la session conventionnelle. 

Lcvasseur. — Procureur-syndic du district de Toul , 
fut député par le département de la Manche à la Iié<^i'>- 

■7^ 



( 26o ) 

latnre (Pabord, et à la Convention nationale après. Voici 
ses votes : Appel nominal : <c Pour obéir au vœu de mes 
commettans j pour ne pas leur rendre un hommage 
dérisoire en leur renvoyant un jugement que^e dois 
prononcer j je dis non. 3) Peine à injliger : i.(.i& vote 
pour la peine de mort, comme la seule qui doive être 
appliquée aux conspirateurs. Point de sursis à l'exé- 
cution.)) Levasseur est maintenant le premier secrétaire- 
rédacteur de la chambre des députés des départemens. 
(Il vient de donner sa démission, ainsi que Glaizal. ) 



Levasseur.- — Chirurgien^ député à la Convention 
par le dépaitement de la Sarthe. «Comme homme 
d'état , dit-il , je ne puis renvoyer aux assemblées 
primaires , qui ne sont en général composées que de 
cultivateurs ou d'artisans qui ne peuvent pas avoir de 
connaissances politiques, le jugement de Louis XVI. 
Je dis donc qu'il n'y a pas lieu à l'appel au peuple. )> 
Il vota la mort, sans sursis. 

Le (^ mars 1793 , il fit décréter l'établissement d'un 
tribunal extraordinaire sans appel ni recours, chargé 
déjuger les prévenus. Le 20 mai il demanda, à l'oc- 
casion de l'assassinat de Pelletier Saint-Fargeau , que 
tonte maison où un député serait assassiné fût aussitôt 
rasée. Il combattit tous les efforts des Girondins qui 
opposaient le modérantisme à ses motions brûlantes. Il 
les traita de contre-révolutionnaires , et demanda le 
décret d'accusation contre ceux qui avaient été précé- 
demment désignés par Robespierre et la commune de 
Paris. Il prit le parti de Robespierre contre Philippeaux 
et autres. Envoyé dans la Vendée, il cacha les horreurs 
qui s'y commettaient, dissimula nos revers. Un général 
crut devoir élever la voix, et donner le tableau horrible 
du système de destruction de ce beau pays , et citer des 
faits qui font frémir l'humanité. Ce général, portant 
l'habit du républicanisme, mais ayant dans ses papiers 
une lettre du Roi qui le félicitait de son dévouement 
secret à la plus juste des causes, chercha à donner 
l'exemple d'une dénonciation ostensible contre les dé- 
putes et les officiers quitnaientles hommes, les femmes 



_ ( ^tH ) 

et les enfans qniu'élaicnt pas à leiirlianteiir, etqru pil- 
laient les propriétés mises sous la garantie de la loi. Ce gé- 
néral j dont la conduite ferme et sage au i3 vendémiaire 
a sauvé la vie à plusieurs braves royalistes marchant 
dans Paris contre la Convention et se trouvant con- 
fondu avec les agens de la Montagne, qui criaient du 
haut des toits : à la traliison ! à la perfidie! pour arrêter 
l'élan d'un parti armé et décidé à périr plutôt que de 
voir l'autorité dictatoriale plus long-teuis déposée dans 
des hommes, on trop faibles pour faire le bien, ou 
tiop audacieux pour consommer la ruine totale de la 
belle France 5 ce général, disons-nous, s'est dévoué au 
poignard des factieux pour faire cesser ces tems cala- 
miteux où le vice et l'immoralité étaient déifiés. 

Danican , anjpurdHiui maréchal de camp, écrivit 
d'Angers la lettre suivante, qui fut lue dans la séance 
du 5 bruraairt) an 3 (a'^ octobre 1794) ' 

ce Je dernaiide , dit-il , à être eutendu en témoignage 
dans l'affaire de la Vendée. Je pourrai donner de nom- 
breux renseignemens sur cette guerre que j'ai faite , sur 
les crimes deBouchotte, qui mettait des saltimbanques 
à la tête de nos armées pour les faire battre , et sur les 
nombreuses horreurs qui se sont commises sur des 
vieillards , des enfans que j'ai vu égorger dans leurs 
lits, des femmes enceintes que j'ai vu guillotiner, et 
une à Laval le lendemain de ses couches. Je demande 
aussi à prouver que les noyades ne se sont pas faites 
seulement à Nantes, mais à trente lieues sur les rives 
de la Loire. J'indiquerai à quelle heure, en quel lieu^ 
par l'ordre de qui se sont faites toutes ces choses, dont 
j'ai souvent gémi.... J'ai sauvé Angers.... d) 

L'Assemblée demanda alors le renvoi de cette lettre 
au comité de sûreté générale. Levasseur. voulut relever 
im fait : «Danican a tort de dire que c'est lui qui a 
sauvé Angers. Le i3, où nous fûuies attaqués, j'étais 
monté à cheval avec le général Danican , pour visiter 
et essayer de faire brûler des maisons qui dominaient, 
et d'où les brigands, en s'en emparant, pouvaient nous 
faire beaucoup de mal, comme ils le firent en effet. 
Danican fit à mes côtés une chute de cheval très-grave ; 



( 2^2 ) 

jl Crnt avoir la jambe cassée ou démise. Comme je snis 
chirurgien, je le visitai, et je l'assurai que sa jambe n'é- 
tait ni cassée^ ni démise. Il se fît transporter dans sa 
cliambre^ d'où il ne sortit que le 14 au soir, et le siège 
était levé, w 

<c Le fait de Levasseur peut être vrai, dit Merlin 
(de Thionville),maisje peux assurer queDanican est nn 
c\es braves officiers de l'armée. — Danican ne se fit ]>as 
porter dans sa chambre, répliqua Dubois -Crancéj 
mais bien sur le rempart. — Je n'ai pas prétendu con- 
tester son courage, a redit Levasseur. — Lefaitest c^ue, 
revenu du rempart , Danican est rentré dans sa 
chambre , et que c'est là que l'a pansé Vofficler de 
santé, 3) 

La chute de Robespierre n'a point fait changer Le- 
vasseur. Ses opinions ont conservé leur chaleur. En 
septembre 1794 il ^sa dénoncer aux Jacobins le parti 
thermidorien. Il défendit Carrier , appela royalistes 
tous ceux qui avaient horreur de ses crimes atroces. 
<c La guerre civile étant , disait-il, nécessairement ac- 
compagnée d'horreurs , la liberté justifie tout. » Il fut 
décrété d'arrestation le 5 avril, comme ayant pris part 
à l'insin-recdon jacobite du i^*". Iloverre fit prononcer 
qu'il serait tenu de se constituer prisonnier dans les 
vingt-q»iatre heures , faute de quoi il serait déporté. Il 
obéit , fut amnistié en octobre 1795. Il est maintenant 
employé dans les armées en qualité de chirurgien. 

Leyris. — Vice-président du district d'Alais : député 
du Gard, il ne fut pas de l'avis de l'appel au peuple. 
« J'étais ici, dit-il, au Corps-législatif, lorsqu'on assas- 
sinait le peuple au nom de Louis r j'ai pris l'engage- 
ment de le venger: je vole pour la mort, y) Il se pro- 
nonça contre le sursis. Il a été élu au Corps-législatif , 
d'où il a été exclu en novembre 1798 , comme opposant 
à la révolution du 18 brumaire. Il avait nn emploi 
dans nne administration à Turin. 

Lidon, — Député de la Corrèze , se rangea de l'avis 
de rappel au peuple. «Vous avez décrété, dit-il, que 
\ous jugeriez Louis XVI. Les pièces trouvées aux 



( 2G3 ) 

Tuileries prouvent ses crimes. Vous voulez aujourd'hui 
prononcer sur la peine qu'il mérite ; je crois qu'il mé- 
rite la mort, mais j'engage la Convention à prendre en. 
considération Faraendement de Maillie.w II vota Contre 
le sursis. 

Lindet {^Jean-Baptiste-Robert.^ --' Kwocsit ^ procu- 
reur-syndic du district de Bernay, frère du suivant^ 
fut député à la Législature. Il vit j dans le parti des Mo- 
dérés , des hommes d'esprit. Il remarqua dans les Mon- 
tagnards une faction hétérogène dont il crut pouvoir 
diriger les mouvemens : il stî crampona à la Montagne. 

Elu à la Convention , il fit, le lo déceinbre 1792 , le 
rapport des crimes imputés à Louis XVI. L'audace 
dans le mensonge, la soif de régner , le besoin de tner, 
et la bassesse de plaire, voilà les traits caractéristiques 
de son discours. 

Lorsqu'il s'est agi de l'appel au peuple , Robett 
Lindet prononça , non. Quand il fallut parler sur la 
peine.... il dit : ce J'éprouve ce sentiment pénible na- 
turel à un homme sensible qui est obligé de condamner 
son semblable 5 mais je crois qu'il serait imprudent de 
vouloir exciter la compassion en faveur de Louis. 
Inexpérience n'a-t-elle pas prouvé que l'impunité ne 
fait qu'enhardir les tyrans? Je vote pour la mort. » 
Point de sursis. 

Le 10 mars 1793 il proposa un projet d^organisation 
pour le tribunal révolutionnaire, portant qup les }"ges 
ne seraient assujettis à aucune forme dans l'instruction 
des procès-, que le tribunal n'aurait point de jurés, et 
qu'il pourrait poursuivre tous ceux qui, par les places 
qu'ils avaient occupées sous l'ancien régime, rappe- 
laient des prérogatives usurpées par les despotes. 
Brissot l'a surnommé la Hyène. Envoyé dans les dépar- 
temens de l'Eure, du Calvados , etc. , même à Lyon , il 
s'y conduisit avec assez de modération. Lors de la lutte 
des thermidoriens avec Robespierre et sa bande , il cr *t 
prudent de garder la plus parfaite neutralité; mais 
quand les vainqueurs attaquèrent de front les princi- 
paux membres du comité de Salut public comme ayant 



( 264 ) 

mis le feu dans la France et planté des échafaucls 
parfont, il prononça, le 22 mars 1795 , un long dis- 
coins dans lequel il voulait prouver que les comités 
dont il avait fait partie avaient été moins cruels que 
ceux d'avant. Il trouva mauvais qu'on isolât les iiuli- 
vidus , eu attaquant Collot - d'Herbois , Barrère et 
Billaud-Varennes; il voulut qu^on jugeât à-la-fois tous 
les membres qui avaient pris part à cette épo(jiie au 
goiivcrnement. Cetlo ruse présentée avec ai t ne fut pas 
couronnée de succès. On frappa le triumvirat; ensuite 
on attaqua Lindet et ses autres collègues. Il fut nomi- 
nativement dénoncé comme un des auteurs de l'insur- 
rection jacobite qui éclata au 20 mai 1795 contre la 
Convention, et dont le but était de sauver Barrère et 
ses co-délenns. Son frère le défendit. Le 28 mai TAs- 
semblée le décréta d'arrestation, pour raison de sa 
conduite comme membre du comité de Salut public. 
Claiizel, Taveau , Doulcet-de-Pontécoulant et Cubois- 
Dubay prirent sa défense, mais inutilement. Les villes 
de Nantes, Havre et Caen envoyèrent des adresses en 
sa faveur. II fut amnistié ; mais en 1796 il fut impliqué 
dans l'affaire Babœuf: labaùte cour facquitta, quoique 
contumace, en 1797. Le 20 juillet 1799 il Tut nommé 
ministre des finances, et il conserva cette place jusqu'à 
la révolution du 18 brumaire. Il vit maintenant à 
Paris sans fonctions publiques. 

Lindet {^Robert^Thomas.^ — Curé de Sainte-Croix 
de Bernay , ex-constituant, évêque constitutionnel du 
déparlement de l'Euje, nommé par ce département à 
la Convention. Sa conscience ne lui permit pas de voter 
l'appel au peuple. « Je ne puis voir , disait-il en pre- 
nant sa lorgnette , des républicains dans ceux qui 
hésitent à frapper un tyran. Je vote pour la mort, w II 
rejeta le sursis. Sa conscience lui permit de se marier en 
novembre 1792 , d'être le premier évêque qui donna ce 
.Je'/ exemple, et de faire célébrer son mariage par un 
prêtre déjà marié. Sa conscience lui permit plus en- 
core, d'abjurer l'épiscopat le 7 novembre 1793, et de 
remettre^ le 16^ les lettres de prêtrise de plusieurs eccld- 



( 2G5 ) 

Mastiques d'Evreiix , qui avaient cru devoir suivre son 
exemple. Il défendit son frère , accusé d'être l'un des 
auteurs de la révolte jacobine en mai 1796. Il a 
été membre du conseil des Anciens, d'oii il est sorti 
en 1708. Son frère, lors ministre, le nomma coin- 
niissane dans le département de l'Eure , pour faire 
main-basse sur toutes les personnes à prendre comme 
otage. Il S'était déjà entouré des frères et amis du pays , 
pour ramasser les aristocrates qui devaient être entassés 
dans la catbédràle d'Evreux, préparée à cet effet 5 mais 
la révolution du 18 brumaire mit obstacle à leur 
battue patriotique... Lindet vit retiré à Bernay. 

Lobinhès, — Médecin à Ville-Franche , a été député 
à la Convention nationale par le département de FA- 
veyron 5 a voté pour Pappel, la détention , le bannisse- 
ment à la paix_, et le sursis. Il est passé au conseil des 
Cinq- Cents. Il en est sorti en 1797, et vit dans l'obs- 
curité. 

JLofJîcial. — Ancien lieutenant-général au bailliage 
de Vouvantj ex-constituant, député à la Convention 
par le département des Deux- Sèvres j fut de l'avis de 
l'appel au peuple, ce Si j'avais à émettre mon vœu 
comme juge, dit-il, je voterais pour la mort 5 mais je 
n'ai point ce pouvoir : mes commettans m'ont envoyé 
pour faire des lois , et non pour juger. Je vote pour la 
détention et le bannissement, w II se déclara pour le 
sursis. Lors du procès de Carrier il fut l'un de ceux qui 
l'attaquèrent avec vivacité. En décembre 1795 il fut 
choisi pour l'un des commissaires chargés de porter la 
capitulation faite avec les Vendéens et les Chouans. A 
son retour il dénonça les hauts faits des Hentz et 
Francastel. Il passa au conseil des Cinq-Cents , en 
sortit en 1798. Dans la séance du 14 novembre 1795 
il avait accusé le général Turreau d'avoir fait massacrer 
dans la Vendée des femmes, des enfans , des munici- 
palités en écharpe, et l'avait fait traduire devant les 
I tribunaux. Il est maintenant conseiller- juge de la cour 



( afîG ) 

Lombard- Lacliaux . — Etait tailleur , il se fit , an 
coinmenceriient de la révolution, ministre protestant. 
II voyagea dans diverses provinces, il se fixa à Orjéans. 
Maire de cette ville, it se lia avec Léonard-Bourdon. 
On le vit, les 16 et 17 septembre 1792, jours où des 
brigands pillèrent liuit maisons , en brûlèrent les meu- 
bles et jetèrent cinq personnes dans les flammes, s'op- 
poser à ce que la municipalité fît marcher contre eux 
des troupes, et s'écrier que le peuple avait de justes 
vengeances à exercer, et que , lorsqu'il serait satisfait, 
il s'apaiserait de lui-même. S'adressant à la populace 
qui avait déjà fait le pillage de quelques maisons : 
ce Vous n'en avez plus que trois après celle-ci. 3) 

Le département du Loiret le nomma à la Conven- 
tion, où il servit officieusement la Montagne. Il vota 
contre l'appel au peuple, pour la mort^ et contre le 
sursis. Après sa sortie du Corps-législatif, le Direc- 
toire l'employa comme son commissaire. Il perdit 
bientôt sa confiance. En octobre 1796 il devint l'un 
des fournisseurs des hôpitaux de la Hépublique. 

Lomont. — Député du Calvados à la Législature et 
ensuite à la Convention. Il s'exprima en ces termes 
lors des appels nominaux : ce Malgré les] injures mé- 
prisables dont nous sommes couverts et qui se res- 
sentent de la source impure d'où elles sortent , je dis 
oui, il y a lieu à l'appel au peuple. » Sur la question 
de savoir si Louis est coupable , il dit : ce Je déclare 
que tous les efforts qu'on a laits , même à cette tribune, 
ne m'ont pas persuadé que nous pouvons cumuler les 
pouvoirs les plus incompatibles; que je suis resté bien 
convaincu que nous devons faire des lois , et non les 
appliquer: prendre toutes les mesures de sûreté générale 
que peut commander l'intérêt du peuple , et non pro- 
noncer des jugemens. En conséquence, puisque la 
Convention demande mon opinion comme membre 
du jury de jugement, je déclare que tout entier à mes 
fonctions de législateur, je m'abstiens de voter. d> 

Sur la peine à infliger il voulut que sa voix comptât 
pour le Roi, et alors il dit : ce Je vote la détention et 



( -".67 ) 

le sursis. » Il entra au comité de sûreté générale et 
lefusa souvent de signer des mandats d'arrêt contre 
des hommes de bien. Le 5 décembre 1794 il ^^^^ décrété 
})iovisoirement d'arrestation : ce décret n'eut aucune 
suite. Il passa au conseil des Anciens où il se mon- 
tra toujours modéré. Il fut enveloppé dans la liste 
des fructidorisés , il échappa à la déportation , se cons- 
titua ensuite prisonnier à l'île d'Oleron. Il fut renda 
à la liberté en 1799 par les consuls^ qui le nommèrent 
préfet. 

Loncle, — Député des Côtes-du-Nord , ne fut point 
de l'avis de l'appel au peuple, ce J'ai déclaré, dit-il, 
que Louis était jugeable par la Convention , et qu'il est 
coupable. Je le condamne, aujourd'hui, à mort. » Il 
fut le seul de son département qui se déclarât contre 
le sursis. Le Directoire l'a employé, après la session 
conventionnelle, comme son commissaire dans son 
département. 

Louchet. — Ancien professeur au collège de Rhodes, 
député de l'Aveyron , s'attacha à hâter chaque jour le 
jugement de Louis XVL II traita ce digne monarque 
de brigand^ d'assassin, etc. Il vota contre l'appel au 
peuple, pour la uiort du Roi dans le plus bref délai ? et 
contre le sursis. Il était toujours sur la hauteur de la 
Montagne. En 1798 il fut envoyé dans le département 
de la Seine-Inférieure. Il ne vit que la canaille. Les 
Poret, les Lamine, les Pilon furent les complices de 
toutes les mesures révolutionnaires qui n'eurent pas 
tout leur eflèt , par la contenance de quelcjues habitans 
qui sont restés fidèles à la cause du Roi. Il fit arrêter 
M. Déprémesnil. 

Après le 9 thermidor il prit le parti le plus fort. Il 
l'abandonna bientôt. Le 19 août il voulut établir la 
nécessité de maintenir la terreur à l'ordre du jour ^ et 
il tirait ses sentences des paroles et des écrits du judi- 
cieux et profond Marat. Le 17 octobre 1795 il proposa 
des mesures sanguinaires contre les prêtres, les émi- 
grés et leurs parens , qu'il n'avait pas honte de signaler 
comme causes du délabrement des finances. En ven- 



( 26S ) 

démiaire il accusa le général Menoii Je favoriser les 
rebelles^ et fit prononcer sa mise en jugement. Après 
la session il fiit envoyé avec Hugnet comme commis- 
saire élu Directoire dans le département de la Somme. 
Il destitua presque tous les fonctionnaires comme 
n'étant pas à la hauteur. Il n'oublia pas le receveur- 
général du département, dont il a pris la place. Il y a 
huit mois il s'est suicidé. Le pauvre homme a laissé cinq 
cent raille francs de fortune. 

Louis, — Ancien commis de l'intendant d'Alsace^ 
député du Bas "Rhin à la Convention nationale. 

Il fit rapporter le décret qui ordonnait aux comités 
révolutionnaires de remlre compte des luotds des ar- 
restations. Il ne fut pas de l'avis de l'appel au périple, 
ce J'ai consulté les fastes de la révolution , dit-il ensuite; 
j'ai vu Louis constamment en insurrection contre la 
nation. Le code pénal prononce la mort : je vote pour 
la mort, n II se prononça contre le sursis. Il fut sou- 
vent membre du comité de sûreté générale. Il défendit 
Collot-d'Herbois , Barrère, Billaud •, il présida les Ja- 
cobins en 1794* L^ 2^ w'isà 1795 il fut excepté du 
décret d'arrestation porté contre etjx. Il est mort à la 
fin de la session. 

Louvet {^du Loiret. ") — Avocat el homme de lettres , 
né dans le Poitou , se fit connaître dans le monde lit- 
téraire par son livre, Fauhîas. En 1790 il pubha wn. 
ouvrage immoral pour prouver que le divorce était 
utile et indispensable. Sou patriotisme trop ardent, et 
l'ambition de parvenir , l'amenèrent à la barre de l'As- 
semblée législative, le 23 décembre 1791? pour faire 
décréter d'accusation tous les princes français émigrés. 

Nommé par le département du Loiret à la Conven- 
tion nationale , il voulut se mettre à la tête d'un parti. 
Ami des députés de la Gironde , il fut mis en avant 
pour attaquer Robespierre. Il prononça donc un dis- 
cours trop long, et dans un moment importun , contre 
le chef de la Montagne , à qui il reprocha l'intention 
de se faire nommer dictateur. Roland, et sur-tout son 



( 2G9 ) 

épouse , crurent trouver en lui un bouclier qui les 
garaiitiiait des coups portés à chaque instant par les 
Jacobins contre leur ministère. Il vota la mort du Roi ^ 
à condition que Texécution n'aurait lieu qu'après l'ac- 
ceptation de la constitution. Il changea mille fois d'opi- 
nions et prit toutes les couleurs. Proscrit au 3i mai, 
il se réfugia à Caeu avec sa Lodoïska , afïicha des prin- 
cipes qui déplurent au général Wimpffen et aux 
autres royalistes qui étaient armés. Il ne voulut pas 
que celte armée correspondît avec les Vendéens , et 
signala , comme suspect de royalisme, le général Wimp- 
fen, qui avait reçu du général Custine le consentement 
de faire passer vers Vernon vingt mille hommes de 
cavalerie pour l'aider à marcher sur Paris, à la con- 
dition de rétablir la royauté. Il se cacha, revint à la 
Convention après le 9 tliermidor, ne fut plus réélu. 
Il établit une boutique de librairie au Palais-Royal, fut 
molesté par les jeunes gens , dont il avait déserté la 
cause ^ et mourut le 25 août 1797. 

LoTivet. — Avocat aux conseils, député de la Somme 
à la Législature , et ensuite à la Convention , vota ainsi 
lors des appels nominaux : ce Point d'appel au peuple , 
si c'est une mesure de sûreté générale 5 oui, si c'est un 
jugement à mort. Sur la peine, je vote pour la réclu- 
sion pendant la guerre, et pour le bannissement à 
perpétuité après la paix. Telle est mon opinion. J'en 
ai donné les motifs 5 ils sont imprimés, je m'y réfère. 
J'ai peut-être été dans l'erreur, mais j'avais pour moi 
les réflexions que m'ont fiait naître les circonstances 
où nous vivons, et celles où nous vivrons probable- 
ment encore long-tems 5 j'avais pour moi les leçons de 
l'histoire, les exemples des tems anciens, ceux des 
tems modernes, et l'exemple célèbre du premier des 
Brutus, dont l'image est au-dessus de M. le président, 
comme pour nous rappeler ce généreux exemple. 
Mon opinion ne me paraît pas être celle qui prévaudra, 
mais je n'ai pas dû du moins vous l'énoncer , puisque je 
l'ai crue et la crois encore plus utile. Puisse , au surplus , 
le génie tutélairc de la République garantir mon pays 



(270) 

cles malheurs qui j je le dis avec un profond sentiment 
de douleur , me paraissent menacer îa liberté française !» 
Il fut «l'avis du sursis. 

Il s'occupa dans les comités des domaines , de légis- 
lation, etc. Il sortit du conseil des Cinq-Cents en 1797» 
fut nommé commissaire du gouvernement près le tri- 
bunal criminel du département de la Sonniie, fut réélu 
en 1798 au même conseil 5 il passa en 1799 *^" Corps- 
Législatif, d'où il sortit en iboo. Il y rentra la rnéme 
année, renommé par le Sénat-Conservateur. 

Loyseau. — Chirurgien -barbier dans un village près 
Château-Neuf en Thimerais , jacobin outré 5 parvint à 
se faire nommer par le département d'Eure-et-Loire à 
la Convention. Il a rejeté l'appel au peuple. «Je vote 
pour la mort^ dit-il, et pour la prompte exécution du 
jugement. 5) Il fut chargé en 1795 d'assurer les subsis- 
tances de Paris. Il n'a pas été réélu aux conseils. Le 
Directoire l'employa en qualité de commissaire après 
la session. 

Loyzel. — Vice- président du département del' Aisne , 
député par ce département à la Législature. Il demanda, 
en qualité de descendant d'Antoine Loyzel de Beau vais, 
auteur des Institutes du droit public^ que son aïeul fût mis 
au rang des grands hommes 5 mais un Montagnard ob- 
serva que ce jurisconsulte avait voulu faire consacrer 
la maxime : Si veut le Roi ^ si veut la loi. Sa proposi- 
tion fut rejetée. 

Le 3o juillet 1792 il s'opposa à ce que les forêts 
nationales fussent aliénées. Il fut envoyé dans le dé- 
partement du Nord. Le 14 décembre il fit décréter 
l'émission de trois cent millions d'assignats de cinquante 
francs. 

Réélu à la Convention , il dit : ce Mon opinion était 
pour l'appel au peuple. Vous en avez décidé autrement. 
Cette décision n^a rien changé pour la peine. Je vote 
pour la mort, dî II hit d'avis du sursis. Il ne s'est occupé 
que de la valeur et du poids des différentes espèces 
nionnoyées. Membre du conseil des Anciens ; il ne 



( 271 ) 
parla que sur la partie monétaire et sur celle des lettres- 
dé - change. Sorti eu 179B du Corps -législatif, il a 
remplacé Lebreton à la régie de l'enregistrement. 

Lozeau. — Négociant, député suppléant de la Cha- 
rente-Inférieure à la Législature où il ne siégea pas , 
et ensuite à la Convention, ce Point d'appel au peuple. 
Si je considère les crimes de Louis, dit-il , il mérite la 
mort 5 si j'examine mes pouvoirs, je puis le condamner 
à la mort. Que Louis subisse donc la peine de mort, w 
Il rejeta le sursis. Membre du comité d'aliénation, 
s'occupant de l'oiganisation forestière, il fit traduire 
au tribunal révolutionnaire le procureur-syndic et les 
administrateurs du département de la Moselle , qui 
furent condamnés à mort pour avoir signé une adresse 
à Louis XVI, à l'occasion de l'attentat du 20 juin 
lypa. Le 9 thermidor il appuya la motion de décréter 
d'arrestation Robespierre. Après la chute de ce tyran 
il demanda qu'aucun fonctionnaire public ne pût 
plus faire partie des sociétés populaires. Devenu membre 
du conseil des Cinq-Cents, il en est sorti en 1797. 

Ludot. — Député suppléant du département de 
l'Aube, ne vint à la Convention que pour remplacer 
Perrin, condamné aux fers. Il fut l'un des sujets du 
Directoire. Il demanda que les électeurs fussent tenus 
de prêter le serment de haine à la royauté. Il se montra 
favorable à la révolution du 18 brumaire, fut nommé 
tribun, envoyé grand-juge à Saint-Domingue. Il est 
revenu en France. 



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M. 

Magniez. — Propriétaire cultivateur à Bethincourt, 
député du Pas-de-Calais 5 se prononça pour l'appel au 
peuple, vota la réclusion, le bannissement et le sursis. 
Il crut ne pas devoir rester membre d'une assemblée 
qui avait chassé de son sein soixante-treize députés au 
OL mai , sans droit et par abus de pouvoir. Il se retira. 



( 272 ) 

Les Montagnards le déclarèrent démissionnaire , et 
Joseph Lebou le remplaça. Des députés extraordinaires 
de Son département, choisis dans les fougueux Jaco- 
bins j vinrent le dénoncer et déclarer qu'il avait perdu 
leur coniiance. En voilà assez pour le faire arrêter 
comme suspect. Le 9 thermidor le rendit à la liberté , 
et il retourna cultiver ses propriétés j qu'il n'a pas aban- 
données depuis, 

Maignen, — Administrateur du district de la Châ- 
ïaignerie , fut député par le département de la Vendée 
à la Législature, et ensuite à la Convention. Il s'opposa 
à l'appel au peuple , vota la mort j et rejeta le sursis. 
Après le 9 thermidor (27 juillet 1796) il fut envoyé à 
l'armée des Pyrénées-Occidentales. Devenu membre 
du conseil des Anciens, il mourut en rnai 1797. 

Maignet, — Prêtre j député par le département du 
Puy-de-Dôme à la Législature, où il ne dit rien. Réélu 
à la Convention, il vota froidement contre l'appel au 
peuple, pour la mort, point de sursis. Après avoir émis 
ces votes , les chefs de la Montagne le jugèrent capable 
de travailler à la dépopulation et à la destruction en 
homme habile. Il alla à Lyon avec Cou thon et Châ- 
teauneuf. On a vu à l'article CoutJion toutes les atro- 
cités qui ont été faites dans cette infortunée ville. Il 
alla phis loin. Son ami Coulhon lui fit obtenir des pou- 
voirs pour révolutionner à leur manière Orange , 
Bédouin, etc. Les massacreurs de la glacière trouvent 
un protecteur 5 les hommes de bien qui avaient ini- 
prouvé hautement ces crimes affreux ont peur , s'é- 
chappent. Bobespierre , suivant une noie trouvée dans 
ses papiers après sa mort , av^ait décidé que douze mille 
hommes du département de Yaucluse devaient périr. 
L'un de ses bourreaux se présenta 5 la terreur devint 
générale. 

Ilannonça son arrivée par des incarcérations 5 ilécrivit 
à Couthon , pour que le comité de salut public l'au- 
torisât à créer un tribunal révolutionnaire. Il avait, à 
cette époque j entassé quinze raille personnes dans les 



( 273 ) 

prisons. Le cornité déféra à sa demancle , et la com- 
mission est bientôt composée de tous les massacreuis 
du Midi. Au 27 juin 1794 5 ^^^® avait envoyé à là morfc 
neuf individus, et an 27 juillet, plus de trois cents 
avaient déjà porté leur tête sur l'écliâfaud. Heureu- 
sement llobe*»pierre tombe , et Maignet ralentit ses 
opérations meurtrières. 

Paquet, exécuteur désirantes œuvres, a fait, le 8 dé- 
cembre 1794? devant le tribunal ciiniinel de Vaucluse ^ 
inie déclaration portant que \iot, accusateur public de 
cette commission, et Napier, officier ministériel , se 
portaient dans les maisons d'arrêt et de détention , 
avant quHl y fût , pour se saisir des condamnés à mort; 
qu'ils les fouillaient dans toutes leurs poches et goussets et 
dans leurs malles, enlevaient tous leurs effets, bijoux , 
montres, bagues, boucles d'oreilles, chaînes en or au 
col des femmes, et quelquefois les habits d'horanies et 
de femmes, de manière que , quand ils étaient conduits 
à Péchafàud ils n'avaient que la culotte , bas, habits 
et chemises , s'ils étaient mauvais j et q^ue les dépouilles 
étaient partagées. 

Bc'douin esta trois lieues de Carpelitras. Un petit 
arbre de Liberté est coupé dans la mut du 3 mai 1794* 
Maignet proscrit tous les Uabitans, et condamne la ville 
d.e Bédouin aux flanunes. Une commission composée de 
ce que la. natine offre déplus féroce y est formée; elle 
affiche cette horrible sentence : <c La commune de 
Bédouin est en contre-révolution , et tous lès habitans 
suspectés de couiplicité pour n'avoir pas déclaré les 
auteius des attentats commis contre la Liberté. 5) 

L'écliâfaud est en permanence pendant trois jours 5 
le soldat lance là ilarnme de toutes parts 5 les habitans 
se sauvent dans les montagnes; les égorgeurs les 
poursuivent, tirent sur les rochers derrière lesquels ils 
se cachent , les mutilent à coups décrusses de fusil: ils 
se jettent dans les marinères pour les tuer; la terre et 
ses souterrains ne peuvent assurer la retraite de ces in- 
fortunés. Les magasins pleins de foin sont biiUés, les 
métiers sontdévorés parles flanunes... et les voyageurs 
tie trouvaient pliis que sur leiJ cartes la ville de 



( 274 ) 
Bédouin. LVglise , dont la construction avait coûté 
deux cent trente mille francs , résivSte an feu , la mine 
Jait faire l'explosion , et à dix lieues loin , la foudre 
apprend que Bédouin n'existe plus. Le comité de salut 
public répond à Maignet , rendant compte de tous ces 
faits exécrables, il répond qu^il est satisfait. 

Maignet est décrété d'accusation le 5 avril iy^5. 
Depuis il a été amnistié. On ne sait ce qu'il est de- 
venu. 

Maillie. — Avocat et député delà Haute-Garonne à 
la Législature. Il fit obtenir une amnistie en faveur 
des soldats de Château- Vieux, condamnés aux ga- 
lères pour révolte et insubordination. Il prit part aux 
accusations dirigées contre les ministres Bertrand de 
MoUeville , Délessart et JNarbonne. Il fit décréter que 
les revenus de la liste civile seraient soinnis aux contri- 
butions patriotiques, foncières et mobilières. Il fit dé- 
créter l'abolition des droits casuels des seigneurs, sans 
indemnité, en disant que, s'il se trouvait dans cette 
loi une espèce d'attentat à la propriété, l'Assemblé© 
n'en serait ^^î[S njoins bénie par les quatre-vingt-dix- 
neuf centièmes de la nation. Le s juillet, il demanda 
le licenciement de la garde nationale , et que la patrie 
fût déclarée en danger. Le :io août, il proposa les 
moyens de déraciner l'arbre antique de la féodalité et 
le 2,6, il appuya le projet de Jean Debry , pour la for- 
mation d'un corps de douze cents tyrannicides. 

Réélu à la Convention nationale par le même dépar- 
tement, il annonça , le 26 octobre , que le comité de lé- 
gislation l'avait chargé de faire le r.ipport suri'accu- \ 
sation portée contre Louis XVI. Ses discours sont 
connus. Lors des appels nominaux , Maiihe ne fut 
pas de l'avis de l'appel au peuple, ce Par une con- 
séquence qui me parait naturelle , dit-il , p£\r une con- 
séquence de l'opinion que j'ni déjà émise siu' la pre- 
mière question, je vote pour la mort. Je ferai une 
simple observation. Si la mort a la majorité^ je crois 
qu'il serait digne de la Convention nationale d'exa- ' 
ininer s^il ne serait pas utile de retarder le moment de 



rexécution. Je reviens ti la question, et je vote pour la 
mort. 5> Il ne se trouva pas à l'appel sur le sursis. 

Arrêtons-nous ici. Oiî sait que Maillie avait fait un 
vote conditionnel, et que quand les Montagnards 
s\i perçurent que la inaj(»nté se prononçait contre la 

Î)eine de mort , Garreau demanda qu'il s'expliquât sur 
a ï.ature de son vote. Il dit : 

ce Avant que le résultat de l'appel soit pré>clamé , je 
demande qu'on définisse d'une manière bien précise 
la nature et la teneur des suffrages. Je viens de parler 
à Maillie , et je lui ai demandé &i son vœîi contenait 
ime réserve , ou s'il avait donné un suffrage pur et 
simple. Je demande que Mailhe É;;r/7//^/e lui-même un 
vœu qui paraît être suivi de plusieurs membres de cette 
assemblée, et dont il est important de connaître la 
nature. 5) 

Maillie fit cette réponse : <c Au point: où, en sont les 
choses^ il ne m'est possible <|ue de répéter le vœu que 
j'ai émis hier. Je le répéterai donc, sans en changer 
non pas un mot, mais xniQ seule lettre. Je prie les 
citoyens mes collègues, qui m'ont entendu, d'attester 
si ce que je vais répéter est ce que j^ai prononcé hier. 
Mais, je le répète, je n'entends ni ne veux donner au- 
cune explication. 

(Il répéta mot à mot le vœu ci-devant copié. ) * 
Cambon reprit : ce Ce matin à sept heures je parlais 
a Mailbe en présence de Cambacérès, et j'affirme que 
ce matin Mailbe me faisait connaître son vœu tel qu'il 
vient de l'énoncer. Cambacérès nous fit craindre uii 
quiproquo ^ en nous faisant observer (jue les ternies des 
vœux n'avaient pas été définis et illimités. ActuelWnent 
je demande que si la majorité est prononcée, le décret 
soit rendu , et relativement à l'exécution , j'observe que 
la liberté des jéclamations subsiste toujours. » 

L'Assemblée était tellement bruyante, qu'Andjé Du- 
mont, (|ui avait voté pour la détention, d'après ie dira 
des secrétaires et des hommes modérés, soutint avoir 
prononcé la mort» Pourquoi Dumont se rétratta-t-il et 
voulut-il faire changer un vote pour une peine phis 
douce contie une peine capitale? C'est parce que le 

i8* 



( 276 ) 

l)rnit se répandait dans la Convention , que Louis XVI 
avait en sa faveur la majorité d^ine voix contre la 
peine de mort. Assurément Du mont n'avait pas le 
droit de changer un avis qui appartenait déiiuitivement 
à l'auguste accusé j mais Durnont crut devoir obéir à 
ses co-liabitans de la Montagne. 

Alors Vergniaud, président, prononça ainsi : 

ce Sur sept cent quarante-sept membres qui com- 
posent la Convention, un est mort, six étaient malades > 
deux étaient absens sans cause, et ont été censurés au 
procès -verbal. Onze étaient absens par commission , 
i.|uatre se sont dispensés de voter, ce qui a réduit le 
nombre des votans à sept cent vingt-un. La majorité 
était de trois cent soixante-un. Un membre a voté pour 
ia mort , eu réservant au peuple la faculté de commuer 
la peine. Yingfc-lrois ont voté pour la mort, en de- 
mandant qu'on examine s'il était convenable d'accé» 
lérer ou retarder l'exécution. Huit ont voté pour la 
mort, en demandant qu'il fût sursis à Texécution jus- 
qu'après l'e:x_pulsion de la race entière des Bourbons- 
Deux ont voté pour la peine des fers. Deux ont voté 
pour la mort, en demandant qu'il fût sursis à Texé- 
ciition jusqu'à la paix, époque à laquelle la peine pour- 
rait être commuée, elc. Trois cent dix- neuf ont voté 
pour la détention jusqu'à la fin de la guerre , et le ban- 
nissement aussitôt la conclusion de la paix. Trois cent 
soixante -six ont voté pour la mort. Je déclare que la 
peine que la Convention a prononcée contre Louis 
Capet , est celle de la mort. 

Dans la séance du lendemain on demanda pourquoi 
le nombre des députés n'était porté qu'à sept cent qua- 
rante-cinq , tandis que, d'après la réunion du comtat 
d'Avignon, il devait être de sept cent quarante-huit. 
Cette séance, présidée par Bairère, fut consacrée à 
réarranger^ revoir et corriger l'appel nominal. 

Oui pourra reconnaître, par le résidtat des votes 
qui suivent, celui des votes précédens? Donnons-le tel 
qu'il est dans le procès -verbal officiel des séances de la 
Convention. 

Le nombre dés députés n'est ni de sept ceïit qu»" 



r 



( 277 ) 
rante-cinq, ni àe sept cent (juarante-liuit , mais bien 
<le sept ceut quarante-neuf ; ainsi , 

L'Assemblée est composée Je. . . • 749 membres. 
Il s* est trouvé 

i5 membres absen s par commission^ 

7 /V/fT/î par maladie ( o 

1 idem sans cause ' • 'V 

5 non votans . .) 

Reste 721 Totans. 

La majorité absolue est (le. .... 061 

Sur quoi ^ 

Ont voté pour les fers 2 

Pour la détention et le bannissement à la paix , 
ou pour le bannissement immédiat, ou pour la 
réclusion^ et quelques-uns y ont ajouté la peine 

de mort. 286 

Pour la mort avec sursis, soit après l'expul- 
sion des Bourbons , soit à la paix , soit à la ratifi- 
cation de la constitution \G 

334 

36 1 ont voté pour la mort. 
26 Pour la mort, en demandant une discussion 
sur le point de savoir s^il conviendrait à l'intérêt 
public qu'elle fût , ou non , différée , et en dé- 
clarant leur vœu indépendant de cette demande, 

387 

Pour la mort sans condition 387 

Pour la détention , etc., ou la mort condition- 
nelle 334 

Absens, ou non votans 28 

Total 749 

Dans le premier résultat proclame , trois cent dix- 



( 273 ) 

neuf voix pour la défeiitioii : dans le premier, trois 
cent soixante-six ponr la rnort. 

Dans le second également proclamé , deux cent 
([natre-vingt-six , ou trois cent tren-te-quatre pour la 
détention 5 dans le second , trois cent quatre-vingt-sept 
potir la mort sans condition. 

Ces corrections ojit donné souvent matière à de sé- 
lieuses réflexions. Mais considérons la seconde édition 
du résultat de cet appel nominal comme devant être 
im arrêt de mort bien médité , bien calculé , et conten- 
tons-nous seulement de Jeter un coup-d'œil sur les 
principaux élémens qui forment la masse des calculs , 
et tirons-en une conséquence toute naturelle. 

L'Assemblée est composée de. . . . 749 membres. 

Il s'est trouvé 

i5 absens par commission^ ci i5 

Au lieu de j membres absens 
par maladie , il y en avait ^ , 
Bourgeois , Cayla , Cherrier ^ 
Daubermesnil , Ebrmaun, Fa- 
bre, Hugo, Joseph Mailbe , \ 3i 

Topsent p 

Sans cause 1 

Non votans, Morisson , De- 
bourges, Lafond, iSoel, Che- 
valier^ François 6 

Reste 718 votans. 

La majorité absolue est de. . , 36o 

Ont voté pour les fers 2 -\ 

Pour la détention et le bannissement , / 

en y ajoutant la peine de mort 286 \ o6o 

Four la mort avec sursis. ..:.... 4^ \ 

Pour la mort , dans le sens de Mailhe. . 26 J 

Les voix ponr la mort sont de. . 35(^ 

Il est donc vrai de dire que , d'après les calculs forcés 



( -9) 

dns convenlioTiîîels , LjmiÎs XVI a été condamné à la 
peine de rnoitj quoi(ju'à la majorilé d'une voix celle 
peine ait été rejetée. 

On dira peut-être qu'an lieu de joindre aux suffrages 
des députés qui ont voté contre la mort , les vingt six 
voix données avec l'amendement de Mailhe j il faut les 
porter A charge, et alors on trouvera trois cent quatre- 
vingt-six contre trois cent soixante à décharge, quant à 
la peine. 

On répondra d'abord que, quand Mailhe et ses col- 
lègues ont prononcé la peine de mort, à condition 
qu'il serait délibéré sur le sur&is de l'exécution , ce vote 
était conditionnel, et qu'on ne pouvait le mettre en 
ligne qu'autant que la question du sursis aurait pré- 
cédé , s'il eût été possible , rell"e de la condamnation. 

On ajoutera que Mailhe ayant voté la mort avec cet 
amendement, et plusieurs députés n'ayant émis la 
même opinion que dans son sens, il ne pouvait plus , 
par des explications postéiieures , détruire un vote 
donné et qui appartenait à vingt-six personnes. 

Si nous nous reportons au Moniteur du tenxs, nous 
verrons que la Convention a décide qu'elle ne regar- 
derait pas ce vote comme pur et simple , mais bien 
connue restrictif. 

ce Ainsi, dit ce rédacteur, le vote de Mailhe et celui 
des membres qui ont embrassé son opinion , n'ont point 
été comptés parmi les votans, non plus que ceux qui 
ont expressément voté pour le sursis. 5) 

A la vérité le résultat du procès-verbal comporte que 
ce vote a été compté contre le Roi, pour former le 
nombre de trois cent quatre-vingt-sept voix. Toutes ces 
divergences prouvent que , pour faire ])érir Louis XVI, 
on a forcé Barrère de présider , parce qfi'on lui con- 
naissait le courage de porter la peine de mort, sans 
s'enquérir du nombre vrai des votes. 

Mais, encore une fois, ce vote de Mailhe n'a pas pu 
ni dû être compté, parce qu'il était fait sous une con- 
dition ; que Carreau et Cambacérès avaient forcé Mailhe 
de s'expliquer, quand il n'avait plus la liberté de donner 
une interprétation telle quelle à une opinion qui était 



( aSo ) 

fivArablc à l'acçnsé, et que Mailhe lui-même a refusa 
«le «loniie^r des explications qui auiaient soulevé contre 
lui la. Montagne. 

Si le vote (le Mailhe était sujet à interprétation , le 
bon sens et la loi voulaient que l'intery)rétalion fût iaite. 
à l'avantage de l'accusé. Mais, grand Dieu! le dé- 
soidre dans les idées a mis le désordre dans les calcids, 
ou plutôt l'esprit de façtioij a dtonffé le sentiment de, 
justice. 

Il est anjourd'liui facile de connaître la vérité 5 les 
procès-verbaux sont des pièces authentiques. En les 
prenant pour règle de décision, il demeure constant 
que les députés qui qnt vot<^ la mort du lloi , n'étaient 
«pi'au nombre de trois cent cinqyante-quatre. Pour 
Atteindre la majorité il fallait trois cent soixante voix. 
J)onc, la peine capitale a été prononcée par la mino- 
rité, donc le E.oi a été assassiné. La France n'a pas, 
condamné Louis XVI. 

Le tableau ci-joint rendra cette vérité plus sensible. 



Départemens. 



NOMS 

DES VOTANS LA MORT. 



LA MORT 

CO^'DlTIONNELLEMENï. 



Jin. DeyHier , Gauthier, Merlv- Boucheron, Loysel. . . a 

nQt , Saint-Just, Lecar- 
)ier 5 

yillier. Marie! , Petit-Jean, Fores- Giraud. ........ x 

tier, Vidalin 4 

Alpes-Basses. Derbès-Laiour , Maisse. . . 2 Peyre , Savornîn. ... 2 

u41pes-Uaiiles. Aucun . . , <, uiucun, 

^rdèchÇ' . • «. Saint-Prix , Gamon,t , 

Gleizal 3 

Ardenne^. Ferry, Dubois-Crancé , Ro- Blondel , Mennesson , 

bert ■ r . . . 3 Vermon. , 3 

Arnè^e. Vadier , Ciauzel , Champ- 
martin , Espert , Lakanal , 
Gaston 6 



f 281 ) 



Départe m en s. 



NOMS 

DFS VOTANS I.A MOUT. 



LA MORT 

CONDITIONNELLEMENT. 



D^ autre part 20 

Auhe. Courtois, Robin , Garnier. . 3 

jiudc. Azéma , Bonnet , Ramel , 

Marragon, Girard .... 5 

Aveyron. Bô , Canibbulas, Second, 

Louchet , . , 4 

Bouc.-du'RJi. Duprnt , Rcbecquy , Barba- 
roux, Granet, Gasparin , 
Moyse Bayle , Baille , Ro- 
•vero, Pélissier, Lamrent. îo 

Calvados. 

Cantal. Milbaud, Lacoste, Carrier. 3 

Charente. Bellegarde , Guimberteau , 
Chazaud , Ribereau , 
Brunn , Crevelier 6 

CharentC'lnf. Bernard , Bréard , Eschasse- 
riaux, IViou , Ruaraps , 
Garnier, Lozeau, Vinet. 8 

Cher. Foucher , Fauvre-la-Brune- 

rie , Lepelletier 3 

Corrèze. Brival , Borie, Lanot , Pé- 

nières 4 

Corse, Salicettî \ , . . . i 

Çôle-d' Or. Bazire , Gnyton-Morveax) , 
Prieur , Oudot , Guyot- 
Florent , TruUard , Ber- 
lier , . 7 

C6tes~du-N. LoBcle i 

Creuze. Guyès X 

pardonne, Lamarque , Pinet , Lacoste , 
Roux-Fazillac , Taillefer, 
Peyssard , Chambort , Al- 
Jafort , Boufjuier Tainé. . . 9 

85 



D'autre part n 



Joseph Lacombe 



Dubois-Dubay, Bonnet, 
Jouenne,Taveau. . . 4 



Chedaneaii i 



Chambon , Lidon. 



Huguet 



^o 



. ( 282 ) 

>■ ■■ m 1111 ■ Il I ■■ I .M _ — 

WOMS LA MORT 

Departemens. 

^ DES VOTANS LA MORT. CONDITIONNELLEMENT. 



D* autre part 85 D'autre part ao 

Doubs, Michaud, Monnot , Verne- 

rey , Besson 4 

Drame. Julien , Santeyra , Boisset , 

JacoQiin 4 

Mure. Dnroy, Lindet, Bouillerot , Buzot i 



iroy, j^inaet, Douiiierot , 
Robert Liadet 4 



Eure-et-Loir. Lacroix , Loyseau , Chasles, Brissot, Pétion, Lesage. 3 

ï'remenger 4 



I^inîslère. Bohan , Guezno , Guer- Blad » 

meur 3 

Gard. Leyris , Henry- Voulland. . a Bertezène, Aubry,Jac; 

Rabaud , Cliazal. . . 5 

Garonne {H.) Delmas, Projean , Julien, Maillie , Desacy a 

Calés, Ayral 5 

Gers. Laplaigne , Maribond-Mon- 
* tant, Descamps, Barbeau- 
Dubarran , Laguyré , 
Ichon , Bousquet 7 

Gironde. Gensonné, Jay de Sainte- Vergniaud , Guadet , 

Foy, Garrnud , Boyer- Duplantier 3 

Foiafrède , Dcleyre .... 5 

Hérault. Cambon, Bonnier, Rouyer , Cambacérès i 

Fabre 4 

llle-et-Vilain. Duval , Sevestre , Chau- 

mont, Beaugeard 4 

Indre, Lejeune . I Thabaud I 

Ind.-et'Loire. Wiocbe , Dupont, Potlier , Ruelle x 

Champigny-Clément, Isa- 
beau 5 

Isère. Baudran, Genevois, Amar , Prunelle-Delière, Gc- 

CharreL 4 nissieu a 

Jura. Grenot , Prost , Amyon , 

Ferroux-de-Salins. .... 4 

^45 4o 



( 283 ) 



Départemens. 



NOMS 

DES TOTANS LA MORT. 



LA MORT 

CONDITIONNELLEMKNT. 



D'autre part i^5 

Landes. Darivgoite , Ducos aîné , 

Dii^s 3 

Loire-et-Ch. Chabot, Brisson , Fressine , 

Venaille , Foussedoire. . . 5 

Loire {Hav^té). Reynaud , Faure , Delcher, 
Flfl^eas , Bonnet fils , Bar- 
thélémy 6 

Loire-Infér. MeauUe, Villers , Fouché... 3 

Loiret. Lombard -Lachaux, Dela- 
gueille , Léohard - Bour- 
don 3 

Lot. Cledcl, Jean-Bon-Saint-An- 
dré, Mont-Mayou, Ca- 
vaignac 4 

Lot-et'Garon. Vidaloi, Boussion, Fournel. 3 

Ijozère. Châleauneuf-Randon .... i 

Maine-el-Loi. Choudieu , Dolanney aine, 
Réveil 1ère - Lépaux , Le- 
clerc , Pérard 5 

Manche. Lemoine , Letourneur , Le- 
carpenti» r , Havin , Mi- 
chel Hubert 5 

Marne. Prieur, Thuriot, Charlier , 
Charle»-de -la -Croix , De- 
ville, Drouct, Armon- 
ville , Batellier 8 

Marne (Haut.) Guyardin, Monnel , Roux, 
Valdruche , Chaudron , 
Laloy 6 

Mayenne. Esnue ( Joachim ), Grosse- 

Durocher 3 

Meurthe. Levasseur, Bonneval a 

Merise. Pons i 

Morbihan, Lequinio, ..*...#.,. i 

203 



D* autre part 4» 



Louvet I 

Laboissière , Delbrel ... a 

Paganel I 

Servière, Moneslier. , . a 



Ribet, Bonneseur, Lau- 
rence-Villedieu .... 3 



Bissy jeune, Enjubault, 
Serveau 3 



Lemailland, Audrein.. s 



H 



( 284 ) 



NOMS 

Departeraens. 

CES VOTANS LA MORT. 

Vautre part loi 

Moselle. Anthoine, Hentz, Thivion, 

Bar 4 

JVièvre. Sauterean , Damerond , Le- 
fiot,Gnillcrauîi,îjegendre, 
G'^yre-Laplrinchc G 

JVçrd. Merlin , Ditîiem , Cochet , 
Lesage-Senaull , Charpen- 
tier , Sallt'ngros , Poulle- 
tier, Daoust , Éoyaval , 
Briez. 10 

Oise. Coupé , Calon , Massieu , 
Mathieu , Anacharsis- 
Clootz , Bezard , Isorc , 
Bourdon • 8 

Orne. Lahosdlnière , Dessrouars , 

Julien Dubois, Colombel. 4 

Paris» Robespierre, Danton , Col- 
lot - d'Hcrbois , Billaud- 
Varcnnes , Camillc-Des- 
nionlins , Marat , Lavi- 
coniterie , Legeudre , Raf- 
jfron , Panis , {sergent , 
Robert , l'réron , Beau- 
•vais , Fabre-d'F.elanline , 
Osselin , Robespierre 
jeune, David, Boucher, 
Laignelot,Ph , . ai 

Pas-de Calais. Carnot, Duqqesnoy, Le Bas, 

Guffroy, Bollet 5 

Puy-de-Dôm. Couthon , Gibergues, Mai- 
gnet, Gilbert, Romme , 
Soubrany, Rudel , Blanc- 
val , Monelier, Dulanre , 

Laloue. i ^ 

Pyrén. (Bass) . 

Pyrén.^Haut,) Barrère, Féraud, Lacrampe. 3 
Fyrén. orient. Montégut , Cassanyes . ... 2 
Mhin {Bas-). Laurent, BentaboUe, Louis. 3 

aÇo 



LA MORTi 

CONDITION NEIXEMENT. 



D'autre part 54 



Portiez , Delamare . 



Dufriche-Valazé , Plat- 
Beaupré , Duboc , 
Thomas 4 

Thomas X 



Varlet . i 

Bancal. I 

5anadon ^ . . X 

Dupont, Picqué .... 2 

Biroteau i 



67 



( 285 ) 



Déparleniens. 



NOMS 

DES TOTANS LA MORT. 



LA WORT 

CONDITIONNELLE ME NT. 



nhin {Haut'). 
Rhôn.'el-Loi, 



Sa6ne(Haute). 
Saône ct-Loir. 



Sarlhe. 



Seine- Ihfêr. 
Scine-et-M. 
Seine-et-Oise, 

Sèi^. [Deux-\. 

Somme, 

Tarn. 

rar. 

P^endéci 

Vienne. 

Fiànne {H.) 
Vosa^es. 

Ta h ne. 



D* autre part 280 

Rilter, Laporle , Pffieger. . 3 

Dupms fils , Duboucher , 
Fnssavin , Noël Pointe, 
Cusset, Javocque . .... 6 

Gourdan, Dornier, Bolol. . 3 

Gelin , Carra , GuiUcrmin , 
Reverchon, Guilleuia.'Jet, 
IJaudot, MaïUy, Moreau. 8 

Richard, Priinaudièie , Phi- 
lippeaux , Boutronne , Lc- 
Vasseur, Froger, Siéycs , 
Letourneur T . . 8 

Aîbiue , Pocholle 1 

Manduvt , Tellier , Cordier.. 3 

Lecointre , Bassal , Au- 
douin , Tallicn , Chenier. 5 

Lecoinlre-Puyraveaux, Du- 
breuil-Chambardel , Co- 
chon 3 

Saladin, Hourrier Eloi, An- 
dré Duniont 3 

Lasource, Lacombe -Saint- 
Michel, Campiijas,]Weyer. 4 

Escudier, Charbonnier, Ri- 
cord , Isnard , Despinassy, 
Roubaud , Barras ^ 

Goujfilleau (J.-F.), Goupil- 
leau (P.-C), Maignen , 
Fayaii, Musset , Garos.. . 6 

Piorry, lDgrand,Martincau, 
ïhibeaudeau 4 

Gay-Vernon i 

î^errin i 

Maure , Lèpelletier , Tur- 
reau , Buileau , Bourbotte, 
Finot, Héiard 7 

ToTAt «.,*«,.'..•.. , 354 



D'autre part C7 

Johannot. i 

Moulin^ Lantbcaas. . . a 

Siblot I 

Montgilbert. i t 



Bernard des Sablons . . i 
Al(juier,Treillard, Roy. 3 



Delcloy. 
Gouzy . 



Lesterpt-Ôeauvàis 

Poulb 
Sou 

Précy 



PouUain -Grandpré, JulieTt- 
Souhait, Balland. ... 3 



%à 



( 286 ) 

Maintenant qu'il est établi que la peine de mort n'a 
pas été portée contre le lloi à la majorité des voix, et 
que les Français ne peuvent pas être accusés , eu lace 
de TEnrope, d'avoir commis ce crime horrible, re- 
venons à Mailhe. 

Le 22 novembre 179ZJ , il se prononça contre Canier, 
et s'élevant contre ceux qui étaient accusés de vouloir 
rétablir la royauté, il s''écria : ce Que non-seulement il 
ne dépend pas d'un peuple de se donner tel gouverne- 
ment qu'il lui plaît , de se donner un Roi , que celle 
faculté ne |ui est pas permise , mais qitun Français qui 
voudrait un Roi , ne serai.' pas un homme , mais un tigre , 
un ennemi de V humanité. 

Envoyé à Dijon , il y comprima les Jacobins. En 
11795 il servit le parti de la réaction. Le 28 août, il fit 
décréter l'abolition des sociétés populaires , influencées 
par le royalisme ou par le terrorisme. 

Deveim membre du conseil des Cinq-Cents, il désap- 
prouva quelques mesures directoriales 5 le 3o octobre , 
il combattit principalement le message du Directoire 
qui demandait la compression de la presse. Il sortit du 
Corps-législatif en 1797 , s'attacha au parti Cllchien , 
fut enveloppé dans la proscription du 18 fructidor 5 se 
j.endit prisonnier à Oleron , en janvier 1799, et fut 
j-appelé en 1800 par les consuls, qui le nommèrent, 
secrétaire- général de la préfecture des Hautes-Pyrénées. 
jl est maintenant avocat à la cour de cassation. 

Mailly. — Député de Saône-et-Loire à la Con- 
vention , s'opposa à l'appel au peiq^le, vota la mort 
sans sursis. Devenu membre du conseil des Anciens , 
il en est sorti en 1798. 

Mainvielle. — Entra dans la Convention comme 
député suppléant de Rebecqui, député par le départe- 
ment des Bouches-du-llhône. 11 tenta, avec son frère , 
d'assassiner Duprat. Décrété d'accusation comme gi- 
rondin, il fut condamné à mort par le tribunal révolu- 
tionnaire , le 3o octobre 1793. 

Maisse, — Député des Basses-Alpes, fut de l'avis de 
l'appel au peuple 5 vota la mort et ne se trouva pas à 



( 287 ) 

l'appel nominal sur la question du sursis. Il signa la 
protestation contre la journée du 3i mai 5 il fut donc 
l'un des soixante-treize députés proscrits. Après le 9 ther- 
midor il fut rappelé dans le sein de la Convention, 
puis envoyé à l'armée d'Italie : il a été nommé membre 
du conseil des Cinq-Cents , d'où il est sorti en 1797. Le 
Directoire l'a employé ensuite, en qualité de son com- 
missaire. 



Mallarmé, — Procureur-syndic de Pont-à -Mousson, 
député de la Meurthe à la Législature , ensuite à la 
Convention. 

H fut d'avis opposé à l'appel au peuple; ce Louis a 
été cent fois parjure, dit-il; le glaive de la justice s'esî 
promené trop long-temps sur sa tête sans le frapper, 
il est tems que les représentans de la nation française 
apprennent aux autres nations que nous ne mettrons 
aucune différence entre un roi et un citoyen : je vote 
pour la mort, n II rejeta le sursis; il présida la Con- 
vention le 3i mai 1793; il appuya le système des 
taxes révolutionnaires > et voulut qu'on s'en rapportât 
aux sans-culottes j pour leur assiette et leur perception. 
Après le 9 thermidor les dénonciations tombèrent sur 
lui ; il chercha son salut dans la société des Jacobins 5 
il fut spécialement dénoncé le i®*^. juin 1795^ comme 
ayant fait des proclamations sanguinaires dans les dé- 
partemens de la Moselle et de la Meurthe, où il avait 
été en mission , et d'avoir fait périr uu grand nombre 
d'innocens ; d'avoir arraché aux femmes les croix 
qu'elles portaient, sous le prétexte que c'étaient des si- 
gnes de fanatisme ; d'avoir mis tout en réquisition pour 
sa table, ses autres besoins, et même des chevaux de 
poste, sans jamais rien payer; d'avoir créé des tri- 
bunaux composés d'assassins. Décrété d'arrestation , il 
fut amnistié. 'Le Directoire l'envoya comme son com- 
missaire près l'administration centrale de la Dyle; 
deux ans après, il passa comme commissaire auprès 
du tribunal de Namur. Il fut employé par le gouver- 
nement consulaire , pour organiser te Mont-Terrible, 



( 288 ) 

En 1806, il fut nommé juge du tribunal d'appel do 
Mayenne» et-Loire. 

Manuel, — Né à Montargis, fils d'un portier^ répé- 
titeur d'un collège à Paris, publia un pamphlet qui le 
fit mettre trois mois à la Bastille. Entré dans la société 
des Jacobins ^ il y accjuit assez d'influence pour se faire 
nonnner procureur de la commune de Paris. Il publia 
alors des brochiues contre les autorités anciennes 5 il 
eut l'audace d'adresser une lettre à Louis XVI , dans 
laquelle il disait : ce Sire, je n'aime pas les Rois, n Le 
ïrj niai il proposa aux Jacobins de renfermer la Reine 
au Yal-de-Grace, pendant la guerre , comme suspecte. 
Il fomenta l'insurrection du 20 juin, celle du 10 août. 
Le 12 il parut à la barre, demanda que Louis XVI 
fut renfermé au Temple, et denlanda la satisfaction dé 
l'y conduire. 

Nonmié à la Convention par les électeurs de Paris j 
il se chargea d'annoncer au Roi l'abolition de la royauté. 
Il changea sur-le-champ de conduite. Il se détacha dé 
la faction Montagnarde, chercha à reculer le juge- 
ment de Louis XVI. On attribua ce changement an 
fait suivant : 

Un jour il se présenta au Roi, l'engagea d'écrire aii 
roi de Prusse pour Pinviter à se retirer des plaines de 
la Champagne , comme le seul moyen de lui sauver 
la vie. A cette condition la commune et lui signeraient 
au bas de la lettre Peiigagement de mettre ses jours 
en sûreté. Cette lettre fut écrite. Fidèle à son engage- 
ment, Manuel vota la détention du Roi. 

M. de Malesherbes a dit que le Roi lui avait assuré 
qu'il n'avait point écrit pareille lettre, et que si elle exis- 
tait^ sa signature était fausse. Ainsi le faitn'est pas vrai. 

Il donna sa démission, le 19 janvier, en disant 
qu'il était impossible à la Convention, telle qu'elle était 
composée, de sauver la France, et que l'homme de' 
bien n'avait plus qu'à s'envelopper de soxv manteau. 

Manuel se retira à Montargis où il fut assassiné dans 
le mois de mars, par une bande de furieux, qui l'ai- 
câblèrent de coups de pierres ôt de bâtons. Il siuvécul: 



( 289 ) 

À cet attentat 5 amené à la conciergerie comme suspect ^ 
les prisonniers (|ui le regardaient connne le principal 
instrument des massacres de septembre, voulurent le 
tuer. Appelé comme témoin dans le procès de la Pieine, 
il ne l'accusa pas^ il exalta son courage, et plaignit 
ses malheurs. Traîné au tribunal révolutionnaire, il 
avoua qu'd aurait voulu que le Roi se fAt retiré eu 
Améi'ique, et il désira qu'on gravât sur sa tombe que 
c'était lui qui avait lait la journée du lo août. Il fut 
décapité le i^ novembre 1793. 

'Jlftfrû.ç. — Député d'Eure-et-Loire, n'a été appelé à 
la Convention qn'apiès la proscription, des Guondins. 
Après sa sortie, il^ut nonnné par le Dneclone com- 
missaire près l'administration de son département. Elu 
en 1798 au conseil des Cinq-Cents, il est passé en. 
1799 au Corps-législatif , d'où il est sorti en i8o3. 

jyiarat. — Né de parens calvinistes , à Beaudry , pays 
de Neufchâtel^ avait une figure aussi hideuse quc son 
ame était horrible. Fou^ crnel , inconséquent, il étudia 
la nïédecine, vint s'établir à Paris, s'occupa d'ana- 
tomie, fit le inélier de cliarlatau,en vendant dessiipples 
qui guérlssaieut de tous maux. La misère le réduisit; 
à mendier souvent sa vie. Il se fit donner le titre de 
médecin des écuries de Monsieur , comte d'Artois. Au 
premier éclair de la révolntiou , il se fit journaliste. 
Son journal, qu'il intitula V Ami du peuple^ était un 
pampliletordurlercontre le Roi , la famille royale etles 
grands. Il j)rèchait le meurtre et le pillage , et ne tendait 
qu'à souifler le feu de l'anarchie dans l'univers. En 
1790 les Cordeliers le miient sous leur protection. Alors 
l'empirique distnbua ses poisons avec une sorte d'im- 
punité. 

La Fayette , qu'il accusa sans cesse , fît faire le 
siège de sa maison pour s'assurer de sa personne. Il 
trouva asile chez mademoiselle Fleury, actrice; chez 
Bassal , curé de Versailles : enfin il fut nommé député 
à la Convention. 
I^K M. Maluuet le dénonça pour avoir dit qu'il fallait 

I 



( 290 ) 

élever Iinit cents potences dans les Tuileries, et y pend rç 
tous les traîtres , à commencer par Mirabeau aîné. Eu 
179a M. Bengiiot ^directeur-général acliielde la polict^) 
fit. une dénonciation virulente contre ses feuilles Cjui 
conseillaient l'attentat, le pillage et préparaient à une 
désorganisation totale. Guadet paila dans le même 
esprit. Dès-lors Marat déclara nne guerre à mort aux 
Girondins. Les massacres de septembre, les incursions 
dans le château , regorgement des nobles , furent l'exé- 
cution de ses conseils. Un jour Boileau demanda ([u'il 
fut mis en arrestation. Il répondit : ce Si vous aviez 
adopté cette motion , je me brûlais la cervelle avec nri 
pistolet cpi'il montra 5 vos décrets n'empêcheront jamais 
un Jiomme comme moi de percer* dans Tavenir, de 
préparer l'esprit du peuple , et de dévoiler les événemenî^ 
qu'amenaient l'impéritie et la traliison des ministres. 
Il noîis faut encore deux cent soixante-dix mille têtes. 3> 
ce Point d'appel au peuple, dit-il , dans le procès fait 
au Roi 5 il ne peut être demandé que parles complices 
du tyran : la mort dans les vingt-quatre heures. » De- 
])uis il a dénoncé tous les hommes en place, a trcuté 
la majorité de l'Assemblée de coquins, de gueux dé- 
hontés, de cochons, d'imbéciles. Lecointre-Puyraveaux 
demanda qu'il fî\t déclaré en état de démence. Aux 
Jacobins, à la Convention, il ne parlait que poj:r 
mettre en mouvement les sections contre la Conven- 
tion , et faire une Saint-Barthélémy. Il fut assassiné 
par Charlotte Corday, le 14 juillet 1798. Les mauso- 
lées, les bustes élevés et faits par ses complices, ont 
été détruits et brisés le jour que la France a essayé de 
lever ses mains au ciel pour le retour des Bourbons. La 
folie et la férocité ont été idolâtrées dans Maratj la raison 
en a fait justice. 

Marhoz. — -Député de la Drome, vota la détention 
de Louis XVI;, et son bannissen^ent à la paix. Signa- 
taire de la protestation contre la journée du 3i mai, 
il fut mis au nombre Ats soixante-treize députés pros» 
crits. Hevenu à la Convention , il est entré au conseil 
à<is Cinq-Cents, et en est sorti en 1797. 



( agi ) 

Jl/^rcc. •— Secrétaire-général du Finistère , nommé 
par ce département à la Convention, dit, siu' Fappel 
ail pî'uple : ce La décision que vous allez porter sur 
Louis Capet doit avoir la même influence sur le peuple 
que la constitution que yons préparez pour son bon- 
heur: quoique vous ayez des pouvoirs illimités, vous 
avez déclaré que cette constitution n'aurait d'effet 
qu'autant qu'elle serait acceptée par le peuple; je trouve 
que le jugement que vous porterez contre Louis ne 
pourra avoir d'exécution que par la ratification. Je vote 
pour oui. 5> 

ce Siu- la peine a infliger, je vote pour la réclusion, 
de Louis peudaut la guerre, et pour Fexil perpétuel 
après. 5) Il s'opposa au sursis. 

Il fut souvent employé dans les comités militaire, 
de marlue, dys colonies, de Salut public, et des fi- 
nauces. Il couibattit le projet d'arrêter quelques dépu- 
tés de la Montague, et demanda le rappoit du décret 
d'accusation porté contre Julien (de Toulouse.) Lors 
de l'affaire de Féraud , il demanda la mise hors la loi 
des terroristes réunis à la maison commune, et dé- 
nonça Laignelot pour avou' occupé le secrétariat avec 
Tliiriou, pendant la nuit, dansTiritérêt des révoltés. Il 
se prononça au i3 vendémiaire contre les sections de 
Paris. En octobre il fit une sortie contre la faction des 
anciennes limites. 

Tarbé l'a accusé de ne pas avoir eu le courage, dans 
le tems (pi'il était membre du comité des Colonies , de 
dénoncer les crimes qui y ont été commis par les agens 
du gouvernement. 

Il a établi une maison de commerce à ParivS. 

Marcy (^jerine,^ — Négociant à Nuits, député à la 
Convention par le département de la C<)te-d'Or, vota 
la détention de Louis XVI. On observa qu'il était porté 
sur une liste d'émigré» : la Convention ordonna sa 
radiation en octobre ly^^. ï\ li^a pris part à aucunes 
des divisions c]ui ont avili cette Assemblée. 

Maribon- Montant. — Ancien mousquetaire, député 
du département du Ger« à la Législature, se montra , 

19* 



( ^92 ) 
en novembre 1791 ) l'un des protecteurs des assassins d'A- 
vignon 5 voulut que les anciens drapeaux fussent brûléa 
h la tête des corps*, dénonça les royalistes déguisés sous 
le nom de Chevaliers du poignard '^ présida dans les 
premiers jours le club des Jacobins, et contribua à 
organiser le mouvement (]ui eut lieu le 10 août. Pendant 
l'attaque du château , il fit décréter un appel nominal 
povu- jurer, au nom de la nation, de niaintenir la 
liberté et Tégalité , ou de mourir à son poste. Réélu à 
la Convention , il vota la mort du Roi , défendit Marat , 
fit décréter que le duc de Montpensier , qui servait à 
Tarmée du .Var, serait amené à Paris et enfermé. Il 
fut l'un des chefs de l'insurrection Jacobite qui eut 
lieu le 1^"^. avril 1795, puis de celle qui se développa 
le 185 on lui reprocha d'avoir été jouir, sur la place 
de la Révolution , du plaisir de voir supplicier les Gi- 
rondius 5 d'avoir, le 21 janvier 1794? sous prétexte 
de célébrer Panniveisaiie de la mort du Roi , promené 
la Convention sous Péchafaud , au moment même d'une 
exécution, de manière que le sang des victimes jaillit 
sur plusieurs députés. Dupin lui imputa d'être la cause 
de la mort des fermiers-généraux. Peu de teras après 
son arrestation il fut amnistié (en 1796). 

Mariette, — Avocat à Rouen , fut nommé à la Con- 
vention par le département de la Seine-Inférieure. Il 
hésita à se rendre à Paris, quand il apprit , par les pa- 
piers, le 24 septembre, que la royauté était abolie. Loi s 
du procès fait à Louis XVI , il vota Pappel au peuple, 
comme législateiu', sa détention pendant la guerre et 
sou bannissement ensuite. Il fut de l'avis du sursis. 
Toujours du côté droit de l'Assemblée, il eut souvent 
de vives altercations avec les Montagnards. Envoyé 
en mission dans les ports de Cette, Marseille, Bor- 
deaux, Bayonne, et danslesdéparlemens des Bouches- 
du-Rhône et du Yar, pour les opérations relatives aux 
marchandises qui s'y trouvaient en dépôt, et pour y 
lever la loi du maximum , il fut nécessité de comprimer 
les menées des Jacobins qui ne se croyaient alors que 
battus et non vaincus. Sulicetti avait fait introduira 



( =9" ) 

dans Toulon six mille Corses, qui se mêlèrent avec les 
terroristes du pays. L'insurrection éclata. Mariette 
eut le bonheur de Tapaiser. Il fut accusé d'avoir fa- 
vorisé les massacres que les compagnies de Jésus et du 
Soleil commirent sur les démagogues féroces qui 
étaient détenus dans les prisons , et sur les hommes de 
sang qui menaçaient toujours de leurs vengeances les 
«utoyens paisibles. Entré au comité de sûreté générale, 
il se prononça contre les vendémiairistes. Devenu 
membre du conseil des Cinq-Cents, il en sortit en 1797. 
Il fut nommé l'un des juges de la cour d'appel de 
Kouen , ensuite juge de la prévoté des douanes , établie 
à Anvers ; en dernier lieu j président d'un tribunal des 
douanes en Hollande. 

Marin. — Député du Mont-Blanc, n'arriva à la 
Convention qu'après le procès fait au Roi. Il a été 
nommé juge du tribunal criminel de la Meurthe. Il 
n'est plus citoyen français. 

Marquis, — Avocat à Saint-Mîhiel, ex-constituant, 
fut nommé grand juge à la haute cour d'Orléans, et 
député par le département de la Meuse a la Conven- 
tion. Il ne se trouva pas à l'appel nominal sur la ques- 
tion de la ratification par le peuple. Sur la peine à in- 
fliger, il dit : ce Comme juge, je n'hésiterais pas à pro- 
noncer la peine de mort , puisque cette peine barbare 
souille encore notre code 5 mais comme législateur , mon 
avis est que Louis soit détenu provisoirement comme 
<^tage, pour répondre à la nation des mouvemens in- 
térieurs qui pourraient s'élever pour le rétablissement 
delà royauté, et des nouvelles hostilités et invasions 
des puissances étrangères. 5) Il fut de l'avis de l'appel au 
peuple. 

Devenu membre du conseil des Cinq -Cents, il 
donna sa démission. En février 1797, il fut nommé 
commissaire à Mayence , pour organiser les quatre 
nouveaux départemens de la rive gauche du Rhin. Il 
remplaça Rudleri II fut remplacé, à son tour, par 
Latanal. Les consuls le nommèrent, en 1800, préfet 



( '94 ) 

Ju département de la Meiirthe. Décoré delà croix êc 
la légion d'honiiem'j il fut choisi comiiie candidat 
au Sénat Conservateur. 

Marragon, — Etait commis chez le directeur-général 
du canal de Languedoc, dont il épousa la fille qui lui 
avait apporté de la fortune. Envoyé n la Ct)uventi()a 
par le département de l'Aude^ il vola pour l'ap[)el au 
peuple. 

Siu- la peine à infhger à Louis XVI, il dit : « Une 
nation outragée , oppiiniée , une nation contre la li- 
berté et la siireté <]e laquelle on a conspiré, a le droit 
de punir le conspirateur tel qu'il soit, et dans ce cas 
là elle peut se prescrite d<'S lègles pai tlculièr^'s et des 
circonstances, sans avoir égard aux lois positives, s'il 
en existe. Il est donc absui^e de dire qut3 les forma- 
lités ont été violées. 

3) J'ai voté hier pour la ratification dtr peuple 5 j'avais 
considéré que cette ratification par la nation entière 
était la mesure la plus imposanle à opposer aux puis- 
sances de PEurope. Je crois n<êine, dans ce moment- 
ci, qu'il est nécessaire, au moins, d'avoir une sanction 
tacile et présumée, qui produirait le même effet. 

» Louis a été convaincu de conspiiatioii contre la 
liberté et la sûreté de la nation fi-ançai>e. Ce crime, 
chez tous les peuples, est puni de la peine capitale- 
Fidèle à mon devoir de mandataire, pt*rsuadé qu'il 
n'appartient qu'au souverain de conunuer la peine ou 
de faire grâce, je vote pour la mort. v> Il s'opposa ce- 
pendant au sursis. 

Il s'occupa dans les comités des moyens de vivifier 
la navigation intérieure. Où le vit indécis sur la place 
qu'il prendrait dans l'Assemblée. On remarqua qu'il 
siégeait toujours à côté du parti le plus fort. Il fut 
envoyé au Havre. Il vit peu de monde, parce que ses 
opinions n'étaient pas celles des hahitans tlu cette ville. 
Devenu membre du conseil des Cinq-Cents, on ne 
"vit pas sans indignation qu'il fît un rapport à la suite 
duquel il fit déclarer nuls les droits de la famille llifjuet 
Caramau sur le canal du Languedoc, et décréter que 



I 



]a ration s'emparerait de ce rnr.al. Comme i] avait 
été commis chez le directeur de ce canal, comnie il 
avait fondé sa fortune aux dépens de la lille de ce 
directeur, conmie enfin M. Riquet de Caraman lui 
avait «lonné ses secrets sur la manièie dont ce canal 
était devenu la pri>priélé de sa famille, on pensa qu'il 
lie devait pas être le provocateur de la ruine de ses 
bienfaiteurs. Sorti du cowseil en 1798, il fut nommé 
ynr le Directoire pour succéder à Koberjot jnès des 
\illes anî>éati(jues. 11 demanda, mais en vain , et d'une 
manière insolente, l'aire^^-tation de Napper-Tandy. Il 
jevint en Fiance. Le Directoire le nomma son c<ira- 
lîiissaire près Tadministration des canaux intérieurs. 
En 1800 il se fit donner la place de receveur du dé- 
pai tement de la Haute-Garonne. Il a donné sa démis- 
sion en faveur de son fils, maintenant il vit retiré à 
Paris. 

Martel. — Député de l'Allier , vota contre l'appel au 
peuple , la mort dans les vingt-quatre heures. Devenu 
inembre du conseil des Anciens, il eu sortit eu 1798; 
il entra à la comptabilité intermédiaire comme connuis. 
Il est employé en cette qualité'dans la même adminis- 
tration. 

Martineau. — Député de la Vienne à la Conven- 
tion , ne fut pas de l'avis de l'appel au peuple, vota la 
mort safîs sursis. Devenu membre du conseil des Cinq- 
Cents, il en est sorti en 1798. Il est maintenant pro- 
cureur du Roi près le tribunal civil de Chatellerault. 

Martinet. — Député à la Convention parle départe- 
ment de la Drôme, dit sur la première question: ce Je 
réclame contre un décret monstrueux, extorqué plutôt 
par la vengeance que rendu par la sagesse. La llépu- 
blique ne peut exister que quand le peuple l'aura 
fondée. Je fais appel au peuple de ces décrets, et je 
dis oui. )ï {^Appel au peuple. ) 

Sur la deuxième question il dit : ce Je suis descendu 
dans ma conscience, et j'ai vu que je ne pouvais pro- 



( 296 ) 

noncer comme jnge^ même tlnns la première ques- 
tion (/c Roi est-il coupabU?^'^ je vote donc pour la 
détentioti.oî II appuya le sursis. 

Il {'ut Pun des membres charges d'examiner la con- 
duite de Carrier. Elu au conseil des Cinq-Cents, il 
contribua au 18 fructidor. Le 2 octobre 1797, il de- 
manda que les émigrés Avignonais fussent assimilés 
aux autres émigrés. Réélu en 1798, il n'en sortit qu'en 
1800. 

Marvejouls, — Député du département du Tarn , 
fut de l'avis de l'appel au peuple, de la détention et du 
bannissement du lloi , ainsi que du sursis. Il ne passa 
point aux conseils. 

Massa. — Député des Alpes -Maritimes, ne prit 
séance qu'après la mort du lloi. 11 fut l'un des soixante- 
treize députés proscrits au 3i mai. D'après le traité do 
paix il n'est plus français. 

Massieu, — Curé de Sergy , ex-constituant, évêque 
constitutionnel de l'Oise, nommé parce département à 
la Convention , dit sur la question de l'appel au 
peuple: ce Je crains aussi non-seulement les guinées 
anglaises , mais les florins d'Allemagne et les piastres 
d'Espagne 5 Je crains la guerre civile, et je dis non.» 
Sur la peine à infliger, il dit: ce J'ai réfléchi autant 
qu'il était en moi , sur un dévoir redoutable et pénibleà 
mon cœur, que j'ai à remjdir. Je croirais manquer à 
la justice, à la sûreté présente et future de ma patrie, 
si, par mon suffrage, je continuais à prolonger l'exis- 
lence du plus cruel ennemi de la justice, des lois et de 
l'humanité. En conséquence je vole pour la mort.» 

En 1793 et en 1794 il f'^t proconsul dans divers dé- 
partemeiis et sur tout dans celui des Ardennes; la 
sensibilité de son cœur lui pernnt de commettre toutes 
sortes de cruautés et de vexations. En mars 1794 il 
prononça dans l'église de Btauvais un di.vcours irré- 
ligieux, digue de l'athée le plus renforcé. J*ai préservé 
pour jamais j écrivait-il le n mars à la Convention, 



( 297 ) 

<îans ntie liarangne faite (clans cette église) , les 
peuples du iiiiiatihme religieux: prêtres, autels, re- 
liques, vases sacrés, devinrent l'objet de ses fureurs. 
Eu 1795 les habitans de Rennes Taccusèrent d'avoir 
provocjué dans leur ville au meurtre et au pillage , d'a- 
Now recpiis le comité révolutionnaire de multiplier les 
arrestations, sous peine d'encourir sa disgrâce 5 d'a- 
voir contribué au meurtre de la municipalité de Se- 
dan, et de beaucoup de citoyens, ce qui avait été 
cause première de la destruction des manufactures de 
cette commune. Il fut encore accusé par les habitans 
de Beauvais d'avoir formé chez eux une troupe de 
brigands pour les égorger 5 ceux de Vitry-sur-Marne 
s'exprimèrent ainsi sur son compte : ce Furieux de 
trouver dans notre ville de la vertu , ce prêtre apostat 
déclama à la société populaire contre la religion chré- 
tienne, assurant que les prêtres étaient tous des im- 
posteurs, des scélérats , qu'il les connaissait mieux cpie 
personne , puisqu'il avait fait pendant trente ans 
nombre avec eux , et était devenu leur colonel. 5> Les 
citoyens des Ardennes lui reprochèrent d'avoir fait as- 
sassiner et persécuter leurs compatriotes , par e&prit de 
vengeance. 

Le 9 août il fut décrété d'arrestation et amnistié à la 
fin de la session. Il fut nommé en 1797 à l'une des 
places de l'école centrale de Versailles. 

Nous oublions de dire que le cher évêque avait épousé 
en 17<;4 ^^ ^^^^® d'un nommé Lecole , maire de Givet, 
et passé maître en fait de terrorisme. Mais un pareil 
mariage ne pouvait subsister long - tems j aussi ma- 
dame Massieu recouvra sa liberté par l'honorable 
moyen du divorce. 

Masuyer. — Né a Bellevre , avocat, juge au tri- 
bunal du district de Louhans, fut député à la Légis- 
lature par le département de Sac^)ne-et-Loire, et ensuite 
à la Conveulinu. 11 dénonça les municipaux de Paris, 
qui couraient dans les maisons royales et dans celles 
deséniigrés pour s'enriclûrindlvidueliement de leurmo- 
bilier j il les traita de brigands^ fit mander à la barre c^uel- 



( 298 ) 

qi:cs-nns frenli'enx qui avaient enlevé à maîn armé© 
(jiiatie tnille marcs cl'ar:;eiitene appartenant aux 
(^'migres , et (jui étaient <m dépAt chez un pariiculier. 

Il fit paraître son ojnnion avant le jugement de 
Loriis XVI. Le moyen le plus salttînire, disait-il, était 
Sa détention pendaDt la [>aixetson bamilssement ayjrès. 
Il vota dans ce sens. Le ip avril 1793, il sollicita la 
grâce <Pnne malheurense cuisinière condamnée h mort 
pour avoir, dans un moment d'ivresse, tenu des pro- 
pos royalistes. Il parla dans le désert. Voyant l'As- 
seanblée sons le couteau de la connnune de Paris, il 
proposa d'ordonner auxsiippléans de se réunira Toiirs 
ou à Bourges, pour s'emparer de l'autorité, si la Con- 
vention venait à être anéantie. Au 3i mai il contribua 
à l'évasion de l-'anjiviriais et de Pétiou. Il signa la pro- 
testation contre celte fatale jomnéej décrété d'accusa- 
tion , il fut condamné à mort, comme conspirateur, par 
le tribunal de Paris, le 20 mars 1793 , àFâgede trente- 
quatre ans. 

Mathieu {^de Mlrampol.^ Député du département 
de l'Oise à la Convention, proposa de jurer, par la 
force du sentiment, d'établir la liberté et Tégalité àes 
Fouverture de celte trop fameuse assemblée. Point 
d'appel au peuple, la mort, rejet du sursis 5 tels lurent 
ses votes. 

Quand il s'est agi des lois contre les émigrés , 
Mathieu ne voulut pas qu'on exceptât de leur ri- 
gueur les jeunes filles âgées de phis de quatorze ans; 
aussi fit-il décréter qu'elles seraient exportées, si elles 
rentraient , et mises à mort , si elles rompaient une se- 
conde fois leur ban. 

Après le 3i mai il fut envoyé à-Bordeaux et dans la 
Dordogne, d'où il fut rappelé, parce qu^il attiédissait 
l'esprit public. Souvent membre du comité de sûreté 
générale, il fit, un jour, un rapport contre les terro- 
ristes , annonça l'arrestation de Babœuf , et la fer- 
meture des clubs qui s'insurgeaient coutre les démo- 
tisseurs des bustes de Marat. Le i5 avril il vota la 
restitution des biens des condamnés j le 9 mai il an- 



( -^99 ) 
nonça les massacres qui se commettaient à Lyon. Il 
contribua à délivrer la Convention assiégée par les 
assassins de Féraud. Il passa an conseil des Cinq* 
Cents j s'attacha an parti directorial , et sortitdu Corps- 
législatif en 1797. 

Il fut nommé commissaire près l'administration du 
département de la Seine, et réélu an conseil des Cmq- 
Cents par le département de l'Oise en 1798. Après 
le 18 brumaire il entra au Tribunat, en sortit en 
mai 1804. II fut nommé directeur des Droit-réuni.s 
dans le département de la Gironde. Il a maintenant la 
mèni€; place dans le département delà Marne. 

Maudiiyl. Député de Seine-et-Marne à la Con- 
vention , s'opposa à Tappel au peuple, vota la mort 
et rejeta le sursis. Envoyé dans son département , il 
seconda parfaitement les opéra tions'deLakanal , quand 
celui-ci fit enlever les meubles du cliâteau de Chantilly. 
Après la session le Directoire l'a employé comme sou 
commissaire. 

Maulde-Loisellerle, — Député de la Charente, se 
rangea de l'avis de l'appel au peuple. <c Je vois dîm^ 
(apet \\\\ tyran, dit-il, un traître à la nation ; je l'ai 
déclaré coupable. Si aujourdMiui j'avais à émettre mon 
vœu comme citoyen privé, je voterais la mort 5 mais 
prononçant comme législateur, je vote pour la dé- 
tention perpétuelle , sauf a prendre d'iautres précau- 
tions, lorsque la constitution sera présentée à l'acctep*- 
talion du peuple. Il fut de l'avis du sursis. Devenn 
membre du conseil des Cinq-Cents , il en est sorti en 
mai 1797. 

Maure ( aîné. ) — Epicier à Auxerfe^ député du dé- 
partement de TYoune , dit sur la question de l'appel 
au peuple: ce Lorsque mes comraettans m'ont envoyé, 
ils m'ont dit : Va , venge-nous du tyran, fais-nous de 
bonnes lois , et si tu nous trahis^ ta tête en répond. J'ai 
promis et je tiendraima parole 5 ainsi, je dis non. 5) Ti 
ajouta : «Louis est coupable j quand il aurait mille 



^ ( 3oo ) 

vies j elles ne suffiraient pas pour expier ses forfaits. Je 
vote pour la mort. 5) Il rejeta le sursis. Lié intimement 
avec Marat et Robespierre , il appuya toutes les mesures 
de sang qu'ils proposèrent. Un jour aux Jacobins, il 
se glorifia de ce que Marat l'appelait son fils et qu'il 
était digne de l'être. Il fut en mission dans le départe- 
ment de l'Aube. Garuier le dénonça comme ayant 
mis en liberté vingt-six prêtres et onze femmes d'é- 
migrés. On repoussa cette dénonciation, en rapportant 
qu'il avait dit à la tribune des Jacobins: «Que du lard 
envoyé par le département des Basses -Pyrénées pour 
le besoin des armées servirait à graisser la guillotine. 

Lebardy l'accusa d'avoir fait partie de l'insurrection 
Jacobite qui éclata au 20 mai 1795 contre la Con- 
vention. Il rappela que le snppo^ de Robespierre avait^ 
le 3i mai, pris le cul-de-jatte Coutlion dans ses bras, 
et l'avait porté à la tribune, pour qu'il fît plus aisément 
la motion de proscrire ses collègues. Au même instant, 
la commune d'Auxerre l'accusa de toutes sortes de 
cruautés et d'exactions, entr'autres, d'avoir fait célé- 
brer une fête à la terreur^ de s'être proclamé le favori 
de Robespierre, l'ami de Dubem , le défenseur de 
Carrier. Il crut devoir se brûler la cervelle le jour même, 
dans la crainte qu'un décret l'envoyât à Técliafaud. 

MaurieL — Député d'Ille-et- Vilaine , s'opposa à 
l'appel au peuple : ce Comme mesure de sûreté gé- 
nérale, dit-il ensuite, je vote la détention jusqu^à la 
paix, w II fut de l'avis du sursis. Il ne passa point aux 
conseils. 

Mazade. — Député de la Haute-Garonne , vota la 
réclusion de Louis XVI 5 parla et agit contre les terro- 
ristes. Sorti du conseil en mai 1797^ il se retira vers 
Toulouse, Il est mort. 

Meaulle, — Président du tribunal civil de Château- 
Biiand , fut nommé par le département de la Loire- 
Inférieure à la Législature, puis à la Convention. 
Il rejeta l'appel au peuple : « Je ne puis , dit - il ; 



( Soi ) 
soustraire le plus grand coupable à la peine qu'il à 
méritée. Je vote pour la mort , et point de sursis, w II a 
été accusé de toute espèce de déprédations dans ses 
proconsulats à Lyon et dans la Vendée. Il se dé- 
clara contre Robespierre. Après le 9 thermidor il 
pnt la défense des membres du comité révolution- 
naire de Nantes 5 réclama , après le i3 vendémiaire , la 
liberté de tous ses sujets détenus comme terroristes^ passa 
au conseil des Cinq-Cents, où il se fit l'avocat des terro- 
ristes accusés d'ensanglanter de nouveau le Midi; sorti 
du Corps-législatif en mai 1797? il fut nommé juge au 
tribunal de cassation, puis procureur impérial près le 
tribunal criminel de Gand. 11 est décoré de la croix de 
la Légion-d'Honneur. 

Meillan, — Bourgeois de Bayonne , député par le 
département des Basses-Pyrénées à la Convention, 
vota la détention de Louis XVI. Il fut mis hors la loi 
comme fédéraliste. Il entra au conseil des Anciens, 
d'où il est sorti en mai 1797^ H t^st mort. 

Méjansac. — Député du département du Cantal, fut 
de l'avis de l'appel au peuple, vota pour la réclusion 
pendant la guerre et le bannissement à la paix. Il 
était malade lors de l'appel nominal sur le sursis. Il 
est sorti du conseil des Cinq-Cents en 1798. Il est, 
à présent, l'un des juges du tribunal civil de Saint- 
Flour. 

Mellinet. — Député du département de la Loire- 
Inférieure à la Convention, vota pour Pappel au peuple. 
c< Comme législateur, dit-il, le sort de l'Etat doit seul 
déterminer ma conscience. C'est d'après cela que je 
vote pour la réclusion pendant la guerre, et le bannis- 
sement après la paix, jî II fut de l'avis du sursis. Il ne 
passa point aux conseils. 

Menesson. — Député des Ardennes à la Convention , 
idit sur l'appel au peuple : ce Je ne suis vendu ni aux! 
missances étrangères ^ ui aux puissances de l'intérieur. 



( 502 ) 

Je dis oui. 53 II ajouta : ce Ilépiiblicain sévère et manda- 
taire fidèle, je veux concilier ce fjii'exi<»i^nt les f)rin- 
cipes et ce que m'ordonnent les intérêts de mes com- 
mettans. Eu conséquence^ je vote comme mesure de 
sûreté générale, pour l'eXpulsion prompte de la race 
conspiratrice et niacliiavélic[ue des Boiir])ons. Je dé- 
clare, dans ma conscience, que je redoute plus le 
membre de cette famille cpii est leprésentant tempo- 
raire de la nation, que celui à qui il ne reste plus de 

l'hérédité que ses crimes Je vote pour la mort do 

Louis, mais à la condition expresse de rexpiiLsioii 
actuelle de toute la famille 5 mon opinion est indivi- 
sible, w II fut de l'avis du siusis. Effiayé des joiu'riées 
du 3i mai et suivantes, il jugea k propos de donner 
sa démission. 

Menuau. — Juge au tribunal de Viliiers , député sup- 
pléant à la Convention par le département de Maine- 
et-Loire, n'arriva qu'après la moit du lioi. Il fut en- 
voyé à l'armée d'Ouest, et sortit du conseil des Cinq- 
Cents en 117(^8. 

JMercier.- — Auteur du Tableau de Paris ^ professa les 
belles-lettres, embrassa vivement le parti révolution- 
naire, î^ommé à la Convention par le départernenl de 
Seine-et-Oise, émit les votes suivans dans le procès 
fait au lioi : ce Je crois répondre au vœu de ma patrie , 
en disant que je ne suis pas de l'avis de Tappel au 
peuple. D) Sur la peine à infliger: ce Comme juge natio- 
nal, je dis que Lonis a mérité la mort. Gomme législa- 
teur, rintérêt national parle ici plus haut que ses for- 
faits, et je dois, pour l'intérêt du peuple, voter ime 
peine moins sévère. Qu'est-ce ici que couiuiande la 
justice? C'est la tranquillité de la nation. Or, je dis 
qu'un arrêt de mort qui aurait son exécution immé- 
diate , serait impolilique et dangereux. Louis est uu. 
otage, il est plus , il sert à empêcher tout autre pré- 
tendant de monter sur le trône 5 il protège, il défend 
votre jeune llépublique , il lui donne le tems de se 
f<Ln?-mer. Si sa têt^ tojnb.e; tremblez^ une faction étran- 



( 5o3 ) 

gère lui trouvera un successeur. Louis n'est plus Roi, 
il n'a plus que sou fils et ses frères de droit à la 
couronne. Mais le fiuitoine nwis sert ici merveilleuse- 
ment. Oui , nous devons marcher avec ce fantôme , 
avec le tems qui est aussi un lé^iblateiir 5 ne précipitons 
pas une mesure irrévocable. Je vote pour la détention 
de Louis à perpétuité. 5) Il pensa qu'il fallait surseoir 
à l'exécution du décret de mort. 

Mercier ayant signé les protestations du 3i mai, 
fut mis au nombre des soixante-tre*ze députés proscrits. 
Après -la chute de Robespierre, il fut rappelé à ses 
fonctions. 

Devenu membre du conseil des Cinq-Cents, il s'op- 
posa à Ce qu^on accordât les honneurs du Panthéon 
à Descartes, et paila coutie Voltaire qu'il accusa de 
n'avoir pas su détruire la superstition , sans attaquer 
la morale. Eu 1800 il prétendit assigner une nouvelle 
forme à la terre et lui donner de nouvelles lois de mou- 
vement. Il avait combattu, dans son Tableau de Paris, 
contre rétablissement de la loterie 5 à l'Assemblée, il 
voulut faire considérer ce jeu comme moral. 

Ses amis crurent c|ue ses organes étaient affaiblis 5 
ils le virent avec plaisir sortir du conseil des Cinq- 
Cents en mai 1797. Il publia ensuite divers ouvrages 
dont le style et la bizarrerie ont donné la preuve que 
sa tête était dérangée. Il a été nommé membre de 
rinslitut et contrôleur de la caisse générale de la lo- 
terie. Il est mort en iSizj.. 

Merlin ( de ThionviUe. ) — JHLnssler, député à la 
Législature parle département aSR Moselle, dénonça 
avec Bazire et Chabot presque tous les gens en place : 
il ne voulut pas qu'on envoyât des troupes dans les 
colonies , qu'on donnât des secours pécuniaires aux 
Colons, parce que le commerce des colonies finirait par 
devenir fatal à la France, en avilissant l'esprit national 5 
que pour être libre il ne fallait pas être riche ; il de- 
manda le déciet d'accusation contre les princes fran- 
çais, vota pour le séquestre des biens des émigrés, fit 
arrêter Pévêque de Mende (M. de Castellanc), qui fut 



« 



( 3o4 ) 

ensuite massacré à Versailles 5 fit la motion d'exporter 
en Américjue tous les prêtres insermentés. Il était , l*i 
10 aoutj à la tète des révoltés. 11 força llœdereV à 
conduire le Roi dans la salle de l'Asseniblée , offrit 
d'aller servir, à la fin de la session , dans le corps des 
douze cents tyran nicides proposé pai- Jean Debry. 

Kééln à la (Convention par son départeuient , il fut 
accusé par M. ^'arbonne d'avoir reçu et détourné des 
fonds qu'il lui avait donnés , ainsi qu'à AI bitte et 
autres, pour les attacber à la Cour. Le i* . octobre il 
accusa Louis XVI, (ju'il appela infâme] d'avoir voulu 
verser à grands flotji le sanj^ du peuple; il demanda 
que lui et ses partisans portassent leurs têtes sur l'écha- 
faudj il pressa l'Assemblée d'ordonner à l'accusateur 
public de dénoncer la Reine au tribunal criminel. Il 
défendit Robespierre, accusé par Loiivet de viser à la 
dictature. «Je n'ai qu'un reprocbe à me faire, dit-il dans 
une séance, c'est de n'avoir pas poignaidé Louis XVI 
le 10 août, n II s'opposa à ce que le Roi ait des con- 
seils pour le défendre. Il fut envoyé (|uelques jours 
après avec Revvbell , commissaire à Mayence , d'où 
ils écrivirent, le 6 janvier, qu'ils votaient la mort du 
Roi II resta long- tems enfermé à Mayence, assiégée 
par les Prussiens. Revenu de ses missions , il aclieta 
des maisons de campagne , des équipages magnifiques , 
mena un train de prince. Sa femuie ne lui avait cepen* 
dant apporté que vingt nnlle fiaucs. Alors le bruit 
courut qiie le roi de Prusse lui avait donné beaucoup 
d'argent pour rendre où faire capituler Mayence. Mon- 
tant l'attaqua vivei||«it 5 mais Barrère , Chabot et 
Thuriot le défendirent, eu disant que le 10 août, armé 
de deux pistolets, il avait porté Peffroi dans le château. 
Il fut en mission dans la Vendée, où se rendit la gar- 
nison de Mayence. Il parla en faveur de Westermann, 
battu par les royalistes, en rappelant qu'il avait conduit 
les phalanges du faubourg Saint- Antoine contre le 
château des Tuileries au 10 août. Le 21 janvier 19^94) 
il fit jurei à la Convention d'établir la République une 
et indivisible , et l'entraîna à assister en niasse à la fête 
anniversaire du 21, époque du supplice de Louis XVI. 



% 



( 5o5 ) 

Pendant la lutte des thermidoriens avec la faction 
Robespierre, il garda le silence j mais Robespierre à 
bas . il se rangea du côté des vainqueurs. 

Merlin, qui a montré de la biavoure aux armées, 
changea de système politique. Il lit suspendre l'exécu- 
tion d'un décret contre les nobles et les prêtres, qu'il 
avait fait rendre avant le 9 thermidor 5 il se prononça 
contre les Jacobins qu'il avait vivement défendus , de- 
manda la fermeture de leur taverne et l'apposition des 
scellés sur lenr correspondance. Cependant on le vit 
s'élever contre la demande de la rentrée des soixantt- 
treize députés proscrits. Il fut envoyé à l'armée du 
Rhin 5 mais ses anciens principes, son changement t'© 
conduite , la révolution qui s^était faite dans les esprits , 
firent qu'il ne jouissait plus que d'un faible ciédit. il 
passa au conseil des Cinq-Cents. La Sentinelle de Louvet 
l'accusa de favoriser les prêtres. Au 18 fructidor il 
provoqua la déportation de Félix Lepelletier , d'Amar 
et d'Antonelle, qu'il qualifia de chefs d'anarchie. Il 
sortit en 1798, fut employé dans l'administration gé- 
nérale des postes. Depuis il fut dénoncé comme dila- 
pidateur, attendu les immenses propriétés territoriales 
àont il est possesseur. Il a ac(juis l'ancien couvent du 
Calvaire , près Paris , et vit tranquille au milieu de sa 
fortune. 

Merlin {^de Douay.^ — Fils d'un agriculteur d'An- 
chin , enfant de chœur à l'abbaye de cette ville, fut 
envoyé par les moines au collège , qui payèrent sa pen- 
sion et lui fournirent les moyens de faire un cours de 
droit. Reçu avocat , il eut la clientelle de leur maison , 
celle du chapitre de Cambray. Il épousa mademoiselle 
Dumonceau. Sa dot servit à lui acheter la charge de 
secrétaire du Roi. 

Porté aux Etats-généraux, il fit supprimer les droits 
féodaux, proposa la loi contre l'émigiatiou. Après la 
session il fut nommé président du tribunal criminel 
du dépaitement du Nord 5 ensuite son département 
l'élut à la Convention. En arrivant il sut que son nom 
be trouvait dans les papiers saisis dans l'armoire de 

20 



( 3o6 ) 

fer , aux Tuileries. Le y décembre il se justifia en pron- 
■vaiit, pour me servir clè ses expressions, cjii'il n avait 
jamais comrriis le cnitkë de vouloir servir Louis XYL 
ïl cOQibaitit les observations faites par I^aiijtiinais , par 
M. Larnoigiion-Maleslifeibbà j qu'i! fallait deux ti<;is 
de voix pour condamner le Roi, en disant que les prin- 
cipes ne pouvaièiit être invoqués que datis l'institution 
des jurés , et iie pdiivâîerit s^àppliquer à im tribunal ex- 
traordinaire , tel que cèllii (jue formait la Convention. 
Lors des appels nominaiix dans Pafjfiiire du Iloi , 
Merlin ne fut pas de l'avis de l'appel au peuple. 11 dit 
ensuite : « Je vote pour là mort, n II rejeta le sursis. 

Il contribua à la journée du 3i mai; après il fut 
envoyé dans l'Ouest , pour compririièr Jes royalistes, 
qui augmentaient en noiubre. Le 17 septembre 179^ 
il fit rendre , contre les suspects , ce décret qui a rempli 
toutes les y)risons de gens de bien et ([ui a servi à faire 
des dépôts pour que la guillotine pût être en activité 
permanerii;é. Le 6 du mêrnè ïnois il en avait fait rendre 
un autre pour l'orgauisatioii du tribunal révolution- 
naire. Lé 3 octobre il a tait révoquer la loi de 1791 9 
disant qu'en cas de partage de Voix dans iin tribu ual 
criminel j l'àvis lé plus doux l'einporteràit. Le 16 dé- 
cembre il a fait régler le mode dé procéder eiivers les 
individus mis hors la loi. Il ne prit aucun parti dans 
la lutte c[ui précéda le 9 thermidor. Il a été souvent 
lïienîbre du comité de Salut public ; il parla alors contre 
le terrorisme, particulièrement contre Carrier; il pré- 
senta en même-temS dès mesilrés de rigueur contre l'es 
émigrés. Il fit un rapport tendant à rejeter du sein dû 
la Convention les députés proscrits au 3i mai. Il pro- 
posa, au nom des trois comités, dé décréter d^accu- 
sation Billaud-Yarennes , Collot-d'Herbois , Bàrrère et 
Yadier. En janvier 1796 il fit prendre des mesures 
contre les prêtres déportés et les émigrés qui seraient 
rentrés sur le territoire fiançais : il attaqua les sec- 
tionuaires de vendémiaire^ fit décréter Tarrestation des 
chefs, et leur traduction devant un tribunal militaire. 
Le i/j. novembre 1796 le Directoire le nomma ministre 
de lâ'justice. Lors de la(707Z5pz>a^/o/ïdelaVilleheuinois, 



( 5o7 ) 
il fit renvoyer les prévenus devant nn conseil de guerre, 
et pressa , par une lettre , leur mise en jugement. Cette 
lettre fut dénoncée par Pastoret au conseil des Cinq- 
Cents, conune contenant ces expressions : ce Les juge- 
niens militaires doivent être prompts , ceux qu'ils frap- 
pent doivent être exécutés sur l'heure, à l'instant, sur- 
îe-clianip. Si on ne tue pas les conspirateurs royalistes, 
on sera forcé de laisser aussi échapper les BabOuvistes 
(qui étaient en jugement devant la haute-cour), w II 
fut l'un des princi[)aux coopérateurs du 18 fructidor; 
il remplaça, au Duectolre, Barlhéleiuy, qni fut com- 
pris dans la liste des déportés. Après le 18 brumaire 
il cessa d'être directeur. Alors les dénonciations l'ac- 
cablèrent. On l'accusa d'avoir comprimé la liberté d» 
la presse, d'avoir détruit presque tous les journaux, 
d'avoir fait annuller le^j élections de 179B, d'être la 
cause des désastres de la campagne, et même des 
malheurs airivés en Egypte. A la suite de ces dénon- 
ciations, le conseil des Cincj-Cents proposa de le dé- 
créter d'accusation. Merlin fit paraître une brochure 
qu'il donna comme contenant sa justification. 11 fut 
nommé substitut du commissaire, et ensuite commis- 
saire des cousids près le tribunal de cassation , con- 
seiller-d'Etat, commandant de la Légion-d'Honneur, 
et membre de l'Institut. Il est encore procureur- général 
du Roi près la même cour. Il est auteur des Questions de 
JDrolt^ et du Nouveau Dictionnaire de Jurisprudence, 

Merlino. — Député du département de l'Airt , vota 
la mort du Roi. Il fut coupable des luêmes crimes re- 
prochés à Amar, Albiteet Meaulle, lorsqu'ils furent en- 
voyés tous trois dans ce département. Il est mort en 
décembre i3o5. 

Meyer ( de Mazarme. ) Député du Tarn à la Con- 
vention , tut d'avis de l'appel au peuple , vota la mort, 
et contre lé siirsis. Devenu membre du conseil des 
Cinq-Cents, il en est sorti en 1796. Il fut réélu à celui 
des Anciens; passa, en 1799 ^>i Corps-îégidatif, et 
«:i sortit eii l8o3. 



( 5o8 ) 

Meynard. — Dépnl^ de la Dordogne , vota Tappel 
ail peuple : ce Je crois clifïicilement, dit-il , aux dangers 
dont ou nous dit individuellement menacés 5 peut-être 
n'en suis je pas assez frappé, d'après les bruits alar- 
nians qu'on nous fait chaque jour sur notre sûreté 
personnelle: je pourrais avoir d'autres craintes; mais je 
déclare que je ne croirai jamais à la peur qu'on cher- 
cherait à m'inspirer pour forcer ma volonté Je 

demande comme mesure de sûreté générale, que Louis 
soit détenu pendant le tems que durera la guerre. )> Il 
fut de l'avis du sursis. 

En 1795 il a été nommé près les armées du Nord et 
de Sanibre-et-Meuse. Membre du conseil des Cinq- 
Cents^ il a fait rétablir dans l'administration de leurs 
biens les ecclésiastiques condamnés à la réclusion. 
Sorti en 1798 , il a été nommé agent politique à 
Francfort. 

Michaud. — Avocat député duDoubsà la Législature 
et à la Convention , rejeta l'ap)pel au peuple. ccUn tyran 
n'est à mes yeux, dit-il, qu'un monstre. Louis a 
attenté à la sûreté générale de l'état , qu'il périsse sous 
le glaive de la loi. Point de sursis.» Le 29 décembre 
1794 il dénonça les perisécutions qu'éprouvaient les 
patriotes (les Jacobins). Il demanda un décret por- 
tant que les sociétés populaires avaient bien mérité de 
la patrie. Il fut l'un des commissaires chargés d'exa- 
miner la conduite de Joseph Lebon. Devenu membre 
du conseil des Cinq-Cents , il dénonça une protestation 
faite par Camille Jordan contre le 18 fhictidor. Il en 
sortit en mai 1798, devint président du tribunal cri- 
minel de son département, lléélu en 1799 au conseil 
des Anciens , il en sortit après le 18 brumaire. 

Michel. — Député de la Meurthe, vota l'appel au 
peuple, la détention et le bannissement, et le sursis. 
Devenu membre du conseil des Anciens, il en sortit 
en 1797. Il est procureur du Roi près le tribunal civil 
de Vie. 

Michel. — Député du Morbihan , a voté dans le sens 
de Michel (^de la Meurthe^, Après la session conven- 
tionnelle il n'est nas passé aux conseils. 



Michel, — Député de Rhône - et - Loire, v S'if 
existait, dit-il sm* la question de l'appel au peuple, 
une loi qui pût être appliquée à Louis XVI, la Con- 
vention ne s'occuperait pas de la faire. Mais dans tout 
ce qui n'est pas fondé sur une loi existante , il faut la 
sanction du peuple; ce peuple ne jugera pas,. mais 
s'expliquera pour savoir si les pouvoirs qu^il nous a 
transmis nous autorisaient jusqu'à aller au jugement 
de Louis, Il ne peut y avoir d'inconvénient, et si vous 
en trouviez ,le même prétexte irait attaquer dans toutes 
les circonstances la souveraineté du peuple. Ainsi, je 
dis oui. 5) 

Sur la peine à infliger, il ajouta : ce J'ai déclaré que 
Louis m'a paru coupable du crime de conspiration et 
de trahison . 3) 

» J'ai voté pour que le décret qui statuera sur son 
soi t fût soumis à la ratification du peuple, parce qu'il 
n'est aucune loi écrite qui ne m'ait paru nniette h son 
sujet, et parce que si les crimes dont il est déclaré cou- 
pable peuvent déterminer une condamnation à nioit, 
des raisons d'état et de bien public peuvent exiger la 
détention. Obligé de m'expliquer définitivement, jft 
vote pour la détention à perpétuité, w II se prononça 
contre le sur.sis. 

Il fut l'un des soixante - treize députés exclus 
au 3i mai, comme partisans de la Gironde, llentié et 
devenu membre du conseil des Anciens , il en est sorti 
en 1798. 

Milkaud. — Député du Cantal à la Convention , 
dit, sur l'appel au peuple : « On aurait dû écarter de 
nouveau toute idée de soiunetl.re à la sanction du 
peuple le jugement du ci-devant Roi. La souveraineté 
de la natureest au-dessus de la souveraineté du peuple j 
les peuples n'ont pas le droit de faire grâce aux tyrans; 
et quand même l'impunité de la tyrannie serait au- 
torisée par \\x\e. déclaration nationale, la natuie con- 
serverait à chaque citoyen le droit des Brutus. Ooer 
recourir à la souveraineté du peuple pour le jugement 
d'un Roi, c'est abuser de la souveraineté du peuple. 



(5.0) 

Je suis donc d'avis d'écarter l'appel j et Je dis non. 

Sur la peine à inflige r^ il dit : ce Je n'ose croire cjue 
de la vie on de la mort d'nn homme dépende le salut 
d'un état. Les considérations politiques disparoissent 
devant un peuple qui veut la liberté ou la mort. Si on 
nous fait la guerre, ce ne sera pas pour venger Louis , 
mais pour venger la royauté. Je le dis a regret ; Loujs 
ne peut expier ses forfaits que sur l'écliafaud. Sans 
doute des législateurs philantropes ne souillent point 
le code d'une nation par l'établissement de la peine de 
mort; mais pour un tyran, si elle n'existait pas, il 
faudrait l'inventer... Je déclare que quiconque ne 
pense pas comme Caton , n'est pas digue d'être répu- 
blicaiti, J« contlauiiie jLouis à la mort; je demande 
qu'il la subisse dans les vingt-quatre heures^ }} 

Il fut envoyé à l'arnjée des Ardennes avec son col- 
lègue Deville^ puis à l'année du Rhin. Il a fait exécuter 
dans ce dernier département toutes les mesures or- 
données par les comités. 

Le aï octobre 1793 , il a fait, à la société des Ja- 
cobins, l'éloge du géné?'al Picliegru ; le 19 décembre, 
il fit un discours dans lequel il proposa de chasser du 
î*ein de la république tous les contre-révolutionnaiies : 
<cll faut, disait-il, que la France lance sm* des vais- 
seaux la tourbe impure des ennemis de l'humanité, et 
que le foudre national les engloutisse daus le gouffre 
des mers. 5) 

Envoyé à l'armée des Pyrénées- Orientales, il an- 
nonça à la Convention la régénération de cette armée, 
et le supplice de tous les traîtres qui avaient compromis 
la sûreté de cette frontière. 

Après 1^ session il s'attacha au service militaire. Il 
se signala à la journée du :^8 brumaire. Buonaparte 
lui conféra en 1800 le grade de général de brigade. Il 
fut envoyé en Italie, chargé de missions pohtiques 
auprès des cours de Naples et de Toscane. Il passa de 
là au commandement de Mantoue , et ensuite à celui 
ide Gênes. Il fut employé en i8o5 dans la grande 
armée , fit en novembre six cerrts prisonniers dans les 
environs de Brunn , enleva quarante pièces de canou. 



(^"> ) 

Jl est comte, décoré lie la ciolx Je la Légioii-d'Hou- 
Jieur , et général de division. 

Millard. — Député suppléant de Saône-ct-Loire , 
ne vint qu'après le procès de Louis XVI. Il siégea à la 
Montagne. Les habitans de son département le 
dénoncèrent, après le 9 thermidor, comme terroriste. 
Il ne passa point aux conseils. 

Mirande, — Député suppléant (\.\\ Cantal , ne vint à 
la Convention cju'après le jugeiiien^ du Roi 5 np passa 
point aux conseils; fut nornm^ en i8oQ commissaire 
])rès le tribunal civil de Mauriac. Il est epcore^procu- 
reur du Roi près le même tribunal. 

Mollet. — Député de l'Ain,, yc^f^ J'^PP^l aji peuple , 
la détention et le sur^s. Il iiç |]|^ssa pciipt anx qofjseils. 

Mollevaut. — Avocat ^ î^aj^çy, f^piTirr^^ en 1791- 
membre du tiibunal de çassi^tior^ , pnsuite député à la 
Convention par le département dç la Meurthe, il fuf; 
de l'avis de l'appel au peuple.. Il djt ensuite : ccçfjs dé- 
clare que je vais prononcer comme mandataire du 
peuple 5 nu} décret np m'en s^ pt^ ^^ titre. Je cjeclare 
([ue je ne suivra^ aucun autre n^otif que celui de l'in- 
lérétdu peuple. Je suis convaji^'ç», ^l^e le joiir q-^n ver- 
rait touiber la tète jdu tyran ^éfifit peut-être /ç^lii" de 
rétablissement d'une autre tyrannie. Je suis convaincu 
(|ue la mort de Louis serait pour le peuple français ce 
que fut cplle ^e. Charles I'"' au:^ Anglais. Je vote pojir la 
détention pendanj; la guerre, et pour le baimis^enient 
à la pai^. » Il p^rl^ en faveur du suj-^is. Il i^^ontra 
beai^coup 4^ mqdéi^tion dans les 4i^c.u^siofis. Prési- 
dent de I^L ço^Tîir)issio^]i d.e3 Aouzp cbargjée d'pxjiminer 
les arrêté^ ij^surrectionr|iaires tle Iîjl <:omnîi)ine de/Paris, 
il fjjt proscrjf^ i^iivS bprs la loi.p^appelé dans la Conven- 
tion , le 8 juin 1795 il fit un rapport cpntre les théories 
homicides qui tendaiei^t à consacrer l'impunité des égor- 
gcmens 5 il s.e déchaîna contre les terroristes. Devenu 
membre du conseil de^ -^ncicn^j il eu sortit en 1798, 



fut rééln h celui des Cinq-Cents , et entra en décembre 
lypp au Corps- législatif. 

Monnel. — Curé de Valdelanconrt , ex-constituant 5 
fut nomrné parle département de la Haute-Marne à la 
Convention, s'opposa à Pappel au peuple, déclara au 
nom du peuple finançais que Louis a mérité la mort, et 
rejeta le sursis. Après le 9 therraidoi- il demanda que 
les dénonciateurs et les membres des comités révolu- 
tionnaires fussent tenus de payer des indemnités aux 
détenus injustement persécutés. En avril 1796 il favo- 
risa le parti jacobite qui éclata contre la Convention. 
Il a été employé après la session comme commissaire 
du Directoire. 

JVfonestier. — Avocat à Manassac, député de la Mo- 
selle à la Législature 5 demanda le décret d'accusation 
contre Mallet-Dupan , prêchant dans le Mercure de 
France l'avilissement du Corps-législatif. 

Elu à la Convention par le même département, il 
r'^jeta l'appel au peuple, ce J^émettrai mon opinion , dit- 
il , comme jnge et comme législateur : comme juge , je 
trouve dans le Code pénal la peine de mort contre les 
conspirateurs. Comme législateur je vote pour la mort, 
en demandant que la peine ne soit appliquée qu'à la 
paix. Après , il se déclara contre le sursis. Il est à pré- 
sent l'un des juges du tribunal civil de Marvejols. 

Monestier. — Curé de Saint-Pierre-de-Clermont , 
député du Puy-de-Dome. Point d'appel au peuple. 
«Mon désir, dit-il, eut été que Louis ne fût pas 
coupable, mon plaisir serait de lui pardonner, mon 
devoir est d'être juste et d'obéir à la loij je vote pour la 
mort. 5) Il se déclara contre le sursis. Il défendit Collot- 
d'Herbois. Il fut décrété, d'arrestation le i*"" juin , 
comme prévenu de s'être entendu avec un agent des 
fourrages de l'armée pour dilapider en commun, pour 
avoir fait verser le sang des citoyens, de concert avec 
Pinet (voir cet article) , enfin pour avoir pris part aux 
mouvemens de prairial contre la Convention. Il a été 



( 5i5 ) 

amnistié, puis nommé président du tribunal criminel 
du département du Puy-de-Dôme , et maintenant il 
est président du tribunal civil d'Issoire. 

Monnot. — Avocat, député par le département du 
Donbs à la Législature, et ensuite à la Convention 5 
ne fut pas de l'avis de l'appel au peuple , et dif : ce Louis, 
conspirateur , a mérité la mort , et conane il est évident 
pour moi que les prétendans ont toiijonrs en | * is 
d'obstacles à surmonter que ceux (jui sont en tilJv^ je 
pense que l'intérêt du peuple est ici d'accoid avec la 
justice, et en conséquence je vote po>ir In p,cine de 
mort. Point de sursis. 5)11 a travaillé dans lesaouilés 
de finances, a proposé le rétablissement dt i.i loltne, 
a été l'un des candidats pour la place de con^.iiiû&aire 
de la trésorerie. 

Montégut. — Député des Pyrénées-Orientales 5 s'op- 
posa à l'appel au peuple, ce Je supporterai la responsa- 
bilité^ dit-il, sans remords dans ma conscient e. (Connue 
cette détermination va décider du bonbeur de la patrie, 
je prie mes collègues, au nom de cette patrie* , qu't-ntie 
nous finissent toutes dissensions , et que nous ne nous 
occupions que du salut public 5 je vote pour la mort, 
et contre le sursis. 3) 

Devenu membre du conseil des Cinq-Cents , il fit 
annuUer la nomination de J. B. Aymé, sous le prétexte 
qu'il était Tun des auteurs àes massacres des patriotes 
dans le midi. Il sortit en mai 1797. 

Mont- Gilbert. — Député de Saône-et-Loirej était 
absent lors de la question sur l'appel au peuple, et fit 
un très-long vote pour dire que le bannissement du ter- 
ritoire des Français lui paraissait, poiu' Louis, une 
peine pins dure que la mort. Il conclut pour que, jus- 
qu'à ce que la République soit bien établie , Louis 
restât prisonnier du peuple fiançais, sous la responsa- 
bilité des corps administratifs de la ville où il sera 
détenu : et que , dans le cas d'une nouvelle invasion 
sur notre territoire des ennemis qu'il a suscités à la 



(3.4) 

RépMhîicjne, le ^éciet de mort porté contre lui soifc 
exécuté à la réquisition et sur ia responsabilité du 
pouvoir exécutif, son opinion étant indivisible. 

Le 12 mars i7p3 il félicita la Convention d'avoir 
voté la mort de Louis XVI au nom de la ville de 
Îiourbon-Lancy , et demanda qu'il fût permis à cette 
commune de quitter le nom àe Bourbon, (jiii lui était 
devenu odieu:!|: , popr prendre celui de Belle- Vue-les- 
Bains, Il ne passa point aux cppseils. 

/ ^ .'..; 

Mont-Mayou. - — Député du Lot^ fougueux Jacobin , 
dit lors du procès du Roi : Appel au peuple : a Je croii* 
qiie nous sonunes revêtus des mêmes pouvoirs qu'a- 
vaient les consuls à Rome par le sénatus-consulte j je 
dis non. 

Sur la peine : ce Je cherche dans la loi la peine contre' 
les conspiratems , j'y trouve la mort 5 je prononce la 
mprt, et pas de sursis. 3> 

Le 21 avril 1794 il fit "" rapport sur les voitures du 
Roi. Il proposa de faire disparaître, jusque dans ses 
signes et ses attributs, les restes impurs de la tyrannie 
royale. Il a fait décréter en conséquence la destruction, 
des voitures de la cour, et notamment de celle du 
sacre. 

Après le c) thermidor il tonna contre la mémoire de 
Robespierre, s'éleva au même instant contre les émi- 
grés, demanda Ift mort contre eux dans les vingt- 
quatrp heures, défencjit Barrère^ Cpllot et Billaud, se 
prononça contre les sections au i3 vendémiaire. 

Devenu membre du conseil des Cinq-Cents , il y lut, 
en février 179e? un long discours en faveur du papier 
monnaLie. Le 16 ijL demanda l'exécution de la loi qui 
condijmnait chaque parent d'émigrés à fournir deux 
soldats à la République. En 179^ il fit la motion que 
les célibataires fussent exclus de l'instruction publique. 

Sorti des Cinq-Cents, il fut réélu aux Anciens 5 en 
juin 1799 il se déclara avec le parti jacobin contre le 
Directoire et ne fut pas étranger îjlux changemens qui 
eurent lieu alors. Il ne fjt point instruit de la séance 
q^ui devait tenir à Saint-Cloud le 18 brumaire. Il n'y 



(3.5) 
alla pas. Il niatnfesta sou avis contre cette rëvol^ution 
et ne fut plus réemployé. 

Moreau, — Avocat a Bar, député par le département 
de la Meuse à la Législature, et ensuite à la Conven- 
tion 5 il fut d'avis de l'appel au peuple ; déclara cpie la 
sûreté de l'état ne lui paraissait pas commander la des- 
truction de Louis. Il vota pour le bannissement qui 
n'aurait lien qn'fi la paix , et pour le surfis. JjC 
î6 août 1793 , il donna sa démission, parce qu'il 
croyait sa mission terminée par l'acceptation de la 
constitution donnée au peuple. En 1795 son départe- 
ment le réélut au conseil des Anciens , il donna sa dé- 
mission en mai 1796. 

Moreau. — Ingénieur à Cliâlons, député de Saône- 
ét-Loire à la Convention , écarta Tappel an peuple 5 dit 
sur la peine à infliger : «Celui-là laisonnerait mal, qui 
duait : J'ai dans mon jardin une planÇe vénéneuse ; 
mais je ne veux pas l'arracher de peur qu'une autre ne 
vienne à sa place. Yous voulez anéantir la tyrannie : 
le moyen? Ce n'est pas de conserverie tyran, sous 
le prétexte de l'opposer à ceux qui voudraient le rem- 
placer 5 c'est au contraire de les détruire tous successi- 
vement. Je vote pour la mort , et je ne suis pas de l'avis 
^Mx sursis. 3) 

Il fut l'un des commissaires cliârgés d'examiner la 
conduite de Joseph Lebon. Après le i3 vendémiaire 
il appuya la demande en liberté de Rossignol et d'An- 
bigny. 

Morin. — Etait avocat à Saint-Nazaire. Le tiers-état 
de la sénéchaussée de Carcassonne le députa aux Etats- 
généraux. Il combattit le système des assignats. Dé- 
])uté à la Convention nationale parle département de 
l'Aude, il vota pour l'appel au peuple , la détention du 
Roi, le bannissement à la paix, sauf à prendre des 
mesures ultérieures et à prononcer même la peine de 
mort , en cas d'invasion du territoire français par 
l'ennemi. Il f{it d'avis du sursis. Il est sorti du conseil 
des Cinq-Cents en 1798. 



( 5i6 ) 

Morisson. — Avocat, fut député parle département 
de la Vendée à la Législature^ et ensuite à la Con- 
vention. 

Le i3 novembre 1792, il fit un discours pour établir 
que le Roi ne pouvait être mis en jugement. Sur la 
demande , Louis est - il coupable de conspiration , il 
déposa un écrit portant : Je ne veux prononcer sur 
aucune des questions posées. Il ne dit rien sur la ques- 
tion de Tappel au peuple. Sur la peineildit: «J'opinerais 
sur la question s^il ne s'agissait que de prendre une 
mesure de sûreté générale 5 mais l'assemblée a décrété 
qu'elle porterait un jugement, et moi je ne crois pas 
que Louis soit justiciable. Je m'abstiens donc de pro- 
noncer. » Cet acte de courage le rendit digue d'être 
respecté par la Montagne elle - même. Garnier ( de 
Saintes) le dénonça cependant une fois, comme entre- 
tenant des liaisons avec les royalistes. Cette accusation 
n'eut pas de suite. Morisson fut même l'un des com- 
missaires envoyés porter la capitulation signée avec les 
Chouans et les Vendéens. Devenu membre du conseil 
des Cinq-Cents, il fit prononcer amnistie en faveur des 
Chouans encore insoumis 5 il en sortit en mai 1797» 
Il est conseiller juge de la cour royale de Bourges. 

Mottedo, — Chanoine, député de l'île de Corse à la 
Convention 5 écarta l'appel au peuple, vota la léclusion, 
et se trouva malade lors de l'appel nominal sur le 
sursis. ]1 devint membre du conseil des Cinq-Cents , 
parla le 5 janvier 170^ en faveur des Corses qui avaient 
abandonné le pays pour ne pas tomber sous la domi- 
nation anglaise. Il demanda la réintégration des mili- 
taires et autres destitués sans motifs. Le Directoire le 
nomma consul de France à Smyrne. Il alla au con- 
traire à Rhodes sous la même qualité. Il passa a Alger 
comme commissaire du Directoire. Le dey, influencé 
par l'Angleterre, ordonna son arrestation. Après une 
captivité longue et rigoureuse il revint en France. En 
1804 il fnt nommé directeur des droits-réunis à !Nice. 

Moulin, — Député de Maine-et-Loire , vota pour 



(3.7) 
la mort , mais seulement après l'expulsion de tous les 
Bourbons. 

Moyesset. — Député du Gers, vota pour la détention 
provisoire de Louis XVI. Il fut Puri des soixante-treize 
députés exclus an 3i mai. Il rentra, devint membre 
du conseil des Anciens , et sortit en 1797. 

Musset. — Curé de Fatleron , député de la Vendée 
à la Législature et à la Convention , vota contre l'ap- 
pel au peuple , pour la mort , et contre le sursis. 

Il osa, le 27 avril 17^4 > ^^^^ ^^ pétition de François 
Gamain , serruriei^ des cabinets et du laboratoire du 
Roi , et depuis trois ans membre du conseil général de 
Versailles. 

Par cette pétition ce Gamain trahissait le secret de 
son Roi, qui lui avait ordonné de pratiquer une ar- 
moire dans l'épaisseur d'un des murs de son apparte- 
ment , et de la fermer d'une porte de fer. 

Cela fut fait en mai 1792. Aussitôt cet ouvrage fini, 
a-t-on fait dire à Gamain , Capet m'apporta un grand 
verre de vin qu'il m'engagea à boire, parce que j'avais 
effectivement très-chaud. Quelques heures après avoir 
avalé ce verre de vin , je fus atteint d'une colique vio- 
lente qui ne se calma qu'après que j'eus pris deux ou 
trois cuillerées d'élixir qui me firent rendre tout ce que 
j'avais mangé et bu dans la journée. Il s'en est suivi 
une maladie qui a duré quatorze mois , et j'ai élé 
perclus de mes membres pendant neuf..... Capet a 
voulu m'empoisonner pour ensevelir le secret dans le 
silence. 

Tous 
l'ouvrage 

mations , et il en résulta que Gamain nVvait pas 
même été malade à l'époque qu'il citait. 

Cependant Musset prit acte de cette particularité 
pour dire : ce Ce n'était pas assez pour le tyran des 
Français d'avoir fait massacrer un grand nombie de 
citoyens sous le 1èr ennemi-, il est entré lui-même 
dans les détçUls d'une férocité perfide ^ eu administrant 



ces faits paraissent , au premier coup - d'œil , 
3 d'une imagination féroce. On fit des infor- 



( 5>8 ) 

Je sa main le poison dont il espérait couvrir une ma* 
uœiivre secrète. Vous y verrez qu'il avait adopté cette 
maxime odieuse 5 que tous les moyens sont permis aux 
llois pour parvenir à leur but. Si la scélératesse est 
l'apanage des Rois, la générosité fut toujours la vertu 
constante des hommes libres. (Il lui fit accorder douze 
cents francs de pension annuelle.) 

Musset a menti à sa conscience! Il a joué le rôle 
d'un dénonciateur atroce 5 mais il ne lui suffisait pas 
d'avoir donné la mort à son prince j il fallait eni;ore 
flétrir sa mémoire, sous les auspices d'une imposture 
qui fait horreur. 

Musset, membre du conseil des Cinq-Cents, en sortit 
en mai lyc^yj il fut nommé administrateur de la lo- 
terie, envoyé à Turin pour l'organisation du Piémont 
en quatre départemens. Les consuls le nommèrent 
préfet de la Creuse. Il entra en i8o3 au Corps-légis- 
latif. 



N. 

Neveu, — Député suppléant du département des 
Basses-Pyrénées à la Convention, arriva à tenis poiir 
voter l'appel au peuple, pour dire ensuite : ce Vous 
avez décidé que Louis est coupable; la qualité déjuge 
ne m'appartient pas. Je remplis uti detoir en votant 
comme législateur et comme houime d'Etat. Je vote 
pour la réclusion pendant la guerre et le bannissement 
à la paix, d) Il fut de l'avis du sursis. 

Il fut envoyé près les arniées de la Moselle et du 
Rhin, et annonça,' vers là fin de janvier, qiie les 
armées avaient célébré l'anniversaire de la mori du 
Roi. Il passa au conseil des Ciirq-Ceuts, et en sortit 
en 1798. Il a été nonlmé consul à Sahtandèr. 

Nioche. — Avocat à Loches, ex-constituant, et dé- 
puté à la Convention par le département d'Jndre-et- 



( 5>9 ) 

Loire , ne fut pas de l'avis de l'appel au peuple : « J« 
n'ai plus de vœu à émettre, dit-il , mais une applica- 
tion de loi à faire. Louis Capet a été déclaré conspi- 
rateur 5 je y)roiionce conjrne juge et je dià qu'il est 
punissable de mort. •>-> Il écarta le sursis. 

En février 1793 il fut envoyé à l'armée des Alpes. IL 
se rendit à Lyon avec Gaultier. Basire, Legeadre et 
llovère venaient d'en être rappelés. Là , Nioche et 
Gaultier, à la tête d'un bataillon d'AUobroges , et d'un 
de volontaires faisant partie de Tarmée des Alpes qui 
était à douze lieues de Lyon , vinrent au secours des 
Chaslier et de ses adhérens, qui commençaient à im- 
poser une contribution de trente-trois millions sur les 
Lvonnais. Mais les sections se levèrent, dix a douze 
mille hommes se rassemblèrent sur la place de Belle- 
cour; Gaultier vint y pérorer. Il fut jjris pour otage. 
La comnnme à la discrétion de Chaslier fait tirer le 
canon sur le bataillon de la Pêcherie. Alors les douze 
mille hommes s'ébrardent et marchent en trois colonnes 
sur la maison commune. Le feii s'engage, dure cinq 
heures, douze cents personnes périssent. Les muni- 
cipaux et Chaslier succombent. Le comité de l'arsenal, 
victorieux, s'érige en municipalité. Nioche et Gaultier 
abandonnent le parti vaincu , et retournent à l'armée. 

Cependant les Lyonnais Tout accusé d'avoir distribué 
lui-même des cartouches et d'avoir prodigué l'eàu-de- 
vie pour exciter contre les sections , et d'avoir im- 
posé une contribution extraordinaire de six millions, 
et pris des mesures pour faire entrer une armée révo- 
lutionnaire de six mille hommes. Il a été dénoncé aux 
Jacobins; mais Danton l'a défendu dans le tems qu'd 
les maîtrisait. Sa justification fut admise. Devenu 
membre du conseil des Anciens, il en est sorti en mai 
ly^y. Le Directoire l'a employé après comme son com- 
missaire. _ 

Niou. — Ingénieur de la marine à Rochefort, fut 
député par le département de la Cbarente-Inférieure à 
la Législature et ensuite à la Convention. Il vota 
jcontre l'appel au peuple, pour la mort du Koi , et 



( 520 ) 

contre le sursis. Il a été envoyé dans les département 
de l'OiJest, du Nord, du Pas-de-Calais 5 il était monté 
sur la flotte de Toulon , et courut les plus grands 
darij^ers lors de Pinsurrection de cette ville en lypS. 
Le Directoire l'a envoyé à Londres pour l'échange des 
prisonniers. En iboo il fut remplacé par M. Otto. A 
son retour il fut nommé et il est encore conseiller-juge 
au conseil royal des Prises. 

Noël. — Avocat , député par le département des 
Vosges à la Convention, Il commença par s'exprimer 
ainsi lors des appels nominaux : ce Louis est-il cou- 
pable'i Mon fils était grenadier dans un bataillon du 
déparlement des Vosges 5 il est mort sur la frontière 
en défendant la patrie 5 ayant le cœur déchiré de don- 
leur, je ne puis être juge de celui qii'on regarde comme 
le principal auteur de cette mort, w 

Y a-t'il lieu à V appel au peuple'^ ce Je me récuse 
d'après les motifs que j'ai énoncés, w 

Sur la peine à infliger ^ même réponse. Il a refusé de 
voter sur la question du sursis. 

Les Montagnards Font compris dans la faction qu'ils 
ont appelée Girondine , l'ont envoyé à leur tribunal 
révolutionnaire séant à Paris , qui l'a condamne et fait 
exécuter comme conspirateur contre l'unité de la Répu- 
blique, le 8 novembre 1793. 

Noguer, — Député de Lot-et-Garonne, a voté l'appel 
au peuple, ce J'ai interrogé ma conscience, a-t-il dit 
après : elle m'a dit que Louis était coupable- Je l'ai 
interrogée comme homme d'Etat 5 je vote pour la réclu- 
sion. 3> Il se déclara pour le sursis. 



0. 

Ojbzlin, — Député d'Ille-et-Vilaine, fut d'avis de 
l'appel au peuple j vota pour la réclusion pendant la 



( 321 ) 

guerre , et la déportation à la paix. Il adopta le sursis. 
Il fut l'un des soixante -treize députés proscrits au 
31 mai. Devenu membre dn conseil des Cinq-Cents, 
il travailla dans la partie de la comptabilité 5 il en sortit 
en 1797 ,et fut nommé commissaire de la trésorerie na- 
tionale. En mai 1800 il est entré au Corps-législatif, 
d'où il est sorti en 1804. 

Oudot. —Commissaire du Roi au tribunal de Beaune^ 
fut député par le département de la Côte-d'Or à la 
Législature, et ensuite à la Convention. Pendant ce« 
deux Assemblées il travailla beaucoup dans le comité 
de législaticfti. Lors du procès du Roi, il ne fut pas 
de l'avis de l'appel au peuple: il fit un vote longuement 
plein de réflexions. En voici le résultat : ce Quant à 
inoi , j'ai trouvé des preuves évidentes dn crime de 
Louis dans sa conduite publique , des preuves maté- 
rielles dans les pièces qui nous ont été mises sous les 
yeux 5 et parmi celles qui m^ont le plus frappé , je dois 
rappeler notamment les ordonnances données par Louis 
pour le paiement de ses gardes, à Coblentz, signées 
de lui le 28 janvier 1792, postérieurement à la lettre 
ostensible du mois de novembre précédent, envoyée 
en sa laveur. J'ai enfin trouvé la conviction de Louis 
dans ses réponses et ses aveux. Citoyens, vous devez 
im grand exemple aux peuples et aux Rois, je pense 
que la justice éternelle, les raisons d'Etat, l'intérêt de 
la Nation française, celui de l'humanité, me com- 
mandent également de voter la mort de Louis, » Il 
écarta le sursis. 

Après le 3i mai il alla, comme proconsul, dans les 
départemens de l'Eure et du Calvados. Lorb de la chute 
de Robespierre il défendit les membres accusés du 
comité de salut public , et proposa , en mars 179^, un 
tribunal indépendant pour assurer la garantie des 
représentans du peuple. 

Devenu membre du conseil des Cinq-Cents, il ap- 
puya, le 2,7 «eptendjre 1797 » la proposition d'exclure 
^tous les nobles des fonctions publiques , et dit que 
^hette caste était dans un état de lutte contre le peuple , 

I 



l 



( 522 ) 

ni ne pouvait se . terminer que par raiiéantissemeiit 

o rnii ou tle Tu-U Ire parti. 
Après la révolulioii chi 18 hrumaire il a été appelé 
an tribunal de cassation , et décoré de la croix de la 
Léj^ion-d'Honnenr. Tl est maintenant tonseiiler-Jnge 
Je la cour royale de cassation. 



k.'Wh^/«.'^'««'V«^^'».'«'V-« ^i*-»^* <vv%^ •< 



r 



P^GAKEL, — Curé de Noaillac , député de Lot-et- 
Garonne â la Législattne , et. ensnile à la Convention 5 
il rejeta l'appel an peuple. Il fit un vote très-long^ dont 
nous £iisons l'extrait iiuivant : 

<c Louis est coupable de conspiration contre la sûreté 
générale et contre la liberté. Qu'il expie ses crimes et 
nos infortunes. L'inviolabdité des rois est la source de 
tontes les misères publiques. Composer avec elles ce 
serait rendre bominage à cette [«ineste ei reur , et retar- 
der l'affrancbissement des j>ations, à qui nous devons 
la vérité toute entière, connue nous leur devons nne 
entière justice. Les rois ne peuvent plus être utiles que 
par leur mort. Je désire que. le supplice du ci-dtvaiît 
roi soit le dernier qui souille le territoire de notre lié- 

Fublique. J'appuie la motion de Mailiie. w II fut de 
avis du sursis. lia été chargé de beaucoup de missions, 
a été employé dans les comités de secours et de péti- 
tions. Après la session il a été nommé secrétaire des 
relations extériemes. En i8o3 il est entré comme cbef 
de la troisième division à la chancellerie de la Léo ion - 
d'Honneur. 

Panis. — Homme de lettres, beau-hère du fameux 
San terre, à la tête des insurrections des 20 juin et 
ID août 5 se constituant membre de la municipalité par 
le droit du plus fort, de cette municipalité qui a favorisé- 
les massacres du a septembre j et enfin député par les 



( 325 ) 

électeurs tîe Paris a la Convention nationale* Les Gi- 
rondins se trouvèrent honteux d'avoir pour collè«Jues 
tous ces municipaux cjue l'opinion publique a appelés 
septembriseurs , et cjui ont eu la force d'empêcher la 
justice de faire ujie information à charge ou décharge, 
et qui enfin ont proscrit tant de rooiido, fait guilloti- 
ner tant d'hommes de bien. Dans le procès fait au 
lloi, point d'appel au peuple, ce La récLision ou la 
déportation pourraient, disait - il , égorger la liberlé 
naissante. La loi, la justice, la patrie, voib\ mes mo- 
tifs: je vote pour la mort, sans sursis. ■>-> Il fut long- 
tems l'ami de Robespierre. Le 8 theimidor il l'attaqua j 
en le sommant de déclarer s'il l'avait mis sur ses ta- 
blettes de proscription. Après sa chute lî n^fiu lesta pas 
moins jacobin outré, se riiontra favorable à l'insurrec- 
tion du 30 mai lypo?) faite par ses frères et amis. Le 
27 mai 1794 il f'^t accusé dans nn moment où il défen- 
dait Laignelot. Il perdit la tête , invocpiait Dieu , parlait 
la pureté de son ame , de son humanité, appela son 
ami Anguis, qui s'écria : ce Point d'amitié avec le col- 
porteur de la mort.é... Il fut décrété d'arrestation. Il a 
été amnistié, em]>loyé dans les hospices de Paris, et; 
vit à présent dans la capitale , sans fimctions publiques». 
C'est lui qui a dit : ce J'ai été un citi on dont on a ex- 
primé le jus , et cju^ensuite on a rejeté* 5> 

Patrin. — Député de Khône-et-Loire , ne fut pas de 
l'avis de l'appel au peuple, ce Louis , dit-il, a mérité 
mille fois la mort 5 mais si son existence est utile à la 
République, qu'il soit condamné à vivre. Oui, son 
existence est utile, puiscjue sa mort est dangereuse^ 
Louis mort, son fils devient formidable par ses mal- 
hem's et son innocence. Je vote pour la réclusion. Il se 
prononça pour le sursis. Il fut décrété d'arrestation 
comme comj)lice de Cbassey après le 3i mai. Il rentra 
dans l'Assemblée après le 9 thermidor, et ne passa 
point aux conseils. 

Payne (^Thomas.) — Nous renvoyons cet article avec 
celui de Clootz (Anacharsis) à la fin de cet ouvrage^ 
vu leurs qualités d'étrangers* 



( 334 ) 

Pelé. — Député du Loiret, vota la détention pen* 
dant la guerre , et le bannissement à la paix. Il fut 
d'avis du sursis. Devenu membre du conseil des Cinq- 
Cents , il en est sorti en ly^B. Après le 18 brumaire il 
fut nommé juge au tribunal criminel de son dépar-* 
tement. 

Veht. —-Député également du Loiret 5 était absent 
pftr commission lors des appels nominaux dans le 
procès fait au Roi. En 1793 il provoqua des mesures 
contre les royalistes qui s^agitaient dans son départe • 
ment. Il fit la motion qu'aucun député ne pût être 
membre d'une société populaire. A la fin d'août il fut 
envoyé à Lyon. En 1796 il parla sur la nécessité de 
pacifier l'Europe, vota l'établissement d'une loterie, 
s'éleva contre le projet d'augmenter le prix du port des 
journaux , provoqua la distribution du milliard promis 
aux défenseurs de la patrie. 

Après la révolution du 18 brumaire il fut nommé 
préfet du département de Vaucluse , conseiller-d'étafc 
en 180a j membre du consistoire de Téglise réformée à 
Paris en i8o3, adjoint au ministre de la police, chargé 
de la surveillance des départemens méridionaux en 
i8o5 j enfin conseiller- d'état ordinaire du lloi en 1814* 

Pélissier, -*- Ancien médecin , ex-constituant , fut 
nommé à la Convention nationale par le département 
des Bouches-du-Rliôiie. Il vota contre l'appel 5 il dit ; 
« Le grand homme dont je vois ici l'effigie terrassa le 
tyran de Rome. Il ne donna point de motifs. Je con- 
damne Louis à la mort, n II écarta le sursis. En oc- 
tobre 1795 il dénonça Chambon et Cadroy, pour ne 
pas avoir réprimé les excès de la réaction thermido^ 
rienne. Il a été réélu au conseil des Cinq-Cents. Lai 
révolution du 18 brumaire l'a fait exclure du Corps- 
législatif. Il a repris son état de médecin à Saint- 
Remy. 

Pelletier»— Député du Chef, vota l'appel au peuple ^ 
pour la mort et pour le sursis. Vi. fut envoyé eii missîoiï 



( 3^5 ) 

et presque aussitôt rappelé après le ^ thermidor 5 la 
îiessioM terminée, le Directoire le nomraia son commis- 
saire dans son département. 

Pemartin. — Avocat à Oleron , ex-constituant et 
tlépiité par le département des Basses-Pyrénées ; rejeta 
l'appel au peuple : ce II est des devoirs, a-t-il dit, que 
les nations civilisées ne peuvent méconnaître pour 
leur propre puissance j législateur, je ne puis prendre 
qu'une mesure politique : je vote pour la réclusion 
jusqu'à la paix, et le bannissement ensuite, s) Il fut de 
l'avis du sursis. Membre du comité de sûreté générale , 
il s^est conduit avec modération. Il a fait, au nom de 
ce comité, un rapport sur les troubles d'avril 1795, est 
passé au conseil des Cinq-Cents, en est sorti en lypS, 
a été réélu en 1799, et est entré en décembre au Corps- 
législatif. Il est titré chevalier, et fait partie de la 
chambre actuelle des députés des départemens. 

Pénières, — Député de la Corrèze , dit : ce Mon opi- 
nion n'était pas que la Convention jugeât Louis XYI ; 
mais vous en avez décidé autrement, je me soumets à 
la loi. Je prononce contre Louis la peine portée par le 
Code pénal contre les coupables de haute trahison 5 
mais après l'exécution de ce jugement je demande la 
suppression de la peine de mort. )> Il rejeta le sursis. Il 
était sans cesse aux prises avec les terroristes, et il 
voulait qu'on regardât et traitât Marat comme fou. 
Après la chute de Robespierre il attaqua ses co-adju- 
teurs avec acharnement.il était vif, pétulant. Il accusa 
un joiules Jacobins d'avoir empoisonné M. de Goltz , 
qui traitait à Bâle de la paix entre la Prusse et la 
France. Lors de l'insurrection des Jacobins au i**" avril, 
il fut arrêté par une tourbe de ces bandits, qui firent 
feu sur lui. Rentré dans l'Assemblée il proposa diverses 
mesures de circonstances, telles que la déportation de 
tous ceux qui s'étaient opposés à celles de Collot- 
d'Herbois, Billaud-Varennes et Barrère. 

Membre du conseil des Cinq-Cents , il s'attacha au 
parti de Clichy , combattit en faveur des prêtres , et 



( 3.6 ) 

eonlre le serment exl^é des élecleiirs. Il échappa à la 
proscriptioji <ln i^^ {l'uchdor, et il sVUeva contre le projet 
de Boiilay (de la Mem the) contre les nobles. Après la 
révolution du 18 brumaire il passa au Tnbunat. 

Pcpin. — Député de l'Inclre , dit : ce D'après le senti- 
ment de ma conscituce je voterais pour la mort, parce 
que je crois (juc l'inviolabilité qui mettrait à l'abri des 
peines prononcées par le Code pénal contre les ronspi- 
laleiirij , précisément celui entre les mains du([uel 
seraient tous les moyens de lane réussir une cons- 
piration; qne cette inviolabilité, dis - je , serait trop 
destructive de la liberté, et contraire à la raison pour 
pouvoir être adnnse. Mais comme représentant de la 
nation, chargé seulement de faire des lois et de prendre 
des mesures de sûreté j^énérale, je vote pour la dé- 
portation , sous peine de mort, et pour la réclusion 
jusqu'à la fin de la guerre. 3) Il écarta le sursis. Il est 
■sorti du conseil des Cinq-Cents en 1797. 

Pérard. — Député de Maine-et-Loire, rejeta l'appel 
an peuple , vota pour la mort sans sursis j défendit son 
ami le général Beysse, qu'il ne put sauver de l'échafand 5 
fut envoyé , après le 9 thermidor, dans le département 
lie FAisne , pour épurer les autorités constituées 5 fit 
rendre à la liberté beaucoup de détenus 5 a proposé 
l'établissement d'un triumvirat pour prendre des ine^ 
sures du gouvernement relatives au présent et au passé,. 
Il a été compris dans la liste des conventionnels à ren^ 
\oyer de Paris après l'insurrection du camp de Gre-^ 
lielle. Il se retira chez Gaudichon , chirurgien à l'hô- 
pital Saint-Cyr. Après la session il eut une place do 
chef de bureau au ministère de la police générale. 
Après le 18 brumaire il fut nommé connnissaire-général 
de police à Toulon. Il eut quelques déniélés avec les 
autorités. Il a été rappelé, 

Pérès (^ du Gers.) — Avocat à Mirande, ex-consti- 
tuant, et député snp[)léant du département du Gers à 
la Canvtutioii ; n'y vint qu'à la fia de la Sfcssion, Elu 



( 527 ) 

Pu conseil des Cinq-Cents, il combattit, le 22 décembre 
1796, le projet d'amnistie proposé alors pour délits 
relatifs à la révolution , et essaya de prouver que cette 
mesure était immorale et im[)Oiilic|Uf . Le i*"^ mai il 
déclama contre les prêtres iiibouinis, <pi'il présenta 
comme les ennemis les plus acharnés du nouvel ordre 
de choses. Le 6 janvier 1707 il dénonça Peffroyable 
multiplicité des maisons de jeux. Il rési>ta fortement 
au projet de loi tendant à rappeler les fugitifs de Tou- 
lon. Il s'élança même scandaleusement hors delà salle 
en murnnnant contre la majorité. Il sortit du Corps- 
législatif en 1798. Après le iB brnmaiie il a été nommé 
membre du conseil de préfecture de son département. 
Il est baron , et membre actuel de la chambre des dé- 
putés des départemens. 

Pérès {Lagesse.^ — Avocat, ex-constituant et dépnté 
par le département de la Haute-Garonne à la Conven- 
tion j donna ainsi sou opinion dans le procès du lloi : 
«Je vais motiver en homme libre mon avis. Je crois 
que le tyran nous nuiia plus par sa mort que par la 
contiiuiation de sa honteuse existence. D'un autre côté 
nous sommes nu corps politique, et non nn tribunal. 
Nous ne pouvons juger sans devenir despotes. Noi.s 
avons le pouvoir de prendre une mesure de sûreté gc- 
nérale. Je conclus en lé«islateur j, en homme d'état, 
pour la réclusion jusqu'à la paix , et pour le bannisse- 
ment à cette époque. Il lut de f avis du sursis. 

En 1794 il pajla en liiveiu' des habitans du Nord, 
dont plusieurs avaient été arrêtés et détenus par les 
comités jacobites. Il fut envoyé quelque tems apiès 
dans le département et à Tarmée de San)bre-et-Meuse, 
d'où il transmit les vœux de^ Belges pour leur réunion à 
la France. 

Membre du conseil des Cin({-Cents, il combattit 
Pérès (du Gers), qui s'op[)osait à une amnistie eu 
faveur des citoyens déleuiis pour opinions pt)!iti(jues. 

Il proposa d'ni'Jem Miser les païens des coîidamnés 
dont les bi-ns avaient élé conliî>(piés , en les autorisant 
ù acquérir des biens nationaux avec les bons qu'on leur 



( 528 ) 

avait délivrés en remplacement Je leurs biens vendus. 

Il invila le Corps-législatif à s'occuper des hôpitaux, 
en démontrant l'injustice de la loi qui les avait dé- 
pouillé. 

En aoiit il parla contre les prêtres et les émigrés ren- 
trés j qu'il signala connue ennemis de la chose pu- 
plique; coopéra à faire le i8 fructidor j et proposa d'en 
célébrer le succès par une fête. 

Le 17 février 179^ il communiqua une adresse de. 
Toulouse contre la cour de Rome, sortit en mai du 
conseil des Cinq-Cçnts, fut aussitôt réélu à celui des, 
Anciens. Après la révolution du 18 brumaire il a été 
nommé baron et préfet de 8ambre-et-Meuse , et décoré 
4e la croix de la Légion-d'Honneur. 

Perlez (^feune.) Député de l'Aude à la Convention 
nationale, vota pour l'appel, la détention de Louis 
XVI, et son bannissement à la paix. Il vota pour le 
sursis. Il a été compris dans les soixante-treize députés 
mis en arrestation au 3i mai^ depuis rappelé. Membre, 
du conseil des Cinq-Cents, il en est sorti en 1798. 

Perrin, — Négociant à Troyes, député par le dé- 
partement de l'Aube à l'Assemblée législative , a 
été élu à la Convention nationale. Il a voté comme 
Douge i^voir art. JDouge.^ Il a fourni à la République 
pour cinq millions de toiles de coton. Il était membre 
du comité des marchés. Le 22 septembre 1795 Char- 
îier le dénonça comme recevant des intérêts dans les 
fournitures. Condamné le 20 octobre à douze années 
de fer et à six heures d'exposition , il mourut de dou- 
leur à Toulon. Après la chute de Robespierre le juge- 
ment a été annullé. 

Perrin, -— Député des Vosges à la Convention, de'- 
clara que si les discussions dans les assemblées pri- 
maires occasionnaient la mort d'un seul homme, il 
s'en croirait complice. Il prononça donc contre l'appel 
au peuple; il vota la mort du Roi , rejeta le sursis. Il 
Jcclamà souvent contre les royalistes, et plus souvent 



( 5=9 ) 

encore contre les terroristes. Il a presque toujours ëtéen 
mission dans les déparlemens des Ardennes, du Nord, 
du Pas-de-Calais, du Gard, de l'Hérault, de PA- 
veyron. On ne lui a reproché aucun crime. 

Lors des troubles du i®"". avril \'j(^5 j il demanda 
qu'on fît sortir de Paris cinquante mille étrangers 
venus depuis trois mofis, et huit raille militaires sus- 
pendus ou destitués qui faisaient un noyau de mé- 
contens. Il fut de l'avis de faire réélire par les assem- 
blées primaires les deux tiers de la Convention 5 
cependant il se montra l'ennemi des sections de Paris 
insurgées en vendémiaire. 

Réélu au conseil des Cinq-Cents, il fit une sortie 
coutre les dépréciateurs des mandats; dénonça les 
ti oubles causés dans son département par les prêtres 
rentrés. Il en sortit en 17975 rentra à celui des An- 
ciens en 1798. Il se montra partisan de la révolution 
du 18 brumaire; entra dans le nouveau Corps-légis- 
îatif , dont il fut le premier président. 



k 



Personne, — Député du Pas-de-Calais , vota Pappel 
an peuple : <c Si mes commettans m'avaient envoyé , 
dit-il , à l'eifet d'exercer les fonctions de juge, je voterais 

Î)Our la peine de mort, parce qu'elle est écrite dans la 
oi j mais comme ils m'ont envoyé seulement pour les 
représenter et pour faire des lois à leur plus grand bien 
et avantage^ je vote pour la détention pendant la 
guerre et le bannissement à la paix. » Il fut de l'avis 
du sursis. Il fut exclu comme Girondin; rentra après 
lo 9 thermidor. Il fit partie du comité de législation ; 
demanda et obtint la cassation de plusieurs juge- 
mens révolutionnaires. Il est sorti du conseil des An- 
ciens en 1798. Depuis le 18 brumaire il a été nommé 
juge au tribunal civil de Saint-Omer. 

Pétion ( de Villeneuve. ) — Avocat à Chartres , 
ex-constituant, a eu recours à toutes les manœuvres 
criminelles pour faire assassiner Louis XVI, la famille 
royale, et se faire proclamer dictateur des Français, 
^ous ne parlerons pas de sa conduite dans PAsseniblée 



( 55o ) 

ratioïialn, pnisqne nous ne lions occupons que des 
dépuléî» à la Coiiventiun. 

iNomiiié à la Convention parle département d'Enre- 
et-Loire , il fut \v premier président de cette réunion , et 
c'est sous cette même présidence que la Képubliquea étâ 
pro[)Osée,en remplacement de la royauté. Robespierre 
sentit , dès-lors j (ji.i'il devait avilir , faire péril' Pétion , 
pour fjiie le peijle ne lût pas indécis sur son degié de 
confiance entre deux hommes dout on avait dit trivia- 
lement , ce Ce sotit les deux doigts de la main. » 

Le p novembre Pétion porta un premier coup à Ilo- 
bespierre. Il publia un discours et une lettre contenant 
des rcnseignenieus précieux sur Robespierre, Marat, 
Brissot, et sur lui-même. On y voit les rivalités du 
conseil général de la commune de Paris avec PAs- 
semblée , et les causes qui ont amené les massacres de 
septembre. 

Voici comme il s'*exprima dans le procès fait à son 
Roi , qu'il a jugé coupable : 

Sur r appel au peuple , il a dit : ce Mon avis n'étant 
pascelui de la majorité, ce que je désirerais leplus pour 
la tranqiullité publique , c'est que les vœux opposés à la 
minorité fussent plus nombreux encore qu'ilsnelesonlj 
mais ce f'écret rendu , il n'est aucun meuibre dans cette 
assemblée qui ne se fasse un devoir sacré de lui obéir 
et de le défendre. Je dis oui. 3> 

Sur /a peine y il a ajouté : ce Plus j'ai réfléchi sur tontes 
les opinions énoncées dans cette afaire , pins je me su3S 
convaincu qu'il n'y en a aucune qui ne soit sujette aux 
inconvéniens les plus graves : voilà poun[uoi j'ai tant 
insisté sur la nécessité de la ratification de votre 
jugement parle peuple. L'Assemblée en a décidé au- 
trement, €t j'obéis. Je vote pour la peine de mort. Il 
est wn amendement qu'on a proposé, c'est celui du 
sursis; J'avoue c^ue je n'ai pas d'opinion fiiite sur cet 
amendement. Je demande qu'il soit discuté 5 mais 
dans ce moment mon vœu est pur et simple pour la 
mort. 

il vota pour le sursis. 

Pélion et la faction de Piobespierre ne cessèrent d» 



( 5"M ) 

médire l'un de l'antre, et de préparer ce moment où 
le plus fin emporterait un décet d'accusation contre 
raiitre. 

Pétion fut décrété d'arrestation le a juin, comme 
Girondin, mis hors la loi le 28 JLiillet, et trouvé en 
i'/'(^4 avec Buzot, dévoré à moitié par les animaux, 
dans un cluinip dn dépa^teinent de la Gironde près 
Saint - Emilion , où il était parvenu, après être parti 
de Caeii , et avoir longé la Bretaj;ne. 

Petit, — Député du département de l'AivSne à la 
CoTivention nationale , se glorifia d'être Pun des élèves 
de Jean Jacques : déclama contre les prêtres et contre 
les llois 5 voia pour l'appel au peujile, la mort et contre 
le suibi"-. Il déclara (jue dans Ja journée du 01 mai 
IWssemblée n'avait pas été libre. Il ne passa point aux 
conseils. 

Petit-Jean. — Député de l'Allier , vola contre Tappel 
au peuple, pour la mort dans les \ingt-t[uatre heures, 
et contre le sursis. 

Peyre. — Député à la Convention nationale par le 
département des Basses- Alpes , vota pour l'appel, pour 
la mort, contre le sursis. Il fut au nombre des soixante- 
treize députés proscrits par la Montagne*, réintégré en 
décembre 1794? il ^^^ envoyé près l'armée d'Italie eu 
1795 : il est sorti du conseil des Cin({-Cents en 1798. 

Peyssard. — Garde-du-corps du Roi, chevalier do 
Saint -Louis, député de la Dordogne, vota contre 
l'appel au peuple , trouva dans sa conscience que Louis 
avait mérité la mort, et qu'il la prononçait sans 
sursis. 

Nous avons rapporté à l'article Musset , l'histoire 
de ce François Gamain , serrurier, qui se prétendit 
avoir été empoisonné par liouis XVI. 

J'assure moi;, dit Peyssard, que Louis avait montré, 
dès son enfance, cette perversité qui caractérise le 
despote, et qu'il avait fait sur des animaux l'appren- 



( 552 ) 

tiss.'^gc de cette hrntalité qni a rongiles pages de la rë- 
volntion du sang versé par ses mains lioniicides. 

Un prêtre et un garde-du-corps inventer des faits 
horribles qui n'ont été crus et ne seront crus de per- 
sonne^ pour outrager la mémoire d'un Roi qui, s'il 
avait eu cette férocité qu'on lui suppose, vivrait en- 
core, et aurait empêché vingt-trois années de révo- 
lution ! 

Après le 3i mai, Peyssard fut envoyé à l'armée du 
INord, dénonça le général Houchard et son état-major, 
Jl se niontra à la tête des révoltés qui ont coupé la tête 
de Féraud dans la Convention, au 20 mai 1795. Il fut 
décrété le lendemain d'acciisation , et condamné 
le 18 juin à la déportation. Il a été, depuis , amnistié. 
Il s'était fait nommer l'un des administrateurs du dé- 
partement de la Dordogne , le Directoire le destitua aux 
approches du 18 fructidor. 

Pflieger. — Ex- constituant, député du Haut-Rhin 
k la Convention , a voté contre l'appel au peuple , pour 
Ja mort et contre le sursis. Il passa au conseil des 
Cinq-Cents , et en sortit en 1798. 

Philippeau-T, —Né à Férières, avocat, député de la 
Sarthe à la Convention , émit les votes suivans dans 
le procès fait au Roi, qu'il jngea coupable. 

Appel aupenple : ce J'ai proposé moi-même au comité 
de législation lerecours au peuple. Je croyais y aperce- 
voir une tranquillité morale et politique; depuis, la 
discussion m'a éclairé sur les dangers de cette mesure. 
J'ai reconnu qu'elle est capable d'anéantir, plutôt que 
d'affermir la souveraineté du peuple; je dis non. 5) 

Sur la peine : ce Comme juge, comme organe des 
lois, j'ai eu souvent la douleur de prononcer la peine 
de mort contre des malheureux qui n'étaient coupables 
que d'un seul crime, que l'on pouvait attribuer aux 
vices de l'ancien régime. Les crimes de Louis sont 
beaucoup plus atroces que tous ceux contre lesquels la 
loi prononce la peine de mort. La seule politique des 
peuples libres, c'est la justice, c'est Pégalité parmi le» 



( 3S5 ) 

nommes. Elle consiste , dans les circonstances actuelles^ 
ii effrayer les rois par un grand côup. Je vote pour la 
mort. 5) Il rejeta le sursis. 

Philippeaux et Duhem sont les seuls qui n'ont pas 
eu honte d'appuyer le projet de Robert Lindet , ten- 
dant à la formation d'un tribunal révolutionnaire sans 
jurés. Il fut envoyé dans la Vendée. De fausses me- 
sures, une forte versatilité dans la conduite, autorité 
contre autorité, tout cela fut cause des cruautés dont 
ce pays gémit encore. Il faut lire ce fju'a dit le général 
Danican 5 et ce qu'a imprimé M. Beauchamp, dans 
son Histoire de la Vendée^ pour voir que Philippeaux 
avait des intentions pacifiques. Les sociétés populaires 
s'emparèrent de ses actes publics, la Convention l'ar- 
rêta comme conspirateiîr le oc mars, et le 5 avril le 
tribunal révolutionnaire le condamna à mort pour 
avoir attaqué le gouvernement par ses écrits, avoir ca- 
lomnié Alarat , s'être déclaré le défenseur de Roland , 
ministre, etc. , et s'être prononcé pour l'appel au peuple* 
(Fait faux.) 

P/cg'we. -^ Député des Hautes-Pyrénées, ne fut pas 
de l'avis de l'appel au peuple , vota pour la mori; après 
les hostihtés cessées, et pour le sursis. Après le ^ ther- 
midor il fut envoyé à l'arnjée des Pyrénées-Orientales. 
Devenu membre du Conseil des Cinq-Cents^ il en sortit 
en 17«^7« 

Fierret, — Député de l'Aube à la Convention na- 
tionale, vota comme Douge, {^voir article />o«^e ). 
C^est un homme à caractère. 11 a été constamment 
l'ennemi des terroristes. Envoyé , après le p thermidor, 
dans la Haute-Loire, il épin'a les autorités, et y 
comprima les Jacobins. Le 20 mai 1795 , il s'éleva 
contre ceux (jui faisaient des motions et provoquaient 
des décrets horribles , qui se promenaient dans les dé- 
parternens avec la guillotine, et ne mangeaient pas 
un poulet sans l'avoir fait guillotiner. Il fit reproche à 
Homme de parler avec lâcheté dans le procès àp 
Carrier. Il est sorti du conseil des Cinq-Cents en 1797. 



(534) 

Piette,' — Député suppléant des Ardennes, n^enfi'a 
à la Convention (|u'a])rès le 21 janvier lypB. Il fut 
modéré, parla souvent en faveur des créanciers des 
émigrés, et de fdusieurs citoyens du département des 
Ardennes, traduits tyranniquement devant les tribu- 
naux, et sur-tout de la demoiselle de Somhreuil , dont 
le trait sublime doit être <;on&igné dans toutes les an-^ 
nales de la révolution. 

M. de Sombreuil- , marécbal de camp et gouverneur 
des Invalides, fut arrêté le 10 aoiit et enfermé à l'Ab- 
baye f où il aurait été massacré en septembre, si la de- 
moiselle de Sombreuil ne s'élail jetée aux genoux des 
assassins , n'eut pris son père dans ses bras, et n'eût, 
les larmes aux yeux et les clieveux épars , demandé 
sa grâce au peuple. La piété filiale ariêta les bras des 
bourreaux. Son père ne péiit pas 5 mais il eut le mal- 
heur d'être guillotiné le 17 juin 1794? comme cons- 
pirateur, par ordre du tribunal révolutionnaire de Parisj 
cjui était encore plus féroce que les septembriseurs. 

"Pilastre i^de la Brardière.^ Bourgeois de Cbeffè^s, ex^ 
consliluaiit , député du dé[)artement de ]\laine-et-Loirej 
rejeta l'appel au peuple, rota la détention jusqirà la 
paix, et le bannissement à cette époque. Il fiit d'avis 
du sursis. Membre du conseil des Anciens, il en sortit 
en 1798 , fut nommé administrateur des hospices civils^ 
puis élu en décembre 1799 au Corps-législatiF. 

Pinet. — Député de la Manche, fut de l'avis de l'ap-^ 
pel au peuple, dit qu'il ne pouvait cumuler les fonc- 
tions de juge et de législateur 5 il vota librement pour 
la détention : il adopta le sursis. Il est sorti du conseil 
des Cinq-Cents en 1797. 

Piiiet (^atné.) — Administrateur du district de Ber- 
gerac , député de la Dordogne à la Législature et 
ensuite à la Convention , rejeta l'appel au peuple. 
ce Comme je n'ai pas deux consciences, dit-il, je vote 
pour la mort, et je ne veux pas de sursis, w En i79''> 
il fut envoyé à l'armée de l'Ouest^ où il suivit le sys- 



( ^555 ) 

tt'me de dévastation établi par ses prédécesseurs. En 
avril 1794 il alla, avec Cavaignac, dans les <léparte- 
niens doy Basses-Pyrénées , etc. 

Pinet et Cavaignac, en arrivant à Bayonne, ap* 
prirent que deux gendarnies ne pouvant trouver place 
au spectacle , voulaient faire ouvrir une loge qui leur 
était destinée j en disant qu'ils ne reconnaissaient point 
de représentans au spectacle. Ils dénoncèrent le fait le 
même soir à la société jacobite. Les gendarmes furent 
arrêtés et guillotinés, comme convaincus d'avoir outragé 
la représentation nationale. 

Prudhomme raconte le fait suivant : 

« Labarrèie , prévôt de la maréchaussée de Dax, dé- 
partement des Landes , mis en état d'arrestation , avait 
inie fille de dix-sept ans et fort jolie, demeinant à 
Saint-Sévère. A l'arrivée de Pinet et Cavaignac en ce 
lieu^ elle court aussitôt solliciter la délivrance de sou 
père. Les deux proconsuls la lui promettent, ce Demain 
nous devons nous rendre à Dax 5 notre piemier acte 
de justice sera de te rendre l'auteur de tes jours. » La 
jeune fille leur mai que sa vive reconnaissance, et ajoute 
qu'elle va faire le voyage de Dax tout exprès pour rece- 
voir son père dans ses bras. Cavaignac lui propose de 
la conduire dans sa voiture : elle l'accepte. Le monstre , 
en route , exige d'elle le prix de la rançon de son père... 
Ce n'est pas tout. L'infortunée attendait, le surlende- 
main, chez une amie, l'effet des promesses qu'on lui 
avait fait acheter si cher. Un tambour se fait entendre 5 
c'était l'usagtt à Dax , on conduisait à la guillotine au 
son du tambour. La jeune fille met la tête à la croisée. 
O crime ! ô désespoir ! on menait son père à l'échafaud. 
Elle tomba évanouie , et ne revint à elle que pour 
s'écrier : ce Les monstres! ils m'ont violée , en me flat- 
tant de me rendre mon père ! î ! 3> 

Pinet annonça qu'il venait de découvrir une cons- 
piration tendante à allumer la guerre civile dans la 
département des Landes ; et qu'il avait ordonné l'ar- 
restation de quatre-vingts nobles et seigneurs du dépar- 
tement. Il demanda que cette mesure fût étendue dan» 
toute la République. 



( 336 ) 

Le 20 mai il prit part à la révolte jacobite, et il 
fut dénoncé par la société populaire de Bayoïine; il 
fut décrété d'arrestation , puis amnistié. Il iut 
nommé l'un des administrateurs du département de 
îa Dordognej mais le Directoire le destitua en 1798, 
comme ayant cherché à jacobiniser les élections de 
âion pays. 

Piorry, — Prêtre , député du département de ia 
Vienne à la Législature et ensuite à la Convention , 
vota contre l'appel au peuple, ce La détention , dit-il y 
serait une peine non proportionnée au délit j pour sa- 
tisfaire à la justice, au texte de la loi , je prononce la 
mort, sans sursis, j) Il fut nommé au comité des mar- 
chés 5 inculpé, il se justifia. 

Envoyé avec In grand dans le département de la 
Vienne , il arriva seul , écrivit à la société populaire : 
te Vous avez paru désirer, dans votre sein, un bon bi 
de représentant qui n'ait jamais dérivé des principes, 
un véritable Montagnard. Vous posséderez le citoyen 
Ingrand parmi vous : songez, braves sans-culottes, 
qu'avec le patriote Ingrand vous pouvez tout faire j 
tout obtenir^ tout casser, tout juger, tout déporter, 
tout guillotiner, et tout régénérer. » 

C'est Piorry, dit Prudhomnie , qui conduisit à la 
mort Sabournin , Cliauveau , et tant d'auties. Il revisa, 
analysa, apostilla les pièces de leur procès, et les remit 
à Fouquier-Tainville le jour qu'ils ont été uiai.sacrés. 
Il siégea à côté des jurés. Il les accompagna jusqu'au 
lieu de leiu* supplice. Pour rendre la position de ces 
citoyens plus défavorable, Piorry les fit mettra en ju- 
gement le 5 juillet 1794^ avec deux nobles du dépar- 
tement. (Voir article Jngrand.^ 

Il fut at:cusé* d'avoir pris part à l'insurrection jaco- 
bine du r^^. mai. Il se disculpa. Après le 9 thermidor 
les habitans de Poitiers le dénoncèrent de nouveau et 
envoyèrent cette pièce dont copie est ci-dessus. Il fut 
alors décrété d'accusation, puis amnistié. Il est main- 
tenant l'un des conseillers-juges à la Cour royale de 
Liège. 



(537) 

P/aîchard (^Chottière,)-'-Médec\n et officier munici- 
pal à Laval , député suppléant à la Législature où il ne 



siégea pas , et ensuite nommé à la Convention par le dé- 

Î)artement de la Mayenne, ne fut pas de l'avis de 
'appel au peuple, vota pour la réclusion, et pour le 
bannissement après la guerre. Il se rangea de l'avis du 
sursis. Il fut retenu prisonnier dans l'une des sections 
au i3 vendémiaire (5 octobre 1795)- Devenu membre 
du conseil des Anciens , il en sortit en mai 1797- 

Plazanet, — Député suppléant de la Corrèze à la 
Convention , ne fut appelé dans son sein qu'après 
l'assassinat du Roi. Il est sorti du conseil des Cinq- 
Cents en mai 1797. 

PochoUe. — Professeur de rhétorique à Dieppe , ne 
fut pas de l'avis de l'appel au peuple 5 il dit : ce Je crois 
que des mesures de faiblesse, que des demi-mesures 
sont les plus dangereuses dans les crises d'une révo- 
lution. Si Louis vit au milieu de nous, je crains que 
le spectacle de l'infortune n'efface à la longue la plus 
juste indignation. La mesure du bannissement ne me 
paraît pas meilleure. Si les Tar(juin bannis ne furent 
plus dangereux et ne purent rentrer dans Rome asser- 
vie, c'est qu'ils n'avaient pas, comme Louis, de nom- 
breux amis dans l'intérieur, et des milliers de bras 
armés au dehors sous l'étendard de la révolte. On craint 
après sa mort les tentatives d'un ambitieux qui pré- 
tendrait à le remplacer. Je demande comment un am- 
bitieux serait encouragé par le châtiment d'un tyran? 
Ne serait-ce pas , an contraire, votre faiblesse? Crain- 
drait-on que les Français tremblassent devant un tyran 
nouveau , lorsqu'ils frissonnent encore d'horreur au 
souvenir de leurs chaînes? Je vote pour la mort de 
Louis , et puisse sa tombe enfermer toutes nos divisions 
et nos haines! w II se prononça contre le sursis. 

Envoyé dans la Vendée, il fit des carmagnoles à la 
Barrère pour prouver que les revers des armées répu- 
blicaines étaient des victoires remportées sur les roya- 

:22 



(338) 

listes. De-là il alla à Lyou^ et enfin dans la Tour- 
rai ae. 

Les cendres d'x\gnos Sorel reposaient en paix dans 
1« canton de Loches. Pocholle^qui disait que les lonibes 
devaient enfermer tontes nos haines, viola l'asile du 
tombeau de cette liéroïne^ d'une main profane il s'em- 
para de son crâne , en arracha les cheveux qui y étaient 
attachés , et détruisit ce monument funéraire , propriété 
nationale, à laquelle les étrangers ne manquaient pa'a 
de venir porter le tribut de leur admiration. Ce fait 
est consigné sur les registres de la municipalité de 
Locbes. Il fut nommé commissaire du Directoire à 
Corfoii. Revenu à Versailles, il épousa une femme 
divorcée, et passa à la sous-préféeture de Neufchâtel , 
haute Normandie, qu'il occupe encore. 

Pointe ( Noël. ) — Député de Rhône-et- Loire, s'op- 
posa à l'appel au peuple, ce Un républicain, dit-il, nd 
veut souffrir ni Rois ni images de la royauté. Je vote 
pour la mort 5 je la demande dans les vingt-quatie 
heures. ■>•> 

Envoyé dans les départemens da la Nièvre et du 
Cher , il y exerça des actes arbitraires qui donnèrent 
lieu à une dénonciation contre lui par les autorités 
de la Nièvre 5 les événemens de vendémiaire em[>e- 
chèrent de s'occuper de cette dénonciation. Après la 
session conventionnelle il fut employé comme com- 
missaire par le Directoire. 

Poisson {^de Coudreville.^ — Avocat à Saint-Lô , et 
député de la Manche, vota la détention de Louis XVI 
et son bannissement à la paix. Il s'occupa des finances, 
passa au Conseil des Anciens , et sortit du Corps-lé- 
gislatif en i8o3. Il est maintenant l'un des conseillers- 
juges de la Cour royale de Caen. 

Pons i^de Verdun.^ — Avocat ; auteur de poésies 
légères , tut nommé en 1792 accusateur public à Paris; 
le départemeut de la Meuse le fit membre de la Cou- 
v«ution. Voici ses votes : 



» 



( 339 ) 

Appel uu peuple, ce J'avais pensé d'abord que le juge*» 
ment du peiij>le était nécessaire 5 mais ensuite éclairé 
par l'opinion de Barière et des autres membres, envi- 
sageant les inconvéniens de cet appel, je dis non. 3> 

Peine à injliger. « Je vois dans les crimes de Louis 
Capet et ceux des conspirateurs ordinaires, qu'entre le 
meurtre à force ouverte et le poison , l'iionime-roi a 
toujoms été privilégié dans le sens du crime : Louisr 
a été accusé par la nation entière d'avoir conspiré contie 
sa liberté : vous l'avez convaincu de cet attentat. Ma 
conscience me dit d^ouvrir le code pénal et de pro- 
noncer la peine de mort, n II ne fut pas de l'avis du 
sursis. 

Le 10 août 1794 i^ ^•^ rendre un décret en faveur des 
roturiers qui voudraient se divorcer avec des nobles. 

Le 10 novembre il défendit les Jacobins , àquillew- 
bell imputait les malheurs de la France. Le 3 décembre 
1797 il représenta la nécessité de soustraire les enflins 
mineurs des émigrés à l'empire de leurs parens, poul- 
ies élever dans les principes conformes au nouvel ordre 
des choses. Il insista avec Cliazal et Audouin à taire 
décréter la présuccession des parens des émigrés. En 
iBoo il fut nommé commissaire ])rès le tribunal d'ap- 
pel du département de Seine. Il est aujourd'hui membre 
d.; laLégion-d'lioiineur, et avocat-général à la cour de 
cassation. 

Porcher {^de X/A'^o/ïwar. )-^ Député du département 
de Plndre à la Convention , lut de l'avis de l'appel an 
peuple. Sur la peine à iniliger il dit : ce Je vote non 
comme JLige, je \\^\\ ai pas le droit, mais commo 
représentant du peuple, chargé de prendre des mesure» 
de sûreté générale j je ne me dissimule pas qu^il est 
difficile è^^iv prendre qui soient absolument exemptes 
de dangers*, mais comme l'existence {.Vww tyran en- 
chaîné, abhorré, me semble moins à craindre que les 
prétentions que sa mort; ferait naître , j'adopte la 
mesure de la détention jusqu'à ce que la paix et la 
liberté consolidées permettent de le bannir, et je nae 
détermine d'autant plus à cette mesni-^, que je crois 



C54o) 

qu'elle aura àe l'inflnence sur le succès cle la campagne 
prochaine. ?> Il se déclara pour le sursis. Il se com- 
porta avec modération , favorisa la révolution de Saint» 
Cloud, il a été membre du Sénat-C-onservateur, et fait 
aujourd'hui partie de la chambre des Pairs. 

Portiez ( de l'Oise. ) — Avocat , député de ce départe- 
ment , vola la mort du Roi dans le sens de Maillie. 

Il a été directeur des écoles de droit à Paris. Il est 
snort. 

Pothier, — Député d'Indre-ct-Loire , vota la mort 
du Roi. Il faisait souvent des rapports contre les émi- 
grés, comme membre du coînité de législation. Il 
devint plus modéré à la fin de la session. 

Poulain ( de Boutancourt, ) — Maître de Forges 5 
ex- constituant ^ et nommé par le département de la 
Marne à la Convention , fut d'avis de l'appel au peuple, 
tle la réclusion, puis du bannissement et du sursis. Il 
passa au conseil des Cinq-Cents, en sortit en 17985 
devint membre du Corps-législatif en 1799. Il est uiort 
en 180 a à S^arme. 

Poulain- Grandpré, — Avocat à Nancy, fut député 
par le département des Vosges à la Convention. Il vota 
dans les termes suivans : 

Appel au peuple : <c Et moi aussi j'ai reçu de mes 
commettans des pouvoirs illimités 5 mais je ne pense 
pas qu'en me les confiant ils aient dépouillé le peuple 
de la partie de sa souveraineté qu'il peut exercer par lui- 
iriéme. Vous avez consacré solennellement ce prin- 
cipe : eli bien^ ce serait y porter atteinte que de rem- 
plir souverainetnertt des fonctions (jui sont incompa- 
tibles avec celles de lé<;islateur. Je vote donc pour le 
recours au peuple 5 mais pour désintéresser la sollici- 
tude de ceux qui voient , ou affectent de voir la guerre 
civile dans la réunion des assemblées primaires, je 
demande que votre décision soit renvoyée à celles qui 
seront chargées d'examiner les lois qui prononcent 



(54t) 
rétablissement de la République et Paboliti on de la 
royauté : car les mesures que vous allez pieiiclre à 
l'égard du ci-devant roi en. sont le complément. 

M J'attache d'autant plus d'importance à cet amen- 
dement , que son adoption soustraira le peuple aux 
calumnies auxquelles il est en, butt« de la part de cer- 
taines gens. 

» Oui, je dis calomnie 5 car il est surprenant que 
ceux qui nous parlent sans cesse de la bonté du peuple^ 
ne croient pas à sa sagesse 5 qu'ils voient dans les 
assemblées primaires le germe de la discorde et la 
dissolution de la République, tandis que les assemblées 
primaires sont la force de la Convention nationale^ et 
qu'elles seules donnent aux lois constitutionnelles dont 
elle va s'occuper, le caractère qui en assurera l'exé- 
cution. 

3> Je ne veux point écarter la responsabilité; je n'en 
redoute qu'une, celle que j'encourrais en relevant les 
marciies du trône , et je croirais l'appeler sur ma tête 
en ne disant pas oui. 

Quelle- peint "^ « Je dois voter définitivement, puis- 
qu'un décret m'y oblige. Ce n'est point à la loi pénale 
que je dois me conformer, mais à l'intérêt général. 
Si je nie trompe , je ne veux pas que ma faute soit irré- 
parable. Je dis : Louis étant déclaré coupable, mérite 
la mort 5 niaifi je demande (ju'il soit sursis à l'exécution 
jus(ju'à l'acceptation de la tonstitutioi^, ou jusqu'au 
momeut où les ennemis envahiraient le territoire fran- 
çais, j) 

Il fut l'un des commissaires nommés, le 18 no- 
veiiibre 1792., pour aller présenter au Roi les ]>apiers 
sur lesquels on f<)ndait l'aitv^ d'accusation courre lui. 
Eriv()yé datîs les d'^parteoieus de l'Ain , de Tl^^ère , de 
la L(»ire et du Rhône, il corupi iiiia les ttrrorisîes, 

Membre du couscil des Anciens, il se prononça 
€Ti lavfcu' de tous les décrets ultra révo'utiouu.n'es. 
Chouans, royalistes, modérés étaient les^ objets de ses 
atta(|nes josv naliè:es 5 païens d'émigics , piêlres, pro- 
hilutiMU de ruar<liaTuliseîo anglaises , éttiient é2;alement 
ies sujets de ses vives irritations : il fij; tout pour nlaiiie 



an Directoire. En 1796 il fut nommé commissaire à 
la huryeillaiice de la trésorerie. Réélu aux Cinq-Cents, 
il fut l'un des chauds provocateurs du 18 fructidor ; 
]e 00 octobre il i^hésitay pas à proposer la confiscation, 
des biens des députés qui s'évaderaient du lieu de leur 
détention, ou qui ne se constitueraient pas prisonniers. 
La reconnaissance n'est pas, pour certains esprits, 
toujours nue vertu. Poulain-Grandpré aida à faire 
descendre du fauteuil directorial Meilin , Treilhard 
Ijaréveillère-Lépaux. En juin 117(^95 il s'opposa à la 
lévolution de Saint-Cloud, lut riioineutanénient dé- 
tenu pora- ce fait dans le dé[)arternent de la Cliarente- 
ïnférieure. En 1800 il fut nommé président de la 
cour impéricilc de Trêves. 

Ponllier. — Moine bénédictin , né à Montreuil , se 
inaria , à Païuore de la révolution 5 devint chef de 
blitaillon de volontaires, fit la campagne de 1792. Le 
département du ISord le nomma à la Convention. Il 
parlait sur tout, prêtres-, militaires, finances. Un 
jour Pétion fit censuier/e moine t7^û5e//r. Lors des ap- 
pels nominaux , il dit : ce Si je voulais ressusciter 
la rovauté, je prononcerai»» oui, il y a lieu à Fappel 
uu ]>euple5 je suis républicain, je prononce non.» 
t>{ir la peine , il s'écria : ce La mort dans les vingt- 
<|iiatre heures. « Lors des débats sur le sursis à 
Texéciition , on Tentendit piononcer ces mots meur- 
triers : ce C'est une belle occasion d'anéantir les roya- 
listes, yy 

Après le 01 mai il seconda le général Cartaux 
f« Marseille^ et lloverre A Avignonj alors les Jacobins 
Taccusèrent d'avoir persécuté les patriotes. On re- 
jnarqna le mot qu'il lâclia avec force , au moment où 
Lebon disait que dans ses niibsions il avait sué... Oui, 
il a sué le sang. 

En 1795 il fut envoyé près l'armée navale de 
la Méditerranée : se trouvant à Toulon au momeut 
Je l'insurrection qui éclata au mois de mai dans cette 
\i!le , il fut arrêté par les Jacobins rebelle. s et rellclié 
pusf[u'aussitor. 



s ( 345 ) 

Après le i3 vendémiaire il fut en mission dans la 
Haute-Loire 5 là il fit une guerre à mort aux roya- 
listes. 

Il s'avisa de rédiger un journal (ju"'il appela VAmi 
des Lois , et qui ne 'respectait aucunes lois. 

Membre dn conseil des Anciens , il servit bien le 
parti directorial. Injure au nouveau tiers, criailleries 
contre les émigrés, leurs parens, etc. 5 il se trouva 
cependant obligé d'écrire contre le projet de décret 
de Boulay (de la Meurthe) relatif aux nobles, qu'il 
fit envisager comme nn essai de tyrannie. Il sortit eu 
1798. Le Directoire le nomma chef de brigade de 
gendarmerie dans les Pays-réunis. Le Pas-de-Calais 
le réélut en 1799 au conseil des Cinq-Cents j il y com- 
battit pour la liberté de la presse. Le ministre Fouclié 
supprima son journ.nl. Il le reprit de suite, se prononça 
pour la révolution de Saiut-Cloud, et rentra au Corpi- 
législatif en 1802. Il fut envoyé commander à Mon- 
treiiil avec le grade de colonel. Il est décoré de la croie 
de la Légion-d'Honneur. 

Précy. — Député de l'Yonne, adopta l'appel an 
peuple, vota pour la mort avec le sursis jusqu'à la 
ratification de la constitution. Il fut envoyé en 1795 
rlans son département, pour y travailler aux approvi- 
Monnemens de la capitale, en bois et charbons. II 
devint membre du conseil des Cinq-Cents, en sortit 
en 1798 , et fut presqu'aussitôt réélu pour un an à celui 
des Anciens. 

Pressavin. — Député de Rhône-et-Loire : « Comme 
je vois, dit-il, dan> Tappel au peuple^ la perte de la 
llépublique^ je dis non. w II ajouta: ce Si je pouvais 
oonciHer ma conscience avec la pitié, je céderais à ce 
vsenliment; mais comme ma conscience ne me per- 
met pas de transiger avec les principes, je condamne 
Louis à mort. d> Il ne fut pas de l'avis du sursis. Les 
Jacobins le regardèrent comme un modéré , et malgré 
ses réclamations ils l'exclurent de leur corps. Il ne parla 
plus que de la cherté des comestibles 5 accusa les 



( 544 ) 

îigiotenrs et les royalistes de ce nouTcau plan cte 
contre-iévolntioii 5 et on ne le revit plus aux conseils. 

Prieur, — Avocat à Cliâlons , ex-constituant, accusa 
le Roi de trahison lors de sa fuite 5 parla contre l'in- 
•violabilité 5 insista pour que Monsieur fût mis en ju- 
gement. Aux Jacob-inSj il déclamait sans cesse contr» 
la royauté. Il fut élu vice-président du tribunal cri- 
minel de Paris. 

Elu par le département de Marne à la Convention 
nationale, il alla avec Carra et Sillery à l'armée de 
Duuio liriez qui cherchait a repousser de la Cham- 
pagne les armées alliées. 

Il se prononça contre l'appel au peuple. « Le peuple 
entier^ dit il , a accusé Louis de conspiration contre 
sa liberté et sa souveraineté» La Convention nationale 
l'a déclaré convaincu de conspiration contre la liberté 
du peuple , la loi a fait le reste 5 elle a prononcé la mort 
«outre les conspirateurs. Je prononce cette peine à 
regret; mais comme organe impassible de la loi, je 
prononce la mort. 

Le 8 février 179'^, on le vit acharné à demander le 
rapport du décret porté contre les auteurs des massacres 
des 2 et 3 septembre. Bréard refusa de se charger des 
fonctions de commissaire de la Convention près le 
tribunal révolutionnaire, Prieur le remplaça. Envoyé 
dans divers départemens , il vint à Saveiiay , et là fit 
fusiller un grand nombre de Vendéens. 

Lors de l'insurrection jacobite du 1®'. avril 1795, il 
demanda la liberté des patriotes détenus depuis 
le 9 thermidor , et fît diverses propositions favorables 
aux révoltés. André Dumout l'accusa de complicité. 
Il conjura l'orage; mais arriva l'insiurection du 20 mai. 
Il accepta la place de membre de la commission 
extraordinaire formée par les Jacobins pour remplacer 
le comité de Salut public. La nuit, voyant les in- 
surgés s'échapper, il s^écria : A moi ^ Sans -Culottes l 
Mais les Sans-Culottes cherchaient leur salut dans la 
fuite. Il fut alors décrété d'arrestation , s'évada , et fut 



( 545 ) 

amnistié en 1796. Il exerce l'état (Pavocat près les 
cours et tribunaux, à Paris. 

Prieur ( Duvernois, ) — Officier du génie , député d» 
la Côte-d'Or à la Législature , et réeiu à la Convention, 
écarta l'appel au peuple , condamna Louis à la mort, 
et ne fut pas de Pavis du sursis. Envoyé en avril 1793 y 
près les cotes de Cherbourg , il fut arrêté par les fédé- 
ralistes, et enfermé au château de Caen avec Romme. 
Il fut relâché. Il ne s'occupa guère^ ensuite , que des 
poudres et des salpêtres 5 il défendit avec Carnot les 
membres du comité de Salut public 5 fit décréter 
l'usage du calcul décimal et l'unité des poids et me- 
sures. Il passa.au conseil des Cinq-Cen's, travailla à 
perfectionner le système èu&& nouveaux poids et me- 
sures, et en sortit en 1798. 

Primandiére. — Avocat, député de la Sarthe , écarta 
l'appel au peuple et vota la mort sans sursis. Membre 
du conseil des Anciens, il en sortit en 1798, et fut 
nommé contrôleur des dépenses de l'armée française à 
liome. 

Projcan, — Cultivateur, député delà Haute-Garonne 
à la Législature et ensuite à la Convention , rejeta 
l'appel au peuple, vota pour la mort sans sursis. Il a été 
envoyé près l'armée des Pyrénées-Orienta'.es 5 après la 
se^ision il a été nommé messager d'état au conseil des 
Cjiq-Cents. 

Prost. — Né àDôle , fut nommé député par le dépar- 
tement du Jura; ne fut pas de l'avis de l'appel au 
peuple. « N'ayant jamais appris à transiger avec les 
rois , dit-il , je vote pour la mort et sans sursis. 3) Il alla 
h l'armée d'Italie, et dans son département. Ro- 
bespierre le dé/èndit aux Jacobins ou il fut fortement 
dénoncé en 1794* Devenu membre du conseil des 
Cinq-Cents , il en est sorti en 1797. 

Prunelle (^ de Lierre \ — Député suppléant de l'Isère 
à la Législature , où il ne vint point, et ensuite à la 



( 346 1 
Convention. Yoici comme il s'expliqua clans le procès 
fait au Roi : 

« La Convention nationale n'est pas un tribunal 
ordinaire autour duquel la loi ait tracé un cercle qu'il 
ne peut dépasser; elle ne doit consulter que la justice. 
Je demande que Louis soit banni sans délai avec sa 
femme , sa fille , sa sœur et toute sa famille, sous peine 
de mort, s'ils rentraient dans la République. Ils ne 
pourront se plaindre de cette condamnation > 
puisqu'elle est nécessitée par l'intérêt de la tranquillité 
publique. Cette mesure éloigne du sein de la Ré- 
publique toutes les personnes justement suspectes, et 
6te aux mauvais citoyens tout moyen d'exciter des 
troubles. Vous imprimerez à perpétuité une flétrissure 
sur les bannis. En prononçant, au contraire, la peine 
de mort , vous exciterez la compassion en faveur du 
père^ et l'intérêt d^m grand nombre de citoyens en 
faveur du fils. Si vous les laissez prisonniers au 
Temple , ils y seront long-temps un sujet d'inquiétude 
et de division. Comme représentant d'une grande na- 
tion , vous devez un grand exemple , vous devez mettre 
votre courage en évidence , en renvoyant votre Roi 
détrôné aux tyrans qui vous font la guerre. Je vote 
donc pour le bannissement sans délai. 3) 

Il était malade lors de l'appel nominal sur la ques- 
tion du sursis. Il n'a pas passé aux conseils. 



QujsiJ!fi:c. — Député d.u Finistère , fut de l'avis de 
l'appel au peuple. « Je ne suis pas juge , dit-il , je ne puis 
donc voter que pour la détention pendant la guerre et 
la déportation pendant la paix.s) Il opina pour le sursis. 
Etait l'un des signataires de la protestation contre le 
oimairil fut mis en arrestation et réintégré après la 
chute de Robespierre, Il sortit du conseil des Cinq- 
Cents en 1798. 



( 547 ) , , . . 

Quinette. — Notaire à Soissons, député du départe- 
ïiieiit de rOJse à la Lé«iislatiire et ensuite à la Convention. 

Le 2,1 décembre il appuya fortement la motion de 
Collot-d'Herbois tendant à l'abolition de la royauté. 
Voici ses votes dans le procès du lloi , (j[u'il trouva 
coupable. 

Appel au peuple. « Le peuple ne peut exercer par lui- 
rnême ni le pouvoir législatif , ni le pouvoir judiciaire : 
je dis oui. ;> 

Sur la peine, ce Au moment où je vais prononcer avec 
rigueur, mais avec justice, sur le sort de Louis, j© 
j)rends l'engagemexit solennel de juger avec la même 
frévérilé ceux qui, comme Louis, usiuperaient ou vou- 
draient usurper les droits du peuple. Au nom de la 
déclaration des droits , qui veut que la loi soit égale 
pour tous, soit qu'elle protège, soit qu'elle punisse; 
en conséquence de la déclaration imanime de la Con- 
vention nationale, portant que Louis Capet est cou- 
pable, conformément à la section première du titre 
premier de la deuxième partie du code pénal , qui établit 
Ja peine de mort pour les crimes et attentats contre la 
chose publique, je reconnais que Louis Capet a en- 
couru la peine de mort. 3) Il ne fut pas de l'a vis du sursis. 

11 fut chargé, en avril 1793 , de se rendre près l'ar- 
mée de Dumouriez. Ce général le livra avec Camus, 
Beurnonville , etc., au prince de Cobourg. Il resta 
long-tems prisonnier en Autriche, et c^est à la faveur 
de cette singulière circonstance que Madame, aujour- 
d'hui duchesse d'Angoulême^ doit le bonheur de vivre 
au milieu d'un peuple qui admire dans sa personne 
royale l'exemple de la vertu, de la modestie, de la 
bonté et de la bienfaisance. 

Quand on vint annoncer à cette auguste victime de 
la tyrannie qu'elle allait sortir du Temple pour aller 
à Baie, et que là elle aurait la faculté de rejoindre 
Louis XVIII et la famille royale , elle récitait sa prière 
journalière qui n'a guère été connue que dans l'étran- 
ger. La voici (1) : 

(t) Quelques personnes ont prétendu cjue celle piière éiait celle de 
madame Elisabeth. C'est une erreur. 



(348) 

<c Que m'arrivera-t-il aujourd'hui, 6 mon Dieu T 
Je ri^eu sais rieii du tout 5 ce que je sais, c'est qu'il 
ne ni'ariivera rien que vous n'ayez prévu , réglé et 
ordonné de toute éternité: cela me suffit. J'adore vos 
desseins éternels et impénétrables. Je m'y soumets de 
tout mon cœur pour Tamour de vous. Je veux tout^ 
j'accepte tout ; je fais un sacrifice de tout , et j'unis ce 
sacrifice à celui de Jésus-Christ, mon divin sauveur. 
Je vous demande , en son nom et par ses mérites infinis , 
la patience de mes peines, et la parfaite soumission 
qui vous est due poiu* tout ce que vous Voulez ou per- 
mettez. Ainsi soit-it. 5) 

La providence permit donc que Madame filt échan- 
gée effectivement à Bâle , le 2.5 déceuibre ly^S» 

Quinette paraît dans la Convention, et les enthou- 
siastes le portent presqu'tn triomphe au bureau du 
Î)résident. Un décret déclara qu'il a dignement rempli 
a mission dont il avait été chargé en juillet 1797' Il 
a été nommé Ministre de l'intérieur. Les Jacobins 
Tavaient mis en nom dans cette place, et c'étaient eux 
qui faisaient le travail. Des diatiibes sanglantes, et le 
chorus d'incay)acité forcèrent les consuls à le remplacer. 
Ils le nommèrent préfet du départen^eiit de la Somme. 
Il a été créé baron, il s'appela le baron Quinette de 
Rocheniont j il était sous Biionaparte conseiller d'Etat^, 
directeur général de la comptabilité des communes et 
des hospices. (Il n'est plus rien.) 

Ç«/>o/. — Député du Doubs, dit : « J'ai voté contre 
Fajjpel au peuple, parce qu'il m'a paru avoir des effets 
dangereux pour la libeité. J'ai déclaré Louis coupable. 
Je ne le condamne pas à la mort (juil a méritée, 
parce (ju'en ouvrant le code pénal je vois qu'il aurait 
fallu d^autres formes, d'autrey juges, d'autres prui- 
cipes. Je vote pour la réclusion. y> Il ne fut pas de 
l'avis d(j sinsis. Il s'opposa à la journée du 3i mai^ 
concourut à celle du 9 thermidor, et à la répresvsiou 
de celle de mai, de la part des Jacobins contre la- 
Convention. Nommé membre de la co utnission des 
Viïigt-ua chargée d'exauiiuer la conduite de Josepb 



{ 349 ) 

Lebon , il proposa ^ comme rapporteur, le décret d'ac^ 
cusatioii contie lui. 

Il fit la motion de prendre des mesures énergiques 
contrôles sectionnaires au i3 vendémiaire. Elu membre 
du conseil des Cinq-Cents, il vota pour le maintien 
de la loi qui excluait les nobles des fonctions publiques^ 
En 1797 il attaqua souvent le parti de Clicliy. Le gé- 
néral \Villot lui proposa un duel 5 le ministre de la 
police arrangea l'afFaire. Il fut de l'avis de fructido- 
riserses collègues. Il combattit les projets de Bailleul, 
tendans à invalider les élections. En 1799 il appuya 
les mesures proposées contre les prêtres insoumis. Op- 
posé à la révolution de Saint-Cloud, il fut exclu du 
Corps-législatif, exilé et envoyé en surveillance dans le 
département de la Charente-Inférieure. Il est rentré 
dans ses foyers. 



R. 



Kabaut de Saint' Etienne. -—Ministre de la religion 
réformée. Il fut député du tiers-état de la sénécliaussée 
de !Nisnies aux Etats -généraîix. Son caiaclère s'est 
peint dans ses écrits, ce Tous les établi' semeiis anciens 
nuisent au peuple 5 il faut renouveler les esj)rits , chan- 
ger les idées, les lois, les usages, les hommes, les 
choses, les mots, enfin détruire tout, pour pouvoir 
toutrecréer. «Telles étaient ses vues. Le 28 février 1 79 l 
il attribua les troubles de Nisii:es aux: catholiques qui 
en furent victimes. Calomnie atroce! 

Député par Ij département de l'Aube, il vota pour 
l'appel au peuple. Son discours n'offre que cette pensée : 
ce Je suis las de ma portion de despotisme, et je soupire 
après l'instant où un tribunal national nous fera perdre 
les for u» es et la contenance des tyrans. )> il fut d'avis 
de la détention de Louis XVI , et de son bannissement 
à la paix, ainsi que du sursis du jugement, Kabaut, 



( 35o ) 

membre delà commission des Douze cliargée de préve- 
iJir le 3i mai, montra beaucoup de fiiiblesse. La Con- 
vention ayant ordonné son arrestation comme anti- 
Montagnard, il se sauva à Bordeaux. Mis hors la loi 
le 28 juillet, il vint se cacher auprès de Pu ris. Un ancien 
ami à cjui il demanda un asile, eut l'indignité de 1» 
livrer à ses bourreaux. Il fut condamné à mort par le 
tribunal révolutionnaire de Paris , et exécuté. 

Rabaud'Pommier. — Frère du précédent; député du 
Gard. Il dit : ce Lorsque la Convention décréta qu'elle 
jugerait elle-même Louis , je vis dans ce décret , rendu 
par article additionnel et sans discussion préalable^ 
nne source de maux pour la Ilépnbliqiie. Je crus alorn 
que la Convention pourrait en éviter mie partie , en 
appelant le peuple à la ratliication du jugement qu'elle 
avait prononcé, et j'ai opiné pour cette mesure; vous 
l'avez rejetée ^ et les suites funestes que peut avoir le 
supplice de Louis , ordonné par vous seuls, m'en pa- 
raissent plus inévitables. Ce supplice ralliera les tyrans, 
éloignera de nous et de notre révolution des peuples 
que nous voulions rendre libres, et dont les forces nous 
seront funestes, au lieu de nous être utiles. Il divisera 

la France Je crois que Louis mérite la mort , mais 

que l'intérêt politique ne la demande pas. Si cependant 
vous la prononcez, et quel que soit votre jugement, je 
crois que l'exécution doit en être renvoyée après que 
les décrets constitutionnels que vous avez déjà faits 
auront été présentés k la ratification des assemblés pri- 
maires , et mon opinion est indivisible. 5) 

Il signa la protestation contre le oi mai. Il fut pros- 
crit. Il rentra dans l'Assemblée, fit l'éloge de son fière. 
Membre du conseil des CiiKj-Cents, il s'y est montré 
avec modération. Sorti en 1798, il fut nommé par les 
consuls sous-préfet à Yigan. 

Kaffron Dntrouillet. — Agé de quatre-vingt-quatre 
ans, était un fougueux jacobin. Les électeurs de Paris 
le nommèrent à la Convention. Yoici ses votes dans I« 
prScèî du Roi, qu'il traita de vil tyran : Appel au 



I 



( 55i ) 

•peuple : ce Je dis avec assurance, tranquillité et fer- 
meté, non, 3) 

Quelle peine? ctZe vote pour la mort du tyran dans 
les vingt-quatre heures. 11 faut se hâter de purger le sol 
de la patrie de ce monstre odieux. 

Eu 1793 ce malheureux vieillard appuya le projet 
d'une armée révolutionnaire, et l'expulsion des nobles 
qtii occupaient des fonctions publiques. En 1794 il 
proposa la vente, par petits lots, des biens des émigrés. 

Quaud Robespierre et sa bande furent guillotinés, 
Raf'tron crut devoir parler et agir plus modérément. Il 
insista pour faire juger Carrier, Lebon, Barrère et 
David. Il vota la restitution des biens des condamnés. 

Membre du conseil des Cinq- Cents j il lit une motion 
d'ordre contre le luxe des fonctionnaires publics, les 
ft)lles dépenses et les vêtemens somptueux. 

Il sortit en mai 1797» H est mort. 

Kameau, — Député de la Côte-d'Or , dit : «La qua- 
lité de juge que je n'ai point reçue du souverain, il 
n'était point en votre pouvoir de me la donner 5 aussi 
ne me crois-je point lié par ce décret monstrueux. Je 
vote pour le bannissement actuel et à perpétuité. 
Nommé membre du conseil des Cinq-Cents, il en est 
sorti en 1798. 

Rame l- No gare t, — Etait avocat du Roi à Carcas- 
sonne. Il fut député par le tiers-état de la sénéchaussée 
•de cette ville aux Etats -généraux. Il proposa divers 
plans de finances et de contributions. Le 11 novembre 
1789 il s'opposa à ce que l'on changeât les anciennes 
dénominations des provinces. 

Député à la Convention nationale par le département 
de l'Aude, il dit sur l'appel au peuple : ce Je voterai la 
mort, mais je veux que la nation sanctionne ce juge- 
ment 5 ainsi, oui.» En elïét il vota la ..ort en ces 
termes : ce Louis est convaincu de conspiration contre 
la liberté. Dans tous les tems un pareil crime mérite îa 
mort. Je la prononce. » Il ne fut pas de l'avis du sursi"^. 
Il a été eu mission dans la Hollande en janvier 179'^. 



( 552 ) 

Il est revenu à ^Assemblée , a reparlé finances. Le 
Directoire le nomma au ministère des finances eu 
février 1796. Il y est resté jusqu'au 20 juillet 1799. 
En 1802 il proposa de bâtir, à. ses frais , une salle de 
spectacle à Bruxelles A la -vérité il mit cette condi- 
tion , qu'on lui donnerait une portion de terrain assez 
considérable, qu'il entoureraif de maisons susceptibles 
de lui fournir une grande valeur locative. Il a rendu 
en 1800 une espèce de compte sur son administration. 
Il vit aujourd'hui retiré à Paris , puissamment riche, 

Kéal, — Député du département de l'Isère , s'est 
prononcé pour l'appel au peuple, n'a voulu prendre 
qu'une mesure de siireté , en disant cependant qu'il 
aimerait mieux que les droits dont Louis lut revêtu 
reposassent sur sa tête flétrie et humiliée , que de les voir 
se réunir sur celle de tout autre Bourbon. Il a conclu 
à sa détention, sauf à la comnmeren un bannissement 
perpétuel dans des tems plus calmes. Il n'a pas été de 
l'avis du sursis. En novembre 1792 il a fait rendre un 
décret portant confirmation de l'impôt extraordinaire 
établi sur la ville de Lyon. En 1795 il demanda l'a- 
journement de la question concernant la restitution 
des biens des condamnés. 

Envoyé à Parmée des Alpes, il écrivit contre les 
mouvemcns royalistes duMidi. Il s'opposa, le 5 octobre, 
à l'admission en paiement des biens nationaux , des 
bons délivrés aux héritiers des condamnés. Il est main- 
tenant l'un des présidens de la cour royale de Gre- 
noble. 

Rehecqui, — Membre du département des Bouches- 
du - Rhône , fut envoyé, pendant l'Assemblée légis- 
lative, en qualité de commissaire civil, à Avignon , 
pour y rétablir l'ordre. Il se mit à la tête du parti ré- 
volutionnaire; il fut mandé à la barre le 8 mai, et n'y 
comparut ,uele 8 juin ; il fit l'éloge de sa vie politique , 
et ne dissimula pas qu'il avait cru favoriser lesinsurrec- 
tionnaires d'Avignon. Envoyé à Orléans pour être 
jugé, il fut acquitté, sous l'influence des députés qui 
votèrent la réunion du Comtat à la France. 



{' 355 ) 

Nommé dëpiité par son département, il dénonça, 
dans l'une des quatre premières séances, Elobespiefre 
comme aspirant à la dictatiire. La Mantagne consigna 
son nom sur ses tablettes de proscription. Il vota l'appel 
iiu peuf>le, la mort, et contre le sursis. Il fut proscrit 
au 3i mai. Il se réfugia à Marseille, et s'y noya à la 
nouvelle que Barbaroux allait être exécuté. 

Reguis. — Député à la Convention nationale par le 
département des Basses- Alpes , vota pour l'appel, la 
réclusion pendant la guerre^ et l'exil à la paix. Il 
adopta le sursis. Il fut membre de la commission des 
Vingt-un chargée d'examiner la conduite de Joseph- 
Lebon. Il a été nommé , en avril 1804, directeur de:» 
Droits-réunis du département de Lot-et-Garonne. 

Kéveillère-Lépauœ. — Né à Montaigu, dans le Poitou 5 
lit ses études à Angers , et vint à Paris pour faire son. 
cours de droit. Il préféra s'adonner à l'étude de la bota- 
nique, retourna à Angers, et y établit wrv jardin des 
plantes. Il fut nommé aux Etats-généranx, s'y pro» 
nonça contre la famille royale. 

Nommé l'un des administrateurs du département de 
Maine-et-Loire , il crut pouvoir se mettre à la tète d'une 
société de philosophes qui marchaient dans les champs 
pour 'éclauer les habitans, et les prémunir contre le 
mauvais esprit des Vendéens. 11 se fit élire à la Conven- 
tion, et là il se crut plus en sûreté que dans son pays. 

Il vota sans phras€>s. ce Point d'appel au peuple ^ la 
mort , et point de sursis. » 

Ou lui doit la rédaction de ce décret infâme , 
portant que la nation française viendra au secours 
des peuples qui voudront recouvrer leur liberté. 

Il s'opposa aux mesures prises contre les Girondins 
au 3i mai. « Soyez justes , dit-il , ou je veux partager le 
sort de mes collègues, que vous avez décrétés d'arresta- 
tion. » Il donna sa démission , et le comité de sûreté 
générale lança un mandat d'arrêt contre lui. Il se 
cacha pendant la terreur. 

2.3 



(554) 

Tliibaîilt le fit rappeler en mars 179^ ; il oublia ses 
ïiiallieurs et proposa des lois de sang contre les émigrés^ 

JLe 3i octobre, il a été nommé membre du direc- 
toire. Tenant le sceptre des rois , il crut devoir prendre 
et porter la tiare 5 il se déclara chef de la secte des 
Tliéopliilantropes. La difformité de ses traits , la mau- 
vaise tenue de ses habits royaux et papaux le rendi- 
rent ridicule et méprisable aux yeux de tous les partis. 
Il fit le 18 fructidor, dans la crainte que les royahstes^ 
prêts à triompher, ne le pendissent, disait-il. Le i8bru- 
maire Va. fait descendre du siège de ses grandeurs , et 
il vit près le jardin des Plantes^ qu'il fréquente presque 
tous les jours. 

Kevelle. — Juge-de-paix à Venles , député suppléant 
du département de la Seine-Inférieure à la Cou- 
ventioii , n'est v<;nu qu'après le 3i mai et n'y est resté 
que peu de tems. C^est un homme nul. 

RevercJion, — Négociant à Vergisson, député de 
Saôue-et-Loire a la Législature, et ensuite à la Con- 
vention nationale, vota : (cpoint d'appel au peuple, pour 
la mort et contre le sursis. » Jacobin assidu auxséances 
de la société mère , il revenait prendre place à la 
Montagne de la (•onvention. Il fut euvoyé à Lyon ^ 
et fit beaucoup de mal à cette ville, conjointement avec 
sesco-proconsuls. Il y fut renvoyé après la chute de Ro- 
Lespierre, alors il se prononça contre les terroristes. 

Membre du conseil des Cinq-Cents , il en est sorti 
en 1797. 11 devint l'un àea administrateurs de son dé- 
partement. Il fut nommé en mars 1798 au conseil des 
Cinq-Cents pour un an^ et en 1799 ^ celui des An- 
ciens. 

Il est rentré dans son pays, et s'occupe de vendra 
des vins. 

Ke^vbell. Né à Colmar, avocat au conseil souverain 
d'Alsace, ex-constituant. Il n'a présenté que des pro- 
jets de destruction. 

Député par le département du Haut-Khin , il presi^a 



( 555 ) 

vivemeirit le jugement du Jloi , et demanda h grands 
cris fjiie la reine fût enveloppée dans le luênie décret 
d'accusation. 

Quand on a procédé aux Appels nominaux snr les 
f]nestions> llewhell était en mission à Mavence avec 
Merlin (^c/e Thionville^ et Hauhsmann. IL signa con- 
jointement avec enx nne lettre dont extrait se trouve 
«T l'article (^Grrgnire.^ 

Il fut accusé de s''etre approprié l'argenterie de l'é- 
lecteur 5 mais la Montagne lit passer à IVrdre du" joui- 
sur pareille vétille. Il eut la prudence de se fliire main- 
tenir en mission dans les déparfeniens et aux armées, 
pendant la Inlte des tliernîidonens avec les robes- 
pierristes. Après la chute de liobespierre il déclama, 
jiautemcnt contre les Jacobins qui voiilaient conserver 
riniîiative des lois et de la formation de l'esprit 
public. Il contribua beaucoup à la fermeture de cette 
pétaudière. 

Nommé membre du Directoire ,il eut part au 18 fruc- 
tidor. Il prit sa retraite eh mai 1799^ et fut remplacé 
par Sieyes. 

Il fut nommé au conseil des Anciens yjar son dépar- 
tement. Il paraît qu'il vit avec désespoir la r^.volutiori 
du 18 brumaire j époque à laquelle cessa sa carrière 
législative. Il a vécu dans Pans j au milieu d'une for- 
tune immense. Il est mort. 

Reyhait^. — Maire du Puy, député de la Haute- 
Loire: vota contre fappel au peuple, pour la mort «?t 
contre le sursis. Il fut envoyé dans son dépaitement, 
et déjà il satisfaisait largement au vœu de la Montagne, 
<juand le 9 thermidor brisa dans ses mains le sceptre 
de sa puissance. Il fut fun des commissaires (qui 
furent choisis par le sort) chargés d'examiner la con* 
dtnte de (Marner. Il passa au conseil des Anciens , et 
inourut en novembre 1796- 

Fvihereau. — Député de la Charente, ^st d'avis de 
Tappel au pejq^le, trouve que Loisis est un cons- 
pirateur, qifil lie connaît d'autre peine contre les 



( 356 ) 

conspirateurs que la peine de mort 5 il prononce donc 
la mort. Il rejeta le sursis. Il fut l'un des soixante- 
treize députés exclus au 3i mai. lientré dans la Con- 
vention , il devint membre du conseil des Cinq-Cents, 
en sortit en 1798, fut nommé membre de la compta- 
bilité intermédiaire, perdit cette place après le 18 bru- 
maire. 

Kihet, — Négociant, député de la Manche, opirra 
pour l'appel au peuple, prononça la peine de mort 
avec cette réserve , qu'elle ne sera exécutée que lorsque 
la race des Bourbons sera expulsée de France. 

Richard. — Avocat à la Flèche , fut nommé par le 
département de la Sarthe à l'Assemblée législative , et 
ensuite à la Convention ; il rejeta l'appel au peuple , 
et dit : ce Louis est convaincu d'avoir conspiré 5 toutes 
les considérations disparoissent devant la justice, je 
vote pour la mort. — Il opina contre le sursis. 

En mars 1793 il alla avec Choudieu dans la Vendée , 
et dès qu'il fut dans ces contrées , il reçut des mem- 
bres du comité d'Angers la lettre suivante : 

ce Citoyen , nous vous envoyons le nommé Henri 
Verdier , dit de la Sorinière , copie de son interro- 
gatoire , son procès- verbal d'arrestation 5.... Vous ne 
serez pas long-temps à voir que c'est un présent que 
nous faisons à la guillotine. Notre vœu sera rempli , 
si la danse qu'il mérite suit de près l'envoi. Sous 
peu vous en recevrez un autre d'un aussi bon aloi, 
c'est le sieur De la Haye-du-Homme , qui vient de 
nous arriver. L'exemple est un motif si puissant sur 
le peuple , que le comité vous prie de lui envoyer le 
sacram sanctam guillotinam , et les ministres républi- 
cains de son culte. Signé Thierry, président, Robin , 
Obrumier père , Maunion , Louis Choudieu , Martin , 
Cordier 5 que fit Richard ? 

Revenu dans la Convention , il solHcita , le 28 août , 
la réintégration de Rossignol , hon patriote et bon 
général. 

En janvier 1794 il présida le club des jacobins ^ 



( 557 ) 

et fut, de suite, envoyé près l'armée du Nord. Il fît 
des rapports tendans à expédier pour les armées tous 
les jeunes gens qui auraient atteint dix-huit ans 5 il 
s'opposa à l'amnistie demandée pour la ville de Lyon, 
se plaignit du raodérantisme de la Convention depuis 
le p thermidor 5 il dit que la république n'existait plus 
que dans les armées , et proposa des mesures contre 
les royalistes. Il retourna en mission près des armées 
du Nord et de Sambre-et-Meuse , félicita la Conven- 
tion de ses succès , aux journées de mai , sur les ter- 
roristes. 11 tomba sur les apothicaires , chirurgiens et 
médecins, qui ne possèdent aucun talent, et assassi- 
nent journellement les citoyens. Il sortit du Corps-lé- 
gislatif en mai 1797» Les consuls l'ont nommé préfet 
de la Haute-Garonne. Buonaparte l'avait porté à la 
préfecture delà Charente-Inférieure. Il n'estplus occupé. 

Richaud. — Député suppléant de Seine-et-CHse , ne 
vint à l'Assemblée qu'après le procès du roi 5 il a été 
envoyé à l'armée de la Moselle , a provoqué la sup- 
pression du maximum^ est allé à Lyon, a passé au 
conseil des Cinq-Cents, y a présenté un projet sur les 
salines, est sorti en mai 1797? s'est retiré à Versailles, 
où il se livre à des spéculations commerciales. 

Richoux. — Député de PEure , opina pour l'appel 
au peuple. Je suis persuadé, je suis convaincu , dit-il,, 
que la mort de Louis XVI sera la source des plus 
grands malheurs pour ma patrie 5 d'après cette opinion, 
je me regarderais comme indigne du nom de citoyen , 
si je votais pour son supplice j je vote donc pour la 
détention de Louis pendant la guerre , et son bannis- 
sement à la paix. Il se déclara pour le sursis. Il fut 
l'un des 73 députés exclus au 3i mai. Après sa rentrée 
il fit décréter la destruction des monumens qui rappe- 
laient la victoire de la Montagne sur le fédéralisme. 
Envoyé dans les départemens du Haut et Bas-Rhin , 
il y tint l'esprit en direction contre le terrorisme. En 
1797 il se prononça potir le parti de Clichy contre 
le directoire. Avant le 18 fructidor il parla franche- 



( 558 ) 

prient en fa vêtir dos fngiliEs du Bas-R.hin. Compri?; dans 
ia li<;te des proscrits, il en int retiré sur la demande 
de Dumont (du Calvados). Il est sorli du Corps-légis- 
latif en 17(^8. 

Ricord. ^^ Avocat , député du département du Yar , 
vota contre Tappel an peuple, pourla mort de Louis XVI, 
et contre le sursis. Jl fut envoyé en 1794 pj'ès des ar- 
niées d'Italie avec Robespierre jeune 5 leurs principes 
les rendirent bientôt intimes, et ils au,irent de concert 
dans le Midi 5 ils suivirent les armées qui forcèrent les 
Anglais à se retirer, et se trouvèrent à la reprise de 
U ou ion. 

Canibon dénonça, le 2,^ août 1794 > B-lcord , pour 
avoir mis en ré(<uisiiion des huiles destinées pour Gênes, 
li'altercation fut vive 5 on n'en parla plus. Il fut accusé 
d'avoir participé à l'insurrection jacobite du 20 mai 
\r7c^5, li fut décrété d'arrestation et amnistié quelcjue 
tenis après. 

Il se trouva impliqué dans la conjuration de Babœufj 
il (lit tî'aduit avec lui devant la liaute cour à Vendôme. 
L'accusateur pwblic conclut contre lui, mais la cour le 
déchargea de l'accusation, sur la déclaration du jurj. 
Il vit maintenaut dans Pans. 

Eàf.er. -— Jnoe au tribunal d'AUkirch , député du 
flaut-Rhin à la Législature et ensuite à la Convention , 
ne fut point de l'avis de l'appel au peuple, vota la 
Tiiort du Roi, sans sursis. Il a eu plusieurs missions, 
i une h Porentruy pour prendre des renseignemens sur 
la République rauracienne , une autre près l'armée du 
ïvtùn, une troisième en 1794 P^'^s l'armée des Alpes, 
ime (quatrième près des troupes chargées de débarquer 
exi Corse. L)evenu membre du conseil des Cin(}-Cents , 
il en est sorti en 179B. il a été nommé membre du tri- 
hunal de cassation. Il est mort. 

Rivnud. — Député de la Hauîc-Vienne , dit : <c Pour 
le salut de ma patrie, pour le désespoir de ceux qui 
V(,>iidraieut succéder au monarque, s'il était ttié, je 



» 



( 559 ) 

vote pour la réclusion. 3> 11 fut l'un des soixante- 
treize députés exclus au 3i mai 5 après la chute de la 
Montaigne il revint, fut envoyé en 1795 à l'armée de 
llliin et Moselle , félicita la Convention d'avoir 
fraj)pé les Jacobins insurgés contre elle. Son nom se 
trouva compromis dans la correspondance deLeniaître. 
Il passa au conseil des Cinq-Cents 5 il fut réélu eii 
1798 par l'Assemblée électorale de Paris , séante à 
l'Institut. Il donna sa démission. Le Directoire Ren- 
voya conuneson connnissaire civil en Italie 5 en arrivant 
à Milan il détruisit tontce qneFonclié avait fait. Après 
le 19 juin 1799 les dénonciations tombèrent sur lui. 
Il était accusé d'avoir désarmé les patriotes pour les 
livrer plus facilement à l'Autiiche, d^avoir refusé les 
secours qui lui étaient offerts poin* repousser les troupes 
impériales , etc. Il vit retiré des affaires publiques depuis 
huit ans. 

Rivery. — Négociant à Saint- Valéry , fut nommé par 
le département de la Seine à la Législature et ensuite 
à la Convention, vota l'appel au peuple, la détention 
et le fciusisj fut l'un des soixante-treize députés pros- 
crits au 3i mai. Le sort le nomma, après sa rentrée, l'un 
des vingt -un commissaires chargés d'examiner la con- 
duite de Carrier. Devenu membre du conseil des Cinq- 
Cents, il en sortit en mai 1797^ devint administrateur 
de son département, fut réélu en 1798 pour deux ans. 

Rivière. — Député suppléant de la Corrèze, n'a siégé 
il la Convention (pj'après le procès du Roi. Le 14 jan- 
vier 1794 il a f^it envoyer au tribtmal révolutionnaire 
de Paris Moreau , entrepreneur de charrois , et Flobert, 
artiste vétérinaire, qui ont été condamnés à mort. 
Depuis ce tems nous n'avons plus entendu parler de lui. 

R^oherjot, — Curé de Màcon , sa ville natale , fut 
nonnné au commencement de la révolution président 
de son département. Il se maria. Député suppléant à 
la Convention nationale parle département de Saone- 
^t-Loire, il ne prit séance qu'après le procès du lloi. 



( 3Go ) 

11 organisa en 1795 les autorités constituées dans la 
Belgique, fit cl«s rapports tendans à prouver que la 
France devait pousser ses frontières jusqu'au Jlhin, 
Il sortit du conseil des Cinq-Cents en 1797 > fut nommé 
Ministre de la République à Hambourg, ensuite am- 
bassadeur près la République batave , et enfin Ministre 
plénipotentiaire au congrès de Rastadt : revenant avec 
Jean Debry et Bonnier , il fut assassiné le 28 avril 1799^ 
( Voir article Dehry, ) 

Robert. — Epicier à Paris, fut jugé digne parles élec- 
teurs du département de la Seine de donner des lois à son 
pays. Il commença par crier contre le Roi, il refusa 
l'appel nominal. On l'entendit s'écrier : ce Je con- 
damne le tyran à la mort, et en prononçant cet arrêt 
il ne me reste qu'un regret , c'est que ma compétence 
ne s'étende pas sur tous les tyrans, pour les condam- 
ner tous à la même peine. » Point de sursis. Il réfuta 
le système de l'inviolabilité, demanda que la tête de 
Louis XVI tombât , et que la peine de mort fût abolie. 
Il dénonça la composition des bureaux du ministre de 
la justice, relativement à l'incendie qui s'y manifesta 5 
il désigna nominativement Le Pioux , l'un des em- 
ployés, comme mauvais citoyen. Il annonça le pillage 
de sa maison et de huit tonneaux de rhum qui étaient 
dans ses magasins d'épicerie: ce fut à l'occasion do ce 
rhum, que sa section le dénonça comme accapareur. 
Il fut envoyé à Liège et bientôt rappelé de ce pays 
comme entravant la marche de l'administration de 
la Belgique 5 il se plaignit des exécutions militaires 
autorisées dans le Brabant. Après la session il n'a 
point exercé de fonctions publiques. On le croit mort» 

Robert. — Député des Ardennes, vota la mort sans 
sursis ni restriction , et après la session est rentré dans 
l'obscurité. 

Robespierre {^aîné. ) — îsé à Arras d'un père avocat 
an conseil supérieur d'Artois, jeune homme très-dis- 
sipé , obligé de quitter la France , établit une école de 



( 36. ) 

fiançAis a Cologne , passa en Angleterre , de là eii Amé- 
ritjiie. 

Orphelin À neuf ans, il intéressa M. de Conzié, 
évéqne d'Arras , qui l'envoya au collège de Louis-le- 
Grand, où il lui avait obtenu une bourse. L'abbé Proyart 
son principal, fut le dispensateur des secours que lui 
continuait l'évêque d'Arras , et il fut nourri à la table 
de l'abbé Aymé , chanoine de Paris , qu'il a persécuté 
pendant la révolution. M. Hérivaux, un de ses pro- 
fesseurs ^ contribua beaucoup à développer dans son 
ame l'amour du républicanisme. Le tiers-état de la 
province d'Arras le nomma aux Etats-généraux. 

C'est lui qui, le 24 ^oût 1789, demanda la liberté 
de la presse. En 1790 il acquit une grande célébrité 
dans les clubs. Il ne cessa de déclamer contre le Roi 
et de se créer un parti populaire. Le jour de la clôture 
de l'Assemblée , le peuple le prit au sortir de la salle y 
lui mit une couronne de cliêne sur la tête, le plaça 
dans un carosse , détela les chevaux, et le traîna jusque 
cliez lui, en criant : ce Voilà l'ami du peuple, le grand 
défenseur de la liberté. » En juin 1791 il fut nommé 
accusateur public près le tiibunal criminel de Paris. 
Le i3 avril 1792 il donna sa démission pour se rendre 
plus facilement maître et directeur du club des Jaco- 
bins. Il embrassa et coiffa d'un bonnet rouge Dumou- 
riez , qui venait d'être nommé Ministre de la guerre. 
Il prit part, mais de loin, aux journées des ao juin 
et 10 août. Ce jour il se fit membre de la municipalité 
de Paris. 

11 présida le tribunal chargé de juger les victimes 
signalées dans celte journée désastreuse , et Danton 
se l'adjoignit au ministère de la justice. 

Les électeurs de Paris le députèrent à la Convention. 
Rebecqui et les Girondins le dénoncèrent dès la cin- 
quième séance comme visant à la dictature. Le 5 no- 
vembre il forma son parti, tonna contre ses dénon- 
ciateurs, parla contre Louvet et fut le même soir jouir 
de son triomphe aux Jacobins, où Merlin (de Thion- 
ville) lui assura qu'ils était un aigle, et Barbaroux un 
reptile. 



k 



( 562 ) 

Il manquait à son ambition de se placer sur le trône. 
Il prémédita de faire tuer Louis XVI. ce Jugeons sans 
délai le dernier tyran de la France, disait-il le 3o no- 
veiubre, et appliquons lui la peine due à ses forfaits. 
Il ne s'agit pas de juger Louis XVI, ajoutait-il dans 
la séance du 2 décembre, mais il s^agit d'un acte de 
providence à exercer, eu déclarant ce prince traître à la 
nation française, à l'humanité, et eu le condamnant, 
de donner un grand exemple au monde, dans le lieu 
même où les martyrs de la liberté avaient péri. Le 4 
il proposa de condamner sur-le-champ Louis à la 
mort , en vertu d'une insurrection. Il vota la mort 
< omme bien on pense. Le 10 avril il demanda cpie la 
îleine, la famille royale et les Girondins fussent en- 
voyés en masse au tribunal révolutionnaire. 

11 profita des journées des 20 mai et 2 juin , faites 
par les Dantonistes et la municipalité de Paris, pour 
fonder sa toute - puissance. Il prit la direction du 
comité de salut ou plutôt d'assassinat public. Alors , 
<e monstre voulait réduire la France à cinq millions , 
d'après la révélation du secret de Guffroy. Robespierre 
faisait rendre des lois qui promenaient le fer sur toutes 
les létes et faisaient de nos belles villes de tristes 
déserts. Un tigre ne domine que par la terreur qu'il 
liibpire. Tout s'use dans ce bas monde j mi tigra plus 
féroce dévore le plus ancien , ou bien un homme de 
courage l'abat d'une main hardie au milieu de ses 
fureurs. Les Hébertistes voulurent attaquer les Robes- 
pierristes. Robespierre s'environna des Jacobins et des 
Cordeliers , en promettant la loi agraire, le pillage 
des marchandises , et du sang à boire. Il existe maî- 
iieureusement dans les sociétés des individus qui pensent 
qu'avec des moyens contre nature, on peut maîtriser 
long tenis les hommes de bien et étouffer la voix de 
j.i justice. Robespierre offrait tout ce que peuvent dé- 
Mrer des cannibales. Danton , pour teirir sa puissance 
kw équilibje avec celle de son farouche ennenu , ne 
])Ouvait pas promettre plus, mais promettait autant. 
(.es à^w^ chefs de factieux luttèrent quelque tems, 
liobespiene savait que Danton était un fier Rapinatj^ 



( S6S ) 

il renvoya dans la Belgique pour voler à son aise.' 
Danton saisit avec impatience cette occasion pour s'en- 
licliir des dépouilles de ce riche pays 5 il partit. Les 
Coidelieis sont envoyés et disséminés dans des pro- 
vinces où ils peuvent accumuler vols sur vols, richesses 
sur richesses. Robespierre resta maître du gouverne- 
ment. En une semaine Danton accusé de rapines et 
de contre - révolution , est arrêté , et envoyé à 
Péchafaud avec Desmoulins, de la Croix, Fabre d'E- 
glantme^ etc. Les Cordeliers, pillards et assassins, 
sont accusés d'athéisme, ils périssent sur l'échafaud. 
Yoilà Robespierre vraiment dictateur. Il fait marcher, 
à son gré, sa machine à décrets. Il chercha à séduire 
le vulgaire en faisant des discours sur l'immortalité 
de Panie et l'existence de Dieu. Il affecta de vouloir 
faire restituer aux proconsuls leurs brigandages et de 
les faire punir comme assassins. Il faisait préparer par 
Saint-Just , son premier ministre , un plan d'extermi- 
nation quand le 10 juin Ruamps et Bourdon (de 

l'Oise) essayèrent d'attaquer la marche du comité de 
Salut-public. Il fut soutenu par Barrère et Billaud. Il 
ajourna l'exécution de ses projets nationicides , malgré 
l'avis de Saint-Just , à un lems plus reculé 5 mais il avait 
montré ses griffes, et cinq des députés qui craignaient 
d'être arrachés et mis en pièces^ se joignirent aux 
modérés. 

Le 26 juillet 1794 il reparut à la tribune, y vanta 
sa vertu, tâcha de se concilier le Marais, en disant 
qu'il s'était opposé à la mise en accusation des soixante- 
treize députés. Il déclama contre les membres des co- 
mités. Bourdon renouvela son attaque, en demandant 
le 1 envoi de son discours, préparé avec art, à l'examen 
des comités, avant de le livrer à l'impression, sous le 
prétexte qu'il pouvait s'y être glissé des erreurs. Vadier, 
Cambon , Billaud, Panis, Bentabolle, Charlier , Amar, 
Thirion et Bréard, dont les noms étaient écrits sur ses 
tablettes de proscription , parlèrent contre le tyran avec 
encore certains ménagemens qu'observent des gens 
dont la conscience n'est pas sans de grands reproches. 
Barrère parla , mais ne dit rien. Dans la nuit du 26 



L 



(364) 

au 27 } Robespierre qui reconnut avoir fait une faute 
grave, rassembla ses conseillers. Saint- Jnst lui dit : 
<c Frappons , et de suite, jî II répondit : ce Réfléchissons 
et ajournons à vingt-quatre heures. >5 Eu vain le len- 
demain Saint- Just voulut-il parler, sa voix se trouva 
étouffée. Tallien engagea le combat, Billaud-Varennes 
marcha. Robespierre se sauva à la tribune. Un chorus 
bien renforcé, cria, à bas le tyran *^ c'était alors à qui 
prendrait la parole. Robespierre menaça la Convention, 
dit fièrement à Tallien qui voulait ramener la discus- 
sion à son véritable point, ye saurai bien l*y ramener. 
Des cris de rage partent de toutes parts contre Robes- 
pierre : la Montagne se dissout, le décret d'arrestation 
est porté contre ce chef de cannibales , son frère , 
Saint-Just, Couthon , Lebas. Les brigands triomphent, 
dit Robespierre , mais!!! Dans la nuit, le comité de 
sûreté générale fut attaqué , Robespierre et ses com- 
plices furent arrachés du Luxembourg , conduits et 
reçus à la Commune , où Henriot, commandant de la 
garde nationale, Fleuriot , maire, Payen , l'Agent : 
et le reste de leurs amis, jurèrent de les défendre. Ils 
se déclarèrent en insurrection contre la Convention. 

Robespierre se crut certain du triomphe; il écrivait 
à Couthon, qui ne se trouvait pas alors près de lui, 
ce Tous les patriotes sont proscrits , le peuple entier 
est levé , ce serait le trahir que de ne pas te rendre à la 
maison commune où nous sommes. y> 

Le parti s'amusa à discourir, la Convention crut 
devoir agir. Les Parisiens étaient indécis entre les deux 
factions. L'Assemblée met hors la loi Robespierre et 
ses co-accusés.Barraset onze commissaires sontchargés 
de diriger la force armée contre la commune. La partie 
des troupes rangées sous le commandement de Henriot, 
l'abandonne; à trois heures du matin, l'hôtel-de-ville 
et tous les monstres qu'il renfermait , sont au pouvoir 
des conventionnels. On se jette sur Robespierre , il 
essaye de se tuer d'un coup de pistolet , il se fracasse 
seulement la mâchoire inférieure ; il est conduit dans 
les couloirs de la salle des séances , enfermé à la con- 
ciergerie et exécuté le même jour , 28 juillet i794* ^ 



( 365 ) 

a habité les cachots occupés par Hébert, Danton et 
Chanmette*, il a été conduit dans une' charrette entre 
Henriot et Couthou. Le bourreau , pour Texécuter , lui 
arracha brusquement l'appareil rais sur sa blessure. Il 
jeta un cri horrible, sa mâchoire inférieure se sépara 
de la supérieure , le sang jaillit, et sa tête offrit un 
spectacle monstrueux. Il n'avait que trente-cinq ans. 

Robespierre ( jeune ). — Frère du précédent , élevé 
au collège de Louis-le-Grand, à la faveur d'une bourse 
que lui avait accordée l'abbaye de Saint-Vast. Il fut, 
au commencement de la révolution , procureur de la 
commune d'Arias, et élu à la Convention par les élec- 
teurs du dé[ artement de Paris , qui ne le connoissaient 
pas 5 il était , aux Jacobins , l'un de ces aboyeurs fé- 
roces qui ne parlaient que de mettre à mort la famill» 
royale^ tous leurs vieux serviteurs et enfin les hommes 
à culottes et les femmes à belles robes. Il vota la 
mort du roi dans les vingt-quatre heures. Il fit arrêter 
Laclos et Bonne-Carrère , comme agens des Girondins 
et des Dumouriez. Il alla en mission avec Fréron y 
Barras , etc. , dans le raidi 5 il fit tout le mal possible: 
revenu à Paris , il trouva que Lebon était patriote et 
n'était pas coupable. Cette opinion le brouilla un 
instant avec son frère, qui déj»à avait conçu le projet 
d'accuser les proconsuls sanguinaires pour fonder une 
espèce de gouvernement de demi-justice , afin d'arriver 
plus facilement à la dictature 5 mais bientôt les deux 
frères se réconcilièrent. Enfin le 9 thermidor, Robes- 
pierre jeune, voyant son frère inis en accusation, 
demanda à partager son sort : sa demande fut octroyée j 
il est arrêté 5 il se réunit à l'hôtel-de-ville avec les cons- 
pirateurs. Au moment où la force armée parvint à 
eux pour les arrêter , il s'élança et se jeta par une fe- 
nêtre sur la place de Grève 5 il se cassa une jambe. On 
le traîna le lendemain à l'échafaud , comme ayant été 
mis hors la loi. Il avait trente ans. 

Robin, — Cultivateur, député de l'Aube à la Lé- 



( 566 ) 

gislatnre et ensuite à la Convention , ne fut pas 
fie l'avis de l'appel an peuple. Il dit : ce Convaincu qu»*. 
Louis ne peut être jiigé que par la Convention, je vote 
pour la moit. 5> Il opina contre le sursis. Il fut envoyé 
dans les départemens de l'Yonne et de Saône-et-Loire, 
afin d'approvisionner Pavis. Après la session il fut 
nornmé aux Cinq-Cents par la Guyenne 5 il donna sa 
aémission avant qu'on annullât cette élection. Les 
ensuis le nommèrent juge au tribunal de Saint- 
Aniand. 

Rocfieguae. — Tièputé du départementdn Tarri, vota 
l'appel au peuple, la détention , le bannissement et le 
siusis. Devenu membre du Conseil des Cinq-Cints , il 
en est sorti en 17^8. 

Homme, -^ Cultivateur , puis professeur de mathé- 
matiques, né à Riom et député par le département du 
Puy-de-Dôme à la Législature et ensuite à la Conven- 
tion, vota contre Pappel au peuple. ccCe n'est que comme 
représentant du peuple , dit-il ensuite, que je prononce 
aujourd'hui : Le peuple ne peut jngei' Louis 5 il en 
aurait le droit 5 la Convention nationale , au contraire, 
le peut et le doit 5 et c'est comme membre de la Con- 
vention que je viens remplir ce devoir. Si je votais 
comme citoyen, l'humanité et la philosophie rrie fe- 
raient répugner à prononcer la mort 5 mais comme 
3-eprésentâ.nt de la nation , je dois puiser mon sufhagé 
dans la loi même 5 elle punit tous les coupables sans 
distinction, et je ne vois plus dans Louis qu'un gjand 
coupable. Je demande qu'il soit condamné à mort. Celte 
peine est la seule qui puisse expier ses crimes. Il se 
déclara contre le sursis. 

Mercier, dans son Nouveau Parh^ l'a appelé le Mulet 
d'Auvergne. Homme a fait décréter la suppression dé 
la maison de Saint-Cyr. Il a été enfermé avec Prieur, 
dans le château de Caen , comme otage, par les fédé- 
ralistes. Il a présenté le nouveau calendrier (à la place 
du calendrier romain), a accusé l'Ecole normale dé 
charlatanisme ^ en a provoqué la destitution. Il garda 



( 5G7 ) 

le silence dans la lutte <Ie thermidor. Il ne put s'eniJ 
pécher de dire , dans l'afFaire de Carrier, que son juge- 
ment n'était c|n'nne réaction dont le système allait se 
consoUder. Il chercha à pallier ses crimes. Bautlin et 
Pierrot Taccusèrent d'avoir contrarié les vues de la 
commission dont il était membre. Il se montra Pnn 
des chefs les plus ardens des Jacobins qui attaquèrent 
la Convention au 20 mai 17955 il demanda le retour 
au régime de la terreur. Il fut décrété d'arrestation 
dans la séance de ce jour, et le lendemain d'accusa-^ 
lion. Le 18 juin un conseil militaire l'a condamné à 
mort. 

A l'instant de la lecture du jugement il se poignarda. 
On le crut mort. On ne le conduisit donc pas à l'écha- 
faud. On a fait courir le bruit que ses amis l'avaient 
rendu à la vie, par mille soins *, que de là il s'était 
échappé en Russie où il a fait l'éducation du jeune 
Strogonoff. Nous pensons que cette histoire n'a que le 
mérite de l'invention. 

iloz/a////.-'— -Député du Morbihan, s'opposa à l'appel 
au peuple, ce Nous sommes ici, dit-il, pour le salut 
public. C'est le salut public qui doit guider notre dé^ 
termination 5 le salut public est-^il donc la mort du 
tyran? Il est grandenjent coupable sans doute 5 une 
mort n'expierait pas ses forfaits 5 mais je ne crois pas que 
l'intérêt de la patrie exige cette mort. Je vote pour la 
réclusion. 5-) 11 fut de l'avis du sursis. 

Il a été l'un àen soixante treize députés exclus a a 
3i mai. Rentré dans la Convention , il devint membre^ 
du conseil des Cinq-Cents, en sortit en mai 1797. Il 
a été nommé et est toujours président du tribunal civii 
de Ploermel. 

Roiihaud. — Député du Var, ne fut pas de l'avis de 
l'appel au peuple : ce Je crois fjue la Convention natio- 
nale;, dit-il , est le centre , le chaos des pouvoirs , qu'tdl^ 
peut faire sortir de son sein le pouvoir judiciaire, léf»!-- 
îatif, révolutionnaire, etc. Vous voulez, méconnaiv- 
èant vous-mêmes votre autorité, vous borner à bannir 



C 368 ) 

îe ci-devant Roi 5 mais ne vous a-t-il pas déjà prouvé 
qu'il ne désirait pas mieux que de s'évader et d'ailer 
joindre ses collaborateurs de contre-révolution? A peine 
Pauriez-vous renvoyé à vos ennemis, qu'ils le feraient 
généralissime de leurs armées. Je vote pour la mort. 3> 
Il écarta le sursis. 

Rougemont. — Député du Mont-Blanc, n'entra à la 
Convention qu'après le procès du lloi. Il n'est plus 
français. 

Rousseau. — Député suppléant de Paris. Il n'arriva 
à la Convention qu'après le procès du lloi. Il s'opposa 
à la mise en liberté de Rossignol et d'Aubigny. Il passa 
au conseil ^qs Anciens, s occupa des finances, fut 
nommé commissaire pour surveiller la comptabilité , 
parla en faveur de la résolution contre les nobles et 
ennoblis , fut réélu par l'Assemblée électorale de Paris, 
séante à l'Institut. Il publia une lettre pour prouver 
l'intelligence qui existait entre les émigrés à Coblentz, 
et le tribunal révolutionnaire de Paris 5 idée folle! Il 
fut partisan de la révolution du 18 brumaire , devint 
comte , sénateur. Il est mort. 

Roussel. — Député de la Meuse, ce Yous avez décrété, 
dit-il , que l'appel au peuple n'aïuait pas lieu , ce n'était 
pas mon avis j mais je m'y soumets. Dans le premier 
cas il y avait plus de prudence; dans le second il y 
a plus de courage en apparence. Avant de prononcer 
sur le sort de Louis ^ je me suis fait cette question : 
Sa mort est-elle utile à la République? Sa vie est- elle 
dangereuse? Louis n'a aucun moyen physique ni moral. 
Les aristocrates même le méprisent. Loin donc qu'il 
V ait du danger à le laisser vivre , c'est une mesure 
utile aux yeux de la saine politique. Je vote pour la 
détention. y> Il estima qu'il y avait lieu à surseoir. 

Roux, — Député suppléant de l'Aveyron , ne prit 
séance à la Convention qu^après la mort du Roi. Il fut 
un des commissaires chargés d'examiner la coiiduite 



( 569 ) 

Je Joseph Lebon. Il sortit du conseil en 1798, et fut 
nommé substitut du commissaire près le tiibunal de 
cassation. 

Roux. — Prêtre , député de la Haute-Marne. Après 
avoir rejeté l'appel au peuple , il s'exprima ainsi : 
<c Un tyran disait qu'il voudrait que le peuple romain 
n'eiit qu'une tête pour l'abattre d'un seul coup. Louis 
Capet a , autant qu'il était en lui , exécuté cet atroce 
désir. Je vote pour la mort. Vengeur de deux peuples 
libres, je n'ai qu'un regret à former , c'est que le même 
coup ne puisse frapper les têtes de tous les tyrans, w 
îl ne fut pas d'avis du sursis* On le vit défendre le 
comité de Saint-public, et déclamer sans cesse contre 
la religion dans le département des Ardennes, et à 
Sedan sur-tout. Il fit destituer «t arrêter Lecoutleux- 
Lanoraye , et deux autres administrateurs du dépar- 
tement de l'Oise , sous le prétexte qu'ils s'opposaient 
aux réquisitions des grains. 

Roux avait dépit de ce que Massien s'était plaint 
de ce qu'il entravait ses opérations. Une fois membre 
du comité de Salut-public , il fit décréter celui-ci d'ar- 
restation après le 20 mars 179.5, et fit conduire ses 
partisans au tribunal révolutionnaire , qui les con- 
damna à mort. Bientôt il se réunit aux anciens Mon- 
tagnards , disant que les sectionnaires de Paris voulaient 
outre-passer les limites placées par les thermidoriens. 
Il passa au conseil des Cinq-Cents et s'attacha au char 
directorial*, il en sortit en 1797, et se fit employer au 
ministère de l'intérieur en qualité de sous-chef. Après 
la destitution de Quinette , il passa à la commissioBL 
des émigrés; de là aux archives du ministère de la. 
police , d'où il fut renvoyé après la démisi>ion de Fou- 
ché. Il végète dans Paris. 

Roux-Fazillac. — Habitant d'Exideuil, chevalier de 
Saint-Louis, fut député du département de la Dor- 
dogne à la Législature et ensuite à la Convention. 
Il écarta Tappel an peuple; dit que le code pénal pro- 
nonçait la peiue de mort contre les conspirateurs, et 

3^ 



( 370 ) 
qiril la prononçait contre Louis. Il ne fut pas de 
l'avis (lu sursis. Il a été envoyé dans les places fortes 
du Nord 5 a tonné contre les (/irondins. Après la 
session il a été nonnné Pun des administrateurs de 
son département, et destitué aux approches des élec- 
tions de 1798. Pendant le ministère de Quinette, il a 
été Pun des chefs de ses divisions. Il est maintenant 
retiré à Périgueux. 

Rouyer. — Maire de Beziers, et député de PHérault 
à l'Assemblée législative et à la Convention 5 il a dé- 
noncé beaucoup de ministres , et a tenu place à la 
Montagne. Le i®*", août, il proposa une levée assez 
considérable d'hommes: ce Pour Pinfanterie, disait-il, 
rien n'est plus aisé. Il y a quiitre cent mille gardes 
nationaux non mariés, c'est un quart à faire marcher. 
Pour la cavalerie, il y ii (juatorze cent soixante-dix 
relais de postes , prenez douze mille bidets, ce sont 
liuit bidets par relais. 5> Il a voté la mort du Roi, a été 
envoyé à Lyon et à Toulon. Sa manière tranchante 
déplut à la Montagne 5 il se jeta dans le parti de la 
«Gironde, fut décrété d'arrestation le 2 juin , se sauva. 
Revenu à la Convention, il s'attacha à poursuivre les 
prêtres insermentés. Il proposa, le premier, le décret 
d'accusation contre Barrer e , Collot etBillaud. Membre 
du conseil des Cinq-Cents, il parla contre les émigrés ; 
en 1797 il se plaignit des destitutions arbitraires que 
s« permettait le Directoire. Il ambitionna la place de 
ministre de la marine, dans laquelle il n'avait jamais 
servi , en disant que lui seul pouvait relever l'honneur 
du pavillon français. Ou ne sait où il est. 

Rouzet, — Député de la Haute-Garonne , émit des 
votes qui lui font honneur : 

Louis est-il coupable ? ce Je déclare que mon opinion 
est indivisible 5 en conséquence, demandant l'abolition 
delà royauté et la déclaration de la République, je 
suis d'avis de la réclusion de Louis XVI et des siens , 
jusqu'à ce que la nation ait prononcé définitivement 
sur leur sort, à moins que des circonstances graves 



( ?.7t ) 
jions déoklcnt à prendre , avant cette époc|ne, une 
antre détei tuination. » 

Y a-t-il lieu à V appel au peuple? ce J'ai déclaré qne 
mon opinion était indivisible, je Tai déposée sur le 
bureau, on y trouvera le oui. ):> 

Quelle peine'i ce J'ai déposé hier sur le bureau la 
déclaration que j'ai sii^née, etdans laquelle on trouvera 
que je propose la réclusion à teins, non comme peine, 
i'abolition de la royauté ne me permet pas d'en porter , 
mais comme mesure de sûreté générale 5 j'ajoute que je 
regarde connne une violation l'affrancliissement de 
toutes les lois qu'on s'est une fois impOiiées.5> 

Il fut de l'avis du sursis. 

Il se montra fermement opposé aux montagnards , 
quand ils essayèrent de décimer leurs collègues. Il fui; 
l'un des soixante-treize députés proscrits. Rentré en 
1*794, il se déchaîna contre les terroristes 5 provoqua 
l'ostracisme contre les anciens membres des comités 
de Salut public 5 appuya une dénonciation de la société 
populaire d'Angers contre Hentz et Francastel 5 dé- 
fendit les intérêts des parens des condamnés 5 passa an 
conseil des Cinq-Cents , fit plusieurs rapports sur le 
régime hypothécaire. A.nii des députés clichyens, il se 
retira après leur expuUion^ suivit madame la du- 
chesse d'Orléans en Espagne. Il revint cependant^ et sorti 
du Corps-législatif en 1-798, il retourna en Espagne, 
rejoindre la princesse à laquelle il était attaché. Il vient 
de rentrer en France avec cette vertueuse et infortunée 
épouse. 

Kovère. — Marquis de Fonvielle , officier des gardes 
du pape à Avignon, député à la Convention nationale par 
le département des Bouches- du-Khône. Il avait figuré 
dans tous les partis. Il alla, comme royaliste , au camp 
de Jaîès. Eu 1791 il servit Patrix et Jourdan , à la 
tète des brigands (jui ont commis tant d'horreurs dans 
le comtat Venaissin. Amni'-tié en novembre 1791 , il 
fat député îi la Convention. Il rougit d'être noble. Sa 
noblesse passait pourtant pour suspecte.. Il se dit petit- 
fils de bouchej-, on le crut. Ariivé à la Convention, 

=4* 



il no s'occupa que d'intrigues. Il fit rlécpéter d^arrei* 
tation le général Montesqnioii. Il vota contre l'appel ^ 
poiu'la mort du Roi , et contre le sursis. Proconsiil ave(5 
Basire et Legendre^ à Lyon, ils favorisèrent les anar- 
chistes. Il se fit nommer maréchal de camp. Il se vanta 
d'avoir organisé la journée du Si mai, et d'avoir fait 
guillotiner iVlainviellle et Duprat. Il était souvent 
membre du comité de sûreté générale. <c Mes missions 
dans les départemens, disait-il, ont arrondi ma for- 
tune. 5> Voyant la foudre qui allait écraser Robespierre, 
il en prépara les élémens. Après le p thermidor il vou- 
Lit qu'on comprimât les terroristes, se plaignit des 
atrocités qvie les Jacobins commettaient à Avignon. 
Tallien , Legendre et Louvet l'accusèrent d'être vendu 
à l'étranger. Il a fini par être conduit à Cayenne j où 
il est mort le ii septembre 1798. 

Roy, — Député de Seine-et-Oise , vota contre l'appel 
au peuple, ce Mes commettans, dit-il, ne me donnèrent 
point le pouvoir de juger souverainement, et comme 
législateur je ne puis être qu'accusateur. Louis est 
dii;ne de mort. Je vote pour la mort, mais avec cette 
léserve , que le jugement ne puisse être exécuté qu'a- 
près que le peuple aura ratifié la constitution qui lui 
sera présentée. » Il est sorti du conseil des Anciens 
en 1797? <?t n'a plus reparu. 

Royer, — Député du département de l'x\in. Il était 
curé de Chavannes. Il remplaça aux Etats - généraux 
M. Bruet , curé d'Arbois; il prêta le serment consti- 
tutionnel j se plaignit, dans la séance de l'Assemblée 
constituante du 17 janvier 1791 j que la veille il n'avait 
pu obtenir d'être confessé par un prêtre , parce qu'il 
était y«rewr. Nommé évêque du département de l'Ain , 
il fut député à la Convention 5 il vota l'appel au peuple, 
îa détention et le bannissement h la paix, et le sursis 
h l'exécution. Il signa la protestation contre les mesures 
révolutionnaires 5 il fut mis au nombre des soixante- 
treize députés proscrits par la faction de Robespierre , 
et depuis rappelé dans le sein de la Convention, Entré 



(573) 

an conseil des Cinq-Cents, il rlénonça le nionvement 
royaliste qui ent lieu clans la Haute-Loire 5 il a exercé 
les fonctions d'évêqne constitutionnel tle Paris. 

Riiamps. — Cultivateur, député de la Charente-In- 
férieure à la Législature, et ensuite à la Convenlicjn. 
Il écarta Pappel nominal. « Louis est coupable , dit-il , 
il est convaincu de conspiration. Je le condamne à 
mort. Il a dénoncé Custine : il fut , à son tour, accusé 
d'avoir voidu livrer Landau. Homme sans moyen , il 
ne parlait que de se tuer ou de brûler la cervelle aux 
autres. Quand il vit accuser les anciens membres des 
comités de Salut Public, il s'écria, qu'il valait mieux 
être Charette que député. Il traita André Dumont de 
royaliste et de coquin. Il a été décrété d'arrestation 
comme ayant pris part à l'insurrection jacobile du 
1^"^. avril 1795, ensuite transféré au château deHam, 
et depuis amnistié. 

Ruaidt. — Bénédictin , puis curé d'Yvetot , fut 
nommé à la Convention par le département de la 
Seine-Inférieure 5 il rejeta l'appel au peuple. Il me pa- 
raîtrait bien étrange, dit-il, qu^)n voulût suivre à la 
lettre le code pénal poiu' la condamnation, lorsqu'on 
n'a suivi aucun des articles de la Législation crimi- 
nelle dans les formes de la procédure. Je vote pour la 
réclusion de Louis jusqu'à la paix, auquel lems il sera 
définitivement statué sur son sort. Il fut de l'avis du 
sursis. Il signa la protestation contre le 3i mai, et 
fut proscrit. Rappelé après la chute de Robespierre , il 
passa au conseil des Cinq-Cents, d'où il est sorti en 
1797. Il a été employé dans les droits-réuuis en Hol- 
lande. 

il '/<it'/.-,- Avocat, député du Puy-de-Dôme à laLégis- 
lature et ensuite à la Convention 5 il dit: « Jecrois que 
Pexercice de la souveraineté, dans cette circonstance, 
a])partient au représentant du peuple; que son devoir 
est de prévenir la guerre civile , et je dis non. 5> 

lia ajouté : ce Je n'ai jamais pu concevoir la dis- 



f ^7/1 ) 

tlnction qu'on prétend établir entre cenx qui appliquent 
la loi conjme juges tl'ini fribunal , et ceux qui l'ap- 
pliquent comme représentans du souverain. La loi 
vent que les conspirateurs soient punis de mort 5 je 
TotG pour la mort. 

Eniin il a été d'opinion de rejeter le sursis. Il est 
sorti du conseil en mai 1797' 

Ruelle. — Député d'Indre-et-Loire, fut d'avis qu'il 
n'y avait pas lieu à l'appel au peuple. Je consulte 
la déclaration des droits de l'homme , dil-il ensuite, 
j'ouvre le code pénal , je prononce une peine ter- 
rible , mais nécessaire , la peine de mort 5 n)ais je 
suis de l'avis de la restriction faite par Mailhe , et je 
désire que l'Assemblée examine dans sa sagesse si elle 
ne doit pas suspendre l'exécution du jugement. 11 se 
prononça cependant contre le sursis. 

Il a été envoyé dans la Vendée, où il a travaillé à 
négocier la suspension d'armes entre les républicains 
et les royalistes. Devenu meuibre du conseil des Cinq- 
Cents , il en est sorti en 1797. Dès 1800 il a été 
nommé sous-préfet à Cliinon. 

Ruhl. — Administrateur du département du Bas- 
Rliin , et député, d'abord à la Législatine, ensuite à 
la Convention , ne se trouva point aux appels nomi- 
naux lors du procès du roi, attendu qu'il élait en nus- 
sion dans le département de la Moselle. Jacobin for- 
cené, ir attaqua le roi, les ministres et toutes les ins- 
titutions, royales. C'est lui qui, à son passage dans 
Reims , brisa publiquement la bouteille de la Sainte 
Ampoule , destinée au sacre des rois , et en envoya les 
débris à l'Assemblée. Il se mit à la tête de l'insurrec- 
tion jacobine, du 20 mai 1795, fut décrété d'arrestation 
le même jour, d'accusation le ^3 5 et s'attendant à êtie 
condamné par tni conseil militaire, il se donna le 
coup de la moit , le 2f^. 



(575) 



^^»^-^ <*'*^'\ iv^ */*<**•«.*/>*><•%. ^«v %.%.» ■w%.>i ^*/*<>'V^*.>i ■%%*•* ^•fc*^^-»'V* ■^'*'^'* •*'^*^ ^'^^^'^ 



Sainû'Just, — ISié à BléranCourt près Noyon j \eunfr 
homme de grande espérance; il fit de mauvaises con- 
naissances: son esprit , en rapport avec des gens im- 
moraux et des révolutionnaires sanguinaires , prit une 
mauvaise couleur. Le premier pas dans le crime nous 
conduit à l'écliafaud. Arrivé à la Convention , où l'en- 
voya le département de l^Aisne , il vit dans les Giron- . 
dins des hommes à talent^ et dont la réputation était \ 
au-dessus de ses connaissances et de sa célébrité lo- • 
cale. Il remarqua dans la Montagne des hommes sans 
morale j hardis dans leurs fureurs et médiocres en droit 
public. Il se lia bientôt avec les directeurs de cette 
bande assassine. Il s'en fit le Proxénète et le bouclier. 
Robespierre le regarda comme ayant la tête saupoudrée 
de ces matières faciles à enflammer et à jeter le feu 
partout *, il se l'attacha : il crut devoir en faire son élève, 
son soldatj et lui promettre une place ministérielle dans 
son gouvernement. Que de motifs pour faire agir une 
tête chaude , une ambition démesurée ! Il l'essaya aux 
Jacobins 5 l'épreuve \\n parut d'un bon augrue. Il le 
jeta à la trdjune de la Convention j dans une affaire 
extrêmement délicate, dans le procès de Louis XVI. 

Saint- Just prononça , le i3 novembre 1792 , \n\ 
discours violent où il chercha à prouver que la nature 
ne reconnaissait point de i#yslème d'inviolabilité dans 
les hommes. Il regarda comme une chimère le droit 
de séciété. Il attribua au roi tous les crimes que peut 
inventer l'imagination la plus déréglée; et partant de 
cette supposition dont il ne fit qu'indirectement l'ap- 
plication à Louis XVI , il frappa et la royatrtc et le roi : 
il paraphrasa la doctrine de l'abbé Grégoire , et mit 
le feu à tous les trônes. 

Point d'appel au peuple. Puisque Louis XVI, dit-il, 



( 376 ) 

fui reniieml du peuple , Ae sa liberté et de son bonheur,' 
je conclus à la inoi t , sans sursis. 

Il présentaensuite un projet de constitution démocrati- 
que, par lequelle peuple avaitle droit de tuer les hommes 
qui ne lui plaisaient pas 5 la loi agraire était le meilleur 
de tous les fondemens des éfcits. C'est avec ces maximes 
destructives de tout ordre social , que Saint-Just mérita 
VÂonneur d'être membre du comité de Salut-Public. 

Le 28 juillet 1793, il parla long-temps contre les 
Girondins , à qui il imputa tous les maux qui pesaient 
sur le peuple. Le lâche promenait une torche ardente 
sur la tombe de ses victimes. Oui , les Girondins ont 
expié le crime d'avoir sacrifié le lloi à leur fiueur 
démagogique , et d'avoir ouvert Tabîme des calamités 
publiques. Mais les montagnards n'étaient-ils pas plus 
féroces encore ? n'est-ce pas de leur foyer toujours 
urdent que sont sorties , piincipalement , les étincelles, 
qui ont brûlé la France? Qui a pris la défense de 
•d'Aubigny ? C'est Saint-Just. Qui a fait déclarer que 
le gouvernement révolutionnaire (Eh ! Dieu sait quel 
était ce gouvernement! ) durerait jusqu'à la paix , et 
que les administrateurs et les fonctionnaires publics se- 
raient sous la surveillance du comité de salut public ? 
C'est Saint-Aist. Qui a continué , dans l'Alsace j de 
concert avec Lebas , les proscriptions commencées par 
Milhaud? qui a ordonné que la guillotine resterait eu 
permanence sur la place de Strasbourg j tandis que de 
petites guillotines raseraient les campagnes? Qui a 
envoyé à Fouquier - Tainville les administrateurs du 
département de la Meurthe ? C'est Saint-Just. 

Il revient à Paris : Robespierre , Couthon et Saint- 
Just forment cet infâme trii^nvirat , dont Rome, dans 
ses fureurs , ne donna pas même le modèle. 

Il fallait être bien audacieux pour dire que sous 
Louis XYI , les prisons , les échafauds consom- 
maient la moitié plus de victimes que depuis le régime 
Je lit terreur. Les états font celte différence , à la honte 
de Saint-Just, que le règne de Louis XYI n'a pas vu 
périr un innocent, et enfermer cinq innocens , tandis 
que le règne de la terreur a détenu dans les prisons 



( 577 ) 
trois millions deux cent quarante-trois mille cinq cent 
viiigt-deiix personnes, et en a fait égorger par la gnil- 
lotine , le fer et le feu , deux millions huit cent 
trente quatre mille cinq cent dix (seulen^ent jusqu'ai 
i*^*^ mai ly^^ ). 

Il avait un but, c'était d'investir la chambre ardente 
de la Convention, que l'on a appelée depuis comité d'as- 
sassinat public , de nouveaux pouvoirs pour prononcer 
la. liberté des patriotes détenus, faire arrête»* les enne- 
mis de la Républi^jue pour être déportés à la paix , et 
séquestrer leurs biens. Peut-on lire son rapport contre 
J)anton et ses consorts, sans être indigné de la har- 
diesse avec laquelle ce fougueux jeune homme se snvait 
de la même arme pour frapper tous les partis ? 

Saint-Just était irritable , irascible. Robespierre avait 
eu l'adresse de faire insérer dans le Vieux Cordelier par 
Camille-Desmoulins , que Saint-Just porterait sa tête 
sur Péchafaud comme un Saint- Sacrement, parce qu'il 
avait pour arrière - pensée de faire guillotiner Saint- 
Just, quand il n'aurait plus besoin de son servage. Il 
fit faire cette remarque à son illuminé, en disant que 
Danton et Desmoulins conspiraient. Aussitôt notre 
imberbe jura qu'il ferait porter à Camille sa tête d'une 
autre façon. Saint-Just monte son imagination, prend 
sa plume, met en travailla forge des conspirations, 
prend un fer rouge, et le lance sur Desmoulins, qui 
crie «Je brûle, 3) et en un clin-d'œil il est arrêté t Dan- 
ton qui le plaint est arrêté 5 tous les indiqués de Robes- 
pierre sont arrêtés, ils ne cessent de brûler que quand 
par ordre du comité de Salut Public le tribunal révo- 
lutionnaire les envoie à la guillotine. 

Vint cette loi de grande police. Alors les comités ré- 
volutionnaires pour fournir des sujets aux commissions 
militaires , aux tribunaux révolutionna,ires 5 les dépor- 
tations, les exils, font émîgrer les hommes de bien. 
Tant mieux, dit Saint-Just, tandis que Barrère fera 
battre monnaie sur la place, nous confisquerons les 
biens, nous enrichirons nous et les nôtres. 3> 

Envoyé à Parmée du Nord , il s'amusait à faire fu- 
siller cinquante officiers chaque jour, sous prétexte 



<riîKsn})ordination. Revenu h l'Assenil^lée , il fît un ta- 
l)leau des sommes employées pour acheter ralliaDce 
on la neutralité de quelques états. La cour de Cons- 
tantinople seule avait coûté eu diamans ou eu numé- 
raire soixante-dix millions. 

Saint- Just s'aperçut que le rouage de sa machine 
]>oliti(juc s'usait j il dit à son grand maîtie : Frappez 
de suite, ou tout est perdn, » Robespierre temporisa.- 
(Voir art. Robespierre,^ L'un et l'autre succombèrent. 
Cependant il n'hésita pas à monter à la tribune le 
8 thermidor, et à dire : <c Dût cette tribune devenir 
pour moi la joche Tarpéïenne, je n'en dirai pas moins 
mon opinion. y> Il ne put parler. Les Bourdon, etc., 
qui savaient aussi qu'en révolution le plus audacieux 
triomphe toujours, firent mettre hors la loi les membres 
qu'ils encensaient naguères comme leur idole. Saint- 
Just, âgé de vingt-six ans, arrêté à THôtel-de-YiHe, 
est traîné à l'échafand. Il est cahne^ froid 5 la scéléra- 
tesse peinte sur sa figure, il nargue le peuple qui l'ac- 
cable d'invectives: il a donné et reçu la mort sans 
prouver ([u'il était homme, c'est-à-dire qu'il avait le 
sentiment de l'humanité. Il a été exécuté le 28 juil- 
let 1796. 

Saint-Martin. — Ancien avocat, député de la séné- 
chaussée d'Annonay aux Etats-généraux , dénonça , 
le 21 mars , le parlement de Toulouse , comme ne 
voulant pas enregistrer les décrets favorables à la cause 
de la liberté 5 signala les chefs du camp de Jalès. 

Elu à la Convention par le département de l'Ardèche, 
il vota comme Boissy-d'Anglas. Proscrit d'abord avec 
les Girondins , il échappa à la vengeance des Monta- 
gnards. Il accusa, le i^'". avril 1795, Pinet, son col- 
lègue, d'avoir été le bourreau de l'Ardèche , et d'y avoir 
fait des horreurs 5 il a parlé pour la restitution des 
biens en faveiu' des héiitiers des condamnés. Il a 
voulu qu'on assimilât aux mditaires des armées les 
citoyens blessés au i3 vendémiaire en défendant la 
Convention. Il a été juge à la cour de cassation. Réélu 
au conseil des Cinq-Cents, il en est sorti en i8o4' 



( 5-9 ) 

Saint-Martin-Valogne, — Député de l'Avfiyron à Iii 
Convention nationale , vota pour l'appel au peuple, la 
détention du Roi et son biinnisscment à la paix, et le 
sursis. Resté membre du conseil des Cinq-Cents, il en 
est sorti en 1797. 

Saint-Prix, — Député a la Convention nationale par 
le département de l'Ardèclie, a voté pour l'appel au 
peuple, la mort avec sursis, pour le sursis. Il est juge 
au tribunal civil de Privas. 

Saladin. — Avocat à Amiens , fut nommé par le 
département de la Somme à la Législature, et ensuite 
à la Convention. Il vota la mort du Pioi ; il eut 
un grand chagrin d^avoir porté ce vote. Dans nn mo- 
ment de colère , il traita les Moiitagnards de brigands, 
d'assassins , et la Montagne de repaire de scélérats- 
Il fut au nombre Aç^ soixante-treize députés proscrits 
au 3i mai. Rapporteur de la commission des Vingt- 
un , il fit décréter d'arrestation Vadier, Billaud-Va- 
renne,Collot-d'Heibois et Barrère. Il fut enconmiissiou 
dans les départemens du Jtua et d«i Do\ibs , où il 
donna beaucoup de fiacilités aux émigrés pour ren- 
trer. Le 16 octobre on le décréta d'accusation pour avoir 
soutenu les sections en vendémiaire , qui voulaient 
que la Convention fût renouvelée , aux deux tiers, 
par les assemblées primaires. Ce déciet fut bientôt 
rapporté. Membre du conseil des Cinq-Cents, il se 
déclara contre le Directoire; il fut condamné à la dé- 
portation , il se cacha. Il avait traité du titre d'avocat 
à la cour de cassation ; il est mort en juillet 1812. 

Salicetti» — Né à Bastia , d'une des premières 
familles de cette ville, avocat au conseil supérieur de 
Corse , nommé aux Etats-généraux, et depuis à la 
Convention. Il ne fut pas de l'avis de l'appel au 
peuple. «Vous avez déclaré, dit-il, Louis coupable 
de conspiration ; le code pénal prononce la mort 
contre les conspirateurs, je condamne Louis Capet 
à mort. Il opina contre le sursis. 3> Il a presque 



( 58o ) " 

toujours (^té en mission. En 1790 il s'opposa, comma 
jjio-consul , au parti anglais > soutenu par Paoli. 
Obligé de fuir, il rejoignit l'arrriée de Carteau, chargée 
de reprendre Marseille. Il passa à Toulon, où il fut 
employé long-temps. Là , il concourut h toutes les 
opérations prises par Barras, G asparin , Robespierre 
jeune , Hicord , etc. Après la mort de Robespierre 
il ffit rappelé et décrété d'arrestation pour avoir pro- 
longé , sous le prétexte de santé , son séjour dans 
Toulon j et avoir fait partie des conspirateurs jaco- 
bins contre la Convention , en avril lyoS. Ayant 
été amnistié , il fut nommé, en févrie** 1790 , commis- 
saire des guerres près l'armée d'Italie. Yers la fin de 
l'année, il se rendit en Corse ; fut élu en mars 1797 au 
conseil des Cinq-Cents par le département du Golo. 
Le 6 septembre il demanda qu'on autorisât le direc- 
toire à faire des visites domiciliaires 5 il s'opposa à 
ce qu'on rayât le député Siméon de la liste des dé- 
portables. En 1800 , il eut une nouvelle mission en 
Corse. En 1802 , il fut envoyé à Lucques, comme 
ministre extraordinaire , pour y présider l'établisse- 
ment d'une nouvelle constitution. En mars , il passa 
à Gênes comme ministre plénipotentiaire , fut nommé 
commandant de la Légion-d'Honneur 5 en revenant 
de Gênes j il dit qu'il avait été dépouillé par des 
brigands en passant les Alpes. En janvier 1806 , 
Joseph , roi passager de Naples , le nomma mi- 
nistre de la police générale. Murât l'a conservé dans 
ce poste. Il y est mort eu i8t3. 

Sa/les. — Médecin à Vezelise , ex-constituant, dé- 
puté par le département de la Meurlhe à la Con- 
vention. Dans le procès du Roi il dit , sur P Appel 
au peuple, ce Comme nous avons limité nos pouvoirs 5 
comme nous ne sommes que mandataires : comme 
nos décrets doivent être soumis à la sanction du 
peuple 5 comme il est impossible de méconnaître sa 
bouveraineté 5 comme nous avons tout à craindre des 
factieux 5 comme nous sommes à la veille d'une 
guerre , je pense que le seul moyen de donner au 



(58.) 

peuple une attitude républicaine , c'est de le faire 
intervenir dans cette cause ; je dis oui. 5) 

Sur la peine à infliger : ce Vous avez rejeté la ratifi- 
cation par le peuple, du décret qui serait prouoiicé 
coutre Liouis ; niais mon opinion n'a pas changé , car 
les opinions sont indépendantes de vos décrets. Je suis 
persuadé qu'aujourd'hui il ne nous restera plus qus le 
choix des maux de la patrie. Ce n'est pas que je 
craigne la responsabilité. Si j'étais j'^ge, j'ouvrirais le 
code pénal , et je prononcerais la mort Mais je suis 
Législateur 5 rien ne peut m'ôter ces fonctions , niVuu 
forcer à les cumuler avec d'autres incompatibles. Si 
Louis meurt , les chefs de partis se montreront. Louis 
est au contraire le prétendant qui pourra dégoûter le 
plus le peuple de la royauté. J'ai doue fait sans peint? 
mon choix entre les deux opinions qui vous sont sou- 
mises, parce que mes adversaires mêmes me l'ont dicté* 
Ils m'ont dit ; ne renvoyez pas au peuple, parce qu'il 
ne voterait pas pour la mort 5 mais moi , je ne veux 
prononcer que comme le peuple ; vous-mêmes m'avez 
dit que la loi n'a de caractère qu'autant qu'elle est 
Texpression de sa volonté. Je demande que Louis soit 
détenu jusqu^à la paix. Il fut de l'avis du sursis. 

Le 26 lévrier 179^, il dénonça Marat comme ayant 
conseillé le pillage ( des épiciers) , qui avait eu lieu la 
veille dans Paris. Il s'opposa fortement à ce qu'on sus- 
pendît les poursuites contre les assassins de septembre. 
Les Montagnards le comprirent au nombre des 
soixante-treize députés exclus au 3i mai : il se sauva 
à Evreux 5 de-là à Caen , où il ne cessait d'écrire ses 
itlées pour la formation d'une nouvelle constitution. 
Il suivit le bataillon du Finistère, qui retournait dans 
son pays; il s'embarqua à Quimper pour Bordeaux. Il 
fut arrêté dans cette dernière ville, chez le père de 
Guadet, le 19 juin 1794) traduit au tribunal révo- 
lutionnaire de la ville où il avait été arrêté , et exé- 
cuté le lendemain à l'âge de trente -quatre ans. 

Salleser, — Procureur à Cahors , député du Lot à bi 
Convention , vota l'appel au peuple , la réclusion et 



( 382 ) 

le sursis. Devenu membre du conseil des Cinq- 
Cents , il en est sorti en ï 797. Le même dc^parte- 
ment le réélut presqn'anssitAt 5 mais son élection' fut 
cassée par ordre du directoire , après la journée du 
4 septembre même année, sous la raison qu'il était 
trop modéré. Il eut pour concurrent Lachuse y qui 
le remplaça. 

Sallegros. — Homme de loi à Maubeuge , député 
du nord à la Lé^i.slaliu-e, el ensuite à la Convention , 
s'opposa à l'appel aupeuple 5 mais il dit après : «Je 
i^e puis capituler ni avec mes devoirs, ni avec la 
loi : je suis convaincu de toutes les trahisons de 
Louis 5 je ne puis me dispenser de prononcer la mort. d> 
Il a souvent été membre du comité des secours 5 il a 
proposé de réunir la Sambre à POise , et de faire exé- 
cuter le décret qui ordonnait l'ouverture d'un canal à 
cet égard. Après la session il est rentré dans l'obs- 
curité. 

Salmon ( de Mézicres.') — Député delà Sartbe à la Lé- 
gislature et à la Convention , rejeta ra[)pel au penple 5 
il dit : ce Convaincu que la stabilité de la république 
repose sur la bonté des lois 5 que nous ne pouvons pas 
cumuler les pouvoirs qui seraient nécessaires à ce juge- 
ment 5 qne les anarchistes , les ambitieux, trouveraient 
dans la moit de Louis nn aliment <le plus à leurs in- 
trigues , je vote pour la réclusion pend.mt la guerre , 
et pour le bannissement à la paix. ?> Il fut de l'avis du 
sursis. Il iut l'un des soixante-treize députés proscrits 
au 3i mai. Après sa rentrée il est passé an conseil des 
Cinq- Cents et en est sorti en 1797. 

Saurine ( Abhé. ) — Ex-constituant , fut nommé par 
le départemeut des Landes , dont il était évêque cons- 
titutionnel , à la Convention nationale. Il adopta l'ap- 
pel au peuple, ce Je n'ai point voté comme jnge , dit-il , 
mes commettans ne m'ont point envoyé pour un juge- 
ment criminel 5 car , lors des assemblées électorales y 
il n'était question que d\me déchéance constitution- 



( 585 ) 

nelle. Je vote pour la mesure de sûreté générale 5 pour 
la détention de Lonls et de sa famille jusqu'à la paix. 
Cette mesure me paraît la seule utile , la seule conve- 
nable aux intérêts du peuple et aux circonstances. » 
11 fut de l'avis du sursis. 

Il s'opposa à la journée du 3i mai , signala un ca- 
pitaine iio la force armée , cpii empêchait les députés de 
sortir de la salle. Il int mis au nombre des soixante- 
treize députés exclus , et devint membre du conseil des 
Cin(j-Cents. Il a été nouimé l'un des inspecteurs de la 
salle à la fin d'octobre lypS, il en est sorti en mai 1797. 
En vertu du concordatBuonaparte l'avait placé évêq^ued» 
Strasbourg en avril 1802. 

Sautayra ( de Monté limart. ) — Député de laDrome 
à la Législature et ensuite à la Convention , écarta 
l'appel au peuple, ce Louis est coupable de conspira- 
tion _, dit-il , je vote pour la mort : point de sursis, » 
Après la session le directoire l'employa en qualité de 
commissaire. 

Sautereau, — Homme de loi , et procureur-syndic du 
département de la Nièvre , fut nommé par les électeurs 
de cedépartementàla Législature etensuite à laConven- 
tion nationale 5 il rejeta l'appel au peuple, ce La peinedue 
aux conspiratenrs , dit-il , est dans le code pénal 5 elle 
ne me laisse rien à désirer : je vote pour la mort. 5) Il 
était absent lors de la f[uestion du siu'sis. Après le 9 
thermidor il fut envoyé à Rouen. Il ouvrit les prisons 
aux suspects. Sorti du conseil des Cinq-Cents en 
1798 , il fut nommé juge au tribunal d'appel du Cher. 
Il est mort. 

Sauvé ( Gervais» ) — Marchand d'ardoises à DôIe, dé- 
puté de la Manche ri la Législature et ensuite à la Con- 
vention , vota la détention duroi.Belleville , chargé d'af- 
faires à Nnples, l'accusa de l'avoir dénoncé comme 
aristocrate , au ministère de la marine. Cette fameuso 
dénonciation n'eut pas de suite. Il devint membre du 
conseil des Anciens , et en sortit en 1797. Il est mort. 



( 584 ) 

Savary, •^- Député de l'Orne , vota l'appel au peuple y 
la détention , sauf les mesures à prendre en cas d'in- 
vasion du territoire de la République , et le sursis. Il 
fut mis r.n nombre des soixante-treize députés proscrits 
au 3i mai. Il rentra en avril i^cjS. Il a été envoyé 
avec Lcfebvre dans la Belgique. A la fin de la session 
il passa au conseil des Cinq-Cents. Il donna sa démis- 
sion en novembre 1795. Nommé commissaire près 
Tadministration de son département , il fut élu au 
conseil des Cinq-Cents en 1799. Il vit le 18 brumaire 
avec satisfaction. Son département l'a porté candidat 
au Sénat Conservateur. Il est maintenant chancelier de 
la quatorzième cohorte de la Légion-d'Honneur ( qui 
vient d'être supprimée ). 

Savornin, — Député des Basses-Alpes , s'opposa à 
l'appel au peuple^ vota la mort , avec la proposition de 
Mailhe; il ne fut pas de l'avis du sursis. Il est sorti du 
conseil des Cinq-Cents en 1797* 

Scellier. —— Marchand de draps à Amiens ^ député 
de la Somme à la Convention , ne fut pas de l'avis de 
l'appel au peuple , vota la mort sans sursis. Il appuya 
la suppression du maximum. Il lit supprimer les fran- 
chises accordées aux ports de Dunkerque , Marseille 
et Bayonne. Il sortit du conseil des Cinq-Cents en 1798, 
Il n'a plus exercé de fonctions publiques. 

Seconds. — Député del'Aveyron , homme de lettres, 
vota contre l'appel au peuple. Il parla ainsi sur la ques- 
tion de la peine à porter : ce Citoyens législateurs ^ 
comme homme , comme citoyen , comme juge , comm e 
législateur , pour le salut de ma patrie, pour la liberté 
du monde et le bonheur des hommes, je vote pour la 
mort et la mort la plus prompte de Louis. Il est ridi- 
cule j il est absurde de voulon' être libre , d'oser seule- 
ment en concevoir la pensée , quand on ne sait pas « 
quand on ne veut pas punir les tyrans. Je n'en dirai 
pas davantage 5 le surplus de mes motifs est imprimé 
sous mon nom , pour répondre à la nation , à l'Eu- 
rope , à l'univers , de mon jugement. » Il ne fut pas 



(385) 

^e l'avis du sursis. Après la session il fut employé 
comme commissaire du directoire. Il vit retiré à Paris. 

Seguin. — Député du Doubs , s^est prononcé pour 
l'appel au peuple, ce Louis Capet , a-t-il dit , incontes- 
tablement s'est rendu coupable de haute trahison et de 
conspiration contre létat. Obligé de répondre à la 
question , quelle est la peine que Louis doit subir , je 
réponds d'abord , que Je ne partage point l'opinion de 
ceux qui cioient devoir le condanmer à la mort. Je 
sais que c'est la peine prononcée par la loi contre les 
conspirateurs , et que de bien moins coupables que 
Louis y ont été condamnés; mais cette loi est-elle ap- 
plicable à Louis , et devons-nous ici , pouvons-nous 
même prononcer comme juges? Je ne le pense pas. 

5) Si vous condamnez Louis à la mort, a-t-il ajoute ^ 
ma crainte est que , loin de servir la nation française 
parce grand acie de vengeance , vous ne serviez , au 
• contraire , contre elle , tous les despotes de l'Europe y 
en leur donnant un nouveau prétexte de nous calom- 
nier avec plus de fondement ou d'avantage auprès 
des peuples , et de s'armer d'une manière plus terrible 
contre notre liberté 5 que nous ne servions en même 
tems tous les projets de quelques ambitieux cachés j 
qui n^attendent peut-être que ce moment , ou d'autres 
êvénemens qu'ils savent faire naître, pour tenter de 
relever le trône et de s'y placer eux-mêmes .... Je 
vote pour la réclusion de Louis Capet pendant tout le 
tems de la guerre , et au bannissement après le réta- 
blissement de la paix. » Il a opiné pour le sursis. 

Sergent. — Cxraveur en taille-douce à Paris , l'un 
des orateurs des groupes et des aboyeurs aux Corde- 
liers , électeur et municipal en 1790, et officier muni- 
cipal en 1792, dirigea , de concert avec Panis , les in- 
surrections du faubourg Saint- Antoine. Il inventoria 
le château des Tuileries , et il fut accusé d'avoir pris 
argent , montres, bijoux et la belle agathe ; ce qui le 
fit surnommer Sergent- Agathe, On le dénonça comme 
signataire de cette circulaire que la municipalité de Paris 

25 



( 586 ) 

écrivait le 5 septembre aux communes Je France poni 
massacrer les détenus. En voilà bien assez^ sans doute, 
pour être nomuié à la Convention par les électeurs de 
Paris. 

Le 24 septembre , Kersaint demanda une loi contre 
les provocateurs à l'assassinat. Sergent le combattit. 
Il attesta que le Parlement avait enregistré les protes- 
tations de Louis XYI contre la sanction donnée à 
divers décrets 5 il ne put justifier ce fait. Il attaqua les 
Girondins , et soutint avec fureur ses Irères et amis les 
Jacobins. 

Il a été compris dans les mesures qui suivirent l'in- 
surrection des Jacobins , et de plus comme convaincu 
de friponnerie. L'amnistie arriva , il fut nommé com- 
missaire près l'administration des hôpitaux des armées. 
Il est sans emploi. 

Serres, — Député a la Convention nationale par le 
département des Hautes- Alpes ^ vota pour l'appel, la 
détention du Roi, et pour le sursis. Il attaqua Marat, 
signa la protestation du 6 juin contre le 3i mai 5 arrêté 
le 2 juillet 1793 j par ordre de la Montagne^ il rentra 
à la Convention après la chute de Robespierre. Il ne 
se laissa pas effrayer par la journée du 18 fructidor 5 
s'opposa , le 18 octobre, à l'expulsion des nobles, de 
tous les emplois. Il fut en butte aux injures de Bailleul 
et autres fructidoriseurs. Il a été sous-préfét à Alais , 
département du Gard. 

Serres. — Député de l'Isle-de-France , arriva h la 
Convention après la mort du Roi 5 a été en mission 
dans le midi 5 a fait arrêter des terroristes et a failli 
perdre la vie dans une émeute. Il fut rappelé, monta à 
la tribune, attribua aux Jacobins tous les désastres du 
midi. Il se plaignit des troubles excités dans les sections 
de Paris par les anciens membres des comités révo- 
lutionnaires, et appuya la proposition de les priver de 
Texercice de leurs droits politiques. Il demanda le 
rapport des lois rendues en 1793 contre dix-huit cents 
familles méridionales accusées de fédéralisme. Il 



(587) 

provoqua la mise en jugement Je vingt-liuit Mar- 
seillais qu'il avait envoyés au tiibnnal révolutionnaire 
et que l'on venait de rendre à la liberté. Passé aux An- 
ciens , il combattit la résolulion qnii autorisait le 
directoire à envoyer des agens dans les Colonies. Il 
sortit du Corps-Législatif en mai 1797. 

Serveau. — Député suppléant de la Mayenne à la 
Législature , puis député à la Convention , écarta 
l'appel au peuple . vota la mort , mais h condition 
qu'il serait sursis à l'exécution jusqu'au moment où 
les puissances étrangères envahiraient notre territoire 5 
et dans le cas contraire^ commutation de peine, en- 
tendant que son opinion fût indivisible. Il fut de l'avis 
du sursis. Devenu membre du conseil des Cinq-Cents, 
il en est sorti en mai 1797. 

Servière, — Député de la Lozère, rejeta l'appel au 
peuple ; vota la mort , en se réservant d'examiner la 
question du sursis. Il était malade lors de l'examen de 
cette question 5 il a provoqué la suppression des deux 
tiers des vicaires épiscopaux 5 il a fait décréter qu'il y 
aurait trois mois d'intervalle entre les missions du 
même représentant. Il fut un des membres chargés 
d'examiner la conduite de Carrier. Envoyé dans le 
département du Var , il prit plusieurs arrêtés que les 
comités de salut public trouvèrent entachés de modé- 
rantisme et qu'ils cassèrent^ il ne passa point au 
conseil. 

Servonat. — Député de l'Isère , fut de l'avis de 
l'appel au peuple : <c Que mon opinion m'attire des in- 
jures ou des nienaces, dit-il, je les surmonterai avec 
courage 5 jetez les yeux sur vos armées j sur vos fi- 
nances 5 tremblez que de nouvelles chaînes ne s'appe- 
santissent sur vous , et que votre sagesse dirige les élans 
de la vengeance nationale contre le tyran. Louis est 
odieux à tous les Français , son existence ne peut être 
dangereuse 5 si, au contraire, il expie la peine de ses 
forfaits , vous augmentez la puissance d'un autre pré- 

25^ 



( 388 ) 

tendant qui aurait pour lui son or et sa popularité 5 
comme législateur et comme homme tl'état , je vote pour 
<|ue Louis soit reclus cj^uaiit t\ présent , et banni après 
la guerre. Il se déclara pour le sursis. 

Devenu membre du conseil des Cinq-Cents , il com- 
battit la résolution sur les postes et les messageries. 
Il sortit en mai 1798. 

Sevestre ( Achille. ) — Député d'Ille - et - Yilaine , 
rejeta l'appel au peuple. <c Je ne connais point , dit-il , 
cette justice qui fléchirait devant un coupable élevé , 
tandis que tous doivent fléchir devant elle. Je vote 
pour la mort. « Il ne fut point d'avis du sursis. 

Envoyé près l'armée des Côtes de Brest , il dénonça 
Guilbert , suppléant de Lanjuinais , comme auteur du 
soulèvement de ce département contre le 3i mai^ et 
prononça son arrestation. Il défendit Garât, en disant 
que les ministres avaient bien défendu la république 
dans les journées des oi mai , premier et 2 juin. 
Il fit partie de la commission formée contre Carrier; 
il fit décréter Forestier d'arrestation , en l'accusant 
d'avoir secondé les jacobins rebelles , en mai 1795 j il 
présenta l'acte d'accusation contre les députés prévenus 
cl^être leurs chefs , et les fit traduire devant une com- 
mission militaire j il provoqua des mesures répressives 
contre les journalistes. 

Après la session il a été élu l'un des messagers 
d'état près le Corps- législatif , place qu'il a occupée 
jusqu'en juin 18145 époque à laquelle il a dû offrir, 
ainsi que Levasseur , sa démission , qui a été ac- 
ceptée. 

Sihlot. — Médecin à Leure , député de la Haute- 
Saône à la Législature et ensuite à la Convention , 
écarta l'appel au peuple, ce La loi doit être égale pour 
tous, dit-il , je vote pour la mort. J'invite la Conven- 
tion à examiner dans sa sagesse sil'intéiêt de la patrie 
n'exige pas qu'on en suspende l'exécution, n II fut 
d'avis opposé au sursis. Il a été en mission dans ledé- 
2>artement de la Seine-Inférieure; a soutenu les terro- 



( 589 •) 

rîstes. Il a fait partie de la commission chargée d^exa- 
miner la conduite de Carrier 5 il n'est point passé aa 
conseil. Le directoire l'a employé comme son com- 
missaire. 

Sieyès, — Clianoine et vicaire général de l'évêqiie 
de Chartres, ex constituant 5 c'est de lui dont Mira- 
beau disait : ce Son silence est une calamité publique. » 
Il a étééhi membre du département de Paris. 

Nommé par le département delaSartheà la Conven- 
tion , il resta long tenis observateur silencieux pendant 
les premiers débats. Lors des appels nominaux , dans le 
procès du Roi , il rompit forcément le silence ; mais il 
n'articula que ces mots : ce Non ( point d'appel au 
peuple) • la mort; non (point de sursis).» Il lut 
nn projet sur l'organisation du ministère delà guerre ^ 
qui fut improuvé et rejeté. Il se tut de nouveau. Il an- 
nonça qu'il ne remettrait point ses lettres de prêtrise | 
mais qu'il ne renonçait pas moins à l'exercice de ses fonc- 
tions. Il commença à parler quelquefois , en lypS, 
contre les crimes de Robespierre j lors guillotiné 5 il 
pressa de rappeler les députés qui avaient été proscrits. 

Entré au comité de Salut Public , il fit rendre cette loi 
de grande police contre les insurrections populaires, 
demanda beaucoup de respect pour la constitution 
de 1793, dont il était père. Il fut envoyé en Hollande 
avec Hew^bell, pour y conclure un traité entre la France 
et la république Batave. 

Nommé membre à\\ Directoire , il refusa. Il préféra 
rester membre du conseil des Cinq-Cents. Il resta bloti 
dans les comités. Un jour^ cependant , Poule , moine à 
Drag!iignan , se présenta dans son domicile pour lui 
demander des secours 5 ayant éprouvé un refus formel , 
il voulut lui tirer un coup de pistolet dans la poitrine. 
Les blessures ne furent pas dangereuses. 

Le nouveau tiers étant entré dans le conseil , il tâta 
son opinion, ne dit mot. Le 18 fructidor couvrait la 
France de deuil. Alors il vota la proscription des dé- 
]>i7tés Clichiens, et sur-tout celle de Boissy-d'Angias. 
Sorti en mai 1798^ il fut réélu et envoyé ambassadeur 



( 390 ) 

à Berlin, où il resta jusqu'en mai i^pp, époque à 
laquelle il fut nonimé au directoire. 

On prétend que Sieyes^ convaincu que la France 
était au fond de l'abîme, fit dire à Buonaparte, lors 
en Egypte, de revenir en France pour l'en tirer, et 
qu'à cet égard les Anglais bercés d'un fol espoir, ont 
favorisé son retour. 

Talleyrand, Pi.œderer ^ Sieyes et Buonaparte, con- 
çurent le plan de la révolution qui s'est opérée le 18 bru- 
maire. Sieyes fut nommé consul par intérim^ ensuite 
porté à la présidence du Sénat-conseiTateur. 

Avant de se dissoudre , les commissions Législatives, 
sur l'invitation des deux antres consuls , Buonaparte 
et Roger-Ducos , offrirent à Sieyes , comme indemnité 
ou récompense , la terre de Crosne qu'il n'hésita pas 
d'accepter. Depuis ce tems il est resté au Sénat. Le 
Koi n'a pas jugé à propos de le nommer membre de 
la Chambre des pairs. Il vit retiré. 

Sillery ( Brulard de Gondis ). — Député du départe- 
ment de la Somme , vota la réclusion de Louis XVL 
Compris dans la proscription du 3i mai, il a été con- 
damné à mort le 3i octobre lypS. 

Il existe le chevalier de Bruîard qui a succédé à 
M. de Frotté dans le commandement des Chouans , 
sur la rive gauche de la Seine, freux chevalier, 
brave et humain , il a servi la cause <lu lioi, et est au- 
jourd'hui attaché, comme gentilhoihnie , à la maison 
de Monseigneur le duc de Berry. Il ne faut pas le 
confondre aves Brulard, député. 

Simon, — Prêtre en Savoie , et vicaire-général de 
l'évêque de Strasbourg , député du Bas-Khin à la (Con- 
vention ^ ne vota point dans le procès de Louis XVI. 
(Voir art. Grégoire.^ Il a été enveloppé dans la condam- 
na Li«»n de Chau mette et Gobel , comme athée. Il fut , 
de ^flus , accusé d'avoir voulu mettre le dauphin sur le 
trôiic 5 il a été condamné par le tribunal révolution- 
naire dePaiis, et exécuté le 17 avril 1794? ^ l'âge de 
trente-neuf ans. 



( 591 ) 

Soiomiûc — Avocat , dépiilo du département dn Tarn 
a la Convention nationale, s^opposa à l'appel an peuple, 
vota la détention et le bannissement , et le sursis. 
En 1800 , il a été nommé juge au tribunal d^appel du 
département de la Haute-Garonne. Il est maintenant 
l'un des juges conseillers en la cour royalede Toulouse. 

Soubrany. — Officier au régiment de Royal-Dra- 
gons , maire de Riom , se jeta dans le parti révolu- 
tionnaire. Le département du Puy-de-Dôme le nomma 
à la Législature , et ensuite à la Convention. Il vota 
contre l'appel au peuple , pour la mort j et contre le 
surfis. 

Il fut envoyé à l'armée de la Moselle. Signalé 
comme l'un des chefs de la révolte jacobite contre la 
Convention , en avril 1796 , il fut traduit devant le 
conseil militaire de Paris , qui le condamna à mort 
comme conspirateur 5 le 28 prairial il se frappa de 
plusieurs coups de couteau qui ne lui donnèrent pas 

îa mort. Il fut exécuté. 

\* 

Souhait. — Député des Vosges à la Convention , vota 
l'appel au peuple et la mort , en demandant que la 
mort fvlt suspendue jusqu'à ,1a ratification de la Cons- 
titution. En attendant cette époque, il se ptononça 
pour la détention. Enfin il fut d'avis du sursis. 

Deveini membre du conseil des Cinq-Cents, il parla 
fréquemment sur la réunion de la Belgique , com- 
battit les impôts des barrières , du droit de passe et du 
sel. 

Le 8 septembre lyc^ô , il reprocha à Henri Larivière 
et à ses adhérens a être les amis des Rois. Sorti du 
Corps-législatif en 1798 , il fut nommé receveur des 
contributions directes du département du Nord. 

Soulignac» — • Député delà Haute-Vienne 5 étant de 
l'avis de Pappel au peuple, il dit: ce J'ai prouvé à cette tri- 
bune que je nepouvaisêtrelégislateuret juge. Je demande 
la détention pendant la guerre et le bannissement à 
la paix. Il opina pour le sussis. Il fut l'un des soixante- 



(392) 

treize cJ^pnt^s exclus le 3\ mai 5 réintégré clans la Con- 
verifiou après la chute de Robespierre , il passa au 
conseil des Cinq-Cents , et fit le rapport de l'affaire 
Drouet. Tl fut présenté, comme troisième candidat, 
pour la place de commissaire de la comptabilité natio- 
nale ; il sortit du Corps législatif, fut nomme ,. en mai 
1800, juge au tribunal d'appel de la Haute-ViennCv 
Il est toujours juge conseiller de la cour royale de 
Limoges. 



T. 



Taillefer, — Médecin à Domme, député du dé- 
partement de la Dordogne à la Législature, et ensuite 
à la Convention. Il donna toujours dans les mesures, 
extrêmes. Il dénonça, le 9 octobre 1791^, Lacoste,, 
membre de la marine, et en même tems , Marat 
comme provoquant la dictature. Il rejeta Fappel au 
peuple. «Louis est coupable de conspiration, dit-il 5 je 
l'applique en frémissant, cette loi qui fait mourir mon 
semblable, mais j'ai les yeux sur Pimage de celui qui 
<lélivra Rome des tyrans. Je prononce la mort sans 
sursis. 5> 

Quand il vit la guerre de la Vendée faire des progrès , 
il proposa de partager les biens des émigrés entra les 
soldats, et de tirer par-tout le canon d'alarme. Il a 
fait adjoindre au comité de salut public Lindet , 
Duroy, Francastel et Lacroix, pour frapper les fédé- 
ralistes. Envoyé dans les départemens de la Lozère^ 
du Tarn et de PArdècbe , pour organiser la levée eu 
masse , il fit dissiper les rassemblemens et envoya de- 
vant les tribunaux le général Laierrière , qui paraissait 
les favoriser. 

Montaut le dénonça à la Convention et aux jacobins, 
comme étant l'un de ces bonnets rouges qui avaient 
fait arrêter dans les départemens les plus chauds pu- 



( 593 ) 

triotes : il JemaiiJa rarrestadon Je Page et Hmlley^ 
comraissaire des colonies, intriguant à Paris contre les 
Noirs. Il défendit, après le 9 thermidor, les comités 
révolutionnaires contre les attaques des modérés 5 il 
s'opposa à l'impression des discours de Laignelot con* 
tre les sociétés populaires 5 menacé d'arrestation apiè» 
le i«'. avril 1796, il ne reparut plus à la tribune. De- 
puis ce tems il est resté sans emploi. 

Tallien. — Fils du portier d'un grand seigneur. Ce 
dernier le fit bien élever. Le voilà homme d'affaires de 
M. le marquis de Bercy , clerc de procureur, employé 
dans les bureaux de commerce et de finance , copiste 
du député Brostare, ex-constituant, prote dans l'ate- 
lier du Moniteur , rédacteur du Journal IW/tîz des ci- 
toyens, orateur des sections, déclamateur à la barre de 
l'assemblée, secrétaire général de la commune au 10 
aoilt, affirmant, le 3 septembre, que les massacres des 
prisons étaient terminés , tandis qu'ils ne cessèrent que 
Je 4 a^i soir à Bicêtre, qu'ils ont continué à la Force 
jusqu'au 7^ signataire d'une lettre à la date du 3o août, 
faite avec Hngiienin et Méhée , pour faire emprisonner 
ceux qui ensuite ont été égorgés 5 signataire d'un ar- 
rêté , daté le 2 septembre avec Huguenin , qui devint le 
signal du meurtre, et enfin député du département 
de Seine et Oise à la Convention. 

Dès les 11 , i3 et i5 décembre, on le vit presser avec 
acharnement le procès de Louis XVI , ajouter de 
nouvelles charges (dans son sens ) à l'acte d'accusation, 
s'opposer à ce qu'on lui accordât des conseils , et 
même à ce qu'il pût communiquer avec sa famille. 

En 1793 il alla presque toujours en mission. C'est 
à Bordeaux qu'il a fait guillotiner plusieurs députés 
proscrits au 3i mai, dignement secondé par Baudot 
et Isabeau. Cette ville se souviendra long-tems de ces 
noms , qui sont cités avec horreur. 

Tallien eut l'occasion de voir madame de Fontenay 
le Gabarus , prête à s'embarquer pour aller rejoindre 
:on mari en Espagne 5 elle fut enfermée 5 elle intéressa 
I5 proGonsul ; elle eut assez d'empire sur son esprit pour 



(594) 
convertir en modérantisme les menaces révolution- 
naires qu'il avait prises. Sa conduite fut inipronvée 
y)ar le comité de salut public. Tallien revint à Paris la 
rage dans Pâme 5 il promit bien de se venger. Vint le 
9 thermidor auquel il contribua. Ensuite il épousa 
madame de Gabarus. Avant cette époque , Tallien , 
c[ui méditait la perte de Robespierre , représentait 
Joiu'dan le coupe-tête comme un héros. Le 9 thermidor, 
il improvisa un discours, diffus, rpais éloquent*, il se 
tourna du côté du buste de Brutus , invoqua son génie 5 
et tirant de sa ceinture un poignard , il jura qu'il le 
plongerait dans le cœur de Robespierre, si les députés 
n'avaient pas le courage d'ordonner son arrestation et 
de briser leurs chaînes. 

Tallien ne continua pas moins ri vouloir tenir la Con- 
vention à la hauteur de son caractère révolutionnaire j 
il essaya de faire peser sur Julien , fils du député , 
toutes les mesures prises à Bordeaux. Carrier fut le 
député qui, à raison de ses noyades, occupa d'abord 
les réacteurs. Tallien fut momentanément oublié. 

Dans la nuit du 9 au 10 septembre , Tallien dut être 
assassiné^ le bruit de cet assassinat sérieux ou feint fit 
qu'on lui portât quelqu'intérêt. Tantôt il soutenait les 
Jacobins , tantôt il protégeait la jeunesse dorée. Cette 
espèce de contre-poids devait user. Il fut envoyé à 
l'armée des Côtes de Bretagne , il fit fusiller les roya- 
listes débarcjués à Quiberon. 

A la suite du i3 vendémiaire , il essaya de ramener 
le régime de la terreur. Thibeaudeaù le rompit en vi- 
sière, en demandant que la constitution marchât, etil fit 
reproche à Tallien de vouloir prolonger l'existence de 
la Convention. 

Entré au conseil des Cinq-Cents , il s'opposa à l'ad- 
mission de Barbé - Marbois au Corps - législatif. A 
cbaque instant il dénonçait les royalistes , les émigrés , 
les prêtres, les modérés, les agens d'Angleterre, et 
tout ce qui n'était pas lui. Il eut à se défendre , et 
de l'imputation de terroriste sanguinaire , en lypii, 
et d'être de la conspiration de la Villeheurnois. 

On le vit sortir de l'Assemblée comme un furieux. 



(305) 

après le décret qui rappelait les fugitifs de Toulon. Jl 
soutint la fameuse déclaration de Baillenl à ses com- 
mettans contre la majorité des Cinq-Cents. Le 18 fruc- 
tidor le débarrassa de ses adversaires , mais ne lui 
donna aucune influence. Il sortit en mai 1798. Il 
s'embai qua la même année pour l'Egypte , en qualité 
de savant. Il y fut nommé administrateur des droits 
d'enregistrement et des domaines nationaux. Plusieurs 
généraux lui reprochèrent sa conduite politique, et le 
maltraitèrent. Il s'établit une mésintelligence si ardente 
entre lui et Menou , que celui-ci crut devoir le ren- 
voyer en France , en donnant l'ordre de l'arrêter 
lorsqu'il mettrait le pied sur le continent , pour fait 
dont on n'a pas eu parfaite connaissance. Un vaisseau 
anglais l'enleva lors de son trajet , et le conduisit en 
Angleterre. Là , il fut fêté au club des Wighs. Relâché 
quelque temps après , il débarqua à Calais. Il a 
été nommé 5 en 1806^ commissaire des relations com- 
merciales à Alicante , ville où il n'a jamais été. S'il 
ne remplit pas ses fonctions sur les lieux , il eu reçoit 
le traitement dans Paris , capitale dans laquelle il 
n'a cessé de demeurer. 

Talot. — Huissier à Cholet , capitaine dans nu 
bataillon de volontaires et adjudant-général j a d^abord 
servi contre les Vendéens ,, et a été nommé ensuite 
député suppléant de Mayenne-et-Loiro à la Conven- 
tion , où il n'a été appelé qu'après le procès du Roi. 
Envoyé à l'armée de Sambre-et-Meuse , il félicita la 
Convention sur ses succès dans les journées de mai , 
s'éleva contre les sectionnaires de vendémiaire , qu'il 
assura être dirigés par des intrigans , défendit Drouet, 
le fit maintenir sur la liste des deux tiers des conven- 
tionnels , sollicita la création d'un conseil de guerre 
pour faire juger les chouans et les royalistes qui étaient 
à Paris. 

Réélu au conseil des Cinq -Cents ^ il appuya le 
projet qui assujetlissait.les députés à prêter serment de 
haine à laroyauté, défendit les représentans , étant dans 
le midi, qui continuait à être le théâtre des massacres 



(596) 

i3es gens cie bien. C'est à cette occasion qne Jourdan 
(des Bouclics-dii Rhône ) fut victime de ses voies de 
fait 5 il appela les journalistes des prédicateurs sédi- 
tieux 5 attira l'attention du conseil sur ceux qui 
prêchaient la royauté 5 attaqua Dumouriez pour avoir 
reproché au directoire une descente en Irlande 5 répri- 
manda Aubry d'avoir destitué Buonaparte et Masséna ; 
s'éleva contre les projets présentés par Pichegru sur 
3a marche des troupes et les dangers du Corps-Légis- 
latif 5 applaudit au 18 fructidor 5 appuya le lendemain 
le projet des visites domiciliaires 5 s'opposa à la ren- 
trée des jémigrés , fit un éloge pompeux de Buona- 
parte , à Pà- propos de Malibran , qui proposait de lui 
accorder 800,000 francs 5 tomba ensuite sur le direc- 
toire , qui faisait annuller par Bailleul les élections 
qui lui déplaisaient. Il se jeta après dans le parti 
d'opposition 5 dit à Lecointre-Puyraveau , qui voulait 
comprimer la liberté de la presse : ce Vous ne pouvez 
pas être toujours le premier procureur syndic du direc- 
toire. D) Il contribua à l'expulsion de Treilhard , Re- 
veillere-Lepeauxet Merlin 5 il fit l'éloge de la société du 
Manège. Au 19 brumaire il protesta contre tout ce 
qui s'était fait la veille h Saint-Cloud : exhorta ses 
collègues h retourner à Paris , revêtus de leurs cos- 
tumes, et à décréter que les troupes rassemblées autour 
d'eux faisaient partie de leur garde. Peu de jours 
après , il fut enfermé à la Conciergeiie , d'où Berna- 
dote le fit sortir. Il devait être détenu dans le dépar- 
tement de la Charente-Inférieure. Cette mesure n'eut 
pas lieu. Lors de Pexplosion du aS décembre 1800 , il 
fut porté sur la liste des déportés, et échappa aux pre- 
mières perquisitions. Trouvé ensuite , il fut conduit à 
l'Isle-d'Oleron. Il est revenu dans son pays. 

Taveau. — Député du Calvados , dit sur l'appel au 
peuple : ce Je respecte la liberté des opinions. Je ne 
crois pas que l'on puisse faire Pinjustice à aucun de 
nous , ni croire qu'ils peuvent influencer la liberté de 
leurs collègues. Ils sont bien faibles ceux-là qui , par 
leurs personnalités et leurs sottises, penseraient pouvoir 



( 597 ) 

y réussir. Ils ne leur rendent pas justice ; ils ne me la^ 
rendent pas à moi-même. Je crois que , quelque parti 
que nous prenions , il y aura des inconvéniens 5 mais 
je me plais à rendre hommage à la souveraineté du 
peuple , je dis oui. » 

Sur la peine à porter : — 11 faut prouver aux rois qui 
régnent encore pour le malheur des peuples, que leurs 
têtes peuvent tomber sous le glaive des loib comme 
sous la faulx de la mort. Nous avons déclaré à l'una- 
nimité Louis convaincu du crime de hante trahison. 
Ce crime mérite ia mort 5 mais , après l'avoir pronon- 
cée , gardons-le comme otage , et suspendons Texécu- 
tion jusqu'au moment où les ennemis tenteraient une 
invasion sur notre territoire. Mon opinion n'a de force 
que parce qu'elle est indivisible. 

Il vota pour le sursis. Après la session il passa 
messager d'état du conseil des Anciens. Il a été nommé 
messa^ev S.''élSLt surnuméraire du Corps législatif. Il n'est 
plus en fonctions. 

Taverne/. — Député suppléant du Gard, a peu fait 
parler de lui. Il est venu après le3i mai. 

f* 

Thfffaud. — Député de l'Indre à la Convention , 
s'exprima en ces termes, 1°. sur l'appel au peuple : ce Et 
moi y je crois la Convention nationale revêtue de pou- 
voirs suffisans pour juger Louis. D'ailleurs, dans ces 
circonstances difficiles , j'aime mieux me charger delà 
responsabilité , telle qu'elle soit , que d'exposer ma pa- 
trie à tous les maux que je prévois y si la ratification, 
lui étaitenvoyée. Je dis oui. » 

2°. Sur la peine : ce Je vote pour la peine de mort , 
parce que je suis intimement convaincu des crimes de 
Louis 5 mais je me réserve de motiver mon opinion 
pour déterminer le moment de l'exécution du jugement. w 

Voilà celte opinion : point de sursis. 

Il fut l'un des commissaires chargés d'examiner la 
conduite de Joseph Lebon , et envoyé près le camp 
de Paris. Il est sorti du conseil des Cinq-Cents ea 
1797. Réélu aux Anciens en 1798, il a terminé sa 



(^98) 

carrière législative après le 18 brumaire. Il aélénomni^ 
l'un des administrateurs de la loterie. Aujourd'hui il est 
sans fonctions. 

Tellier. — Avocat du roi à Melun , ex-constituant , 
a été nommé à la Convention par le département de 
Seine-et-Marne. Il s'opposa à l'appel an peuple 5 il dit : 
ce Vous avez déclaré Louis coupable de conspiration , 
je vote pour la mort, r) Il rejeta le sursis. 

Envoyé à Chartres, il s'y tua, le 17 septembre 1795, 
d'un coup de pistolet, de désespoir de n'avoir pu arrêter 
une émeute occasionnée par la cherté du pain, de 
s'être vu forcé de signer une taxe sur les bleds , et de 
crier : Vive le roil Le peuple l'avait promené sur uu 
âne. 

Terrai, — Député suppléant du Tarn , n'a pas fait 
grande sensation. Il est arrivé long-tems après le 
01 mai. 

Texier (^Jllortegontc.) — Député de la Creuse , 
vota la détention et le bannissement du Roi, Passé au 
conseil des Cinq-Cents , il en sortit en mai 1797 ^ 
il est mort le i**^ mars 1800. ^ 

, *, , 

Thibeaudeau, — Avocat à Poitiers, nommé dépufé 
du départeijnent de la Vienne à la Convention , rejeta 
l'appel au peuple , vota pour la mort et contre le 
sursis. 

Il défendit son père et son frère accusés de fédéralisme. 
Après la chute de Robespierre il chercha à tenir nu 
juste milieu entre les royalistes et les montagnards 5 
il lit l'éloge de l'ancien comité de Salut public et de sa 
manière de gouverner, ccllgouvernerait encore, dit-il, 
s'il n'eiit pas eu le droit de vie et de mort sur les mem- 
bres de la Convention. 3> Il montra du courage au 1^^ 
avril 1795 , contre les pétitionnaires des sections 5 il 
réclama la restitution des biens aux parens des con- 
damnés 5 au 20 mai , il proposa des mesures de ri' 
gueur contre ses collègues , accusés d'être les auteurs 
de l'insurrection jacobitej il repoussa les projets des 



( 399 ) 
sections de Paris , à l'approclie du i3 vendémiaire, 
et se déclara prêt à combattre l'anarchie royale. 

Membre du comité de Salut public , il accusa Tallieii 
et Fréron de complots subversifs de la constitution 5 
empêcha la formation d'un nouveau gouvernement 
révolutionnaire, et se fit appeler la barre de fer ^ à 
cause de sa ténacité dans ce système. 

Faisant partie du conseil des Cinq-Cents^ il s'op- 
posa à la création d'un ministère de police générale , 
comme inutile et dangereux ; il apostropha , comme 
président, le 9 juin 1796, Tallieii qui préparait une 
nouvelle réaction ; il Taccusa d'avoir été chef de la 
faction qui avait fait les journées des 2 septembre 
1792 et 3i mai 1793, et annonça qu'il préférait la 
guerre civile au retour des échafàuds. Il fit la motion 
d'annuller les élections de Marseille comme faites par 
la violence 5 ne voulut pas, le i5 mars 1797, que les 
électeurs prétassent le serment de haine à la royauté. 

Le tiers des députés étant entré au conseil en 1797 , et 
renforçant nécessairement le parti dit Chcliy , il se mit 
en garde contre le retour de la royauté 5 il défenditla 
liberté des sociétés populaires , attaquées par les cli- 
chiens , s'éleva contre l'écrit de Bailleul , à qui il 
donna un brevet de lâcheté, pour n'avoir pas eu le 
courage de dire à la tribune ce qu'il consignait dans un 
pamphlet. Porté sur la liste des déportables au 18 fi-uc- 
tidor , il en fut retiré aux instances de quelques amis 5 
il ne sortit du Corps-législatif qu'en mai 1798. Après 
1g 18 brumaire il fut nommé préfet du département 
de la Gironde et conseiller d'état. Le 23 novembre 
i8o3, il fut décoré de la croix de la Légion ; envoyé 
préfet à Marseille , il a été remplacé dans cette pré- 
fecture par M. Dalbertas depuis le retour des Bouc- 
bons ; il est à présent sans fonction publique. 

Thibault, — Curé de Saoppes , ex-constituant , 

évêque constitutionnel du Cantal , lut nommé par ce 

département à la Convention. Voici ses votes : 

Appel an peuple : ^(.IjQxns n'est pas le dernier de sa racej 

d'ailleurs, j'ai fait des juges et je ne le suis pas , Oui, 



( 4oo ) 

Peine • « Je déclare que , quel que soit le yœn de la 
majorité , je m'y soumettrai. Je vote pour la réclusion 
pendant la guerre et l'expulsion à la paix. 

Il fut de l'avis du sursis. 

En 1793, Carrier, Couthon et Robespierre lui re- 
prochèrent de propager le modéraritisme dans sa cor- 
respondance avec leur département. 

Il parla pour la mise en liberté des acteurs du Théâtre 
Français , et peu de temps après il se démit de son 
épiscopat. Il peignit la cruauté de Carrier avec énergie. 

Au 20 mai , il fit donner à Pichegru des pouvoirs 
illimités pour marcher contre les jacobins insurgés, 
lise prononça également contre l'insurrection du 1*"^ 
avril 5 il a été comme proconsul en Hollande. Entré 
au conseil des Cinq-Cents , il s'est occupé de finances. 
Sorti en mai 1797 , il devint régisseur des octrois 
à Paris. 

Le département de Loir-et-Cher l'élut au conseil des 
Cinq-Cents en mars 1799 5 il reprit le travail des fi- 
nances. 

Il favorisa la révolution de Saint - Cloud et fut 
nommé membre du Tribunal. 

Thibault se récria contre les expressions qui se trou- 
vaient dans le traité de paix fait avec la Russie , en tant 
qu'il comportait cette expression , les sujets des deux 
puissances, ce Les Français ne sont sujets de personne , 
dit-il. 5> Il a été compris dans la première liste des tri- 
buns à éliminer. 

Thierrict. — Député des Ardennes , vota l'appel au 
peuple , la détention perpétuelle et le sursis. Il est sorti 
du conseil des Cinq-Cents en 1797. 

Thirion. — Professeur de réthorique à Metz j député 
de la Moselle , dit : ce Je suis d'un département fron- 
tière 5 il a déjà été exposé à l'invasion des ennemis 5 je 
serais un lâche , si j'écartais la responsabilité de ma 
tête pour la porter sur celles de mes commettans 5 et si 
la femme du malheureux Fausse a été massacrée 
parce que son mari avait arrêté le ci- devant Koi^ 



( 4o. ) 

que penscrez-vûus qu'il arrivera si mes commettatis 
votent pour sa rriort ? Leur sulFiag^i sera-t-il libre? 
Je dis non. î> 

Il ajouta : <c Je n'ai ni père , ni iils h venger j 
mais cent mille de mes concitoyens, je vote pour la 
mort , sans siusis. » 

Il défendit Marat cjui , le 26 fëviier , avait fait piller 
les épiciers de Paris. Le 2 mai il provoqua rétablisse- 
ment du fuaxiiniun j comme un moyen de nsettre ua 
frein à l'avarice des accapareurs , tonna contre les Gi- 
jondins *. attaqua la commission des Douze , (^ni avait 
trouvé le secret de la conspiration contre la Conven- 
tion. Envoyé à l'armée de l'Ouest, il fit l'éloge de Ros- 
fcignol arrêté par ordre de Biron 5 celui-ci fut remplacé 
par Garnier (de Saintes). 

Danican 5 homme juste et bon observateur, dit qu'il 
^e conduisit avec cruauté 5 qu'étant un jour à dîner 
avec eux , des soldats amenèrent un bonnne qu'ils 
îivaicnt arrêté. Tliirion lui demanda aussilot ({ui il 
était, et sur sa réponse qu'il avait été employé dans 
les fermes , il prétendit qu'il devait être aristocrate, et 
ordoima , sans plus ample information , qu'il fûc 
fusillé. 

De retour à Paris^Thirion fréquenta, plus que jamais, 
la société des Jacobins j mais voyant Robespierre for- 
tement attaqué , il se joignit aux agresseurs le 9 ther- 
midor. Il craignit d'être entraîné dans sa chute ; alors 
il parla contre les Jacobins. La marche rétrograde de 
la Convention lui inspira quelques inquiétudes sur ses 
fauîes politiques ; il défendit Collot-d'Herbois ; occupa 
le bureau la nuit du 20 mai , que les insurgés en- 
trèrent dans la Convention. Il fut mis en arrestation 
et y resta jusqu'à ce que l'amnistie vînt le rendre à 
la liberté. Il fut nommé commissaire du pouvoir exé- 
cutif près les tribunaux de Bruges, puis professeur de 
bellcs-kttres à Namur. 

Thomas, — Député de Paris, ne fut pas de l'avi^î de 
l'appel au peuple. Il dit ensuite : ce Si j'avais à pro- 
noncer seulement comme juge , si je ne voyais que 

a6 



à 



( 402 ) 
riiomme et ses crimes, ce^-tes je ne serais pas embar- 
rassé, je voterais pour le dernier des supplices; maib 
je dois prononcer comme législateur et eji homnre 
d'élat. L'intérêt de rna patrie est de ne plus avoir de 
lloi-s, et la mort de Louis ressuscite la royauté; j'en 
atteste l'histoire des peuples. L'existence de Louis me 
paraît utile en ce qu'elle lient en écliec tous les enne- 
mis de la liberté au-dedatisct au-dehors. Le silence des 
puissances étrangères ne semble-t-il pas indiquer qu'el- 
les espèrent tirer un grand parti de sa mort? Mais nojjs, 
ne poyvons-nous pas tirer un grand parti de sa vie ? Ce st 
nn homme connue un autre, dit-on; je dis plus , c'est 
un homme au-tlessus de tous les autres. Si avant le 
siège de Lille, l'intame gouvernante des Pays-Bas eût 
été prise, et qu'on eût pu, eu la rendant, prévenir 
rincendie de nos malheureux concitoyens , qui de vous 
li'aurait pas dit : renvoyons cette mégère ? Je conclus 
à la détention jusqu'à la paix, mais avec cette condi- 
tion, que Louis subira la mort au moment où les puis- 
sances envahiront notre teiritoue. Il s'est prononcé 
pour le sursis. 

Eu 1800 il a élé noimné juge du tfibunal d'appel 
de la Seine. Il est encore rmi des juges conseilleis de ia 
cour royale du mèrne département. 

Thuriot ( La Rosière^. — Avocat , fut envoyé parles 
assiégeans de la Basldle à M. Delauuav pour parle- 
menter ; il donna le signal de l'attaque. Député de la 
Marne à la Législatme , il provoqua des mesures de 
rigueur contreTémigration, menaça d'une insurrection 
de la part du peuple de Paris , si on ne lui augmentait 
pas les secours péciuiiaires. Au 10 aotJî; , il fut l'organe 
de la municipalité insurgée , provoqua un décret d'ac- 
cusation contre MM.Debancourt, ministre de la guerre, 
et Laporte , ministre de la liste civile. Dans la séance 
du 4 septembre il parla des inonvemens populaires. 
S'il arrivait, par impossible , dit-il, que la Convention 
voulût se créer dos Kois, je ne fais qu^in^ supposi- 
tion, car moi j'abhorre les tyrans, et tous les lois ne 
peuvent être que des tyrans , vous ne pourriez être le- 



( 405 ) 
belles à la loi 5 mais vous pouvez aiijouicriiui , non 
comme reprcseiitans du peuple, mais comme citoyens , 
jurer iîidivicluellement que vous vous opposeriez de tout 
votre pouvoir à la domination des llois. 

Nommé à la Convention par le même département, 
il demanda le 4 décembre que tous les membres absens 
eussent à revenir à leur poste, et le 12 que Louis 
fût jugé sous trois jours et portât sa tète sur l'écba- 
faud. Il fut un des quatre commissaires chargés dans la 
même séance d'aller demander à ce Piince les noms 
des Conseils qu'il voulait choisir. Le 18, il annonça 
aux Jacobins que si la Convention usait d'indulgence 
envers le tyran, ilirait lui-même lui brûler la cervelle; 
aussi il vota contre l'appel au peuple , pour la mort et; 
contrelesursis.il attaqua BrissotetJesGirondins,comme 
vendus au Roi et intrigant pour le maintenir sur le 
trône. Il fut l'auteur au projet d'un carême civique. Il 
sejoiguitcomme de raison , au parti victorieux le ^ ther- 
midor. Il lit rejeter comme calomnieuse la première 
dénonciation portée par Lecoinlre-Puyraveaux contre 
les anciens membres du comité de Salut-public. En fé- 
vrier 1795 il fut dénoncé par Legendre comme le 
chef des terroristes. 

Il se montra , au i^*^ avril , un des principaux mo- 
teurs de l'insurrection jacobite qui éclata contre la 
Convention. Il fut décrété d'arrestation le 16, et ensuite 
d'accusation conmie ayant eu part au second mouve- 
ment <]ui eut lieu; d échappa , par la fuite , à l'exé- 
cution de ces deux décnts. Il fut amnistié en 1796. 

Le Directoire l'employa en qualité de commissaire 
civil près le tribunal de lieinis. 

Après le 18 brumaire il fut nommé membre de la 
commission des émigrés , puis juge au tribunal du dé- 
partenient de la Seine. 

Il fut chargé de ^instruction du procès contre Pi- 
cbegru , Moreau , etc. C'est lui qui a prouvé , par un 
procès-verbal, que Picbegru s'était étranglé. Georges 
ne cessait de l'appeler Tue- Roi ^ pendant les débats. 
Buonaparlé l'a nommé avocat général près la cour de 
cassation , fonction qu'il occupe encore dans ce moment, 

26* 



( 4o4 ) 

Thomas. — Députe de rOine , vota pour Tappeï an 
peuple , si le vœu tlu p.Miple était /;r/5 par scrutin. 
Il dit : ce Je vote pour la mort , dans le ^as où les eii- 
jieniis eiivalùraient notre territoire, n Enfin , il fiU do 
Ta vis du Sursis. 

Tocquot. — Cultivateur , député de la Meuse à la 
Liéc^islatiu'e et à la Convention , opina pour l'appel 
au peuple. MemV>re de ia Législature, ce J'ai suspendu y 
dit-il ; Louis Capet. Membre de la Convention , je l'ai 
déclaré convaincu de conspiration. J'ai suivi ma 
conscience. Je ne puis cumuler tous les pouvoirs 5 je 
lie puis prononcer (ju'en législateur et comme homme 
d'état : je conclus à la réclusion provisoire , et au ban- 
nissement après la guerre, ce II fiit de l'avis du sursis.' 
Il ne passa point au conseil. Le directoire le nomma 
son commissaire près l'administration de son canton. 

Topsent. — Député de l'Eure , était absent lors des 
votes dans le procès du Roi. Il parla marine , alla sou- 
vent dans, les ports; se rendit, en juin 1796, sur la 
flotte qui sortit alors €le Brest et lut défaite par les 
Anglais j passa au conseil des Anciens , en sortit en 
1(798. Il a été nommé capitaine de vaisseau , et décoré 
de la croix de la Légion-d'Honneur, Il est d'Honfleur, de 
cette ville d'où sont pjtrties les correspondances royales 
avec le Roi et Monsieur, lors en Angleterie, par l'entre- 
mise du capitaine Mallet. Ce brave marin a risqué 
mille fois sa vie pour le service de son monarque. Le 
jour que la commune a invité les habitans à illuminer 
en l'honneur à\\ retour des Bourbons , l'intrépide 
Mallet s'est distingué par des transparens qui ont an- 
noncé la joie de son ame et la pureté de son cœur, 

Toulouse.- — Député suppléant de l'Ardèche , n'arriva 
à la Convention que vers la fin de sa session. Il ne passa 
point aui conseils: devint, en juillet 1798 , vérificateur 
de la comptabilité intermédiaire j place qu'il a conservée 
jusqu'alu i\ 



( 4o5 ) 

Tovrnier. — Dépntc de l'Aiule , fut de l'avis de l'ap- 
pel an peuple, ce J'ai volé , dt-il , dans ces deux pré- 
cédentes (jnestloiis pour t'alfirnia ti va , comme légis- 
lateur et non comme jug^^ n'ayant reçu aucun man- 
dat de mes commettans pom' juger des procès cnminels, 
Tii pour cumuler des fonctions incompatibles. Je vais 
encore prononcer^ comme représentant du peuple, 
sur la troisième cjnestion , sous son rapport politujue. 

ce Fojt de ma conscience , qui ne m'a jamais trom- 
pé , n'envisageant que l'intérêt de la patrie , le salut 
du peuple , le maintien et la siueté de la répnbli<|ue , 
je vote , comme mesure de sûreté générale, pour la 
réclusion de Louis pendant tout le tems de la guerre , 
et pour le bannissement à perpétuité à la paix. » Il 
opina pour le sursis. Il fut l'un des soixante-treize 
députés proscfits au oi mai : il est mort. 

Tréhouart. — Député suppléant du département 
d'Ille-et-Yilaine , ne siégea à la Convention {|u'aprèsltî 
procès du Roi. Il fut envoyéà Brest pour en sm'veiller le 
port. Il eut des différends vifs avec Carrier, qui donna 
ordre de le faire arrêter. Voici les faits : Lebalteux , 
général d'une division révolutionnaire , avait fait fu- 
siller huit individusqui sortaient d^uie église ,à iVîoyel- 
Mnsiliac , ainsi qu'un chef de patache. x4.rrivé a Ploer- 
mel , wxi délégué de la comntission des subsistances , 
qui venait de Paris , annonça à la société la suppres- 
sion des armées révoluti')nnaires. Lebatteux outré , va 
au domicile de ce couunissaire , et le traîne en prison, 
11 se disposait ri donner le lendemain au peuple le spec- 
tacle d'une fusillade ; mais voyant le général Avril 
obéira laloi , il fut obiigéde renoncer à cette bouçherie^ 
Lo maire de Ploermel instiuisit de cette infâme coiuluite 
Tréhouard , qui fit an éter Lebalteux. Carrier révoqua 
sur-le-champ celte airestaiion , et déclara ennemis de la 
llépublique et traîtres tous ceux qui oseraient attenter 
à la liberté de cet individu, et refusa d'obéir aux 
ordres de Tréhouart. Les comités , prévenus à tem» 
de cette divisi{«n , cruient devoir Papaiser de suite. 
Après le 9 thermidor Tréhoiuut obtint la pernaissiou 



( 4oG ) 

Je monter Tescadre qui sortit du port. Il avait été ad- 
joint au ministère de la manne. Il est maintenant em- 
ployé dans l'administration de la marine. 

Treilhard. — Avocat , ex-constituant, député à la 
Convention par le département de Seine-et-Oise. On 
sait (jue lors de la première assemblée il ne tarda pas 
à Se placer du coté gauche. Il lit décréter la vente des 
Liens du clergé, publier le livre rouiçe , fut un des 
soixante députés envoyés au roi poiu' lui présenter la 
constitution. Ce fut lui qui , entendant Louis XVI 
liaranguer rassemblée au moment de sa dissolution } 
s'écria : Ah ! voilà un discours digne cC Henri IV^l 

Il fut nommé président du tribunal ciiminei de Paris, , 
et ensuite .à la Convention. Quand il s'est agi du pro- 
cès du llûi , Treilhard avait d'abord fait imprimer wn 
discours pour établir qu'il ne pouvait être accusé, vu 
sa qualité d'inviolable 5 mais , soit faiblesse , soit crainte, 
soit ambition , il cluingea bientôt d'avis. Il le déclara 
coupable , et dit sur l'appel au petiple : ce J'ai cru long- 
tems cette mesure bonne ^ mais les inconvéniens qui y 
paraissent attachés m'obligent à due non. » 

Sur la peine : En consultant le plus grand intérêt de 
la llépublique , que nous ne pouvons ni ne devons ja- 
mais perdrede vue, je pense en mon ame et conscience 
que la mesure la plus sage et la plus politique est , en 
déclarant que Louis a mérité la moit, de décréter un 
sursis qui laisse à la jiation la faculté d'ordonner de sa 
personne suivant les circonstances et les intérêts du 
peuple français. Je vote pour la mort avec sursis. 3) 

Après ce vote il fut envoyé en mission dans la Bel- 
gique 5 il revint et fut élu membre du comité de Salut 
public. 

Ilalla avec Matbieu dans la Gironde 5 mais il parut 
trop modéré, il fut rappelé. A})rès la mort de Robes- 
pierre il rentra au comilé de Salut y)ubîic. Il fit dé- 
créter l'échange des députés prisonniers en Autriche 
contre l'ange du ciel que les Français nomment Ma- 
dame, actuellement duchesse d'Angoulême. 

Il passa au conseil des Cinq-Cents j vers la fin de 



( 407 ) 

décembre , il fit, comme présicKiit, un Jisroiirs sîtt 
r.amii versa ire de la mort du lloi , à la suite duquel il fit 
prêter par ses collègues le serment de haine à la royauté. 

En 1796 il parla contre les parens des émigrés , 
contre les fonctionnaires publics (jui ne voulaient pas 
jurer haine à la royauté , demanda la peine de mort 
contre ceux qui provoqueraient le rétablissement d^un 
lloi. 

Après sa sortie de ce conseil , il fut envoyé par le di- 
rectoire à Lille, pour suivre les négociations de paix. Il 
ftit désigné pour l'ambassade de Naples, nommé ensuite 
nu des plénipotentiaires à liastadt , puis en mai 1798 
l'un des membres du directoire, d'où il futexclu en juin 
1799, avec Merlin et la Réveillère-Lepaux. 

A[)rès le 18 brumaire il fut nommé vice-président 
du tribunal d'appel de Paris , conseiller d'état en sep- 
tembre 1803 , grand officier de la Légion-d'Honneur. 
C'estluiqui , saisissant alors l'à-propos de Buonaparte, 
qui disait des avocats , ce Ils se croient indépendans 5 
faites une loi qui les mette au besoin sous les verroux : 5) 
fit adopter cette loi du 14 déceuibre i8iO , qui a auto- 
risé les présidens des cours à former le tableau des avo- 
cats , par dérogation aux principes qui ont toujours 
Inissé l'ordre liîjre de faire les listes , et a placé sous 
l'arbitraire des procureurs généraux l'exercice d'un état 
toujours honoré et honorable. Ce décret a mis en état 
de mort civile plus de quatre mille personnes qui avaient 
la tache de royalistes. Enfin il est mort en 181 3. 

Tribouîat. — Député suppléant du Tarn , n'est 
arrivé que tard à la Convention nationale. Il n'a rien 
dit ni rien fait de remarquable. 

Trulard. — Ingénieur, député de la Côle-d'Or , 
s'opposa à l'appel au peuple 5 il vota pour la mort du 
tyran et contre le sursis. Il fut envoyé à Tannée du 
Noril avecBerlier, se trouva à la levée du siège de 
Dunkerque ^ fit hommage à la Convention d\ui bou- 
let qui lui avait passé par-dessus la tête. Il ne passa 
point aux ConseUs. Le directoire l'a employé comme 



Uo8 ) 

son commissaire. Il n'est pas sur la liste des ingé- 
nieurs. 

Turrean - lainières. — Députe du département de 
rYonne à la (Convention , se prononça contre les 
Girondins 5 attaqua le ministre Rolland. Sur l'appel au 
peuple il dit : ce Je crams la guerre fratricide (ju'ex- 
cileraient les noV)1es et les pretiesj je prononce tion.» 
Sin' la peine'. Il ajouta : <c Lorsque j^ai donné mon 
opinion sur le tyian français , je nu^ suis écrié, dans 
un frémissement d'indignation ': le monstre tout cou- 
vert de sang et de crimes a mérité la moi t. Le cri 
de ma conscience n'était pas un arrêt fatal et déliuitif; 
il n'était que l'expression d'un sentiment profond. 
Appelé pour la première fois de ma vie à remplir un 
douloureux et pénible devoir , je ne peux me défendre 
d'un mouvement de sensibilité , tant il est vrai que lo 
malheur, même dans un tyran , peut exciter la pitié. 
Je ne me reproche pas de payer ce tribut a la natiue; 
jnais le sang de nos frères qui tant de fois coula par 
les ordres de Louis, la souveraineté èiW peuple ([u'il 
méconnut, qu'il outragea sans cesse 5 la grande et ter- 
rible leçon que nous allons donner aux usurpateurs des 
droits inaltérables des nations , le salut de ma patrie , 
tout , en \\\\ mot , me ramène à l'austérité de mes de- 
voirs républicains, je saurai les remplir. Je vote dans 
l'intime conviction et de ma liberté et de ma cons- 
cience , pour la mort du dernier de nos rois. » Il rejeta 
le sursis. 

Sans cesse aux prises avec les Girondins • il attaqua ^ 
le 01 mai, Lanjuinais, à qui il imputa d'avoir organisé 
la contre-révolution à Rennes. 

11 fît de ce pays, Sîiivant ses expressions, une granrîe 
illumination. Ses rapports à la Convention sont pleins 
de faits qui font fréfuii-. Le général Danican lui a re- 
proché d'avoir fait brûler rjn faubomg de Saumn.' 
sans aucune nécessité , l'ennemi en étant à plus d;; 
dix lieues. Il ajouta qu'il était porteur d'im ordre signé 
de sa main , portant de tuer les malades étant dans 
leur lit à Laval. 



( 409 ) 

Apr^s Te 9 thermidor il parla contre les terroristes. 
Quand Lehon peii;iiait les crinuis Je bes proconsuls , 
jHins-toi toi-njêiiiO , scélérat, lui dit-il. 

Il fut nommé coînmissaire près raniiée d'Italie. Il 
«crivif pour se divcutperdes liorreiirs dont on Taccusait, 
et sur- tout d'avoir été le complice des massacres afïreiix 
exécutes par sou frère Turreau (de Grabouvilie) au- 
jourd'hui général. Il s'opposa au rappel du général 
Montes(}uioii , en disant que cet exemple favoriserait 
la rentrée des émigrés. Au i3 vendémiaire li se pro- 
nonça contre les seclionnaires de Paris. 11 ne passa 
point aux conseils. Il a acquis de grandes propriétés 
à Couches. Il a été chargé de faire rejoindre les ré- 
quisilionnaires et conscrits du département de la 
Seine. Il est mort quelque temps après. 



V 



Vadier. — Etait conseiller an présidial de Fnmicrs , 
il fut député du Tiers-état aux Etats-généraux. Il disait 
peu; mais quand il pailait, c'était povu" hunrilier (si 
la chose eiit été possihle) le Roi et la royauté*, c'est 
le i4 juillet 1791 qu'il osa traiter le Koi parti de Parisj 
de brigand couronné , et demander la déchéance d'un 
monarque dont les jours étaient abreuvés d'amertume. 
Deux jours après cette véhémente sortie, il protesta 
de sa haine contre le système républicain. 

Nommé à la Convention nationale par le départe- 
ment de l'Arriége, il s'affubla du bonnet rouge 5 il dit 
contro l'appel au peuple : «Je suis le premier qui ai eu 
le courage de donner ma voix à l'Assemblée consti- 
tuante pour noiTUîier une Convention nationale cbargée 
de juger le Tyran ^ et je le cn^yais alors aussi scélérat 
qu'il Test aujourd'hui. C'est outrager le peuple que de 
lui renvoycM' des fonctions judiciaires qu'il ne peut pas 
«xercer. Il vota la uiort et contre le sursis. 11 fut l'un 



( 410 ) _ 

«les pioscriptenrs des soixante-treize députés an 3i mai. 
Il dirigea eu juillet Pexpéditioii de ISIeirilly, dont cent 
quatorze habitans, suspects^ lurent conduits à Técha- 
fand. En avril et mai , il écrivit des lettres à Fouquier- 
Tainville pour lui recommander une fournée d^habitans 
de Pamiers , qui en effet périrent le 1 1 juin. Il fit 
rendre le déciet qui mettait hors les débats Hébert et 
Dduton, qui se plaignaient de Pinobfiervarice des formes, 
dont ds avaient eux-niéints provoqué rubolllion contre 
divers accusés. Jacobin ardent, il voulut avoir plus de 
patriotisme que Robespierre. Il encourut la haine de ce 
monstre 5 il se contenta d'accuser Robespierre , au 
<p thermidor , d'avoir nonuné fiice ridicule son rapport 
sur la conspiration de Catherine Théos. Il fut chargé 
de prouver la léalité des conspirations des prisons, et 
ses preuves , absurdes , firent immoler une infinité de 
prisonniers. Le 28 août , Lecointre le dénonça comme 
ayant pris part à tous les crimes reprochés à la faction 
de Robespierre. Il monta à la tribune, parla de ses 
soixante ans de vertus, montra un pistolet, et jura 
qu'il se brûlerait la cervelle, si la Convention ne procla- 
mait pas son innocence. Le 2 mars 1795 il fut com- 
pris dans le décret d'accusation porté contre Barrère , 
Biliaud et autres membres des comités de sang. Le 
i®''. avril, on le condamna à la déportation : il ne se 
brilla pas la cervelle , il se cacha. En mai , arrêté comme 
complice de Babœuf, il fut acquitté. Les consuls le 
mirent en surveillance en J799. Il n'a pas jugé à-propos 
de retourner à Pamiers, il est restée Paris. 

Vardon, — Député du Calvados à la Législature et 
ensuite à la Convention, fut de l'avis de l'appel au 
peuple, ce Je me renferme , dit-il , dans les bornes de ma 
mission. Je me déclare incompétent pour prononcer 
la peine qu'a méritée le coupable. Je vote pour ladéten- 
tion . 

Il fit un rapport sur l'affaire des deux bateaux dé- 
sarmés à Rhetel par ordre dJ Dumouricz , d'où Pou 
fit sortir des prisonniers. C'étaient , a-t-il dit, des volon- 
taires aussi vertueux que patriotes qui ont tué ces pri- 



( 4't ) 

sonniers, et ces pnsonuitas u^ étaient que des émigrés 
<\\\i méritaient bien ce sort. Varilon en avait imposé , 
les victimes n'étaient point des émigrés 5 mais quand 
ces Français auraient émigré , les volontaires vertueux 
n'avaient pas le droit de les assassiner. Il fut désigné 
pour aller à Saint-Domingue. Il préféra la place de 
messager du conseil des Anciens. Il n'est point passé, 
en cette qualité^ au sénat. Il est mort. 

Varlet. — Lieutenant-colonel du génie, député a la 
Convention , vota l'appel au peuple , la i éclusion de 
Louis pendant la guerre, ensuite le bannissement per- 
pétuel, et le sursis. Nommé commissaire dans le dé- 
partement du Nord , il fut accusé par Dubem et Marat 
d'être royaliste. Il signa la protestation contre le 3i mai, 
et fut Pun des soixante-treize députés proscrits. Il a été 
membre du conseil des z\.nciens , d'où il est sorti en 
mai 1797. 

Venaille, — Député de Loir-et-Cher : «Trois questions 
ont été proposées : sur la première j'ai répondu oui 5 
elle déclare Louis coupable de trahison. Sur la seconde, 
j'ai répondu non , parce que j'ai calculé les inconvé- 
niens qu'il y aurait à renvoyer w\\ pareil acte à sa 
source. Sur la troisième, comme législateur, je prends 
une mesure de sûreté générale 5 juge, j'applique la loi. Je 
vote pour la mort. Sur la (juatriènie , point de sursis.» 
Après la session il est resté commissaire du directoire 
dans son département jusqu'au 18 brumaire. 

Verdolin — Ancien négociant à Danot. Député aux 
Etats-Généraux , puis à la Convention nationale par- 
le département des Basses-Alpes , vota l'appel, la ré- 
clusion et le sursis. Il ne passa point au conseil après 
la session. 

Valady-lzarn. — A été officier aux gardes fran- 
çaises 5 il vivait crapuleusement , était accablé de 
dettes , et il n'a pas peu contribué à corrompre l'esprit 
public du corps auquel il était attaché. On a toujours 
pensé que sa raison était aliénée. 



( 4l2 ) 
Nommé à la Convention |>ar le département Ae 
1 Avcyron , il se fit Girondin 5 lors de l'appel an 
peuple j il vota pour, en disant: ^c Qu'il n'était ni 
l'ami des rois , ni î'infànjie suppôt d'im des ambi*. 
tieux qui l'entouraient 5 que le pouvoir judiciaire 
devait , dans les grandes causes, remonter à sa source 
chez les peuples régénérés; commençons aujourfl'hui. 
Je dis oui. w II vota la détention du lloi au châteaii de 
Saumur , jusqu'à ce que l'Autriche ait reconnu la Ré- 
publique , et que l'Ebpagne ait renouvelé ses traités 
avec nous. Il a été de l'avis du sursis. Quand il pro- 
nonçait une phrase dans l'assemblée, c'était contre la 
secte infernale des jacobins. Malheureusement le vin a 
souvent troublé sa tête. Il fut Vun des soixante-treize 
députés mis en arrestation. Le 28 juillet , il fut mis 
hors la loi. Arrêté à Périgueux , il a été condamné à 
mort le 3 décembre 1794 , comme conspirateur j par le 
tribunal criminel de la Dordogne. 

Vergniaud. — - Né à Limoges , avocat à Bordeaux , 
député par le département de la Gironde , était clo- 
quent , persuasif et fort épicurien. A la Législature , 
il eut la îoiblesse de parler en faveur de Jourdan coupe- 
tête , et de tous les assassins d'Avignon. Les principes 
des républicains avaient germé dans sa tête chaude , et 
pendant long-tems la royauté lui a paru un objet 
d'horreur. Cependant il eut, vers la fin de 1792 > ^^ 
conviction qu'une République ne pourrait convenir a 
un état aussi vaste que la France , et qne les gens du 
nord aimaient le Roi par^dessus tout. 

Nommé à la Convention , il eut honte de voir à ses 
côtés les envoyés de Paris , que l'opinion publique 
accusait de crimes dans les prisons , et de vols dans 
les hôtels des émigrés. Il conçut , dès-lors , l'idie d'une 
épuration. Pour arriver à ce résultat, il attaqua Marat, 
Tallien et Robespierre : la mère jacobite fit un appel à 
tous ses enfans , et des adresses partirent de tous côtés 
contre ce qu'on appelait Girondin. 

Le 3i décembre , Vergniaud prononça wi\ discourf 
dans lequel il prouva la nécessité de renvoyer aij 



( 4i5 ) 

peuple le jugement du Louis XVI. Ce discours écliauffa 
les esprits des montagnards , qui prirent tous les 
moyens pour sacrifier à leur rage le monarque dont ils 
voulaient occuper le trône. 

Il occupa le fauteuil le jour du jugement du Roi 5 
il avoit voté l'ap[)el au peuple, ce Dans mon opinion , 
dit-il , les principes et les coiv>idérations politiques d'un 
intérêt majeur faisaient un devoir à la Convention 
d'adopter ce parti. La Convention en a décidé autre- 
ment , j'obéis 5 ma conscience est acquittée. Il s'agit 
maintenant de la peine à infliger à Louis. J'ai déclaré 
liier que je le reconnaissais coupable de conspiration 
contre la liberté etla sûreté nationale j il ne m'est pas per- 
nnsaujourd'hui d'hésiter sur la peine : la loi parle 5 c'est 
la mort. Mais en prononçant ce mot terrible , inquiet 
sur le sort de ma patrie, sur les dangers qui menact^nt 
même la liberté , sur-tout le sang qui peut être versé , 
j'exprime le même vœu que Maillie , et je demande 
qu'il soit soumis à une délibération de l'assemblée. 
Il lie fut pas de l'avis du sursis. 

Il s'opposa à la création du tribunal révolutionnaire. 
Robespierre le dénonça. Vergniaud improvisa un 
discours plein de verve , méthodique , éloquent. «Pen- 
sez-bien, termina-t-il , que la révolution , c^)mme Sa- 
turne, dévorera ses enfans. » Il résista avec courage aux 
accusations des sections de Paris. Vint le 3i mai., 
son partit faiblit. Le 2 juin, il entendit sans mur- 
murer prononcer le décret d'arrestation^ tandis que 
Lanjuinais offrait son corps aux montagnards , et les 
accablait de reproches sanglans. 

Il ne voulut pas fuir , malgré les invitations de ses 
amis 5 il fut décrété d'accusation , conduit devant le 
tribunal révolutionnaire , et condamné à mort le 3o 
octobre 1793. 

La veille du jugement , il s'occupait, à la Concier- 
gerie, avec Gcnsonné, Ducos , Boyer-Fonfrède , de ce 
que deviendrait la France. Il montra beaucoup de ré- 
signation 5 il vit la mort de sang-froid. 

Vermon. — Il était tanneur à Mézières. Député à la 
Convention nationale par le département des Ardeu- 



( 4'4 ) 

nos, il fut àe l'avis de l'appel. Il vofn pour la détention 
jusqu'à la })aix , mais pour la mort en cas d'invasion dit 
territoire de la réj)ublique , et pour le siusis. Il a été 
ernpl(>yé , après la session, comme commissaire du 
directoire : il vit de ses revenus à Mézières. 

Verneley. — Avocat et député du Doubs à la Légis- 
lature et à la Convention , ne fut pas de l'avis de l'ap- 
pel au j)euple , prononça la mort et point de sursis. 
Il fut envoyé dans le département de la Creuse en 1794? 
il reclama en faveur des Patiiotes de ce département, 
cjui étaient opprinjés. Il défendit Fouché de Nantes 5 
devenu membre du conseil des Anciens , il en est sorti 
eu 1797. ~ 

Vernier, — — Avocat à Lons-le-Saulnier , ex-consti- 
tuant , s'occupa de la partie financière. 

Nommé à la Convention par le département du 
Jura, il dit: ce Dans tous le cours de cette affaire je ne 
me suis point regardé comme juge. J'ai voté hier pour 
l'appel au peuple 5 par une suite de mon opinion , 
comme représentant du peuple, je vote pour la déten- 
tion. Il futde l'avis du sursis. Il fut l'un des 73 députés 
proscrits au 3i mai. Il avait demandé le i3 avril, que 
tous les députés les plus passionnés des partis se ren- 
dissent à l'armée comme soldats. 

Après le 9 thermidor il présenta beaucoup de plans 
de finances. Il présidait l'assemblée lors de l'insurrec- 
tion du 20 mai , et il fut insulté par la multitude. Après 
la défaite des Jacobins il fit décréter d'arrestation Al- 
bitle, comme Xww de leurs chefs. 

Devenu membre du Conseil desCin(|-Cents,il en sortit 
en 1798. Il y fut presqu'auSvSitot réélu 5 il se montra 
favorable à la révolution du 18 brumaire. Il fut nommé 
sénatein-; i! s'appelle A^ernier, comtf de Mont-Orient , 
est décoré de la croix de la légion - d'honneur : il fait 
maintenant partie de la chambre des Pairs. 

Vigée, — Né à Rosière , et servant contre la Vendée, 
député sup[)léant de Mayenne et Loire j vint après la 



(4'5^)_ 

mort an roi. lise rangea du côté des Girondins. Il fut 
l'un desdouze membres chargés d'exjaminer lacondmte 
de la municipalité. Il présenta , le 24 ^"ûi > "ï* rapport 
démontrant les manœuvres delà Montagne pour établir 
lin pouvoir tyranniqne 5 il fut dénoncé le Di, décrété 
d'arrestation le 2 ji^in , envoyé le 3 octobre devant le 
tribunal révolutionnaire j qui le condamna à mort le3o, 
à l'âge de 36 ans. 

Villefte, — Poète galant et révolutionnaire , nommé 
par le département de l'Oise à la Convention nationale , 
où il vota contre l'appel au peuple, la réclusion du ci" 
devant Roi , et sou bannissement à perpétuité à l'époque 
de la paix. Il est mortle 1 o juillet lypS. (Voltaire mou- 
rut chez lui, quand il vint à Paris. ) 

Villetard. — Député suppléant du département de 
l'Yonne , ne tut appelé que vers la fin de la session. 
Il s'éleva contre les émigrés , contre les orateurs des 
sections de Paris, qui n'atlaquaieut, disait-it, l'ancien 
teirorismeque pour fonder leur tyrannie sur ses ruines. 
Il fit placer le tableau de la constitution de i7<p3 dans 
le lieu des séances de la Convention. A l'occasion d'une 
dénonciation contre les compagnies de Jésus et du 
Soleil , il demaiula que les crimes des royalistes fussent 
mis au grand jour. Il vota pour que les jugemens de 
la haute-cour qui seraient rendus' contre Babœuf , 
fussent soumis à la cour de cassation 5 que la Ville- 
heuriiois et ses co>accusés fussent traduits à \u\L'i 
commission nrilltaire. Il traita les clichiens de roya- 
listes. Il fut l'un des chauds proscripteurs au 18 fruc- 
tidor 5 il ne voulut pas qu'on usât d'indulgence envers 
Doulcet de Pontécoulant , (jue l'on demandait h retirer 
de la liste des déportables. Il appuya le projet d'exclnru 
les nobles des fonctions prdiîiques. 

Réélu au même conseil eîi 1790, il parut plus modéra, 
contribua même en 1799 à comprimer les Jacobins. 

Il aida la révolution du 18 brumaire ; c'est lui qiii 
fit décréter le renvoi des soixantë'un membres opposans, 
tasser le directoire , ajourner ia constitution. Il a étd 



t 



(4,6) 

nommé sénatonr. Ou l'appelle le comte Villetard. Il 
lie {kit pas partie de la cliaiiibre des Pairs. 

Vidnl. — Député suppléant du département des 
Basses-Pyrénées , ne vint à la Convention qn'apiès U 
3i mai. Il fut envoyé en 1794 p^'és l'armée àf^.a Pyré* 
nées-Oiientales ^ marqua peu dans les dissensions ^ 
fut élu membre cl u conseil des Cinq-Cents, et donna 
sa démission le 3 mars 1797. 

Vidalin, — Imprimeur - Libraire à Moulins , fut 
nommé député à la Convention nationale par le dé- 
partement de l'Allier. Il vota contre Tappel an peuple, 
et pour la mort j il était en mission lois de la question 
sur le sursis. Il est mort et a été remplacé par Cbabol. 

Vidalot. — Avocat et jfige à Valémçe , député de 
LiOt-et-Garonne à la Législature , et ensuite à la Con- 
vention, s'opposa à l'appel au peiîple. 3) Ce n'est que 
comme juge et législateur, dit-il , qu'hier j'ai opine 
pour déclarer Louis coupable de haute trahison contre 
l'Elatj en cette double qualité je dois déclarer aujour- 
d'hui la peine. La loi prononce la mort Contre les 
conspirateurs. La inoit de Louis est nécessaire à l'in- 
térêt de la république. Je vote pour la mort.3:> Il ne fut 
pas de l'avis du sursis. Envoyé à l'armée du llhin , 
il donna des reiiseignemens sur le blocus de Mayence ; 
fut nommé l'un des membres cliargés d'examiner la 
conduite de Carrier, devint membre du conseil des 
Cinq-Cents, sortit du Corps-législatif en 1798. 

Viennct. — - Officier municipal à Béziers, député de 
l'Hérault à la Législature et à la (convention , vota 
l'appel au peuple j il dit : ce Si la chute de Louis pou- 
vait entraîner celle de tous les prétendans à la cou- 
ronne , je voterais pour la mort de Louis 5 mais comme 
cela ne se peut, l'intérêt du peuple me paraît repousser 
cette peine, je conclus à ce que Louis soit reclus ]ien- 
dant tout le temps de la guerre. Il fut de l'avis du sur- 
sis. Il passa au conseil des Anciens et en sortit eu 1798. 



( 4i7 ) 
Vigneron, — Procure iii-syndic du département de la 
Haute-Garonne , a été nommé parce département à la 
Convention nationale , a rejeté l'anpel au peuple , a voté 
la réclusion pendant la guerre , et le bannissement à 
la paix. Il fut d'avis du sursis. Devenu membre du 
conseil des Anciens , il en est sorti en i'798. Il a été 
nommé, en décembre 1799, an Corps législatif. Il est un 
des juges du tribunal civil de Vesoul. 

Villars. -r- Evêque constitutionnel de Laval , et dt'^- 
puté de la Mayenne à la Convention , dit : <c Je suis 
convaincu que la peine de mort infligée à un criminel 
quelconque , est absolument contraire à la natiue et à 
la raison 5 je suis convaincu que la stabilité d'une ré- 
publique bien fondée ne dépend ni de la vie, ni de la 
mort d'un individu 5 que tuer un tyran a toujours été 
la dernière ressource de la tyrannie. Je vote pour que 
Louis soit détenu pendant la guerre , et qu'après cette 
époque il soit banni à perpétuité. 3> Il fut de l'avis 
du sursis. Il passa au conseil des Cinq-Cents, en sortit 
en 1797 , fut nommé membre du Corps législatif. Il a 
été nommé inspecteur-général des études, décoré delà 
croix de la Légion-d'Honneur. Il est maintenant l'un, 
des conseillers ordinaires de l'Université. 

Vîllers. — Prêtre, député de la Loire-Inférieure^' 
écarta Pappel au peuple, ce Je vote pour une peine ter- 
rible , dit-il , mais que la loi indique , la mort. 5> Il 
ne fut pas de l'avis du sursis. Le 7 novembre 181 3 , il 
a renoncé publiquement aux fonctions de ministre du 
culte catholique. Il a pris, après îe 14 juillet 1796 , la 
défense de Robert Lindet : il s'est prononcé contre 
lessectionnaires de Paris , aux approches du i3 vendé- 
miaire. Devenu membre du conseil des Cinq-Cents , il 
a flatté le parti directorial. Il a pressé de fixer le mode 
de répartition du milliard promis aux soldats. ( chose 
impossible î ) Il a attaqué le projet de décret tendant à 
rappeler les fugitifs d'Alsace , sous le prétexte qu'on 
voulait rappeler tous les émigrés. C'est lui qui a été 
le rapporteur des mesures assassines contre les députés 

^7 



(4>«) 

ii'nclidoiLsés. Bailleiil s\'rait loservé , camnie ofi sîiît ^ 
l'a Vil II taille lie faire péiir clans les déserts tle Madagascar 
les joiujuilistes. Il est resté iiieixibre du Corps législatii 
jns(]u\'n i8o3. 

Vincent. — Ancien gendarme de Lnn(5ville, député 
delà Senie-liiléiietire, votii pour l'appel au ])enple. 
«Je délibère , non comme juge, mais comme légis- 
lateur 5 condannier Louis Capet à mort , c'est , selon 
moi, provof|uer la guerre civile, ruiner la majenre 
])artie de la nation , renverser l'état , et tuer la liberté 
toute entière. Je vote pour la réclusion pendant la 
guerre , et le bannissement à la paix. « Il fut d'avis 
dii iiursis. Il (ut proscrit au 3t mai. Il entra , après 
la chute de Robespierre , membre du conseil des An- 
ciens 5 il en est sorti en 1797. Il est maintenant avoué 
près le tribunal civil de JNeufchàlel (Haute-Nor- 
mandie. ) 

Vinet. — Député de la Charente-Inférieure, écarta 
l'appel au peuple , vota pour la mort , point de sursis. 
Il est sorti du conseil des CincpCents en 179B. N'y 
ayant pas été réélu , iî n'entra point au corps ^législatif 
après le 18 brumaire. 

Viquy. — Député de Seine-et-Marne, vota la déten- 
tion de Louis XVI et son bannissement à la paix. De- 
venu membre du conseil des Anciens , il en sortit en 

3797. 

Vouland, — Avocat, ex-constitnant , était membre 
de la com* de cassation , cjuand le département du Gard 
le nomma à la Convention. Il ne fut pas de l'avis de 
Fappel au peuple. Il dit : ce ILn'a tenu qirâ Louis d'em- 
]>ècher le sang de couler: il en a au contiaire ordonné 
partout l'eltusion (l'inCàme imposteur) ! A Nismes, les 
])atriotes ont été égorgés en son nom, et au nom d'un 
Dieu de paix. Les délibérations prises parles fanatiques 
lurent directement adressées à Louis, il pouvait \<^s 
empêcher, les communes les lui dénoncèrent 5 il se 
tût 3 et les auteurs de ces délibérations suscitèrent enfia 



( 4-9 ) 

la guerre civile dans hia malheureuse patrie* Le sang 
coula à grands flots > il crie vengeance. Je denjande, 
pour lui, le même supplice tjui fut infligé par Brutus 
H son fils. C'est la troisième fois que le salut de la 
patrie me force de prononcer la peine de mort 5 jo 
souhaite que ce soit la dernière, j) Il écarta le surfis. 
Bas valet de Robespierre^ il Tahandonna au moment 
où il vit son parti tomber. Le 28 août 1794 , il int dé* 
nonce par Lecoinlre de Versailles , connjie son com- 
])hce. Une dénonciation mieux motivée et plus séiieuse 
l'atteignit ([uelque temps après. Elle était relative à 
sa conduite couime membre perpétuel du comité de 
Sûreté générale, qui, en fait de vexations et de cruautés, 
marchait de pair avec les membres du comité de Salut 
rublic. Décrété d'arrestation le 2,3 mai 1795 j il se 
cacha chez le libraire iXIaret, qui pourtant passait 
pour avoir une opinion toute contraire à la sienne. Il 
fut amnistié quelque temps après. Il est mort en 1802, 
demandant pardon à Dieu d'avoir voté la mort de sou 
lloi , et avec les consolations de la religion. 



W. 

PVandelaincoUTt . — Principal ati collège de Verdun, 
Guié de cette ville, évêque de la Haute-Marne j dépi4té 
de ce département à la Convention, dit : ce J'ai cru 
ne venir à la Convention que comme législateur j et la 
douceur de mes mœurs ne m'aurait pas permis de me 
porter comme juge, ni directement, ni indirecteuient, 
en matière, criminelle. Sur Tappel au peuple, je m'en 
réfère à ma première opinion. Sur la peine je me suis 
récusé j comme jugt3 5 mais je me suis conservé le d'()it> 
d'opiner sur les mesures de sûreté à prendre pour i'iu- 
térêt de la république. Je demande que le ci-devant lloi 
soit banni après la guerre. Il fut de l'avis du sursis. 

Devenu membre du conseil des (^inq-Cents, d'où il 
est sorti en 1798^ il s<? mouhj. avec assez, de modé- 
ration. 

or* 



(420) 



Y. 



Yger, — Avocat à Caiiy , député par le département 
de la Seine-Inférieure , vota Tappel au peuple , la réclu- 
sion pendant la guerre et le bannissement après : puis 
le sursis. Il ne dit rien et ne fit rien de remarquable 
pendant la sesision. Il a été nommé notaire à Cany, et 
est mort en i8i3. 

Ysahtau. — Oratorien , député d'Indre-et-Loire à la 
Convention j s'opposa à l'appel au peuple. Il dit : ce II 
répugne autant à mon caractère qu'à mes principes 
de prononcer la mort, excepté contre un tyran ^ car un. 
tyran ne ressemble pas à un homme. Au reste , ce 
n'est pas moi qui prononce , c'est le code pénal 5 c'est 
la première et la dernière fois que je vote pour la mort. 

Envoyé avec Tallien et Baudot à Bordeaux , il mit 
là terreur à l'ordre du jour. ( Voir ait. Baudot. ) 

On sait qu'Ysabeau, Tallien et Baudot découvri- 
rent l'asile de Barbaroux, Grangeneuve , Guadet et 
Salles, et les firent condamner à mort. Le frère de 
Guadet, âgé de 3o ans ^ son père, âgé de 70 ans, et 
sa tante, âgée de 63 ans, turent également guillotinés. 
On accusa même, dit Prudliomme , Ysabeau d'avoir 
cherché à séduire une petite fille, pour savoir la re- 
traite de Guadet. Les particularités de cette anecdote 
•jîifâme font frémir ! 

Ysabeau écrivait : Nous nous occupons à anéantir le 
fédéralisme 5 encore quelques jours y et nous aurons 
démasqué les hypocrites, saisiXes traîtres et détrôné les 
fédéralistes^ 

Le 28 octobre, Tallien et Ysabeau écrivaient : La pu- 
nition descoupablescommence, et ne finira que lorsque 
les chefs de la conspiration auront subi la peine due 
au plus grand des crimes. La Vauguyonaété guillotiné 
aux a'cclamations d'un peuple immense j B iioteat* 



( /pi ) 

va l'être ; le tlésarmement conliinie^ les rnnscaclins 
rendent leurs armes , et leur club va être occupé par 
les patriotes persécutés pour la cause du peuple. 

Le 1^ novembre , l'un et l'autre écrivaient encore 
qu'ils applaudissent à la inarclie expéditive du tri- 
bunal 5 dont les fonctions ont fait rentrer les aristo- 
crates dans le néant. 

Le 22 décembre , un grand nombre de conspira- 
teurs sont dans les prisons > et bientôt le peuple sera 
vengé par leur juste supplice : en moins de six heures 
après leur arrestation , Grangeneuve et son frère ont 
été exécutés , et tous les jours la commission militaire 
condamne plusieurs scélérats. 

Le 1 1 mars 1794? Ysabeau écrit que les arrestations 
continuent 5 qu'il a pris le parti de ne plus relâcher 
aucun ci-devant noble , même avec les preuves de 
patriotisme'^ la guillotine vient de faire justice d'un 
prêtre insermenté , et à l'instant l'échafiaud se dresse 
pour une religieuse. 

Prud'homme affirme qu'Ysabeau avait pour secré- 
taire un nommé Vallette; que celui-ci lui fit signer un 
arrêté par lequel il l'autonsait à mettre en réquisition , 
à titre d'indemnité , une énorme quantité de sucre et 
de café , qui lui furent livrés à vil prix y comme étant 
destinés pour la République. Ce secrétaire , une fois 
possesseur de ces objets , les a revendus h son profit 
avec un gain considérable. Cet arrêté a été dénoncé au 
comité de Salut public , comme devant compromettre 
Ysabeau 5 mais tout s'est arrange pour le mieux. 

Ysabeau retourna , après le 9 thermidor , dans Bor- 
deaux. Il chercha à réparer le mal qu'il y avait fait : 
il ne put rendre à la vie ses collègues , le prêtre inser- 
menté , la religieuse, etc. ; il fut rappelé. Il parla 
quelque tems contre les terroristes , mais il se rapprocha 
d'eux vers la fin de ij^^. 11 signala les émigrés et les 
])rêtres comme les deux plus grands fléaux de la Répu- 
blique , et provoqua leur déportation. Il se prononça 
contre les sections de Paris au lo vendémiaire. Il passa 
au conseil des Anciens 5 se montra favorable à la journée 
du 18 fructidor. 



( 4,5 ) 

Après sa sortie , il a été nommé suLstitiit du 
ronuiiissaire du directoire près radministralion des 
poésies à Bruxelles, de là à lloiien 5 et enfui j à Bruxelles;. 



..■«.x«*-fc-V-» ■^^ 



Z. 

Zangiacomi (^flls.) — Dcpntc de la Menrthe , opirra 
pour Tappelan peuple, ce Je irauiais jamais accepté , 
dit-il, une cuniulation de pouvoirs telle que celle (pi'oii 
suppose nous avou* été doiniée par nos comrnettans. 
Rappelez-vous ce motécliafrpé à (Charles I"' iRien n'est 
plus abject qu'un rai détrôné. La honteuse existence de 
Louis aura au moins cet avantage de déjouer les com- 
plots ambitieux, et de servir dVpou vantail à tous ses 
pareils. Je vote pour la détention pendant la guerre 
et le bannissement à la paix. Il l'ut de l'avis du sursis. 
Il fit divers rappojts , comme membres du comité des 
secours 5 il est sorti dn conseil des Cinq-Cents en mai 
17()8. Après le 18 brumaire il est passé au tribunal de 
cassation , a été décoré, il vient d'être nommé maître 
des requêtes. 






DÉPUTÉS DES PAYS ÉTRANGERS. 

Clootz^ dit Anacharsîs. - — C'était un Baron prus- 
sien , né il Clèves , possesseur d'aune fortune immense, 
que son inconduite eut bientôt réduite à zéro. 

C'était l'un de^ ces bonnnes (jui croient refaire leurs 
affaires, ou acquérir nue giaude célébiité dans les pays 
où la discorde enflamme toutes les têtes, où le vice 
attaque la vertu , où l'iuimoralité flétrit tous les cœurs. 

Il débitait cbaque jour les préceptes du nouveau droit 
public, que l'insurrection est le plus saint des devoiis, 
([ue les rois sont des monstres, et que les peuples qiii 
biiilent les châteaux sont les fi ères de tous les biigands. 
qui ne reconnaissent pas un état de société^ 



( 4a3 ) 
CIoolz se préf^eiite en France et se dit ambassacîeur 
clu iif^nie lunuain. Il vient , le 19 juin 1790, à la barre 
♦le l'Assembiée nationale , siiivi de tons les vauriens de 
3^.'iris poi laiit des eostinnoi) orientanx et octidiiutatix. 
Là, il se cjualiiie d'orateur du f»eine luiniain pm lieu 
de consentir qu'il (nt admis à la fc-dération , les députés 
auraient dû l'envoyer à Cliarentoii ou le faire con- 
duire hors des frontières ; mais l'esprit de vertige 
sVtait emparé d'un grand nombre dVs[)rits , et l'am- 
bassade du geme Inunain semblait être un pieinitr 
hommage rendu à leur jéoénération iniiverselle. 

Le 22 janvier 1798 cet illuminé écrivit une Iolt»*e h. 
l'Assend)lée législative, commençant par ces mots : 
/'Orateur du sxenrc humain aux législateurs du s:enre hu^ 
main , salut.... 

Cette épître , digne de pitié, fixa l'attenîion des no- 
vateurs, des restamateurs de la liberté publique. 

Le 21 avril l'énerguniène se trouvant enhardi par le 
bon accueil qu'il recevait , débita à la barre wii discoms 
em[>hatique sur la déclaration de guerre au roi de 
Hougrie et de Bohème , à la suite duquel il proposa ;i 
l'Assemblée de se mettre à la diète pendant im an 5 il 
termina par offrir un don patriotique de 12,000 iiancs ; 
il eut les honneurs de la séance. 

Le 12 août il ne manqua pas de féliciter l'Assemblée 
sur la journée du 10 *, il offrit de lever une légion prus- 
sienne, sous le nom de légion Vendale. Il nomma alors 
le roi de Prusse le Sardanapale du nord , vomit des in- 
jiu'es contre l'Impératrice de Russie etlareine de France. 

Le 17 ,il pria l'Assemblée de mettre à prix la têle 
du roi de Prusse , celle du duc de Brunsv.ick , et 
donna de pompeux éloges à Brutiis , Antkastron , 
assassin du joi de Suède, ce Charles IX eut nn succes- 
seur , dil-il 5 Louis XVI n'en aura point. Vous savez 
apprécier les têtes des philosophes , il vous reste de 
mettre à prix celle des tyians ; mon cœur est français, 
et mon ame est sans-cidotte.... Je me déclare l'ennemi 
peisonnel de Jésus-Christ. ?> 



( 4^4 ) 

Croirait-on que le département JeTOise nomma à la 
Convention un pareil monstre en morale î 

Dans le procès fait an Roi, ce misérable Prussien osa 
6e mêler parmi les Français qui s'établirent ses juges 
en vertu du droit du plus fort. Il trouva Louis XVI 
coupable. Sur l'appel au peuple, il dit : ce Je ne con- 
nais d'autre souverain que le genre humain , c'est-à- 
çlire la raison universelle 5 je dis non, w Quel gali- 
innthias! quelle folie! 

Sur la peine à infliger , il ajouta : ce Louis est coupable 
clu crime de lèze-majesté. Quelle punition ont mérité 
sef* crimes ? Je réponds au nom du genre humain : la 
niort-..w Je condamne pareillement à mort l'infâme 
Prédéric-Giullaume. » Il ne fut pas de l'avis du sursis. 

Il ne se contenta pas de lever la main s^r la tête des 
lois , comme député français , il fit paraître encore un 
libelle incendiaire , dans lequel il disait : ce que le 
peuple était le souverain du monde 5 que , de plus , il 
était Dieu; que la France était le berceau et le point 
de ralliement du peuple-dieu 5 que les sots seuls 
croyaient à un être suprême. 5) 

Tous ses efforts tendaient \ étouffer dans les âmes 
îionnêtes les principes du christianisme. 

Robespierre, pour rallier momentanérarent à son 
autel quelques romains , fit déclarer suspect cet athée, 
fiuieux 5 il le fit arrêteret condamuer à mort le 24 wiai'S 
i'794 5 comme étant de la faction d^Hébert {^Fère Du- 
chéne). Il mourut comme un homme en démence. 

Payne ( Thomas, ) — Américain , fut l'un des fac- 
tie]ix qui désolèrent l'Amérique. Il alla en Angleterre 
po «r républicaniser cette île,oùle patriotisme est vrai- 
ment foncier. Les étincelles de son feu révolutionnaire 
tombèrent dans la Tamise , il ne put pas embraser le 
ni )indre comté , il vint .-i Paris en juin 1791 • Le départ 
an roi sembla l'autoriser à publier partout qu'il était 
arrivé en France pour brûler le trône sur lequel était 
fl sis légitimement le plus juste comme le plus humain 
des Rois. Il fit paraître une affiche qui n'était rien autre 
chose que la déclaration de mort aux monarques de 



(4=5) 

l'nnivers entier. Il chercliaità prouver qu'il était néce<i-r 
saire d'abolir une monarchie qu'il disait tombée dans 
l'avilissement, comme si la royauté , qui n'est qu'une 
émanation de la divinité , pouvai' jamais être avilie. 
En 1792 il publia sa théorie-prafique des droits de 
l'iiomnie. Il faisait des hommes les enfans de la nature , 
et la police des états hn paraissait tontre toute nature. 
Sa trompette , la Bouche de fer , publiait toutes ses 
maximes destructives du droit de cité j de propriété et 
de liberté. Les Anglais^ peuple libre et régi par une 
«constitution qui n'est pas sans défaut^ mais qui est 
respectée comme l'arche sacrée autour de laquelle se 
réunissent et se concilient toutes les factions , jugèrent 
de leur devoir de faire brûler ces livres monstrueux. 
Les habitans d'Exester donnèrent le premier exemple 
de cet acte de justice. 

Le 26 août 1792 5 Guadet eut la faiblesse de faire 
rendre un décret qui naturalisait cet échappé d'Amé- 
î*ique et d'Angleterre , et le département du Pas-de- 
Calais le nomma à la Convention. D'abord il dé- 
clara le Roi coupable parce qu'il était roi , qu'il 
faisait partie de la horde des brigands couronnés 5 
puis il vota contre l'appel au peuple 5 ensuite il se 
prononça pour la réclusion de Louis jusqu'à la fin 
de la guerre , et pour son bannissement perpétuel 
îiprès ; il n^émit point son opinion sur la question ' 
du sursis. 

Robespierre déclama contre le décret qui avait na- 
turalisé Payne 5 il le fit exclure de la Convention 
comme étranger , le fit incarcérer comme suspect. 
Les Etats-Unis réclamèrent sa liberté. Après le 9 
thermidor Payne rentra dans la Convention. Il sortit 
après la session du Corps - législatif. Il s'amusa à 
faire circuler quelques ouvrages revus par Bonneville. 
En 1802 il repassa en Amérique. En 1806, il man- 
qua d*être assassiné dans sa maison de campagne 
de Newrochelle , d'un coup de fusil qui lui fut tiré 
par la fenêtre. Il est mort en 1811 , laissant àBon- 
iieville et à ses enfans ses propriétés en Amérique. 



( 4^6 ) 



k *^^ '>'*'*^ '^ ^ "«'^ *-^>"v«. %.-»'%^», *. V* ^ %.-v^ *, »v^'%/v^Vv^ ■», %^»/%'*, !»<*.•»/* 



NOMS OMIS. 

Berlier Avocat à Dijon, député de la Côte-cFOr îi 

la Convention nationale ; il soutint qne le roi n'était pas 
inviolable , vota contre Tappel an peuple. ccLonis est 
coupable^ dit-il , j'ouvre le livre de la loi ; j'y lis la peine 
a infligera Louis. Kii exerçant ce pénible ministère ^ 
riiiinianité gétnil 5 mais le cri de ma conscience doit 
l'emporter, je vote pour la Tnort. Il rejeta le snrsis. 

Le sy août 179^ il a été en mission à Dunkerqno 
près l'armée i\.\\ Nord , il ne reparut guère qu'après la 
chute de Ilobespierrc. Il présenta un' rapport sur l'or- 
ganisation des ct^mités de gonvernemorit. Il retourna 
dans le Nord : là il organisa un tribinial chargé de 
juger les prévenus d'émigration. 

Quelques j ou r.^ avant le iB octobre ly^S (vendémiaire) 
il fit autoriser les militaires qiiiétaientà Paris à voter 
sm- la constituîion. 

Membre du conseil des Cinq -Cents, il a fait, en mai 
lyp^jun discours virulent conire les prêtres insermentés^ 
il a défendu le directoire accusé d'avoir envoyé la Ville- 
heurnois devant \m\q. commission militaire. 

Après sa soitie il a été nonmié substitut du commis- 
saire dndiiectoireprès le tribunal de cassation. En lac^B 
il rentraau conseil desCinq-Cents ,fit divers rapports sur 
îa yjresse. Après le 18 brumaire il a été appelé au conseil 
d'état , décoré de la croix, et nommé président à,\.\ 
conseil des prises. ( Il occupe encore cette place. ) 

Bernard (^dc Saintes. ) — Député à la Législature^ et 
ensuite à la Convention , dit, dans leprocèsdu roi, sur 
l'appel an peuple : ce Ce serait trop honorer le crime et 
le criminel que de réunir le peuplt; français pour juger 
Louis ; j'ajoute quele penple n'a point été consulté sur le 
décret du ic) novembre, qui cependant ne peut s'exécuter 
sans les bras et sans le sang du peuple: je prononce non. 



( 427 ) 
Sur la peine : Comme je ne crois pas que la cuo- 
servation d'nii ex-roi soit prf)pre à faire oublier la 
royauté ; connue je suis intimement convaincu que 
le plus «raiid service à rendre au genre Immain y 
c'est de délivrer la terre des monstres qui la dévorent, 
je vote pour la mort Ôai tyran dans le .plus bief 
délai. 11 rejeta le sursis. 

Il a élé envoyé clans le département de la Côte- 
d'Or, Faire fusiller Micanlt comme prévenu d'émi- 
gration , quoique des papiers authentiques attestas- 
^ent qu'il était revenu en France depuis le 2,6 mars 
i'792 , et faire devancer cette exécution par des chants 
el des danses 5 en piésence de la <lemoiselle Micault 
et de ses domestiques , fut le premier acte de sa 
cruauté. Il fît tuer ensuite le président Courbeton, 

Il écrivait à la société de Mont bel liard : « Mon 
coup d'essai, à Dijon, a été de prendre gîte dans la 
maison du Crésiis Micault, président du parlement, 
et j'ai eu assez bon nez 5 car, outre (jue la cave est 
meublée de fort bon vin , il s'est trouvé quelques pe- 
tites armiures cjui m'ont mis dans le cas de confisfpu'r 
ce superbe holel au profit de la nation, «l'en voie che>r- 
cher le mattre à Luxeuil pour le faire juger émigré , 
et quatre cent mille livres de rente vont tomber dans 
les coffies de la nation. 

.... Instruit que les aristocrates de Dijon se don- 
naient encore la (jualification de Comtes et deMarf[uis, 
j'en ai expé<lié dix-sept au tribunal révolutionnaire et 
ferai faire le même voyage à ceux qui les imiteront. 

Tous les révolutionnaires de Dijon avaient pris le 
cara(tèie féroce de Bernard. Barrère eut le front de le 
proposer en i-emplacement d'un des anciens membres 
du c<nnité de Saliit public, Tallien le fit éloigner. 11 pré- 
sida rassemblée , et compromit sa dignité, en promet- 
tant protection aux Jacobins. 

Gouly (dépulé de l'Isle-de-France) demanda son ar- 
restation à la suite des insurrections des faubourgs. Elle 
fut ordonnée le a8 niai lyi;^. il a été amnistié depuis , 
et est avocat à Suintes. 



( 428 ) 

Brun (dit i?r//z). — Subdéléguéà Angouléme j député 
de la Charente , dit, sur l'appel au peuple : ce Je prononce 
oui avec la même fernieté que Bellegarde a dit non. 5> 

Sur la peine : ce Les pièces CQmmuniquées à Louis , et 
8a conduite, ne me permettent pas de douter qu'il ne soit 
coupable de conspiration. Je crois que comme législa- 
teur et comme jnge, je dois le condamner à mort. Il 
écarta le sursis. Après la session le directoire le nomma 
son commissaire dans son départeinentj il tomba ma- 
lade j exprima ses regrets d'avoir voté la mort du roi ^ 
appela un prêtre insermenté, et mourut. 

Tlageas, — Député delà Haute-Loire, ne fut pasd'avjs 
de l'appel au peuple^ vota la mort^ et contre le sursis. 

Hugot, — Député des Vosges, était absent lors des 
îippels nominaux dans le procès du roi. 

Le Maréchal. —Négociant à Rugles , ex- constituant , 
député de l'Eure, déposa sur le bureau la décla- 
ration suivante : ce J'afHrme que toutes mes opinions 
sur l'accusatiori portée contre Louis XVI , ci-devant 
3oi des Français , se rapportent aux mesures de 
sûreté générale, sur lesquelles seules je me crois en 
devoir de prononcer 5 en conséquence et d'après cette 
explication , je déclare sur mon honneur et ma cons- 
cience, que Louis est convaincu de la plupart de$ feits 
qui lui sont imputés dans la dite accusation. 5) 

Sur l'appel au peuple', ^c^e crois que , dans le cas où la 
Convention nationale porterait un jugementsur Louis, 
jl ne peut être mis à exécution avant d'avoir été ratifié 
par le peuple, réuni en assemblées primaires. )> 

Sur la peine. Il fit un très-long considérant pour 
conclure que Louis et sa famille soient mis en lieu de 
sûreté^ qu'ils y soient gardés jusqu'après la conclusion de 
la paix entre la Ffance et les puissances ennemies^ 
qu'ensuite ils soient déportés hors du territoire de la 
république. Il fut de l'avis du sursis. 

ï\ vit retiré dans ses propriétés. 



(429) 



OBSERVATIONS, 



Celui qui n'a pas vécu sous le règne de Louis XVI 
croirait peut-être , à la garantie des déclamations viru-, 
lentes contre sa personne sacrée , fidèlement analysées 
dans cet ouvrage , que ce Roi juste , humain , a été le 
bourreau de son peuple et a mérité la mort. 

Lisez la vie de Louis XVI écrite par un homme im- 
partial , et vous verrez une continuité d'actes publics 
qui attestent sa sollicitude paternelle y ses vues bien- 
faisantes pour le peuple français. 

La première loi de son règne , comme témoin irré- 
prochable de sa bonté et de sa justice , n'est peut-être 
pas assez connue. 

Quand le Roi de France monta sur le trône , il eût 
pu lever des droits utiles sur son peuple j appelés droits 
de Joyeux A.vènement. 

Cet usage date de i38d au moins. 

Au lieu d'exiger de son peuple les droits de joyeux 
avènement , Louis XVI en fit remise , et assura lt> 
paiement de la dette de l'état. 

Voici l'édit royal : 

ce Assis sur le trône où il a plu à Dieu de nous élever y 
nou« espérons que sa bonté soutiendra notre jeunesse , 
et nous guidera dans les moyens qui pourront rendro 
nos peuples heureux, c'est notre premier désir '^ et recon- 
naissant que cette félicité dépend principalement d'une 
sage administration des finances , parce que c'est elle 
c[ui détermine un des rapports les plus essentiels entre 
le souverain et ses sujets , c'est vers cette administra- 
tion que se tourneront nos premiers soins et notre pre- 
mière étude. Nous étant fait rendre compte de l'état 
actuel des recettes et des dépenses, nous avons vu 
avec plaisir qu'il y avait des fonds certains pour le 
paiement exact des arrérages et intérêts promis, er 



( 4^^ ) 

des remboursemens annoncés ; et considérant les ett* 
gageniens coiinne une dette de l'état j et les créances 
qui les représentent comme une y)ropriélé du rang de 
tontes celles qui sont confiées à notre protection, nous 
croyons de notre premier devoir {Tun assuier le paie-» 
nient exact. 

?:> x\près avoir ainsi pourvu a la sûreté des créanciers 
de l'état et consacré les piincipes de justice qui feront 
LA BASE de notre règne ^ nous devons nous occuper dç 
houlagernospeuplesdu poids des nnpositions 5 maisnous 
ne pouvons y parvenir cjue par Tordre et l'économie : 
les fruits cpvi doivent en résulter ne sont pasTouviage 
d'un moment, et nous aimons mieux jouir plus tard 
de la satisfaction de nos sujets , que de les éblouir par 
des soulagemens dont nous n aurions pas assuré Id 
stabilité. Il est des dépenses nécessaires qu'il faut con- 
cilier avec l'ordre et la sûreté de nos états ; il en est qui 
dérivent des libéralités, susceptibles peut-être de modé- 
ration , mais qui ont acquis des droits dans l'ordre de 
la justice y^ar une longue possession , et qui, dès-lors , 
jie présentent que des économies graduelles. Il est enfin 
des dépenses qui tiennent à notre personne et au 
faste de notre coiu' sur celles-là nous pourrons suivre 
plus pronq)tement les mouvemeps de notre cœur , et 
nous nous occupons déjà des moyens de les réduire à 
des bornes convenables. 

5> De tels sacrifices ne nous coûteront rien , dès 
qu^ils poinront tourner au soulagement de nos sujets 5 
leur bonheur fera notre gloire , et le bien que nous 
pourrons leur faire , sera la plus douce récompense de 
nos soins et de nos travaux. 

D> Voulant que cet édit > le premier émané de notre 
autorité , porte l'empreinte de ces dispositions, et soit 
con^me le gage de nos intentions, nous nous pro- 
posons de dispenser nos siqets du droit qui nous est dû , 
à cause de notre avènement à la couronne, C est asseîi 
poTU- eux d^avoir à regretter un lloi plein de bonté , 
éclairé par ^expérience d'un long règne , respecté 
dans l'Europe par sa modération , son amour pour la 
paix , et sa fidélité dans les traités. 



( 43. ) 

ce A ce3 causes et autres , de l'avis de notre con- 
seil, etc. , voulons et nous plaît ce qui suit : 

Art. 1^'. ce Voulons que les arrérages de rentes per- 
pétuelles et viagères, charges et intérêts, et autres dt ttes 
de notre état , continuent à être payés , et (\ue les reni- 
boursernens indiqués par loterie , ou aulreiiient , soient 
faits sans interruption. En consécpience j ordonnons 
à tous trésoriers et payeurs de faire toirs les dits paie-' 
mens avec exactitude. Voulons pareillement que les 
renibourseniensdes emprunts faitsparlespayeiusd'états 
pour le compte de nos finances, continuent d'avoir 
lieu jusqu'à la parfaite extinction desdits emprunts. 

II. ce Faisons remise à nos svqets du produit du droit 
qui nous appartient à cause de notre avènement. à la 
cîouronne: le fonds du droit réservé comme domanial et 
inaccessible , pour en être usé par nos successeurs Jiois 
ainsi cprils le jugeront convenable , etc. » 

A vingt-deux ans, Louis XYI est l'arbitre de l'Alle- 
magne , il crée la marine et rétablit la liberté des mers. 

Le jour de sa fête (24 août 1780 ) , ce vertueux Mo- 
narque abolit la question préparatoire , torture per- 
mise par les anciennes ordonnances, notamment par 
l'ordonnance de 1670. 

Dansleréglement des pensions, S. M. annonce qu'elle 
veut concilier toujours sa bienfaisance même avec cette 
justice qu'elle regarde comme le premier de ses devoirs. 

Le Roi crut trouver dans la convocation des Etats- 
généraux les moyens de rétablir les finances, dont 
les désordres pe pouvaient être attribués à nn prince 
sobre des jouissances du faste et du luxe , et encore 
moins prodigue des deniers publics. 

En montant sur le trône, il ne trouva pas, à la 
vérité, près de deux milliards de dettes (1) j mais il 
'Vit les départemens de cbaque nnnistre grevés d'une 
somme déplus de soixante-dix-huit millions dévorés 



(i.) Louis XVill a la douleur f!c voir, h son avènement au trône, 
la France redevable de cette somme immense, uiais qui, grâces à 
s s c nnaiisauces proîbndei en adaiiuisîralion , sera acquiuée eu peu 
d'années. 



( 452 ) 
d'avance , sur les revenus de l'Etat , d'un excédant de 
plus de vingt-deux millions de la dépense sur la recette; 

Consulté par l'Assemblée constituante sur les nou- 
velles réformes cjue S. M. se proposait de faire dans la 
maison royale, ce Assurez, répondit-elle, des fonds pour 
le paiement des intérêts dus aux créanciers de l'Etat et 
pour la défense du royaume 5 quanta ce qui me regarde 
personnellement, c'est la moindre de mes inquiétudes. ?> 

Il montra du courage et du sang-froid dans les ter- 
ribles journées des 5 et 6 octobre 1789 , qui avaient 
deux causes , l'une de le faire assassiner, l'autre de le 
forcer à fuir , pour proclamer Vhomme du peuple roi- 
citoyen. 

Il prononça une sentence bien judicieuse et qui dé- 
concerta un instant les factieux : ce Non, non, je ne 
fuirai point , dit-il à quelques personnes , peut - être 
bien intentionnées , qui lui donnaient ce conseil ; j'irai 
( de Versailles ) à Paris , il ne faut pas que plusieurs 
s'exposent pour le salut d'un seul. Je me livre ^ je me 
confie à mon peuple ^ il fera de moi ce qu^ il jugera con- 
venable. 

Certes, si ce jour il eût dit à ses braves du Corps, 
qu'on n'avait pas retiré encore de sa maison royale: 
ce La royauté est en danger , votre Hoi court risque de 
périr par les mains d'un assassin faites votre de- 
voir , D) le sang aurait coulé 5 mais quel sang ? celui de 
ces vils brigands qui, depuis, devenus membres des 
comités révolutionnaires, ont fait périr des milliers 
d^hommes. Des braves seraient morts leur vie ap- 
partient au lloi... Dulce est mori pro rege. 

Le 2,0 juin 1792, une bande de forcenés emporte 
d'assaut le château des Tuileries. Le Roi ouvre lui- 
même la porte de ses appartemens j un canon est traîné 
jusques à sa porte, des glaives se croisent sur sa 

Îjoitrine 5 des cris de mort ébranlent les voûtes du pa- 
ais. Louis, calme, fier et majestueux, aperçoit le 
maire de Paris, qui lui dit hypocritement, que Sa Ma- 
jesté ne craigne pas... ce Moi craindre ! ré[)ondit promp- 
tenient l'héritier de Henri IV: c'est à ceux qui n'ont 
pas le cœur pur à craindre la mort. » Le Koi pi end la 



( 433 ) 
main cVun orenaclkr et la porte sur son cœnr : (cMets là 
ta iiiaiu , et dis à inoii&ieur si mon cœur j)a /pile p /us 
fort iju^à l'ordinaire» » 

Yoilà le sang-froid , le vrai conra|ie , la pureté dil 
cœur ! Louis XVl va-t-il dresst-r des écliafauds j)our 
livrer au bourreau d'aussi vils , d'aussi audacieux assas- 
sins ? Non , il veut bien pardonner tant de crimes , ou 
plutôt il fait défenses à ses cours de les mettre en 
îugenieut. Est-ce bonté d'ame? qui [)Ourrait en douter? 
Est-c^la crainte de verser le sani;? Kon. A cette épocjtie 
une ordonnance royale aurait frappé de mort lesdirec* 
teurs secrets, mais bien connus, de ces affreux atten- 
tats à la royauté, au roi Je me livre ^ je me confie â 

mon peuple» 

Il est vrai de dire que ce pardon euliardit de plus en 
plus les conjurés contre la royauté , et que l'impunité 
est le signal de nouveaux crnuf^s. 

Le 18 avril, Louis XVI et la famille loyale furent 
outragés grièvement. Le père du peuple crut qu'il 
était de son devoir de se rendre dans une ville fron- 
tière , d'abord pour s'opposer, en personne, aux iuva- 
sious des ennemis , et ensuite pour mettre en siaelé 
des jours si cbers à la piété filiale. 

Le roi, la reine, le dauphin, madame, madame 
Elisabeth, partirent le 10 juin pour Montmédi , pré- 
cédés de trois gardes du-corps ^ habilles en courriers , 
dont les noms ne peuvent être trop connus, MM. de 
Valory, de Montier, Malledan. 

Une sombre iutjuiétude agita l'Assemblée consti* 
tuante. Pétion, Barnave, Latour-Maubour^ , se ren- 
dirent à Yareimes comme commissaires, (inand on 
sut que le roi et la famille royale avaient été reconnus 
et arrêtés. 

Cette assemblée iuquiète et dont la majorité ne ten- 
dait qu^^ saper les fondemens de la monarchie , nomma 
MM. Troiîchet , Adrien Diiport et Daiidré , pour 
rece^'oir les déclarations du roi et de la reine. 

ce Est-ce un iuterrogatoire que vous avez l'intention 
de me faire subir, dit le roi à ces coiumissaires , ou 
fcç-.dement uuq déclaration cme vous venez cherclier? — ? 



( 454 ) 

C'e^t une déclaration. — Je la ferai y je ne crains point 
de rendre publics U\s niorifs (pji ni'oiil déterminé îi sortir 
de Paris. Ces niotits sont les outrrjges et les menaces 
laits à ma famille et à mol le 18 avril dernier, et de- 
puis ce tems les violences dont plusieurs écrits nous 
ont encore menacés. J'ai cru qu'il n'était point décent 
de ma part de rester à Paris, et j'ai résolu d'en sortir. 
Ne pouvant le faire publiquement, je suis sorti de 
nuit*, mais je n'ai jamais voulu sortir du royaume, et 
je n'ai eu , à cet égard , aucun concert avec les puis- 
sances étrangères , ou avec qui que ce soit. Je pourrais 
donner pour preuve que je ne voulais aller qu'à Mont- 
médy , que mes logemens y étaient préparés. 

«J'avais choisi cette place, yiarce qu'étant foitifiée, 
elle mettait ma famille en sûreté , et que , plus près de 
la frontière, je pouvais m'opposer aux invasions de mes 
ennemis, s'ils avaient voulu en tenter quelqu'une, et 
me porter parfont où le danger aurait pu Pexiger. Enfin, 
j'avais choisi Montmédy, comme le [)jemiier point de ma 
retraite, jusqu'à ce que j'eusse pu retourner dans telle 
ou telle partie du royaume que j'aurais choisie. Je vou- 
lais encore faire tomber l'argument de ma non-liberté^ et 
j'obseive (lue si j'avais voulu sortir du royaume , j'aurais 
attendu d'en être dehors pour publier les mémoires que 
j'ai laissés à mon dépai t. C''est dans ce sens qu'il faut en 
entendre la dernière phrase. J'emportais avec moi treize 
mille deux cents francs en or, et cinquante -six mille 
francs en assii^nats. 3> 

Il y a lieu de croire que si Louis XVI eût voulu 
passer Varennes , les troupes aux ordres de M. de 
Bouille auraient vaincu les obstacles présentés par le 
maître de poste Drouet et les gardes nationales du 
pays. Mais la preuve que l'Assemblée constituante 
détenait le monarque en prison dans Paris , c'est qu'elle 
ne lui aurait pas même permis d'en sortir le jour. 

Louis XVI avait pris une résolution sage , digne d'un 
descendant d'Henri IV, de Louis XIV. Loin d'une 
ville qui ne se remplissait que de démagogues armés 
contre la royauté et soutenus par des députés qui les di- 
ii'geaienf, placé à la tête de son armée, encore obéis- 



_ ( 4'5 ) ^ 

sanfe, protégé par rles'places fortes, il poîivalt liliiement 
exprimer sa voloii'é royale, ei faire reroimaître une 
charte libérale qu'il atirait donnée anx Français. 

Il revint à Paris se livrer à son pcnple, <|ui ne l'y 
suivit pas. 

Avant (le parler de cette fameuse époque qui con- 
fine Louis XVI prisonnier dans son château , en vertu 
de l'insurrection populaire, le traîne comme prévenu 
de crimes dans une des salles de la Convention, et le 
jette comme accusé dans les cachots du Temple, rap- 
pelons qiielques faits doxit l'authenticité ne peut être 
méconnue. 

Tippoo-Saïh envoya des ambassadeurs qui lui de- 
mandèrent ce que leur maître pouvait faire de plus 
agréable pour lui prouver son estime et son amitié. 
Dites au sultan, que rien ne me seia plus agréable de 
sa part que de m'accorder la liberté des Anglais prison- 
niers dans ses états. 

Quidonc a tracé la roule que devait tenir IjjïPr^yrouse 
pour tenter le passage par le Nord dans les mers de 
rinde? Le ministre de la marine, M. de LaPeyrouse 
demandent l'auteur de cet itinéraire. — C'est moi 5 je ne 
voulais pas qu'on jugeât le Roi, mais la ciiose, et je 
craignais de pins que quelqu'événemenî de mer rame- 
nant M. de La Peyrouse dans les ports, oùil aurait appris 
que j^avais fait letiavail. il en prît occasion d'user de 
complaisance dans son rapf)ort. 

On ne risque rien , disait le Roi, de laisser au duc de 
la Vrillière le ministère cpû lui a été confié sous le à^v- 
nier règne (le département des lettres de cachets), 
parce que je compte n'en jamais signer. 

Pélion, comme maire de Paris, avait l'Iumnonr de 
se trouver quelqne[<3is au lever du Roi. Il Tenviroiinait: 
de toutes ces fausses alarmes (jui rendent la vie des 
Rois un fardeau difKcile à suppoi ter. Sa peiJirlie n'é- 
branla pas,l'ame magnanime de son prince. Il lui 
donîia enfin le conseil de pieiulre la fuite, parc e qu'il 
ne peut plus arrêter les complots des régicides, ce J'ai 
dît que je ne sortirais pas de la caj>ilale , répondit 
Louis XVI j on peut commettre le plus ^raud Cw^ 



( 43G ) 

crimes. Déjà un liras liomicifle a frappa trois fois d'un 
sabre le lit jiienie de la Heine 5 rien ne in'étonnera, 
parce (jue je suis prêt h tout. » 

PtUion avait déjà réuni cjueUpies fidèles pour protéi^er 
la fuite du Iloi 5 mais l'inflexibilité de Louis XVI Té- 
tonna , Fariêta. Il se rend, de suite, dans le sein de 
l'Assemblée Législative, y dénonce le monarque comme 
ayant rassemblé un nombre considérable de serviteurs 
dévoués, qui doivent l'enlever. Mais, ajouta-t-il bypo- 
criteuieut, ce je dissiperai ces forces par la seule per- 
suasion , pour ne pas armer le citoyen contre le ci- 
toyen. 5> 

Pétion met en mouvement la commune, les sections, 
les clubs , lance des panipblets , sonne le tocsin contre 
le château : force le lloi de tenir en alarmes ses gardes y 
ses fidèles sujets 5 dénonce ces mesures de prudence 
comme contre-révolutionnaires, entre à toute heure au 
château, voit le Roi jeté sur son lit sans quitter ses vê- 
temens , ou attendant, sur son fauteuil, et toujours de 
sang-froid, l'assassin qui doit le frapper. Alors il fait 
endosser à ses observateursles couleurs desserviteurs du 
lloi, les met aux prises avec ses sicaires et les échappés 
des bagnes de Toulon , Marseille et Brest, qu'il appelle 
ses patriotes. Le signal est donné, le tocsin sonne j 
l'attaque a lieu 5 Pétion répond de la vie du Roi. Le 
lloi consulte les autorités^ Mandat, commandant de 
la garde nationale, jure qu'il le défendra jus(pi'à la 
dernière goutte de son sang. Pétion écrit, oui, c'est 
Pétion qui écrit l'ordre à Mandat de repousser la force 
par la force, Péti»)n commet le crime d'écrire à l'As- 
semblée Législative qu'il est détenu prisonnier avec 
Mandat au château. Des commissaires de l'Assemhl*'e 
se rendent auprès de Pétion , qui sort avec Mandat; 
Arrivé sur la terrasse du château , Pétion donne le 
signal d'assassiner Mandat 5 les monstres se jeltent sur 
cet officier et l'égorgent. Pétion se courbe sur le cadavre,. 
enlève son ordre. Les autorités viennent an château, 
ce Défeudez le palais , dit le Roi aux Suisses et à la' 
force armée; mais je vous défends de tirer. 5> C'est à 
ÎM3Ç hçures et dexnie du matin (10 août) j que le Roi et 



( 437 ) 

sa famille sont sortis du château , pour être conduits au 
milieu des repréîientans du peuple, qui le déclarent dé- 
chu de la royauté , et consentent la formation d'une 
Convention , dont les hommes et les sentimens sont 
connus. . . . 

L'acte d'accusation dressé contre le Roi a donné lieu 
a deux (juestions principales : 

Louis XVI a-t-il dû prendre des mesures utiles pour 
empêcher la populace armée de détruire la Bastille ^ 
d'attenter à la vie de S. M. et aux jours de son illustre 
famille , évidemment attaqués jusquesdansle château^ 
asile sacré des Rois ? 

Louis XVI , ohligédese défendre contre ses assassins, 
d'entourer de sa personne et de ses sujets fidèles le trône 
de ses ancêtres , de faire respecter cette constitution 
monarchique que le peuple entier avait juré de main- 
tenir j pouvait-il être recherché et inquiété pour raison 
de la résistance à l'insurrection , tandis que cette même 
constitution le déclarait inviolable ? 

Dans les temps où les hommes se font un devoir de 
remplir les obligations naturelles , politiques et civiles 
qu'ils ont contractées envers leur souverain, ces ques- 
tions ne sont pas susceptibles d'un problême sérieux» 
Dans ces jours calamiteux, où une troupe de gens , di- 
ligée par des chefs immoraux , ambitieux et turbulens ^ 
veut détruire ces monumens antiques sur lesquels sont 
gravés l'ordre public , la morale , la justice et la vertu y 
pour élever les piédestaux du crime ,de l'anarchie et de 
l'irréligion, les membres des assemblées délibérantes s« 
composent ordinairement, en partie, de factieux, inté- 
ressés à légitimer leurs attentats , et de personnes hon- 
nêtes , mais faibles , et craignant de tomber sous le 
fer à^.^ révoltés , s'ils ne composent pas avec leur 
conscience. 

La Convention a offert. cet assemblage d'hommes 
hardis pour le crime , et que la Providence a successi- 
vement traînés à l'échafaud, et d'hommes timides (|ui 
ont mieux aimé sacrifier le meilleur desRois,que d'être 
victimes d'une multitude insolente et avide du sang d'un 
monarque dont le gouvernement était tout paterneL 



( 458 ) 

L'inviolabilité était consacrée par la Constitution j 
les députés craintifs pouvaient tous déclarer applicable 
à l'auguste accusé ce moyen de salut qu'il avait invoqué 
lui-même , et que ses défenseurs avaient développé avec 
autant de courage que d'éloquence. 

Mais quand des pièces , préparées pour faire charge , 
ont été revêtues de la fausse signature de Louis XVI , 
quand le président a eu l'impudeur de lui imputer à 
crime les aumônes qu'il faisait distribuer aux nécessi- 
teux des faubourgs, quand on a eu l'audace de l'ac- 
cuser d'avoir préparé les journées des 20 juin et 10 août, 
au moment de sa comparution à la barre, tandis que 
les députés , directeurs de ces révoltes armées, se sont 
disputés , après le 21 Janvier , X honneur de les avoii* 
préméditées et dirigées ! î î ])ouvalt-on espérer que les 
jours de l'infortuné prince seraient respectés? 

Si Louis XVI n'avait pas défendu à ses valeureux 
gardes-du-corps , aux braves Suisses, à quelques ba- 
taillons de la garde parisienne , de tirer sur la popu- 
lace ameutée et ivre de vin , la force armée aurait formé 
ce faisceau sacré autour duquel se seraient rangés des 
milliers de vaillans royalistes, dont le sang appartient 
à leurs princes ! î î 

Il craignait, le petit-fils de Saint Louis, de faire 
répandre une goutte du sang de son peuple pour la 
conservation de ses jours : il a préféré mourir martyr 
que d'être la cause d'une guerre civile. Un ordre 
de sa bouche royale aurait fait dissiper les révoltés , et 
la France n'avait point à craindre une dissension in- 
testine. 

Couvrons do baisers et de larmes le testament de 
Louis XVI, qui, prêt à paraître devant Dieu , déclare 
pardoinier de tout son cœur à ceux qui se sont faits ses 
ennemis , sans qu'il leur en ait donné aucun sujet. 

Les Bourbons sont nés bons et humains : leur règne , 
qui date depuis plus de huit siècles , ne présente que le 
combat de la justice j de l'hmuanité el de la raison , 
contre le vice , l'intérêt et le préjugé. 

Louis XVI a dit une grande vérité dans son testa - 
ment: «Un roi ne peut iairelebonbewrdupeuple qu'en 



( 459 ) 

réî^nant suivant les lois; mais en même temps un 
roi ne les peut faire respecter et faire le bien qui est 
tians son cœur , L\ii'arftant cjiî' il a l'autorité nëctssaire ^ 
autrement étant lié dans ses opérations et rCinspirant 
point de respect y il est plus nuisible qi^ utile, n 

Enfin , Louis XVI termina cet acte de vénération 
publique en (lisant: ce Je finis, en déclarant devant 
Dittii f et prêt à paraître devant lui , que je ne me ke- 

PROCHE AUCUN DES CRIMES QUI SONT ENONCÉSCONTRE MOI. » 

Voilà le Roi religieux , boîi et juste^ que Robespierre, 
Danton , Tluiriot, etc. , ont fait périr sur l'écbafaud.... 
Etait-il un despote , un tyran ? Louis XVIII a par- 
donné , puissent les hommes égarés reconnaître 

le bienfait d'un pardon aussi généreux ! 



FIN, 




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